‹ Saint Antoine de Padoue et les Canadiens-français; aperçu historique sur la dévotion à Saint Antoine dans la province de QuébecChapitre 7 sur 12 · QUI AURAIT ÉTÉ TAILLÉE PAR LES IROQUOIS. (P · texte numérisé non relu

QUI AURAIT ÉTÉ TAILLÉE PAR LES IROQUOIS. (P

ment l'office de la Cathédrale. Vous conserverez cette lettre dans vos archives. " (i)

L'évêque dit expressément dans cette lettre qu'il veut renouveler, dans la nouvelle église, la dévotion de saint Antoine interrompue depuis V incendie des Récollets. Précieux témoignage de la persistance de la dévotion populaire au bon Saint.

Vingt-quatre ans plus tard, en 1828, Mgr Panet, successeur de Mgr Plessis, répondant à quelques doutes soumis par la supérieure de l'Hôtel-Dieu, la Révérende mère Saint Antoine, (2) touchant la translation et le degré de solennité liturgique de la fête de saint Antoine, lui écrivai: le 8 octobre : " Comme la fête de saint Antoine est une fête particulière à votre église, la grand'Messe et les Vêpres doivent être solennelles, c'est-à-dire de première classe. La sonnerie doit être conséquemment la même que celle des fêtes de première solennité. " (3)

Le 4 mars 1804, le Souverain Pontife Pie VII accorda une indulgence plénière applicable aux âmes du purgatoire à tous les fidèles qui visiteraient l'église de l'Hôtel-Dieu, en la fête de saint Antoine, aux conditions ordinaires. L'indulgence fut publiée le 30 septembre de la même année.

Comme il arrivait parfois que la fête était transférée, on eut des inquiétudes au sujet du gain de l'indulgence. L'évêque de Québec, par la lettre citée plus haut, dissipa ces inquiétudes : " Rien n'empêche, écrit-il, de gagner l'indulgence le jour de la translation même, parce que N. S. Père

(1) Archives de l'Hôtel-Dieu de Québec.

(2) Lettres du 26 et du 28 septembre 1828. Archives de l'Archevêché de Québec. Carton de l'Hôtel-Dieu.

(3) Archives de l'Hôtel-Dieu de Québec.

le Pape Pie VII a décidé le 19 mai 1822 pour le Diocèse de Québec que toutes les fois qu'une fête portant indulgence serait transférée, l'indulgence serait pareillement transférée. Ainsi voilà qui vous mettra à l'aise pour l'avenir sur cet article. "

M. Antoine Robert, du Séminaire de Québec, probablement par dévotion à son saint patron, contribua beaucoup à la restauration du culte de saint Antoine à l'Hôtel-Dieu. C'est à ses prières que fut accordée l'indulgence de la fête. Il donna en outre l'autel de saint Antoine et le tableau qui le surmonte. (1) Cet autel (2) viendrait-il de l'église des Récollets, ainsi que le tableau ?

Toujours est-il que le sanctuaire qui abrita cet autel et son tableau fut, durant près d'un siècle, comme le centre de la dévotion à saint Antoine à Québec, jusqu'au jour où le Thaumaturge eut de nouveau une église à lui, dans la vieille cité. Nous voulons parler de l'église des Franciscaines. Une statue de saint Antoine destinée à cette future église fut bénite, en la chapelle des Franciscaines, le 13 juin 1896. Cette statue était offerte par les religieuses de l'Hôtel-Dieu " pour accomplir une promesse sacrée, et en reconnaissance d'une faveur insigne obtenue par l'intercession de saint Antoine. " Le don de la statue était accompagné d'une lettre de la supérieure de l'Hôtel-Dieu, la Révérende Mère Saint Eugène, à la supérieure des Franciscaines,

(1) La conformité rigoureuse de ce tableau avec une gravure éditée chez C. Letaille, à Paris, dont un exemplaire est conservé à l'Hôtel-Dieu de Québec, nous permet d'identifier le tableau ; c'est un original ou une copie du peintre C. Ferrus.

