SAINT ATHANASE ET LE DOGME TRINITAIRE
Cette vénération témoignée à saint Athanase par l'école dont Basile est le plus illustre représentant et qui a dicté à son ami Grégoire de Xazianze un très chaud
panégyrique de l'évèque d'Alexandrie, pose-t-elle vraiment le problème qu'ont cru découvrir certains récents historiens de la théologie ? Ce n'est point sans surprise qu'on a pu lire, même chez des écrivains catholiques, l'affirmation fort nette qu'entre saint Basile et saint Athanasc il y avait une différence fondamentale de doctrine et que ces marques répétées de respect voilaient mal une divergence de vues irréductible. Le maître de saint Basile n'était point l'orthodoxe Athanasc, mais le chef de ces ariens modérés auxquels Athanase avait fait des avances dans le De Sy)wdis, Basile d'Ancyrc. D'autre i)art ces mêmes avances ont excité l'attention d'autres historiens et ils se sont hâtés de conclure qu'Athanase, mieux éclairé vers la (in du règne de Constance, ou désireux d'avoir à lutter contre des ennemis moins nombreux, aurait fléchi sans y prendre garde dans son intransigeance nicéenne et abandoiMié, pour se rapprocher de Basile d'Ancyrc, quelque chose de la doctrine qu'il avait longtemps défendue. Des deux côtés, on le sait, Basile d Ancyre est mis en relief comme l'auteur de la doctrine qui a finalement triomphé, et Athanase serait à tort considéré comme le docteur et le Père de l'enseignement orthodoxe sur la Trinité.
J'ai dit ailleurs S avec preuves à l'appui, ce que je pensais de ces afiirmations en ce qui concerne saint Ba-
Cf. F. GwAi-LEiiA. Le Schisme d'Anlioclie. Conclusion. Paris 1905, p|). 303 et sq, On y Irouvera la bibiiograiihie de la question.
sile ; ici, je dois reprendre brièvement la question en l'élargissant pour caractériser le rôle doctrinal de saint Athanase dans la question trinitaire.
Une exagération évidente est d'abord à écarter, et ceux-là même qui ont délibérément affirmé une opposition de doctrine entre saint Basile et saint Athanase ne l'ont pas toujours évitée : Athanase ne résume pas à lui seul tout le développement de la doctrine trinitaire jusqu'à saint Basile. Il nous est difficile de nous faire une idée exacte de son rôle à Nicée ; il est certain qu'il n'a pas été ce que certains panégyristes prétendent. Non seulement ce n'est point saint Athanase qui y a eu la part principale et prépondérante, mais, très probablement, il n'a joué, lui, encore simple diacre, dans cette assemblée où des deux parts il y avait des évéqties, théologiens savants et écrivains distingués, qu'un rôle secondaire, nullement comparable à celui du prêtre Malcliion, au concile d'Antioche. Aucun document contemporain ne parle de ce rôle éminent que saint Grégoire dcNazianze, dans son panégyrique de saint Athanase, est le premier à afiirmer. Saint Athanase lui-même ne fait aucune allusion à cela, quand il écrit sur xXicéc. Sans doute, dans l'intérêt même de sa thèse, il était préférable de laisser tout le rôle aux ôvêques ; il paraît diflicile pourtant qu'une fois ou l'autre, il n'ait point eu l'occasion, si réellement les faits s'y prêtaient, démontrer comment sur tel ou tel point il avait réfuté l'adversaire ou fait accepter ses vues. Eustalhe et Kusèbcsur ce point sont d'accord avec lui ; la chscussion a lieu
outre les évèques"; on ne voit pas que d'aulivs membres (lu clergé v soient intervenus.
Il faut, (le plus, — et c'est là une idée qui n'a pas été jusqu'ici suftisamment mise en lumière, — se rappeler quAthanasc n'appartient pas à proprement parler à la génération de Nicée. On peut distinguer trois générations de docteurs au iv* siècle, jusqu'au concile de Constantinople(38l). La première, estcelle desXicécns, en pleine maturité du talent au moment où se réunit le concile. Elle est brillamment représentée du côté orthodoxe par Alexandre d'Alexandrie, Eustathe d'Antioche et, dans une certaine mesure, par Marcel d'Ancyre. A l'exception de ce dernier, mort peu de temps après saint Atlianase, cette génération disparaît quelques années après le concile. A sa place se lève celle d'Athanase et de Cyrille de Jérusalem, qui hérite des travaux de ses devanciers, en fait passer la moelle dans ses propres œuvres et rapidement les fait oublier. Il restera de ces ancêtres un nom et de rares fracrmcnts. Leurs jeunes remplaçants se verront souvent attribuer indûment le fruit de leurs travaux. C'est ce qui est arrivé pour saint Atlianase. On a oublié que, pendant la première période de la lutte entre l'hérésie arienne, que l'on peut clore à la déposition d'Eustathe en 330, Atlianase n'a encore rien publié contre l'arianisme. Pourtant la lutte a été violente et les écrits nombreux. J'en ai rapporté plus haut les preuves ; il suflit d'ajouter ici que saint Jérôme présente Eustathe, l'écrivain le plus distingué du premier tiers du iv^ siècle, comme
un polémislc iiil'aligable contre les ariens, aduersus arianum dogma multa componens * et nous savons en effet qu'entre autres ouvrages, il avait composé un traité Contra Arianos en huit livres. Tout ce travail n'a point été perdu pour la génération suivante. Tel argument, telle interprétation dont on a fait honneur à saint Athanase, est démontrée chronologiquementantérieurc à lui et doit être restituée à Marcel d'Ancvre ou à Eustathe. Ainsi l'interprétation qui voit dans le texte Prov. 8, 22, une allusion à l'Incarnation. On a prétendu récemment que, dans la controverse arienne, l'argument patristique avait été complètement laissé de côté jusque vers 3o0 et l'on a fait honneur à saint Athanase de lavoir le premier fait servir à la défense de rorlho- (loxic. 11 est vrai que les ariens n'y ont jamais insisté. 11 suffit pourtant de parcourir les fragments cités par Eusèbc de Césarée dans ses livres contre Marcel d Ancyrc, pour constater que dès le début ariens et catholiques ne l'ont point négligé-. Si, au lieu de fragments inllmes, on avait les ouvrages entiers, ces constatations se multiplieraient facilement. Dans l'état actuel des documents, il est impossible de préciser ce qu'Athanase doit à ses devanciers, et par suite quelle est son
* S. jKiiùME. De Viris llluslrihus, éd. Beriioiilli. c.8d.
- Maivel discuto un le.xto d'Origéne invoqué par les niions. Je trouve encore des allusions patrisliques faites par Eiisébe de Césarée et Eusébe de Nicomédie, Asiérius, Paulin de Tyr. La l)lirase dAle.xandre d'Alexandrie invoquée pour nier lutilisation des documents patristiques, du C(Mô des ariens, doit donc être entendue avec certaines réserves.
originalité et sa part personnelle dans renrichissemcnt (le la théologie trinitaire.
En revanche, sa position vis-à-vis de la troisième génération, celle de Basile, des deux Grégoire, de Didymc est facile à établir. Si aujourd'hui toute une pléiade de critiques cherchent à modifier les idées reçues et, au lieu de la dépendance étroite jusqu'ici reconnue, veulent établir un certain antagonisme entre les deux enseignements, celui d'Athanase et celui de ses successeurs immédiats, cela tient, je crois, à un manque de rigueur dans la position du problème et les recherches faites pour le résoudre. D'une part, on n'a pas suffisamment distingué dans l'étude do la question trinitaire, ce qui est le dogme et ce qui est la spéculation théologique, édifiant sur le dogme des systèmes ou élaborant des démonstrations et des synthèses de valeur discutable; d'aulre part, plusieurs critiques, séduits par certaines expressions, n'ont point ajjprofondi les doclrines elles-mêmes et ne se sont point livrés au patient travail de la recherche méthodique, visant à ne laisser hors de compte aucun élément de discussion, recueillant avidement les moindres traits propres à éclairer une i(h''e, à marquer une nuance, à compléter une physionomie. On parle volontiers dévolution doctrinale, de différence des temps et des milieux pour expliquer les divergences plus ou moins accusées; encore faut-il avoir d'abord dûment constaté ces divergences. Kn tenant compte de ces deux aspects de la question, voici ce que
INTllODUCTIOX 33
je crois être la vérité sur la doctrine de saint Atlianase. Saint Athanasc n'est pas un théoloj^ien dans le sens technique du mot. C'est un doctejur qui commente le dogme, tel que la tradition etl'l'xriture le lui transmettent. Fraisant face à des ennemis qui portent la latte au point vital, il n'a pas le temps de spéculer sur les idées ; il commettrait même parfois une faute de tactique à essayer de bâtir une théorie pour mieux faire accepter sa doctrine. On peut scruter les œuvres trinitaires de saint Athanasc, on n'y trouvera point les éléments de ce qu'on est convenu d'appeler un système, je veux dire une série de principes grâce auxquels on coordonne les vérités dogmatiques, on les enchaîne les unes aux autres, on en déduit des conclusions de plus en plus précises dont l'ensemble s'étend bien au delà du champ directement atteint par le dogme. Alhanase, au moins en ce qui touche le dogme trinitaire, n'appartient point à la classe des constructeurs. Voulez-vous savoir par exemple comment il se représente abstraitement le mystère de la Trinité, à quelle formule il a recours pour résoudre l'antinomie apparente entre ce que l'on a appelé plus tard les personnes et la nature? Vous n'y arriverez point. De parti pris, il s'est abstenu de toute recherche en ce sens. Une seule fois il a examiné la question en juge de la foi, au concile d'Alexandrie, obligé qu'il y était pour tlonner une décision doctrinale. 11 a conclu à la liberté d'expression (Ml prenant soin de bien faire délinir le sens concret allaclié par cliaque partie aux mois hypo&tase et
oiisie. Personncllcmonl il n'a jamais cherché à caractériser les trois lermes divins par une expression philosophique, et l'on n'est pas peu étonné, après la déclaration si nette du concile d'Alexandrie, de le voir, sur la lin de sa carrière, condamner indirectement cette déclaration en insistant sur lidentité entre Voiisie et Vhijposlase telle que la concevait le concile île Nicée ^ I
Si au point de vue de la spéculation lhéologi((ue i
sa valeur est peut-on dire nulle, au point de vue | dogmatique, sa maîtrise est incomparable. Nul au j IV'' siècle ne me parait le surpasser j)our l'ampleur dans le développement de la doctrine, la richesse de l'information scripturairc et, en dépit des défauts qui lui sont communs avec son temps-, l'à-propos de ses citations bibliques ; surtout parla profondeur de sens chrétien qui lui fait comme naturellement chercher, en toute doctrine, le côté i)ar où elle pénètre jusqu'au plus intime de lame pour la vivilier, l'exciter, rénover en elle la vie spirituelle et l'énergie pour le bien. Nulle
' Comparer à ce propos le Tomus ad Anliochenos, n» 5-6 (P. G. t. 2(5, c. 800-804) cl VEpist. ad Afros, wi (P. G., t. l'6, c. 103(;).
