DOUZIÈME MARDI
Saint Antoine : sa mort.
+ 4 a IEUX Lecteurs, nous allons \ est douce la mort de ceux L qui toute leur vie ont bien servi le bon Dieu et qui
ont beaucoupaimé la Sain- à
#7 te Vierge.
La mort des justes est précieuse aux yeux du Sei-
gneur. La mort de notre Bienheureux fut bien la mort du juste.
Toute sa vie n'avait été qu'un long acte d'amour pour Dieu, une glorification non interrompue de Marie Mère de Dieu ! Aussi celle qu’il aimait tant à invoquer
sous le beau titre: © Gloriosa Domina, comme unel
bonne et tendre Mère, vint le consoler à l’heure suprê-
me. Notre saint malade, avant de rendre sa belle âm:à
à Dieu, voulut une dernière fois saluer sa Mère, etil chanta, d’une voix pr:sque éteinte, son hymne favorite: O Gloriosa Domina ! et tandis qu'il la chantait, il vi la glorieuse Reine du ciel se présenter à lui, avec son divin Fils Jésus. Comme son visage, à ce spectack, rayonnait d'une splendeur toute céleste, et comme il
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tenait les yeux fixés eñ haut, un de ses Frères lui dit: ‘“ Que voyez-vous donc, vénéré Père ? ”— Je vois, répondit le Saint, je vois Jésus et sa très sainte Mère qui m'invitent à les suivre en Paradis !” Quelques moments après, son âme se détacha doucement de son corps, et les suivit en Paradis! La mort! qui effraie tant les âmes négligentes, et qui est horrible pour les pécheurs, la mort, elle est pleine de douceur pour les âmes justes! Car tel que mourut saint Antoine, notre aimablé Père, ainsi meurentetous ceux qui, comine lui, ont beaucoup aimé Jésus et Marie sur la terre.
Mais qui donc peut nous dépeindre mieux combien est précieuse aux yeux de Dieu la mort des Saints que les Saints eux-mêmes? Nous laisserons donc parler les Saints, et nous tâcherons, âmes pieuses, de bien comprendre tout leur céleste langage. Saint Jean de la Croix, dans ses Cantiques intitulés : “ W?ve flamme d'amour, ” parle ainsi de la mort des justes : “ La mort des âmes qui ont brûlé de l’amour de Dieu est souverainement suave et douce. La douceur de mourir surpasse tout ce qu’elles ont jamais ressenti de plus doux dans le cours de leur vie spirituelle. La cause de cet inénarrable plaisir qu’elles goûtent en mourant, c’est qu’elles succombent à la force même de l'amour divin. Près de s'unir à Dieu, elles commencent à entrevoir sa
soi, et l'impression de béatitude divine, causée par Sainte, : cette vue, est si puissante qu’elles succombent. Ainsi lappela leur mort commence par un élan extatique d'amour qui que le c brise leurs liens et se termine par la claire vision et la Dieu éte pleine possession de Dieu. ” bisir de
C’est pour cela que les Saints, au lieu de craindre la dailleurs
mort, soupiraient après elle, trouvant trop long leur ser Dieu exil sur la terre, et la désiraient avec une ardeur irré- une seul sistible. M pourquo
Le grand Apôtre avai#ce désir, lorsque, écrivant 1 nous son aux Philippiens, il leur disait: “ Ma vie c’est Jésus. toujours Christ et la mort m'est un gain. Que si cependant pourra te je demeure plus longtemps dans ce corps mortel, je porte ; je tirerai du fruit de mon travail : aussi je ne sais que me sois 1 choisir ; je me trouve pressé des deux côtés : car, Æbienheur d’une part, je désire être dégagé des liens du corps et immense être avec Jésus-Christ, ce gui est sans comparaison le liberté de meilleur ; et de l’autre, il est plus utile pour vous que je st longu
demeure encore en cette vie Ed'acquéri Ecoutons maintenant saint Alphonse parlant de là oui désire
séraphique Thérèse de Jésus: ‘“ La mort, objet de là in mot t(
plus grande frayeur des mondains, est ce que désirent Men cette
le plus les amis de Dieu. Les uns appellent cette vie Et sai
une prison : saint Paul l'appelle une véritable mort ! Fa mort, d
Mais qui pourrait exprimer la tristesse et les angoisses Di Z mort
extrêmes que le désir de mourir faisait éprouver à notre ( ) Sa v k tonfesseur,
sée par . Ainsi jour qui
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écrivant t Jésuspendant rtel, je sais que S: Car, corps et aison le
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goisses
à notre