(2) Les deux autres autels de la chapelle de l'Hôtel-Dieu sont copiés sur celui de saint Antoine.

la Révérende Mère Marie Charité de Jésus, dans laquelle il était délicatement dit que "émules de la générosité de de leurs Pères, les Chanoines de Saint Augustin, qui, au xine siècle, cédaient au grand François d'Assise le trésor de leur Ordre, saint Antoine de Padoue-. les Chanoinesses de Saint Augustin, de Québec, adressent aux dignes Filles de saint François d'Assise, vers la fin du xixe siècle, la glorieuse effigie de l'illustre Thaumaturge, qu'elles sont heureuses de pouvoir aussi nommer leur frère en Notre- Seigneur. " Après avoir rappelé l'origine du culte antonien à l'Hôtel-Dieu, la Mère Saint Eugène ajoute : " Chaque année, depuis cette époque, nous avons célébré religieusement la fête de saint Antoine de Padoue. (i) Qu'il est édifiant, ma Révérende Mère, qu'il est touchant même, de voir en cette solennité, nos Canadiens si profondément religieux assister aux divins offices et couronner les exercices d'un si beau jour par la vénération des reliques du bon saint Antoine !

" Nous prévoyons facilement que désormais, le 13 juin, la foule se portera dans votre temple magnifique plutôt que dans notre humble sanctuaire, et nous nous en réjouissons avec vous devant Dieu. Nous en faisons volontiers le sacrifice en votre faveur, heureuses d'avoir perpétué jusqu'à nos jours, dans Québec, par un culte public, cette dévotion si chère à nos ancêtres — mais de même qu'en mémoire de leur union à saint Antoine et à l'Ordre franciscain, les Chanoines de Coïmbre envoient chaque année, à Olivarès, un de leurs religieux, pour faire le panégyrique de cet illus-

(1) Tous les ans, le dimanche qui précède le 13 juin, la fête de saint Antoine à l'Hôtel- Dieu était annoncée aux fidèles au prône dans les trois églises principales de Québec.

tre Saint, de même, tout en continuant à célébrer ici sa fête, nous désirons que, chez vous, notre humble famille religieuse demeure à ses pieds, dans un cœur de métal, où chacune des sœurs inscrira son nom, et que je vous ferai parvenir ensuite- • • " (i)

La réponse de la supérieure des Franciscaines à cette lettre est aussi charmante, et empreinte de la charité la plus vive à l'égard des Hospitalières : " Veuillez croire, ma Révérende Mère, qu'en accueillant avec bonheur un don qui nous est offert d'un si grand cœur, nous nous sentons vivement encouragées par votre pieux exemple à faire aimer et vénérer davantage celui que vos Pères spirituels, les Chanoines de Saint Augustin, avaient cédé avec tant de désintéressement au Pauvre d'Assise, mais qui est resté, à juste droit, comme la propriété commune de votre Ordre et du nôtre. Saint Antoine sera donc un nouveau et bien doux lien entre les filles de Saint Augustin et celles de Saint François. " (2)

Le 15 juin suivant, la Supérieure Générale des Franciscaines, à Rome, obtenait du Souverain Pontife la bénédiction papale pour les Hospitalières de l'Hôtel-Dieu, "en reconnaissance de toutes les bontés qu'elles ont eues pour les Franciscaines Missionnaires de Marie et en particulier pour le don d'une statue qu'elles ont envoyée pour le sanctuaire de l'Institut à Québec. " (3)

Ne quittons pas l'Hôtel-Dieu sans avoir encore puisé dans ses archives un fait des plus curieux. Il y a là un vieux

(1) Archivés de l'Hôtel-Dieu de Québec. Lettre du 24 avril 1896.

(2) Archives de l'Hôtel-Dieu de Québec. Lettre de la Révérende Mère Charité, en date du Ier mai 1896.