- l>n piirticiilicr ce litléralisnie excessif dont la discussion sur le fameux lexte des l'rovcrbes 8, 2:2 e^t un exemple bien connu, mais |)as du fout rare. On faisail porter toute l'aiKumiMitalion sur un mot, tiré du texte des Septante ou pris isolément, sans se soucier d'autre chose. Le défaut était commun aux ariens et aux (•atlioli(|ues et il n'a point disjjaru avec le iv« siècle. Athanase a cependant protesté plus d'une fois contre ce vice de méthode, mais sans toujours y renoncer en praticpie, tellement l'habitude était forte.
IXTUODUCÏIOX 35
part on n'apprendra mieux comment des dogmes, môme les moins accessibles à la raison humaine, peut jaillir une source féconde de vie et d'émotions supérieures. La Trinité n'est point pour lui une entité abstraite,que la foi impose à l'intelligence du croyantmais qui doit rester sans iniluence sur la vie pratique ; elle est vraiment le tout de la vie comme de la pensée chrétienne. Ils sont vivants à son cœur les trois de la divine unité, le Père, le Fils, l'Esprit Saint ! S il ne cherche pas à caractériser leurs relations abstraites, il a appris de rKcriture et il redit à plaisir les intimes liens qui les unissent par la Paternité, la Filiation et le Don. 11 étudie leur rôle et montre leur amour pour l'homme dans la Création, l'Incarnation et la Rédemption, dont la lin est la déilication (pii nous rend lils adoptifs du Père, tians le Fils, par D'esprit Saint. l']n même temps que ces mystères mettent en vive lumière l'opposition fondamentale et inlinie entre nous, créatures, et le Fils et l'Esprit (jue les ariens s'efforcent de rabaisser vers notre néant, ils font ressortir la richesse de ri^^tre divin. Athanase ne se lasse point dénoncer, sous toutes les formes et à toute occasion les deux ou trois j)rincipes qui résument pour lui le mystère : Le Fils procède du Père par génération, non par création ; il ai)partientdonc à la substance du Père, don! il est ainsi l'image vivante, "iô-.ov -J^; r/jci-x; toj llaToô^ yiwYjîjia. C'est \c 7'ejaUlissement de Id source ^ Véclat inséparable de la lumière. De son côté l'Esprit appartient à la substance tlu ImIs (If ([ui il r(M;oit, v\, |)uis(|U(' le ImIs esl dans le
Père, comme l'Esprit est dans le Fils dont il est limage, il y a dans la Trinité une union mystérieuse de nature, qui dans une substance commune produit une commune opération et n'a rien à voir avec l'union morale seule accessible à la créature. La génération humaine d'ailleurs, par suite de la simplicité de l'Etre divin, na qu'une très imparfaite analogie avec la génération divine.
Hors de ces idées qui sont le mystère lui-môme, Athanase ne veut rien entendre. Ni sa foi, ni sa piété ne trouvent à gagner, à scruter des profondeurs audessus de riiumainc intelligence. Sapere ad sobrietalem. Il veut que l'esprit respecte le mystère et s'arrête où lÉcriture reste muette. Inutile de sonder la manière dont le Saint-Esprit procède de Dieu ; tenons ferme à son existence, croyons à son rapport étroit avec le Fils et par le Fils avec le Père, à son identité de nature avec eu,\et,pourle reste, respectons le secret divin.
Mais autant il inculque ces principes fondamentau.v et les répète, sans se lasser, délibérément, — ne nous lassons pas de redire les mêmes choses est une phra.se favorite dAthanasc, — autant il est large sur la manière de les exprimer. Les choses importent, non les mots, dit-il quelque part. Et cela explique comment lui, défenseur si opiniâtre de Nicée, qui à plusieurs re|)rises a longuement expliqué la valeur capitale des deux expressions conciliaires h. Tr,? o'j'j'.x; et ^uloo'jit'.o;, ne s'y astreint pas en pratique et emploie volontiers
IXTRODUCTION 37
des synonymes imprécis, dangereux même el qui, chez d autres écrivains, sont devenus autant de signes caractéristiques de l'hétérodoxie. 11 parlera volontiers, comme Acace de similitude (Homéens), comme Basile d'Ancyre de similitude selon la substance (Homéousiens). C'est là une cause d'erreur pour les critiques superficiels : ils n'ont remarqué que ces mots et ils ont conclu aussitôt à un changement dans les idées d'Athanase; ils ont cru saisir une abstention calculée dans l'emploi de rôaooj^'.oç et ils en ont conclu à tort qu'Athanase au fond regrettait l'usage de ce motet ne le défendait que par fidélité à la consigne. Pden de moins conforme à la pensée du grand évoque d'Alexandrie. Il suffit de replacer ces expressions dans leur contexte pour voir combien elles sont inoffensives ; sujettes à caution, chez (l'autres écrivains, il est impossible d'y voir chez lui une atténuation ou une réserve, l'allés se précisent par les principes que je rappelais plus haut et en prennent toute la signification. Aussi à quelques lignes de distance retrouve-t-on indifféremment employé avec ces expressions inadéquates rioi.ov T-q; oùiîa; Y£vvr,'/.a, dont le sens est très clair, et les déclarations les plus formelles sur l'unité et l'identité de l'Ltre divin.Quantàro[Jioo'j'7io;,à lire les IJiscoiu^s contre les ariens comparés au De Synodis, DeDecrelis nicaenx Synodi, à la Lettre à Jovien et à la Lettre ad Afros appartenant aux dates les plus diverses, on constatera aisément que saint Athanasc y a recours à toutes les époques. Il faut se méfier des constatations
38 I-E DOfiME DE LA TRINITÉ
inconiplt'lcs. N"a-l-on pas tiré argunicnl coiilro lautlionticilé du Je Virginitate iMvihué à saiiil Alhanase (le remploi du mot 6ïôtoxo^? 11 a bien fallu écrire depuis que le mol était courant dès le iii^ siècle et il suffisait de lire quelques pages du troisième discours contre les ariens pour l'y relever trois fois.
Vers la lin de la carrière dAthanase, quand à ses côtés viennent se ranger des hommes de la valeur des deux Grégoire et de saint Basile, la situation est changée comme les goûts. La démonstration telle que la concevait Atiianase est insuflisante lorsqu'il s'agit de répondre aux syllogismes d'Aèce ou aux sui)lilités d'Kunome. Ces hérétiques se font gloire de cultiver Arisfote et d'en utiliser la dialectique. Athanase, tout en maniant supérieurement le raisonnement et sans ignorer la philosoj)hie, en dédaignait l'usage. Les Cappadociens aiment par goût la spéculation et par devoir il leur faut envisager le coté philosoj)hique de la question trinitaire. Avec des nuances d'ailleurs; où Grégoire de Xysse va de l'avant en pleine conliance, son frère Basile procède avec les plus grandes j)récautions; il préfère ne j)oinl dire toute la vérité plutôt que de la dire au moment jxmi opj)ortun. Grégoii-c de Xazianze qui, très délibérément, j)rèclie « sa Trinité », connue il l'appi-lle, fait peu de cas des subtilités où s'empêtre j)lus d'un orthodoxe malhabile. Néanmoins ils ont ceci de commun qu'au dogme j>ro|>rcmenl dit ils s'efforcent, à la suite de saint Basile, d'adapter un vêlement philo-
sopiliquc, cnliarnioiiioavec l'enscigncmenl clos écoles, capable de le protéger contre les attaques de l'aristotélisme arien. Et en cela il est bien évident qu'ils diffèrent profondément d'Athanase ; il serait puéril de le méconnaître ^ Mais là n'est point le cœur du débat. 11 s'agit de savoir si, non point dans le développement du dogme, mais dans son exposition et sa démonstration, les Cappadociens sinspirent de principes difîérents de ceux de saint Athanase ; s'ils conçoivent les relations entre les personnes et la constitution intime do la Trinité, autrement que lui, si, comme on le leur a reproché, ils ont substitué à la conception nicéenne de l'unité de substance, celle de similitude de substance, trithéisme déguisé, compromis illogique entre l'arianisme pur et la pure orthodoxie, ])roposé à l'Kglise par Bacile d'Ancyre.