Sainte, surtout depuis le ‘temps où Notre Seigneur lappela à son parfait amour. Elle écrit, dans sa vie (1),
Bouc le désir ‘qu’elle avait de mourir pour aller voir
Dieu était si grand, qu’il ne lui laissait pas même le bisir de penser à ses péchés... La Sainte pensant d'ailleurs au danger où elle était durant sa vie d’offenser Dieu et de le perdre, disait qu’un seul jour et même une seule heure lui paraissait un temps trop long. C’est pourquoi elle s’écriait : ‘ Hélas ! Seigneur, tant que nous sommes en cette misérable vie, la vie éternelle est toujours en danger. O vie, ennemie de mon bien, qui pourra te finir ! Je te supporte parce que Dieu te supporte ; je te conserve; parce que tu lui appartiens : ne me sois ni perfide, ni ingrate. Oh ! quand viendra le bienheureux jour, où je me verrai abîmée dans l’océan immense de la souveraine vérité, où tu n’auras plus la liberté de pécher... Oh! Jésus, que la vie de l’homme ist longue ! Elle est courte, considérée comme moyen
d'acquérir la vraie-vie, mais elle est longue pour l’âme
qui désire se voir en la présence de son Dieu !” En in mot tout son soulagement et toute sa consolation, en cette vié, était de penser à sa mort. ”
Et saint Alphonse parlant lui-même de ce désir de
Da mort, dans son précieux Livre de “ Za préparation
à la mort,” dit : “ Comprenons bien que celui qui offre
(1) Sa vie, écrite par elle-même, sur l’ordre formel de son confesseur, |
Vol = à Dieu sa mort, fait envers Dieu /'acte d'amour le plus de Iu parfait possible . ... Celui qui aime Dieu doit soupirer leque après la mort. C’es{un signe de peu d'amour pour Dieu Frère
que de n’avoir pas le désir d'aller bientôt jouir de sa sa dr
vie, avec l'assurance de ne pouvoir plus le perdre! “ Pie Aimons donc le bon Dieu le plus pôssible, dans cette vant vie : le degré d'amour que la mort trouvera en nous dit-il sera la mesure de l'amour dont nôus aimerons Dieu vous dans le ciel, pour toute l'éternité ! ” Anto:
Les Pères du désert, les Solitaires de la Thébaïde eue P comprenaient bien cette consolante doctrine, et l’un nos d'eux, saint Jean Clymaque, nous a laissé sur le désir envo) de la mort, cette parole mémorable : ‘ Il est digr: de malac louange, celui qui attend la mort, comme devant ar: saint ver chaque jour ; mais celui-là est un Sax, quil lui. L désire à chaque heure ! ” ruren
EXEMPLE. —- Au royaume de Portugal, un hommelS tant | appelé Pierre de Pierre, riche et puissant, était fort comm attaché à l'Ordre des Frères-Mineurs : c’est pourquoif@ ans, r il leur concéda dans ses propres terres tout l’emplace- de lé
ment nécessaire pour le couvent et de nombreux ma- reçu
tériaux pour le construire. Cependant cet insigne bien-Æ avec 1
faiteur des Frères tomba gravement malade : or une
nuit, le malads étant dejà à l’agonie, quatre Religieux
étaient là avec beaucoup Gamis, veillant, priant et attendant son dernier soupir. Le moribond avait pris
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de lui, par dévotion, le-grand habit de l'Ordre, avec lequel il désirait être enseveli. Mais voici que deux Frères-Mineurs viennent se placer à son chevet, l’un à sa droite et l’autre à sa gauche; et l’un des deux lui dit :
‘ Pierre, nous connaissez-vous ? ” Le moribond retrou-
vant assez de voix pour répondre : “Je vous reconnais, *
dit-il pour des Frères-Mineurs, mais je ne sais pas qui vous êtes. — Jé suis saint François et celui-ci est saint Antoine: à cause de la dévotion que vous avez toujours eue pour nous et à cause de toutes vos largesses envers nos Religieux qui habitent ce couvent, Dieu nous a envoyés pour vous consoler et vous guérir de cette maladie. ” Alors le malade adorant le Très-Haut, pria
sant François de daigner bénir l’habit qu'il avait avec lui. Le saint accéda à sa prière et tous les deux dispa-
rurent. Quant au moribond il recouvra la santé avec tant de célérité que tous les assistants en restèrent comme frappés de stupeur. Pierre vécut encore douze ans, ne gardant la clef d'aucun trésor si ce n’est celle de l’écrin où il renferma le précieux habit qui avait reçu la bénédiction du séraphique Père saint François avec lequel il fut enseveli !
Répons Miraculeux, vuir page 127.