(3) Archives de l'Hôtel- Dieu de Québec. La supplique est sur parchemin.

manuscrit qui contient la " Liste des pales faites et distribuées à différentes églises par la Révérende Mère Sainte Hélène et toutes accompagnées de prières composées par elle. " (i) La Mère Duplessis de Sainte Hélène envoya, de 1717 à 1758, deux cent vingt-deux pales à différentes églises du pays, dont quatre à des églises dédiées à saint Antoine, savoir : le 6 juin 1722, à Tilly ; le 7 novembre 1730, àl'Ile-aux-Grues ; le 31 août 175 1, à la Rivière-Chambly ; le 28 septembre de la même année, à la Rivière-du- Loup [Louiseville]. On aimera peut-être à connaître la prière qui accompagnait l'envoi de la pale destinée à Saint- Antoine-de-Tilly. La voici :

" Grand Saint qui avez été une des plus éclatantes lumières et une des plus fermes colonnes de l'ordre du Séraphique Saint François, puisque vous avez éclairé une infinité de villes et de provinces en éclairant avec un succès miraculeux la doctrine de Jésus-Christ et que vous luy avez acquis un nombre prodigieux d'âmes que vous avez converties, allumez encore votre zèle pour lui gagner entièrement

(1) Le manuscrit contient 68 pages, et mesure en pouces 7 x 4^. Il est de la Mère Sainte Hélène, mais le titre est d'une main récente.

Le 3 novembre 1752, la Mère Sainte Hélène, envoyant une pale à quelqu'un, lui écrit : «Ci-joint une pièce de mon ouvrage que je vous prie de donner à quelque église ou chapelle que vous affectionnez ou qui vous appartiendra. J'ai depuis longtemps la dévotion de faire de ces pales qui servent à couvrir le calice . j'en ai déjà donné cent quatre-vingt dix-neuf. Je fais ce'a presqne dans des moments perdus, puisque c'est au réfectoire. Comme je mange assez vite et que je suis servie une des premières, j'ai toujours fini avant les autres, et en attendant, je tire de ma poche un petit portefeuille où j'ai tout ce qui m'est nécessaire pour travailler. Je fais quelquefois fort peu de points ; d'autres un peu davantage, et peu à peu j'en fais six ou sept par an, et je m'en défais à mesure qu'elles sont achevées. » (Archives de l'Hôtel-Dieu. )

Jios cœurs qui lui sont déjà consacrés, et faites-nous trouver des moyens sûrs et efficaces pour avancer dans la perfection. Souvenez-vous de l'ardeur avec laquelle vous vous •employâtes autrefois pour soutenir la régularité de votre Ordre, et ne dédaignez pas de demander à Dieu pour nous qu'il nous fasse croître de jour en jour dans toutes les vertus propres de notre état, qu'il nous anime de l'esprit de notre institut, afin qu'ayant parfaitement accomply en ce monde les deux grands commandements, nous puissions recevoir en l'autre l'abondante récompence que Dieu réserve à ceux qui auront gardé exactement sa loy. Ainsi soit-il. "

Parmi les dévotions antoniennes il y en a eu de tout temps deux très célèbres: le Si quœris et le Bref- En 171 2 on voit les religieuses de l'Hôpital Général de Québec s'engager " à chanter tous les jours à la suite de la messe conventuelle l'hymne O gloriosa (chère à saint Antoine), avec l'antienne Si quœris miracula en l'honneur de saint Antoine de Padoue ", pour la conservation de Mgr de Saint Vallier leur fondateur. (1)

Le bref également était bien connu des pieux fidèles. L'histoire nous a conservé le récit d'un miracle éclatant arrivé en 1708 par la vertu du bref, à l'intercession d'un récollet du Canada, le Père Bonaventure Eyslon. (2) C'est

(1) Monseigneur de Saint Vallier et V Hôpital Général, p. 16.

(2) Le P. Bonaventure était anglais, et n'appartenait probablement pas à la Province des Récollets de Saint Denis, de qui relevait la Mission du Canada. Nojs relevons ses traces au Canada au Cap-Santé, en 1706, et à Chambly, en 1707 et 1708. Dans les actes rédigés par lui à Chambly il s'intitule « aumônier des troupes du Fort de Chpmbly » et il signe « Récollet anglais. » L'fcbbé Eois a consigné, dans ses notes, plusieurs détails sur ce récollet, mais nous n'en avons pu véiifier l'exactitude, aussi les taisons nous.

le sauvetage du vaisseau VAfriquain (i) qui faisait voile du Canada pour la France à l'automne de 1708.