J'ai dit ailleurs que non et, après létude nouvelle et plus intime de l'œuvre de saint Athanase que suppose ce livre, je maintiens énergiquement ma première réponse. 11 n'y a pas d'opposition réelle, — (mi ce qui concerne non ])as ]c développement systématique, mais le dogme lui-même, — entre la conception d'Athanase et celle des Capj)a(lociens. Ceux-ci n'ont ni menti, ni été aveugles lorsqu'avcc tant d'insistance ils se sont proclamés les disciples de l'évèque
' C'est la \ raie portée de ce (lu'uii a appclr la iiiicslioit des hijposlases, en ee qui concerne Allianase it les Cappadociens. Sans reiunrir aux termes piiilt)Snplii(pies, nul n'a at'liirné plus nettement ipie révi-ipie d'Alexaiulrie la réalité indi\ iiluelle des t(-rmes divins et leur distinction.
dAloxandrie. Comme lui, ils ont tenu ferme à la dilïérence fondamentale entre la création et la généralion divine, à l'âx tyjÇ oO'îCa:, à T'îaoo'jcioi; et à la formule de Nicée, Basile n'est que lécho d'Alhanase lorsqu'il répète que la formule de Nicée suiïît et la transcrit à l'usage de ses correspondants. Comme lui encore, il trouve que, seule, la doctrine du Saint- Esprit a besoin de développement parce qu'au concile de Nicée, elle n'était point encore spécialement mise en question. Que lui et ses amis aient moins goûté les comparaisons scripturaires de la lumière et de la source auxquelles saint Athanasc revient si fréquemment, c'est compréliensibl(% mais le fait n'a aucune importance. 11 s'agit là d'un détail de démonstration qui peut nous renseigner sur la différence de mentalité entre les deux générations, il ne comporte pas une diiïérence de doctrine. Dans ces questions où l'analogie joue le grand rôle, il est facile de voir que tel esprit trouve son compte dans une comparaison qui plaît moins à une autre. Chacun va à la vérité par les chemins qui s'adaptent le mieux à son tempérament et à ses ressources. 11 ne s'ensuit pas que la vérité change d'autant et ne soit pas la mém(> pour être perçue sous un angle différent. Où Athanase préférait l'adoration muette pleine de respect devant le mystère, les Cappadociens ont cru pouvoir entr'ouvrir le voile et découviir quelque rellet nouveau de la vérité ; eux-mêmes interrogés sur rKsj)rit Saint afiirmaient énergiqucmenl sa divinité, mais se refusaient à scruter son mode de
subsistance. Saint Aiiyusliii venu après eux na point eu les mêmes scrupules et, après lui, les scolastiques ont poussé plus loin encore leurs investigations. Estce à dire qu'à chacune de ces étapes le dogme a évolué et s'est enrichi substantiellement ? Quel catholique oserait le soutenir ? Nous ne sommes pas plus éclairés aujourd'hui sur la nature intime des relations divines qu'au temps de saint Athanase, mais, dans le trésor scripturaire où il avait puisé abondamment, d'autres ont puisé à leur tour, ils ont développé des analogies que saint Athanase n'avait point remarquées ou qui l'avaient laissé froid. Il est loisible à chacun de préférer-la richesse des considérations psychologiques de saint Augustin à la sobriété primitive de l'évèque d'Alexandrie, l'important est de ne pointprendrcle change en attribuant un rùle essentiel à des idées accessoires et de transformer en dissentiments dogmatiques ce qui n'est qu'une simple divergence dans la manière de présenter la même vérité '■. C'est à faire ces distinctions que doit s'appliquer l'historien du dogme conscient de son devoir; loin de lui dissimuler les nuances et les caractéristiques qui diversilient la trame de l'évolution théologique d'un dogme au cours de son histoire,
» 11 laiil lire sur loul cela le beau livre ilu P. nr. Ri^uîxon : Eludes (le Ihéolof/ie posilive .sur la Sainle Trinitc, Paris, 1892-98, siirloul les tomos III cl IV oi'i est développoo la doginali(iuo groi'(iiu'. 11 osl regrotlahlo que ses conclusions restent si étranj,'i>res aux lrailésclassi(]ues de théoloij;ie. Ce serait rendre un réel service que do les grouper en (lueUpies pages i»lus accessibles ii lensendjie des lecteurs intt'ressés.
42 I-E DOGME Ï)E I.V TIUNMTK
elles l'aideronl à mieux préciser lalliLLule de ciiaque docteur et, son ini|)ortancc dans le mouvement de la pensée. Il n'est pas nécessaire d'opposer saint lîasilo à saint Atlianase pour leur assurer à chacun un rôle important dans le développement delà théologie trinitaire; il suffit de constater qu'ils n'appartiennent pas à la même p:énéralion et ont eu chacun une tâche difîércute à remplir.
Sainl Alhanrtso n"a point écrit (\c ti-aitô niôlliodique contre les ariens. Son ouvrage [capital en li'ois livres. VOvatio contra Arianox peut sans doute se ramener à qiiel([ues idées [)rincipales et embrasse l'ensemble des points contestés par les adversaires. On y chercherait cependant en vain la rigueur de la composition et la propoi'lion dans le développement. L'nc partie considérable du premier livre est, il est vrai, consacrée à la discussion des objections de principe, niétapliysi(iues et logiques, sur léternité du Verbe, sa génération, son immutabilité. Cependant le docteur alexandrin se meut plus à l'aise dans la discussion des textes bibliques. Dans le reste de l'ouvrage, c'est de préférence sous la forme de commentaire et d'interprétation de IKcriture (|u'il expose ses idées et réfut<> les théories ariennes. Cela lui était d'ailleurs imposé aussi par les circonstances. Vax matière de foi, la pi'cmière plac(* re\i(Mit à l'autoi-ité. i)n\ a pour soi ri<'crilur(> méi'ile seul attciilion. bes tc^xles opposés pai' les ariens fournissent de Ixmu.x Ihénies de (N'velnp- |)ement à saint Alhanase; ils prêtent aussi aux répétitions et ne favorisent point la concision du discours. 11 serait donc sans intérêt (h' respecter dans l'ordre des extraits (pii vont suivre l'ordre même suivi par saint Athanase. .le m'en suis écarté sans scrupule chaque fois
44 IF. DOr.MF, DE l,\ TRINITE
(jue liiilérùt du sujet ma paru le demander. L'important pour le lecteur est d"av(»ir une idée nette de la polémique eontre les ariens et des réponses opposées à leurs dilTicultés. Saint Athanase se répétant beaucoup, — c'est là une de ses forces, — il a fallu élaguer, à regret (}uelquefois. des développements qui pris à part mériteraient d'être connus. J'ai dû cependant laisser subsister quelques répétitions; je ne crois i)as avoir omis rien d'essentiel.
On a lu plus iuiul les déclaratiuns d'Arius et de ses principaux disciples, lis niaient (juc le Verbe fût Dieu, au sens vrai du mot : créé avant le temps par le Père, en vue de la création du monde, il n'était ni éternel, ni parfiiit par essence. C'était la créature la jilus parfaite. Verbe et Sagesse de Dieu, par une participation à la raison et à la sagesse divine, supérieurcen degré seulement à notre participation. Sans relation d'origine et d'essence avec la substance du Père, le Verbe devait à la prévision de la fidélité qu'il mettrait à exécuter la volonté de Dieu, le rang si élevé auquel le Créateur dès le début l'avait placé. Toutes ces erreurs, il est facile de le constater, sont la conséquence logique d'une négation fondamentale. Le Verbe n'est pas éternel. C'est à réfuter cette négation que s'attache d'abord saint Athanase. De sa discussion trop étendue pour être ici rapportée en entier, je détache les arguments |)rincipaux en faveur de l'éternité du Verbe et ses réjjonses aux objections subsidiaires des ariens.
Éternité du Verbe d après 1 Écriture.
(Il) Vou.s avez dit et vous j)cnsoz .sous l'inspiration d'Arius qu'il fui un temps où le Fils n'élait pas... l'-t quand vous dites encore : le Fils n cxislail pas avant d'être engendré, vous aflirmez la même chose, car les
deux signillentlc temps aiilcriciir au Verbe. D'où vous vient cette trouvaille ? Pourquoi avez-vous comme les nations /V'e'wu" et médité des mots vides contre le Seigneur et contre son Christ! [Vi. 2,1). Aucune Écriture n'a ainsi parlé du Sauveur; au contraire elle emploie les mots toujours, éternel, coexistence éternelle au Père. Car au commencement était le Verbe et le Verbe était en Dieu et le Verbe était Dieu (Jo., 1, 1). Et dans l'Apocalypse il estdit: Celui qui est, qui était, qui vient (Apoc, i, 4). Or s'il est et s'il était, comment ne seraitil pas éternel ? C'est le reproche que saint Paul, dans son Epître aux Romains fait aux Juifs : De qui est le Christ selon la chair, lui qui est au-dessus de tous Dieu béni pour les siècles (Rom., 9, 5), et, réfutant les Gentils : Ce qiiil y a d invisible en lici, par la créatioîi du monde, rendu intelligible grâce aux œuvres, est contemplé, son éternelle puissance et sa divinité (Rom., 1, 20). Quelle est cette puissance de Dieu? Lui-même nous l'enscit^^ne encore : Le Christ puissance de Dieu et sagesse de Dieu (l Coa., l, 24). Ces paroles ne signifient point le Père, comme vous le répétez souvent entre vous, (lisant que le Père est sa puissance éternelle. Ce n'est pas cela ; il n'a pas dit : Dieu lui-même est sa puissance, mais la puissance est à lui. Il est clair pour tous que à lui n'est pas lui, ni quelque chose d'étranger, mais ce ([ui appartiiMit en propre. Lisez d'ailleurs la suite du texte et tournez-vous vers le Seigneur (le Seigneur est espril) i>L vous verrez qu'il s'agit du Fils. (12) Il fait mention de la création; tout tialurolle-
niciil il Irailo de la puissance qu'elle manifeste du déniiurge, puissance qui est le Verbe de Dieu par qui louL a été fait. Si la création à elle seule, sans le Fils, suflit à faire connaître Dieu, j)renez garde d'en arriver à penser que la création s'est faite aussi sans le Fils. Si c'est par le Fils qu'elle s'est faite et si tout subsiste l)ar lui, nécessairement qui la contemple sainement contemple aussi celui qui l'a créée, le Verbe, et par lui commence à se représenter le Père. Or si, au dire du Sauveur, Nul ne connait le Père si ce n'est le Fils et celui à qui le Fils le révèle (M.vt., Il, :27); si quand IMiilippe disait: Monlre-nous le Père, il ne dit pas: Regarde la création, mais Qui 711 a vu a vu te Père (Jo., 14, {)), à bon droit saint Paul, accusant les païens de ne point trouver dans la contemplation de Iharmonie et de l'ordre de la création une idée du Verbe sou créateur, pour connaître par son moyen le Vrai Dieu et cesser d'adorer les créatures, a dit : Son éternelle puissance et sa divinité, pour signifier le Fils. Quand les saints disent : Qui existe avant les siècles et par qui il a failles siècles, ils annoncent également l'éternité et la perpétuité du l-'ils, en qui ils font comprendre Dieu lui-même. Isaïe par exemple dit : Dieti éternel, qui acrééles sommets delaterre {h. iO,:28j ;Susanne : 0 Dieu éternel! (D.\x., 33, 4:2} ; Barucli Je crierai vers l'Eternel pendant ma vie et peu après : Car f ai mis dans V Eternel l'espérance de mon salut et la joie m'est venue du Saint (lÎAK., 4, 20, ti). Puis(pie l'Apôtre écrivant aux Hébreux (I. 3) dit : La splendeur de sa gloire et Vcni-
preinle de sa substance , \)u\s(\\icD-d\u\ cUnnic RuPssiume 80 : Que la splendeur du Seigneur soit sur vous (Ps. 89, M) cl Dans la lumière nous verrons la lumière (P^. 35, 10), qui serait assez insensé pour douter (|ue le Fils soit éternel ? Quand donc a-t-on vu la lumière j)rivée de l'éclat de sa splendeur, ihi manière à dire du Fils : Un temps fut où il n existait pas, ou bien : Avant d'être engendré il 7i' existait pas. Ce que dit le Psaume 144 sur le Fils : Ton trône est le trône de tousles siècles(}?i,. i4i-, 13jécartelapenséede toutinstant même le plus minime, où le Verbe n'existait pas. Tout instant a sa mesure dans les siècles, et le Verbe est roi et créateur des siècles. Forcément donc, aucun instant ciuelconquc n'existant avant lui, c'est folie de dire : Un temps fut oit V éternel n existait point, et : Du néant vient le Fils. Le Seigneur lui-même dit : Je suis la vérité (Jo., I4,6j ; il ne dit pas : Je suis decenu la vérité, mais toujours : Je suis ; je suis le berger ; Je siiis la lumière, et encore : Ne me dites-vous pas Seigneur et Maître? Vous dites bien, car je le suis (.lo., 13,13). Qui donc entendant cette aflirmation de Dieu, de la Sagesse, du N'crbe du Père, parlant sur lui-même, aurait encore des doutes sur la vérité et ne croira point aussitôt ([ue je suis sig'uilie V éternité et rexislence sans commencement du Fils antérieure à tous les tenq)s?
(13) Ces textes indi([uent clairement tlans l'Ecriture l'existence éternelle du tils ; les suivants montreront que les mois cliers aux ariens : n'existait pas, avant, lorsque... s'appliquent dans ri'A-rilure aux
créatures. Moïse racontant nos orit^ines écrit... Et toute herbe des champs avant sa production sur la terre ; tout arbuste avant sa croissance ; Dieu n'avait point fait pleuvoir sur la terre et il n'y avait pas d homme pour la tratailler (Gex., 2, 5) ; au Deutéronome : Lorsque le Très-Haut divisait les peuples (Deut., 32, 8). Le Seigneur de lui-même affirmait : Si vous m'aimiez, vous vous réjouiriez parce que f ai dit: Je vais à mon Père parce que le Père est plus grand que moi ; d'avance je vous le dis maintenant avant que cela n'arrive, pour quelorsque cela arrivera vous croyiez (Jo., 14, 28). Sur la création, Salomon dit : Avant la création de la terre et des abîmes, avant V apparition des sources, avant d'asseoir les montagnes et toutes les collines, il m'engendi'a (Prov., 8, 23j et Avant qu existât Abraham, je suis (Jo., 8j. Sur Jérémie, il est écrit : Avant que je ne te fortne dans le sein , je te connais (iÉR. , l,o). David chante. Seigneur, tu as été notre refuge de génération en génération; avant la création des montagnes et la formation de la terre et deVunivers, de l éternité à l'éternité tu existes (Ps. 88, i), et au Livre de Daniel Susanne cria à haute voix et dit : 0 Dieu éternel, qui connais les choses cachées et sais les événements à l'avance (Dax., 13,42).
En conséquence les expressions : il ne fut pas toujours, avant d'être, lorsque ^^i semblables conviennent aux choses produites et créées, faites du néant, mais sont étrantçèrcs au Verbe. Si elles s'appliquent aux créatures, tantlis que l'Kcrilure parle de toujours à
LE DOOME DE LA THINITÉ 49
propos (lu Fils, ce n'est donc pas, tlicomacjues, du néant que* vient le Fils, ni parmi les créatures qu'il faut le mettre. 11 est l'image du Père et son Verbe éternel ; pas de temps où il n'aitpas existé; il existe de tout temps comme la splendeur éternelle d'une lumière existant éternellement. Pourquoi donc imaginez-vous des temps antérieurs au Fils ? Ou pourquoi des temps après lesquels vous blasphémez le Verbe par qui ont été créés les siècles ? Comment temps ou siècles auraient-ils pu exister, quand, selon vous, le Verbe n'existait pas encore, par qui tout a été fait et sans qui rien de ce qui existe n'a été produit? El pourquoi, signifiant le temps, ne dites-vous pas clairement. Il y eut un temp'!^ ' où le Verbe n'existait point, ^'ous dissimulez le mot temps pour tromper les simples et vous cachez votre vraie pensée. Cette dissimulation est dévoilée, car vous parlez de temps quand vous dites : 11 y eut un moment où il n'existait pas avant d'être engendré".
La Trinité est éternelle.
Je sit>-n;ih' ;ui NmIcui' le passaj^'o suivanl. comme iin[)()rlaMt pour liiisloirc du dog'mo li-inilaii'c. On vu trouvera ûv s(Miil)lal)l(>s plus loin à propos du Saiiil-Es- |)ril. Il exprime dailUMU's une pensée raniilière à saint
' La ])liraso "rocquo n'oxprinio pas liltrr;ilemi>nl l(>niot fempsc par siiilc est moins pii'oise (pic la (r;(iliiftion iircoiisilée par le fraiii^ais : "Hv t:ot£ ots oùx y/.
- Oral. I. Coiit.Arian., 11-13.
50 I-E Dnr.ME DE LA TRINITE
Athanasc. Volontiers certains critiquesadmeltraicntqu'au début de la controverse arienne, l'idée même de la Trinité était restée complètement dans l'ombre et qu'aux environs du concile de Nicéc l'on envisageait seulement la dualité du Père et du Fils. Beaucoup plus tard seulement, vers 3G0, on se serait occupé du Saint-Esprit. C'est présenter inexactement les faits. Dès la première heure, Arius, en deux passages qui nous ont été conservés, — j'en ai rapporté un i)lus haut—, nie([u'il y ait communauté de substance entre le Père, le Fils et l'Esprit Saint et proclame, à grand rcnlort de synonymes, qu'il y a trois substances absolument indépendantes les unes par rapport aux autres et différant entre elles à linfini. Cette erreur a été relevée par ses adversaires, non pas seulement en ce qui concernait le Verbe, mais sous la fornialilé expresse de la Trinité. Le passage de saint Athanase en est ime preuve. Ce qui reste vrai c'est que, sans perdre absolument de vue la Trinité, les ariens et leurs adversaires se sont surtout occupés du Verbe. Il est facile de le constater dans les ouvrages de saint Athanase. Dans les passages mêmes où il fait mention formelle de la Trinité, sans aucune distinction de personnes comme ici, lorsqu'il en vient au détail, il s'arrête le plus souvent à étudier les rapports du Père et du Fils, sans parler du Saint-Esprit. 11 lavait pourtant présenta sa pensée puis- (ju'il parle de Trinité. Les pages consacrées plus loin aux extraits sur le Saint-Esprit éclairent cette anomalie : Pour les (irecs il y avait entre le Saint-Esprit et le Fils, les mêmes rajjports c{u'entre le Fils et le Père, sauf la génération. Il siilTisait donc d'étudier ces derniers; l'application au Saint-Esprit se faisait ensuite sans difficulté. C'est ainsi que procède saint Athanase dans les Le</rc.s à Sérapion.
Si le Vorho no coexiste pasétcrncllemont au Père, il
n'y a pas do Trinité éternelle. Il y a eu d'abord monade et, par accroissement, se produisit plus tard la Triade. Ainsi avec le temps, selon leur opinion, s'accrut et se constitua la connaissance de la théologie'. De même si le Fils n'est pas engojidré en propre de la substance du Père, mais est issu du néant, la Trinité se constitue du néant; il y eut un temps où n'existait pas la Trinité, mais seulement la monade. La Trinité est ainsi tantôt incomplète, tantôt complète; incomplète avant la production du Fils, complète après; de plus, ce qui est produit est au même rang que le créateur et ce qui quelque temps n'existait pas est déifié et glorifié avec ce qui a toujours été. Chose pire, la Trinité se trouve être dissemblable en elle-même, composée de natures et de substances étrangères et sans rapport, ce qui revient à dire que la Trinité dans sa formation est produite. Quelle est donc cette piété qui n'est pas constante avec elle-même, mais se complète par l'évolution des temps et se trouve tantôt dans un état, tantôt dans un autre? Il lui convient d'avoir encore de l'accroissement et cela à l'iniini puisque, une fois déjà et dès le début, c'est par cet accroissement qu'elle a été constituée. Il n'est pas douteux non plus quelle peut diminuer. Ce qui est ajouté peut évidemment être enlevé.
(18) Mais cela n'est pas, oh non! La Trinité n'est pas produite mais éternelle; unique est la Divinité dans la Trinité, unique la gloire de la Sainte Trinité. Et vous
' ©soXoYÎa au sons tocliniqiio: ce qui conccrno l'Ktro divin on lui-môme, par opposition à iotxovoijiîa de l'Incarnation.