Les pièces authentiques de ce fait — au nombre de quatre — furent publiées dans le Mercure Galant, livraison de janvier 1709. Nous en reproduirons deux. La première est le récit, par le second pilote — celui du premier pilote est moins détaillé — du danger auquel échappa l'équipage.

" Aujourd'hui, samedi quinzième [de décembre], environ les une heure après midy, nous pilote sur le vaisseau du Roy L' Afrtquain, ayant atéré (2) à Groix (3) d'un beau temps, espérant de faire route pour la Rochelle, le vent s'estant changé de la part du sud gros vent, nous étions environ à quatre lieues de Groix, qui nous jetoit du nord-est quart de nord à Belle-Isle (4) à l'est, environ cinq lieues gros vent, et ne pouvant nous relever de terre, nous voyant acculés à la coste, et dérivant sur Glevan, nous nous mîmes à onze heures du soir tout à fait à terre, et ayant dérivé sur la Gument nous fûmes contraints de virer de bord pour tascher de nous élever ; mais le vent continuant toujours, à venter, nous résolûmes de nous vouer à Saint Antoine de Padoue, pour nous mettre sous sa protection, afin que le Seigneur nous voulût favoriser d'un peu de beau temps, nous nous mîmes tous à faire notre prière, et particulièrement le R. P. Bona-

(1) ht vaisseau se trouve mentionné dans plusieurs documents. Il ne faut pat le confondre avec la frégate Y Africaine, qui fit naufrage, en 1822, à l'île de Sable. VAfriquain fit encore des voyages au Canada. Le 8 septembre 17 10 il arriva à Québec, sous le commandement de M. de Marigny. (Annales manuscrites de l'Hôtel-Dieu de Québec, p. 191).

(2) Arriver de la haute mer dans le voisinage de la terre et la reconnaître. Le mot français est atterri.

(3) Ile française en face de la côte du Morbihan.

(4) Ile en face de Quiberon (même département).

venture qui, après bien des prières, prit quatre morceaux de papier sur lesquels étaient écrits ces paroles qui contiennent la bénédiction de Saint Antoine de Padoue, qui sont Ecce crux Domini, fugite partes adversœ ; vicit Léo de tribu Juda, radix David, alléluia, alléluia, (i) Et de plus, il ajouta : Grand Saint Antoine de Padoue, exaucez nos prières et nos vœux ; et il les jeta à la mer avec plusieurs autres de mêmes inscriptions, et incontinent le Seigneur nous favorisa d'un beau temps par l'entremise de Saint Antoine, qui voulut bien s'employer pour nous afin de faire voir son pouvoir auprès du Seigneur ; le vent s'étant rangé de la part du ouest-sud-ouest, cela nous porta au large, et au jour nous nous trouvâmes bien environ à six lieues de Groix ; nous arrivâmes pour reconnaître la terre et pour entrer au Port-Louis, où nous avons fait dire une messe avec toutes les cérémonies, suivie du Te Deum, en action de grâces, où le capitaine et beaucoup d'autres ont fait leurs dévotions : lequel je certifie le présent acte véritable. Ainsi signé ; Ch. Gaultier, second pilote.

" Je certifie, P. Bonaventure Eyslon, aumônier du vaisseau du Roy Y Afriquain, que les certificats cy-dessus sont conformes aux originaux ; en foy de quoy j'ai signé, P. Bonaventure Eyslon, Récolet anglois, missionnaire de Canada et aumônier dudit vaisseau. "

L'autre pièce est le procès-verbal de l'accomplissement du vœu formulé par l'équipage en détresse.