52 I.E DOOME DE r, \ TRINITE
osez la déchirer en natures différentes! Le Père étant éternel, vous dites du Verbe assis près de lui : // y eut ini temps où il n était pas; le Fils étant assis près du Père^ vous voulez le mettre loin de lui ! La Trinité est créatrice et active et vous ne craignez point de l'abaisser au rang du néant, vous navez pas honte d'égaler les esclaves à la libre Trinité et de ranger le Roi Seigneur des armées avec ses serviteurs ! Cessez de brouiller ces êtres qui ne peuvent se confondre, ou plutôt le néant avec l'être. Parler ainsi n'est pas glorifier et honorer le Seigneur, mais l'injurier et le déshonorer, car déshonorer le Fils, c'est déshonorer le Père. Si maintenant la théologie est parfaite dans la Tiinité, et si c'est là la vraie et unique piété, où réside la beauté et la vérité, il fallait qu'il en fût ainsi toujours, sinon la beauté et la vérité seraient adventices et la plénitude^ de la théologie serait due à laccroissement. il fallait donc qu'il on fût ainsi dès l'éternité. Si dès l'élernilé il n'en était pas ainsi, maintenant cela ne saurait être, mais serait, comme, selon vous, il en a été au commencement, de sorte que la Trinité actuellement n'existerait point; Aucun chrétien ne supporterait pareils hérétiques. Aux païens de se faire une' Trinité produite et de l'égaler aux choses créées, car ce qui est créé admet seul diminution et augmentation. Les chrétiens eux reconnaissent dans leur foi la bienheureuse Trinité, conuiie immuable, parfaite, toujours dans le même état; ils n(> connaissent rien en plus de la divinité, ni un étal imparfait de celle-ci dans le
LE du(;me de la tuimte 53.
passé, car il y a impiclc dans les deux cas. Aussi la loi reconnail-elle ([ue la Trinité eslpure deloutmélange avec les êtres créés; elle l'adore, <:^ardant indivisible l'unité de sa divinité et, fuyant les blasphèmes ariens, elle confesse et reconnaît l'éternité du Fils. 11 est éternel comme est éternel le Père dont il est le Verbe ^
Eternelle fécondité de la sagesse et de la vie en Dieu.
Ce nouvel argument pour l'éternité du Verbe .s'inspire à la fois (le rEcrilurc el de la raison. 11 y a dans l'écriture une double alfirniation. Le Verbe est saiç-cssc et vie au sens |)r(ipr(\ substaiiliciienieiil et non |)ar analogie ; le Père est aussi au sens propre, source de sagesse et de vie. Or parler de souree, c'est parlei' néecssairenient de génération; la géiiéi'ation prise en général, étant pour saint Athanase toute communication réelle de substanec. L'idée de souree et l'idée d'infécondito sont contradictoires; la source étant éternelle, la sagesse et la vie qui en découlent le sont aussi nécessaii'ement. Le Fils étant de la substanec du l'ère ne peut qu'être éternel.
Dieu est source de Sagesse et de Vie. C'est ce que dit l'Kcriture dans Jérémie : Ils ni ont abandonné moi source cV eau vive (Jeu., -, 13), et encore... Que ceux qui se sont séparés de toi soient écrits sur la terre parce qu ils ont abandonné lasource de vie, le Seigneur {ién., 17, ri) ; dans Baruch : Vous avez, abandonné la source de la sagesse [Uxix., 3, lH). H suit île là ([ue la ^'ie et la
' Oral. 1. Coiit. Ariaii., 17-18.
Sagesse ne sauraieiil cire clraiigèrcs à la substance (le leur source, elles lui apparliennenl ; elles n'ont pas été quelque jour sans exister, mais sont éternelles. Elles sont le Fils qui déclare : Je suis la vie (Ju., 14, 6), et Moi, la Sagesse, j'ai mis ma tenle dans le conseil (Paov. 8, 12j. Conimentclonc n'ya-t-il pas impiété à dire : // fui un temps oit le Fils n'élail pas ? Cela revient à dire : 11 fui un temps où la source était inféconde, sans vie ni sagesse. Ce ne saurait être une source, car ce qui n'engendre pas de soi n'est point source. Quelle absurdité en tout cela ! Dieu déclare luimême que ceux qui font sa volonté seront comme une source qui ne tarit point. Tu seras rassasié, dit le prophète Isaïc, comme le désire ton âme, tes os s'engraisseront et tu seras un jardin planlur eux et comme une source qui ne tarit point (Is., 58, 11). Ces gens-là osent injurierDieu source de sagesse en affirmantqu'il a quelque temps été stérile et privé de sa propre sagesse? Mais ce qu'ils disent est faux. La Vérité témoigne que Dieu est source éternelle de sa propre sagesse. Si la source est éternelle, forcément la Sagesse elle aussi doit être éternelle. C'est en elle que tout a été fait comme chante David : Tu as tout fait dans la sagesse (Ps. 103, 24). Salomon dit : Dieu a fondé la terre dans la Sagesse, cl a préparé les deux dans la Prudence (Puov., 3, 19). Or la Sagesse est le Verbe et par lui, comme dit saint Jean, tout a été fait, et sans lui rien ne s'est fait (Jo., 1, 3). Lui-même est le Christ. Un seul Dieu le Père, de qui vient tout et nous, nous sonuyies
LE DOliMK DE LA TniNIïÉ 35
pou)' lui; un seul Seigneur Jésus-Clirùl par qui tout et noies par iui(l Cu»., 8, 5j. Si tout est par lui, il ne saurait être conipLé dans ce tout. Celui qui ose aflirmcr que celui par qui esl Loul est lui-même partie de ce tout, doit raisonner de même au sujet de Dieu de qui vient tout. Mais si on rejette ceci comme absurde et si on l'écartc, Dieu étant distinct de tout, il est logique dafiirmer que le Fils unique, issu en propre de la substance du Père, est étranger atout. S'il ne fait pas partie du tout, il n'est pas permis de dire à son sujet : // fut un temps où il n était pas et II n était pas, avant d'être engendré. Ces expressions conviennent aux créatures ; le Fils est ce qu'est le Père qui l'engendre comme sien de sa substance, Verbe et Sagesse. C'est le propre du Fils à l'égard du Père et cela montre que le Père appartient au Fils, de sorte que l'on ne peut dire ni que Dieu est privé de Verbe, ni ([ue le Fils a jamais été sans exister. Car pour([uoi serait-il Fils, sinon parce (ju'il est de lui ? Pourquoi Verbe et Sagesse, s'il n'est pas éternel et propre au Père ^ ?
Génération éternelle et incorporelle du Verbe,
Une objection à la doctrine procédcatc fournit à saint Alluinasc l'occasion d'chicidcr le concept de (icnératinn, (Ml tant (pi'il s'applicpic au Verbe.
Cette démonstration faite, ils insistent avec plus d'imi)udence ; Si le Verbe est éternel et coexiste an
' Oral. I. Coiil. Ariaii., !.'.>, cf. V.[). II ad Scrapioiicm, 3.
Père, ne 1 appelez plus fils,mnis frcre du Père. Insensés et (iiiorclltMirs ! Si nous parlions de coexistence seule eL non pas aussi de lilialion, leur scrupule simulé aurait ([uelcfue apparence, mais, si nous le reconnaissons l'ils éternel du Père, comment peut-on se rimaq;iner frère de celui qui l'a engendré '.' Si notre foi a pour objet le Père et le Fils, où trouver place pour la |l'raternité? Comment le Verbe peut-il être frère de celui dont il est le Verbe? Ce nest pas contradiction de î^ens ignorants, car eux-mêmes aperçoivent la vérité, mais prétextes dignes des Juifs et, comme l'a dit Salomon, de gens qui abandonnent la vérité (Phov., 1<S, I ). 11 n'y a pas de principe préexistant ([ui engendre le Père et le Kils, ce qui les rendrait frères. Le Père est principe et générateur du Fils; le Père est père et nest lils de personne, le Fils est lils et non pas frère. Si on le dit éternellement engendré du Père, c'est à bon droit. Jamais la substance du Père n"a été imparfaite, de sorte que ce (jni lui est propre lui soit surajouté. La génération du l'ils nest pas, comme la génération humaine, postérieure à l'existence du Père. Il est engendré de Dieu et, étant propre lils du Dieu éternel, il existe de toute éternité. Les hommes, eux, engentlrent dans le temps parce (lue de nature imparfaite, la génération divine est éternelle j)arce que éternellement parfaite est sa nature '. {lo) S ils acceptent le nom de Fils, parce qu'ils ne
' Ural. 1. L'ont, .\rlaii., 14. cf. de Synodis, bl.
LE DOr.ME DE LA TlUXITE 57
^i^veulent pas se faire condamner ouvertement par tout ^' le monde, mais nient (ju'il soit vraiment engendré de la substance du Père, parce que cela ne peut se l'aire sans idée de partie et de division, ils nient équivalemment la réalité du Fils et nen reconnaissent (jue de nom l'existence. Quelle n'est pas leur erreur de traiter l'incorporel comme s'il était corporel à cause de leur faible nature, de nier ce qui par sa nature appartient au Père! Ne considérant pas ce qu'est Dieu et quel est le Père, ils le nient en mesurant d'après eux-mêmes la génération du Père, les insensés ! Dans ces dispositions, puisqu'ils pensent ([u'il ne saurait exister un Fils de Dieu, il n'y a qu'à les plaindre, à les interroger et à les presser, de sorte (pi ils linissent peut-être par comprendre.
Si, selon vous, le Fils vicMit du néant et n'était point avant d'être eng-endré, assurément c'est seulement par participation qu'il est appelé Fils, Dieu et Sagesse? C'est de cette manière que tout le reste est constitué et, sanctilié, mérite la gloire. De qui est-il participant, à vous de le dire. Tout le reste participe de l'Esprit; lui, de ([ui participe-t-il ? De l'Esprit .' Mais c'est plutôt l'Esprit ([ui reijoit du Fils, comme il l'a dit lui-même (Jo., 1(5, 14;, et il est déraisonnable de dire que celui-là s;mctitie celui-ci. Alors c'est du Père ([u'il participe ; il n'y a ({ue cette alternative et force est de l'accepter. Mais qu'est-ce à dire et d'où cela provientil ? Si c'est du dehors que cette participation est conclue, en réalité il n'y aui-ait 1)1il'^ ])articipatioii du l*{M'e,
mais dp celle chose cxlérieure, cl lui-même ne sera plus au second rang après le Père; celle chose esl avanllui. Il ne saurail non plus èlre appelé Fils du Père, mais de celle chose donl la parlicipalion le iail appeler Fils el Dieu. Absurdilé impie, puis(jue le Père lui-même dil : « Celui-ci est mon fils bien-aimé » (Mat., io), le Fils déclare que son Père à lui c'est Dieu. Il esl donc évidenl que ce n'csl pas par le dehors, mais par la subslancc du Père que se fait la participation. D'autre part, si elle porte sur autre chose que sur la substance du Fils, on aura la même absurdilé el il y aura un moyen terme quelconque entre le Père et la subslancc du Fils.
(IG) Toutes ces théories sont démontrées absurdes el contraires à la vérité. 11 faut donc afiirmer que le Fils appartient en propre au Père, comme étant de sa subslancc. Participer de Dieu revient à dire qu'il engendre. Or, parler de génération, qu'est-ce, sinon parler de Fils i' Du Fils participent les autres choses, selon la grâce de l'Esprit qui vient ih- lui. Il esl manifeste que le Fils ne participe de rien, c'est lui qui Iail i)articiper du Père. Celte particij)alion du Fils nous fait participer du Père. C'est ce que disait Pierre : Pour que vous entriez en communion avec la nature divine {"2 Pet. , 1 , 4) , et, dit l'Apôtre : Ne savez-voiis pas que vous êtes le temple de Dieu? Nous sommes en effet le temple du Dieu vivant. (I Cor., 3, lOj. Considérant le Fils, nous voyons le Père, car penser et comj)rendre le Fils c'est connailre le Père, puisque le Fils esl de sa substance, engendré par
LE DOGME DE LA TRINITE o9
lui. Or cette partici])alioii, nul ne l'appellerait passion et division de la substance divine, puisqu'on a dénioii- Iré et il est accordé que Dieu est participe et que cette participation est identiquement la génération! Ainsi la génération n'est ni passion, ni division de cette bienheureuse substance. Il n'est donc pas incroyable que Dieu ait un Fils, engendré de sa propre substance, el nous ne signifions ni passion, ni division de la substance de Dieu quand nous disons Fils et engendré ; nous croyonset reconnaissonscequ'ilyade légitime, de vrai, el d'unique liliation en Dieu. Puisqu'il est ainsi manil'esté et démontré que la génération de la substance du Père est le Fils, nul ne peut plus douter et ne pas tenir pour évident qu'il est la Sagesse et le Verbe du Père, en qui et par qui il crée et fait toutes cboses. Il est sa splendeur, en qui il illumine tout, et se découvre à qui il veut ; il est son empreinte et son image, en qui il est contemplé et connu, aussi lui et son Père sont-ils un, car qui le voit, voit le Père ; il est le Christ en qui tout est racheté et qui a fait la nouvelle création. S'il en est ainsi du Fils, il ne convient pas et il est plutôt très pernicieux de dire (ju'il est une œuvre faite du néant ou qu'il n'était pas avant d'être engendré. Qui parle ainsi de ce ([ui est propre de la substaïKc du Père, atteint dans son blasphème le Père lui-même ^
' Oral. 1. Conl. Arian., I0-I6, cf. de Synodis, 22, 51.
Le Verbe, image et splendeur du Père.
Lui'sijiic sailli Alliaiiasc expose le doi^nic Iriiiilaire, il ])reiul toujours comme point de départ une notion tirée (le 1 Kcriture. Il revient sans se lasser aux différents termes qu'elle emploie pour désigner les relations divines et aux comparaisons où, soit le contexte, soit la tradition cxcaétitiue lui fait reconnaître une allusion au m\sicre. Fils, Verbe, Sagesse, Vie d'une part ; source, lumière, splendeur, empreinte, image de l'autre, sont pour lui une veine inépuisable d'arguments et de considérations sans réplique. Voici commenl il développe l'idée amorcée dans les dernières lii^nes de l'extrait précédent.
L'al)surdilé de cette hérésie apparaîtra plus clairenieiit encore, si Ion considère que le Fils est image cl splendeur du Père, sou empreinte et sa vérité. Si la lumière a dans sa splendeur son imau^e ; si la substance est entière dans son empreinte; si l'existence du Père entraîne celle de la Vérité, ceux (jui conçoivent mesurées par le temps l'image et la figure d(> la divinité j)euvent voir quel est labime d'impiété où ils tombent. Si le I-'ils nexislait pas avant dètre produit, la N'érité n'existait pas éternellement en Dieu. Cela répugne. Le Père existant, il y avait toujours en lui la ^'érité (pii est le l"'ils. Je suis, tlit-il, la Vérité (Jo., li, G). Si la substance existe, incontestablement existe aus.si son empreinte et son image, car ce n'est pas du dehors qu'est dessinée l'image de Dieu. Dieu en est le Ciénéraleur et, s'y voyant, il en jouit, comme dit le
LE DOr.ME DE f, TRINITE 61
VilsUn-mèmc: Je faisais le sujet de sa joie (Prov., 8, 30). l'st-ce donc que jamais le Père a manqué de se voir dans son image ou ne s'est pas réjoui, de sorte que l'on oserait dire : L'image vient du néant, le Père ne se réjouissait pas avant la production de l'image? Comment le Créateur et l'auteur se verrait-il lui-même dans une substance créée et produite ? L image doit être ce qu'est son Père.
(21) Eh bien donc, voyons ce qui appartient au Père et nous connaîtrons si son image est de lui. Kternel est le Père, immortel, puissant, lumière, roi, maître absolu. Dieu, Seigneur, Créateur et auteur. Tout cela doit être dans l'image pour que véritablement celui ({ui voit le Fils, voie le Père. S il n en est pas ainsi, mais, comme le disent les ariens, s'il est fait et non pas éternel, le Fils n'est pas la véridicjuc image du l'ère. A moins que, rejetant toute pudeur, ils ne disent qu'appeler le Fils image n'est pas signitler similitude de substance, mais lui donner seulement un nom. Mais cela, cliristomaques, n'est ni une image, ni une empreinte. Quel rapport y a-l-il (Mitre le néant et celui qui a fait jjasscM- le non-ètre à l'tMre ? Comment le non-étre peut-il être semblable à rèlr(\ i)uisque son déticit est de n'avoir pas toujours été o[ d'clvc au liombrc des choses produites'.'
Désireux de le classer parmi ces dernières, les ariens ont inventé ces ])(>aux raisonnements : .Si le Père est engendré et im;ig(> de Dieu, semblabh' eu loiil à son Père, il doit uéccssaii'iMntMil. conmic il est engendré,
02 i-t: nnr.MK dk la trinité
cngeiulror à son tour et être lui aussi Père d'un lils ; celui-ci à son tour en engendre un autre et ainsi à l'infini. C'est en cela que consiste la similitude de l'engendré par rapport au générateur. Voilà bien ces inventeurs de blasphèmes, théomaques qui, pour ne pas reconnaître dans le Fils l'image du Père, ont des pensées corporelles et terrestres sur le Père lui-même, lui attribuant des scissions, des émanations et des infusions. Si Dieu est pareil à l'homme, qu'il soit générateur, comme 1 homme, de sorte que le Fils devienne père et qu'il y ait ainsi succession ininterrompue, si bien que leur suite forme une multitude de dieux. Mais si Dieu n'est pas l'homme, comme il ne lest pas, il ne faut pas raisonner humainement à son sujet. Les animaux sans raison et les hommes, depuis la création, s'engendrent successivement ; l'engendré, issu d'un père engendré, devient naturellement père à son tour, conservant en lui reçu de son père ce qui lui a donné naissance. Aussi n'y a-t-il pas à proprement parler père ni fils, ni stabilité dans la paternité ou la filiation. Le même est fds de son père et père de celui qu'il engendre. Pour la divinité, il n'en est point ainsi ; Dieu n'est pas comme 1 homme. Le Père ne vient pas d'un père, aussi n'engendre-t-il point quelqu'un qui sera père à son tour ; le Fils n'est point une émanation du Père, et n'est point né d'un père engendré. C'est pourquoi il n'est point engendré pour engendrer h son tour. Aussi est-ce seulement dans la divinité • pi'il y a proj)romoiil un Père qui est père ol un Fils
proprement lils : en eux et on eux seuls est stable la paternité qui est toujours paternité et la liliation toujours filiation.
(22) Celui donc qui demande pourquoi le Fils n'est pas générateur, doit demander pourquoi le Père na ])oint eu de père. Les deux questions sont absurdes et pleines d'impiété. De même que le Père, toujours Père, ne saurait devenir Fils, de même le Fils est toujours Fils et ne saurait être Père, et c'est en cela surtout qu'il apparaît empreinte et iniage du Père, restant ce qu'il est sans changer, mais recevant du Père son identité. Si donc le Père change, que son image change aussi, car tel est vis-à-vis du générateur le rapport de son image et de sa splendeur. Si le Père est immuable et reste ce qu'il est, forcément l'image restera ce qu'elle est et ne subira aucun changement. Or le Fils vient du Père; il ne deviendra donc jamais autre chose que ce qu'il est, propriété de la substance du Père. Vaine est donc l'invention de ces insensés, cherchant à écarter du Père son image pour mettre le Fils au rang des choses créées ^
Objections diverses et sophismes des ariens.
11 existait un certain nombre d'objeenons contre le mystère de la Trinité, (lue les ariens avaient rendues populaires. Après avoir réfuté leur ai'firmation maîtresse: Il y eut un tcinpii oit le Fils n'existait ^ws et montré ([ue la gcné-
' Oral. I. Cont. /IWa».. 20-2i. CI', «le Dec. Nie. Syii. 10-12 : i:i)., il ad Serap. 2 ; de Syiiodis, 23 : Kp. ad Aires, r>, Ù.
64 T.E DOGME nr I,A TRINITE
lalion divine, ([ui est d'un ordre transcendant, ne saurait èti'c qu'éteruclle, saint AHianase énumère et réfute successivonicnt les raisoiincnienls captieux gràro auxquels on circtinvonait la loulc.