" Aujourd'hui, dix-huitième de décembre de l'an mil sept

(i) « Voici la croix du Seigneur ! Fuyez, hordes ennemies ! Il a vaincu, le lion de la tribu de Juda, le rejeton de David, alléluia ! » A ceux qui réciteront cet exorcisme, le pape Léon XIII a accordé une indulgence de ioo jours (21 mai 1892).

cens huit, entre dix et onze heures du matin, a esté acquitté dans la chapelle de Saint Charles des Récolets du Port- Louis, (1) devant l'image de Saint Antoine de Padoue, un vœu fait au Seigneur sous l'intercession dudit Saint, dans un péril évident où s'est trouvé le vaisseau du Roy Y Afriquain, commandé par M. de la Grange, officier, lequel dit navire, immédiatement après ledit vœu fait, s'est trouvé par un miracle manifeste délivré du danger évident où il estoit, sans autre secours que celuy du ciel, que les officiers ont réclamé par l'intercession de Saint Antoine et qui leur a esté accordé d'une façon sensible ; en reconnaissance de quoy ils ont fait la sainte communion à la Post-commune de la grande messe, qui a esté chantée par le R. P. Bonaventure Eyslon, Récolet anglois, missionnaire de Canada, et aumosnier sur ledit navire l' Afriquain, après une exhortation touchante et édifiante à eux faite par le vénérable P. Gratien Raoul, Gardien du couvent des Récolets du Port-Louis, suivie du Te Deum ; lequel a esté, messieurs les officiers et autres du susnommé vaisseau V Afriquain ont jugé à propos de signer pour servir de monument à leur dévotion, et en conséquence d'y joindre un acte authentique du danger où ils se sont trouvés, pour faire éclater la gloire du Saint dont les mérites ont obtenu de Dieu leur délivrance, ce qu'ils avouent et signent le jour et an que dessus. " Suivent les signatures.

Le souvenir du sauvetage d'un autre vaisseau, le Saint Esprit, de Québec, par un miracle de saint Antoine, est perpétué par un ex-voto que l'on peut voir dans la chapelle

(i) Actuellement chef-lieu de canton dans le département du Morbihan; c'est dans ce même département que se trouve le célèbre sanctuaire de Sainte- Anne d'Auray.

commémorative du sanctuaire de Sainte-Anne-de-Beaupré. N'était-il pas juste que le Saint aux miracles eût son exvoto dans l'église de Sainte-Anne, au sanctuaire des miracles ? C'est un tableau offert par l'équipage sauvé des flots. L'équipage est représenté faisant un vœu à Sainte Anne et à Saint Antoine. A la partie supérieure du tableau on voit d'un côté, Sainte Anne, et de l'autre Saint Antoine à genoux sur un nuage, les mains jointes dans une ardente supplication, (i)

On ne doute pas que saint Antoine n'ait eu ses panégyristes dans l'Eglise canadienne. Les archives du Séminaire de Québec conservent un discours sur notre Saint ; rien n'en fait connaître l'orateur, ni la date ; il est très ancien, tout au moins du xvin0. Aux archives de l'Hôtel-Dieu de Québec, nous trouvons, au tome iv des sermons manuscrits de l'abbé Joseph de la Colombière, deux panégyriques de saint Antoine. Le premier de ces panégyriques contient un passage très intéressant sur saint Antoine et les objets perdus. Le second fut prêché dans une paroisse dédiée au Thaumaturge ; cela paraît clairement d'après le texte même du discours. (2)

(1) Cf. Guide du Pèlerin et du Visiteur à la Bonne Sainte- Anne, 1904. p. 59.

(2) Sermons prêches tant à Québec qu'à Montréal et autres lieux de Canada Par Messire Joseph de la Colombière Grand chantre, et Vicaire Général du diocèse de Québec et conseiller au Conseil Supérieur de la même ville. Le recueil comprend six tomes, mesurant en pouces 9x7. Nous relevons dans cette œuvre oratoire quelques autres discours sur des sujets franciscains. Au tome 11 : deux sermons sur Notre-Dame des Anges, pour le jour de la Portioncule : au tome IV, deux panégyriques de saint Pascal « dont on commence à célébrer la fête » ; un panégyrique de saint Louis, roi de France, tertiaire ; un autre de saint Jean de Capistran ; un sermon « pour la fête du Cordon de saint François » ; un panégyrique de saint François d'Assise.