Au début, quand ils ont façonné cette hérésie, et maintenant encore, plusieurs d'entre eux interpellent les enfants sur la place et les interrogent ainsi... : « L'être crée-t-il du non-être quelque chose qui n'existait pas ou quelque chose qui existait déjà?» Et encore : « Y at-il un seul agénètos ou deux'? » « Est-il indépendant et immuable par sa propre volonté celui qui est de nature changeante? Car le Verbe ne ressemble pas à la pierre naturellement immobile. » Ils s'en vont ensuite trouver des femmes de rien et leur disent ces mots efféminés : « Avais-tu un fils avant d'enfanter? Tu n'en avais pas ; de même le Fils de Dieu n'existait pas avant d'être engendré. » Voilà les mots qui les font exulter, les misérables, et comment ils rapetissent Dieu à la taille (!(> Ihomme ! Et ils disent qu'ils sont chrétiens, échangeant la gloire de Dieu jwin' la simililude de l'image de l'homme pérismblel (Rom., i, 23.)
{'ïi\) 11 ne faudrait rien répondre à tout cela, tellemeid c'est insensé et fou, mais, pour ne j)oint laisser une apparence de solidité à leur hérésie, il convient, quoi(|ir(Mi passant, de les réfuter même sur ce poiid, surtout à cause de ces femmelettes si facilement trom|)ées par euv. Quand ils j)arlent ainsi, il faut Icmu"
* Sur ce mol, voir plus loin i;i ikiIc préliminaire de l'cxtrail qui le concerne.
LE DOr.MR DE LA TIUMTÉ 63
(lire d'interroger aussi un architeclc : « Pcux-lu bâtir sans matière préalable ? Tu ne le peux pas ; ainsi Dieu n'a pas pu sans matière préalable créer l'univers. » Il leur faudrait interroger aussi cliaque homme: « Peux-tu exister hors du lieu? Tu ne le peux pas; ainsi Dieu est danslelieu.wDecettemanière les auditcursen viendront à bout. Pourquoi, lorsqu'on leur dit que Dieu a un Fils, faisant un retour sur eux-mêmes, le nient-ils et, s'ils entendent dire qu'il crée et produit, ne jugent-ils plus humainement? Il fallait pour la création aussi avoir des pensées humaines et offrir de la matière à Dieu, de manière à nier aussi que Dieu soit créateur et à se dégrader avec les Manichéens. Mais si la pensée de Dieu est transcendante, s'il suffit de l'entendre nommer, pour croire et savoir que Dieu n'existe pas comme nous, mais comme Dieu, qu'il ne crée pas comme créent les hommes, mais comme Dieu, il est évident qu'il n'engendre pas non plus comme engendrent les hommes, mais engendre comme Dieu. Dieu n'imite pas l'homme ; ce sont au contraire les hommes qui, par imitation de Dieu, proprement et seul vraiment Père de son propre Fils, sont appelés pères de leurs enfants. De lui découle, en effet, toute paternilé au ciel et sur la terre (Epiiks. 3. 15). Ce qu'il disent, tant qu'on ne l'examine point, i)araît avoir quelque bon sens ; si on \c considère raisonnablemeni, on y trouvera abondante matière à rire et à mépris*.
' Orat. I. Vont. Arian.. 22-23.
Lêtre et le non être.
(24) Tout d'abord leur première interrogation est insensée et vague. Ils n'indiquent pas le sujet de linlerrogation, sur lequel doit porter la réponse. Ils disent simplement l'être, le non être. Quel est lêlre, quel le non être, ariens ? Qu'est-ce qu'on appelle être et non être, car l'être peut produire et le non être et l'être actuel et l'être déjà existant? Le maçon, l'orfèvre, le potier travaillent, chacun selon son art, la matière existante et placée sous leurs yeux, faisant les vases à leur gré; de même le Dieu de l'univers prenant la boue déjà existante et faite par lui façonne l'homme, la terre elle, qui n'était pas, il la produisit par son propre Verbe. Il est évident que la création n'était pas avant d'être faite, que les hommes au contraire travaillent une matière déjà existante. Leur raisonnement apparaît donc inconsistant puisqu'il se produit et des êtres déjà existants et des non existants. S'ils parlent de Dieu et du Verbe, qu'ils complètent leur interrogation et disent : Celui qui est Dieu a-t-il jamais été sans raison? Lumière, a t-il jamais été sans splendeur? Ou bien : Le Père du Verbe a t-il toujours existé? Ou encore : Le Père existant a-t-il créé le Verbe non existant, ou possède-t-il toujours avec lui le \'erbe qui est engendré pour lui de sa substance ? Alors tout le monde connaîtra que c'est au sujet de Dieu et do son Fils qu'ils nseiil subtiliser et sophisti(juer. Qui supj)0iterail (|u'(tM jd'linnc que Dieu a été (juciquc
temps privé de raison ^ ? Ils reviennent en effet au même point que précédemment, tout en s'efforçant d'y échapper et de se dissimuler par leurs sophismes, mais c'est impossible. Personne ne pourrait supporter même quils mettent en doute si Dieu n'a pas été toujours Père, et l'est devenu ensuite, de manière à inventer que le Verbe de Dieu un temps n'a pas existé. Ils ont contre eux une masse de jareuves, en particulier le mot de saint Jean : Le Verbe était (Je. i. l) et saintPaul qui écrit aussi: Lequel est la splendeur de sa gloire (Heb., 1,1) et Celui qui est au-dessus de tous, Dieu béni pour les siècles, Amen (Rom. 9,5).
(23) Il vaudrait beaucoup mieux qu'ils se taisent, mais puisqu'ils ne cessent point, à leur impudente question, on peut hardiment opposer cette contre-interrogation; peut-être, se voyant pris dans des absurdités semblables aux leurs abandonneront-ils leur lutte contre la vérité. Après avoir longuement prié le Dieu de miséricorde, on pourrait leur dire : « Dieu qui est, est-il devenu alors qu'il n'existait pas, ou bien existe-t-il avant de devenir ? Déjà existant, il s'est donc fait lui-même ou bien il est de rien, et, n'étant rien d'abord, il a subitement fait son apparition?» Absurde interrogation; oui, absurde et pleine de blasphème, mais pareille aux précédentes. Quoi qu'ils disent, ce sera plein d'impiété. Si
* Ce passage et plusieurs autres supposent un jeu de mol sur le terme Logox, (\n\ ne peut se rentlre eu franrais. Loc/os (Verbe) signifie raison, discours, parole. L'adjectif ctlo'^o- signifiera par suite en même temps privé de Verbe et privé de raison.
68 i.R nnr.ME de r,A trinitr
poser pareille interrogation au sujc;t de Dieu est blasphématoire et plein (rimpicl6, il ne saurait en être autrement au sujet du Verbe. Pour imposer silence à leur interrogation insensée et déraisonnable, il faut répondre : Dieu existe de toute éternité; étant toujours Père, il a aussi toujours sa splendeur qui est son Verbe ; Dieu qui existe possède issu de lui et existant son Verbe ; ni le Verbe n'est survenu alors qu'il n'existait pas d'abord, ni le Père n'a jamais été privé de raison. L'audace contre le Fils s'achève en blasphème contre le Père, si c'est de dehors qu'il s'est procuré Sagesse et Verbe et Fils. Tous ces mots signifient en effet engendré du Père, comme il a été dit plus haut. Aussi inconsistante est leur interrogation et justement; puisqu'ils nient le Verbe, leur interrogation ne saurait être que déraisonnable. C'est comme si quelqu'un apercevant le soleil s'informait de sa splendeur et disait : L'être at-il fait ce qui n'était pas ou ce qui était déjà? Il passerait pour avoir le cerveau dérangé parce que, ce qui vient tout entier de la lumière, il le considère comme lui étant étranger et demande quand, où cl si il a été produit. Qui raisonne de môme sur le Fils et le Père est encore beaucoup plus insensé, parce que le Verbe qui provient du Père, il le lui amène du dehors et, dépeignant ce qui est engendré par nature, comme si c'était une créature, il dit: Il n'existait point avant d'être engendré. Qu'ils écoutent cependant la réponse à leur interrogation ; Le Père existant a fait le Fils existant. Le Verbe en effet s'est fait chair et étant déjà Fils de
Dieu, il s'est, à l'achèvement des siècles, fait encore Fils de riiommo; à moins que, comme Paul de Samosate, ils ne nient son existence avant l'incarnation. Voilà une réponse suffisante à leur première interrogation ^\
Génération divine et génération humaine.
(:2G) Dans la seconde interrogation faite aux femmes. . . s'ils interrogent des parents sur le Fils, qu'ils considèrent d'abord d'où est engendré l'enfant. Si le parent n'avait pas de fils avant de l'engendrer, au moins l'ayant eu, ce n'est pas du dehors ni en étranger mais de lui, appartenant à sa substance et son image parfaite, de sorte que l'un se voit dans l'autre et réciproquement. Si donc ils s'appuient sur les exemples humains pour mesurer le temps de la génération, pourquoi n'en déduisent-ils pas également ce qui concerne la nature et le rapport de propriété des enfants à l'égard des parents, au lieu d'imiter les serpents qui choisissent seulement dans la terre le poison qui leur convient. Us devaient en conséquence interroger les parents et dire : Tu n'avais pas de fils avant d'engendrer et ajouter : Si tu as un fils, est-ce du dehors que tu l'achètes comme un mouton ou tout autre bien? liste répondraient: Pas du dehors, mais de moi. Ce qui vient du dehors ce sont les biens et ils passent de l'un à l'autre, mais le fils est de moi, propre à ma substance et semblable, ne venant pas d'un autre à moi, mais engendré de moi ; aussi suis-
' Oral. l. Cont. Aria a., :i»-i5.
je tout entier en lui, restant moi-même ce que je suis. Il en est ainsi. Quoique le parent diffère par le temps, produit lui aussi comme homme dans le temps, il aurait aussi son fils toujours coe.xistani si la nature n'y mettait obstacle et ne l'empêchait. Lévi était dans les lombes de son aïeul avant dêtre engendré et que l'aïeul lui-même engendrât. Quand donc l'homme arrive à l'âge où la nature donne le pouvoir, aussitôt la nature n'étant point entravée, l'homme devient père d'un fils qui esta lui.