Nous avons sous les yeux la copie d'un panégyrique du •grand Thaumaturge, prononcé en 1782. Le manuscrit original en est conservé aux archives des Ursulines des Trois- Rivières. Il a pour titre : Saint Antoine, 1782. Au verso de la dernière page on lit : Saint Antoine 28 pages. Il est réuni à d'autres sermons que la tradition donne comme venant des derniers Jésuites résidant au pays, vers 1870. On ne connaît du reste pas l'auteur de ce panégyrique; c'est peutêtre l'abbé Calonne, qui fut aumônier des Ursulines des Trois-Rivières. (1)

L'orateur a pris pour texte ces paroles de l'Ecriture : Paravit cor suum ut investigaret legem Dei et faceret et doceret in Israël prœceptum et judiciunt : Il disposa son cœur à la recherche de la loi du Seigneur, il pratiqua et enseigna dans Israël ses préceptes et ses ordonnances. (Esdras, 1, ch. 7).

Selon la méthode pompeuse et scolastique du temps, l'orateur annonce ainsi son plan : " Mais pour me renfermer dans quelque chose de précis en considérant la vie d'Antoine, je ramène à trois idées toutes simples, tout le sujet de son éloge. C'est que dans sa plus pure innocence, il pratiqua toujours la pénitence la plus austère, i,r* réflexion ; c'est qu'à la charité la plus agissante, il joignit la plus haute contemplation, 2e réflexion ; c'est enfin qu'avec la patience la plus éptouvée, il sçut allier le zèle le plus généreux. "

L'un des premiers ouvrages imprimés à Montréal fut un

(1) Lettre de la Révérende Mère Sainte Marguerite, archiviste des Ursulines -des Trois-Rivières, à l'auteur, en date du 10 janvier 1910. — Le recueil de ces sermons fut légué par Mgr Plessis à M. le Grand Vicaire Loranger, qui fut aumônier 3es Ursulines de 1850 à 1857.

livre de dévotion à saint Antoine ; indice très sûr de la. popularité du culte antonien à cette époque. Cet opuscule, anonyme, est le premier imprimé antonien connu de la Nouvelle-France. C'est la première édition canadienne, remaniée, d'un ouvrage français publié pour la première fois en 1692, à Rouen, et qui a pour auteur le Père Récollet Alexis du Monceaux, prédicateur et confesseur de la Province de Saint Antoine en Artois. L'édition canadienne ne porte pas le même titre que l'édition française. (1) Voici le titre de l'édition canadienne : Exercice très dévot envers Saint Antoine de Padoue le thaumaturge, de V Ordre Séraphique de Saint Frauçois. Avec un petit recueil de quelques principaux miracles. A Montréal ; Chez F. Mesplet et C. Berger, imprimeurs et libraires. 1777. (2) Si cet opuscule répondait à la dévotion des fidèles à saint.

(1) L'édition de Rouen a pour titre: Abrégé de la vie de Saint Antoine de- Padoue, avec des réflexions Pieuses. Et prières pour cultiver la dévotion envers, ce grand Saint. Ipse est arca Testamenti Greg. ix. Bullse Canon. A Rouen, Pft: P. Cabut, Imprimeur Libraire, rue du Bec. Avec permission. — L'Hôtel-Dieu, de Québec possède un exemplaire de cet ouvrage.

(2) Mesplet vint de Philadelphie à Montréal en 1776 pour y exercer sa prof es sion d'imprimeur, et fut le premier imprimeur de cette ville. En 1776 il y publia, trois ouvrages ; en 1777 au moins cinq, parmi lesquels V Exercice très dévot. Cet ouvrage, de vin (s. p.) + 88 pp., mesure en pouces 4"5 x 2"6. Il est aujourd'hui très rare. A la mort de Mesplet en 1794, l'inventaire alors dressé accusait en magasin un stock de 740 Exercice. Dans une vente des effets de Mesplet parle bailli, après saisie en 1785, nous relevons la mention d'imprimés antoniens que nous ne connaissons pas autrement, savoir : « Quarante brochures neuvaines de Saint Antoine » vendues au sieur Huet, et « sept cent Saint Antoine, en feuilles, » vendus au sieur Desautels. Serait-ce autre chose que V Exercice très dévot ? C'est possible. Cf. l'étude sur Mesplet par M. R. W. Me Lachlan, publiée dans les Mémoires de la Société Royale de 1906. Nous donnons hors texte le/ac-simile du titre de ce rarissime opuscule.

Antoine, il n'a pas dû lui-même peu contribuer à l'augmenter. Il est écrit en effet avec beaucoup d'onction, et met en grande lumière les vertus et la puissance du Thaumaturge. 1 Ce petit livre, dit la préface, ne contient autre chose que l'Office et quelques dévotes Oraisons au nombre de neuf à l'honneur de Saint Antoine, et qui pourront servir à chaque jour d'une Neuvaine, ensuite l'origine de ces Neuvaines, et un recueil de quelques Miracles arrivés depuis l'an 1617, en faveur de ceux qui y auront été assidus, avec une Instruction pour s'en bien acquitter, mériter les bonnes grâces du Saint, l'avoir pour Avocat et obtenir ce qu'on espère de Dieu par son entremise ". Plusieurs pages, et des plus belles, sont consacrées à relater M Les saintes correspondances du grand serviteur de Dieu le révérend père Bernard Colnago Jésuiste ; Lors qu'il vivoit en terre avec Saint Antoine de Padoue là triomphant au Ciel, au fait des Guérisons, et des Recouvremens. " Cette relation débute comme suit :

Voici le Parangon de tous les vrais dévots et favoris de Saint Antoine ; c'est le R. P. Bernard Colnago de la compagnie de Jésus ; qui en a tellement mérité l'amitié par un grand témoignage de la sienne, que je ne sçai ce que je dois plus admirer, ou la singulière confiance que Bernard avoit à ce Saint, ou la courtoisie familière et presque domestique de ce Saint à l'endroit d'un homme mortel. "

Cet opuscule a eu cinq éditions canadiennes ; quatre à Montréal, en 1777, 18 13, 1843 [deux éditions], une à Québec en 1804. (1) Il est à remarquer que l'édition québécoise

(1) Nous connaissons 6 exemplaires existants de l'édition de 1777, 5 de l'édition de 1813, deux de l'édition de 1804. L'édition de Thomas Carey de 1843 est moins rare. Cf. notre Bibliographie Anionienne-, Québec, 1910. Depuis la publi-

coïncide avec l'établissement de la dévotion publique à saint Antoine à l'Hôtel-Dieu de Québec.

L'année même de l'apparition de la dernière édition de V Exercice très-dévot, à Montréal, Mgr Bourget établissait dans son diocèse la neuvaine publique à saint Antoine, par une circulaire à son clergé, en date du 28 novembre 1843 :

"Je suis autorisé, par le même induit [du Souverain Pontife, touchant les Quarante-Heures, en date du 16 juillet 1843 ] à établir dans mon diocèse, la neuvaine en l'honneur de saint Antoine de Padoue, avec une indulgence plénière à gagner par chacun des fidèles un jour quelconque de la dite neuvaine, pourvu qu'il se confesse, qu'il communie, qu'il visite l'église où se fait la neuvaine, et qu'il prie suivant l'intention du Souverain Pontife. Les malades, ou autres personnes légitimement empêchées d'aller aux églises, pourront gagner la dite indulgence en communiant et en faisant les autres choses prescrites. Le peuple de ce pays ayant déjà une grande confiance et dévotion dans ce Saint, il sera facile d'établir la susdite neuvaine en son honneur en plusieurs endroits. "

Pour répondre aux besoins et à la piété des fidèles dans le diocèse de Montréal à la suite de l'établissement de cette neuvaine, on imprima en 1846 un nouvel opuscule intitulé : Neuvaine en V honneur de Saint Antoine de Padoue. (1) La Neuvaine porte l'approbation de Mgr Bourget, qui

cation de ce dernier ouvrage nous avons découvert une autre édition de 1843. En voici le titre : Exercice / très dévot envers / St. Antoine / de Padoue, / le thaumaturge / de l'ordre / Seraphique de St. François, / Avec un petit recueil de quelques / principaux Miracles. / Montréal : / imprime'e et publie'e [sic] / par / Rolland & Thompson. / 1843. / vin + 120 pp. in-32. 4"2 x 2"5 pouces. (1) Montréal. De l'imprimerie de Louis Perrault, rue Saint- Vincent.

en recommande l'usage à tous les fidèles de son diocèse.

L'impulsion donnée par l'évêque de Montréal à la dévotion à saint Antoine ne se ralentit pas. On en a la preuve dans le passage suivant d'un article publié trente ans plus tard dans une revue pieuse de Montréal :

"Rien n'est plus populaire que ce Saint [saint Antoine de Padoue ] : sa fête qui tombe le 13 juin, est célébrée en une foule de pays, à Rome en particulier dans l'église des Portugais, avec une solennité extraordinaire. Ici [au Canada] il partage avec le Séraphique Patriarche, le grand Saint François d'Assise, les honneurs des hommages et de la confiance on peut dire des peuples entiers. La fête de ces deux grands Saints est précédée d'une neuvaine préparatoire de prières, et le jour de la solennité il y a messe spéciale avec bénédiction du Saint Sacrement le soir à la Chapelle de la Congrégation des Hommes autrefois aux Récollets, rue Notre-Dame, aujourd'hui à Notre-Dame des Anges, au coin de la rue Lagauchetière et Chenneville- • . [Ici l'auteur rappelle la coutume généralement répandue d'invoquer saint Antoine pour retrouver les choses perdues] ... A l'occasion de cette neuvaine qui s'ouvre le 4 du présent mois, et de cette fête prochaine, nous avons pensé intéresser nos lecteurs en donnant, d'après la Vie des Saints du P. Giry, un petit abrégé de la sienne- • • " [Cette vie abrégée se continue sur deux numéros de la revue]. (1)

A la même époque, en 1871, la dévotion à saint Antoine dans la région de Québec, aussi vivace qu'à Montréal, nécessitait également la publication d'une Neuvaine en l'honneur de Saint Antoine de Padoue avec sa vie et ses

(i) Le Messager de la Foi et des Bonnes œuvres. Montréal, 1874. 6 juin. No. 10, p. 78.

miracles, suivie des prières du matin et du soir, etc. ( I ) Cet ouvrage a été réimprimé en 1895, à Lévis, au moment de la recrudescence de la dévotion au Thaumaturge franciscain.

Tels sont les vestiges que nous avons pu relever de la dévotion de nos frères à saint Antoine depuis les premiers temps de la colonie jusqu'en 1894, année qui ouvre une ère nouvelle de cette dévotion, tant par l'extension extraordinaire qu'elle a prise depuis lors, que pour l'éclat et les caractères particuliers qu'elle revêt depuis cette date. Ces vestiges suffisent à nous révéler l'antique dévotion des Canadiens au grand Thaumaturge. Aussi, Le Trifluvien, journal des Trois-Rivières, écrivait-il fort justement, à la date du 26 mars 1895, les lignes suivantes à l'occasion de l'établissement de l'Œuvre du Pain à l'Hôpital des Trois- Rivières et dans tout le diocèse :

" Sur la terre du Canada, la dévotion à saint Antoine de Padoue n'est pas nouvelle. Le nom du grand Thaumaturge y est très populaire. Les Récollets, qui furent les premiers missionnaires du pays, avaient su inspirer à la population canadienne une grande confiance envers cet illustre saint de la grande famille de saint François. Seule, la bonne sainte Anne reçoit, en ce pays, des hommages plus enthousiastes ; seule, elle opère un plus grand nombre de prodiges. Dans les campagnes surtout, le nom de saint Antoine fut toujours invoqué avec une foi vraiment naïve. Comme un précieux héritage, cette dévotion, encouragée par l'Eglise,

(1) Québec. De l'imprimerie de C. Darveau. 256 pp. in-32. Cet ouvrage a été enregistré par l'abbé H. -R. Casgrain. Nous en inférons qu'il doit en être l'auteur, avec d'autant plus de probabilité qu'il est également l'auteur d'un autre livre de piété, les Lêge ides de Saint Joseph, aussi anonyme.

E' X E R CI. CE j

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