(27) Si donc ils interrogeaient les parents sur les enfants et reconnaissaientque les enfants viennent naturellement non du dehors mais des parents, ils confesseraient que le Verbe de Dieu est lui aussi entièrement du Père. Si le temps leur fait difficulté, qu'ils disent ce qui fait obstacle à Dieu. 11 faut de ce qui leur est matière à raillerie faire matière à réfutation de leur impiété. Qu'ils disent donc ce qui empêche Dieu d'être toujours Père du Fils. Car il est accordé que ce qui est engendré vient du Père. Kt pour qu'ils se condamnent d'avoir raisonné ainsi au sujet de Dieu, de même qu'ils ont interrogé les femmes sur le temps, qu'ils interrogent aussi le soleil sur sa splendeur, la source sur ce qui en découle, et ils apprendront que, bien que ce soient là des générations, elles existent toujours avec ce dont elles sont. Et si ces parents ont par nature et toujours ce qui provient deux, pourquoi faisant Dieu inlérieur au.x choses créées ne reconnaissent-ils pas plus nettement leur impiété? Que s'ils n'oscat pas parler ouver-
tcment, si le Fils est reconnu par nature engendré non du dehors mais du Père, et si rien absolument ne fait obstacle à Dieu (Dieu n'est pas en effet comme lliomme, mais est supérieur au soleil ou plutôt est le Dieu du soleil, il est évident que le Verbe est de lui et coexiste éternellement au Père et que par lui le Père a tout amené du néant à l'existence. . .
(28) Il ne faut point comparer la génération de Dieu à la nature humaine et penser que le Fils de Dieu est une partie de Dieu et que la génération signitie passion quelconque... ; IHommc nest pas comme Dieu. Les hommes engendrent avec passion car leur nature est sujette au flux, et ils attendent le temps à cause de la faiblesse de leur propre nature ; on ne saurait en dire autant de Dieu. Il n'est point composé de parties mais impassible et simple. C'est sans passion et sans division qu'il est Père du Fils et là encore l'Écriture nous fournit larges preuves et démonstration. Le Verbe de Dieu est son Fils, et le Fils Verbe est aussi la Sagesse du Père ; Verbe et Sagesse, il n'est ni créature, ni partie de Dieu dont il est le Verbe, ni engendré selon la passion. Aussi l'Écriture, joignant les deux, l'appellet-elle Fils pour annoncer qu'il est par nature et véritablement engendré de la substance. Et pour écarter toute idée de génération humaine, indiquant encore sa substance, elle dit qu'il est Verbe et Sagesse et Splendeur. Cela nous fait comprendre l'impassibilité dans la génération, son éternité et sa convenance pour Dieu. Quelle passion, ou partie du Père est donc le^'crbe, la
Sagesse, laSpleiulcur, les insensés peuvent aussi l'apprendre. Puisqu'ils ont interrogé les femmes sur le Fils, qu'ils questionnent les hommes sur le Verbe. Ils apprendront que le Verbe qu'ils profèrent n'est ni leur passion, ni une part de leur esprit. xMais si les hommes passibles et composés ont un tel verbe, pourquoi imaginent-ils en Dieu, l'incorporel et l'indivisible, des passions et des parties, pour nier, sous couleur de scrupules, la véritable et naturelle génération du Fils? De même pour la sagesse : Dieu n'est point comme l'homme ; qu'ils n'imaginent non plus rien d'humain en lui sur ce point. Les hommes ont été faits susceptibles de recevoir la sagesse. Dieu ne participant de rien, est lui-même père de sa propre sagesse, de laquelle participent ceux qu'on appelle sages, et cette sagesse n'est aussi ni passion, ni partie, mais engendrée du Père. C'est pourquoi il est toujours Père ; la paternité n'est pas adventice en Dieu, et il n'est point changeant. S'il est bon j)Our lui d'être père et s'il ne l'avait pas toujours été, il n'aurait donc pas toujours la bonté en lui '.
Génération et création en Dieu.
(29) Mais, objectent-ils. Dieu est aussi toujours créateur et la puissance créatrice n'est pas adventice en lui; serait-ce, puisqu'il est créateur-, que les créatures sont éternelles et qu'il n'est point permis de dire à leur sujet: I-'.Ues n'existaient pas avant d'être produites?
' Oral. 1 Cuiit.Anan., 26-28.
Ariens insensés! Enquoiscrcssemblent leFilsellacréature pour appliquer au créateur ce qui est dit du Père? Comment, quand nous avons déjà montré une telle différence entre la génération et la créature, persistentils dans leur ignorance? Il faut donc le répéter: La créature est étrangère à son auteur, le fils est engendré de sa propre substance ; aussi la créature n'existe pas nécessairement toujours ; le démiurge la produit quand il le veut ; la génération n'est pas soumise à la volonté, mais est propriété de la substance. On parlerait d'auteur et il existerait, même si les œuvres ne sont pas encore, mais on ne peut parler de Père si le Fils n'existe point.
S'ils reclierchent pounjuoi Dieu, pouvant toujours créer, ne crée point toujours, c'est là audace insensée : Qui donc connaît l'esprit du Seigneur et qui a été son conseiller (Rom., il, 34)? Comment l'œuvre façonnée dira-t-ellc aupoticr: Pourquoi m' as-tu fait ainsi (Rom., 9,i20)? Voici d'ailleurs une réponse à ce raisonnement futile. Bien que Dieu puisse toujours créer, les créatures ne pouvaient pas être éternelles ; car elles viennent du néant et n'existaient pas avant d'être produites. Or, ce qui n'existait pas avant sai)roduction, comment pourrait-il coexister au Dieu toujours existant ? Aussi Dieu, considérant leur utilité, les a-t-il faites au moment où il a vu qu'elles pouvaient persévérer dans l'èlre. Et de même qu'il pouvait, même dès le début, au temps d'Adam, de Noé, de Moïse, envoyer son ^'erbe et ne l'a pourtant envoyé qu'à l'acbèvemenl dos siècles, car il
a VU que c'ctail utile pour toute la création ; de même il a fait les créatures quand il a voulu et que ce leur étai t avangcux. Le P'ils qui n'est pas créature mais appartient en propre à la substance du Père, existe toujours ; le Père est éternel, éternel doit être ce qui est en propre à sa substance^ c'est-à-dire son Verbe et sa Sagesse. Les créatures, même si elles n'existent point, ne diminuent point leur auteur, car il a le pouvoir de créer quand il veut. Ce qui est engendré, s'il n'est pas toujours uni au Père, est une diminution de sa substance. Aussi a-i-il fait les créatures quand il l'a voulu par son Verbe, mais le F'ils est éternellement engendré de la propre substance du Père '.
L'agénêtos.
Au Icnip.s où parut l'ariani-snic, il y avait confusion d'orlliographc et de sens entre deux mois rattachés par létymologic à une origine différente et «jui furent plus tard précisés: àY^'"'T,To; devrait signifier non engendré, par négation de l'idée du verbe ycwâw ; i-^vn^-zrii au contraire, rattaché à '(v/i'j^z:, avait une signification l)eaucoup plus étendue et niait tout devenir du sujet. Les ariens profilaient de l'ambiguïté du sens pour conclure ([uc le Fils n'étant pas àYivvT,-o;, était par le fait même Y£vr,TÔ;, c'està-dire créature. C'est à préciser les différences d'idées et à limiter le sens légitime selon lequel ce terme peut être employé en parlantdu Fils que s'applique saint Alhanasc dans le passage suivant. J'ai dû pour la clarté maintenir le mot grec. On trouvera d'excellents détails sur cette
' Oral. 1. L'ont. Arian., 29.
question dans l'étude W'I L'iiinasciblc, au tome III de l'ouvrage du Père de llégnon sur la Trinité.
(30) Leur autre question, y a-t-il deux agénélos ou un seul, montre que leur pensée n'est pas droite, mais oblique et pleine de ruse. Il n'y cherchent point Ihonneur duPère mais le déshonneur du Fils. Si quelqu'un ignorant leur malice répond qu'il n'y a qu'un agénélos^ aussitôt ils vomissent leur poison : Donc le Fils est au nombre des choses" faites et nous avons eu raison de dire : Un était pas avant d'être engendré. Ils mêlent et confondent tout pourvu qu'ils détachent le Verbe du Père et mettent le Démiurge de l'univers au rang de ses œuvres. D'abord une première reproche esta leur faire: ils blâment les Pères réunis à Nicée de s'être servis de termes étrangers à l'Ecriture, bien qu'ils fussent convenables et employés pour ruiner leur hérésie, et euxmêmes encourent pareille accusation ; ils ne servent de termes nonscripturaires etforgentdesinjurescontre le Seigneur,ignorant ce qu'ils disent et ce qu'ils aflirmen t. Qu'ils interrogent donc les Grecs, leurs maîtres; car ce terme n'est pas de l'Écriture, mais est leur invention. Apprenant combien il a de significations, ils sauront qu'ils ne savent même pas bien poser les questions dont ils traitent. Moi aussi j'ai appris à cause d'eux qu'on appelle agénêtos ce (jui n'est pas encore existant mais peut exister, comme le bois qui n'est pas encore mais peut devenir une barque. Egalement on appelle agénêtos ce qui n'existe pas et ne peut exister, comme
un Irianglc de quatre angles; un Iriangle n'a jamais eu cl ne pcul jamais avoir quatre angles ; le pair n'a jamais été et ne saurait jamais être impair. On appelle encore agénétos ce qui existe mais n'est pas l'œuvre de quel- (ju'un et ne se connaît point de Père. Le fallacieux soj)liiste Astérius, défenseur de celte hérésie, a dans son traité ajouté un quatrième sens, appellant agénétos ce qui n'est pas fait mais est éternel. Il fallait donc indiquer dans leur question de quel agénétos il s'agit, pour rendre possible une juste réponse.
(31) S'ils croient bien interroger quand ils disent: Un seul agénétos ou deux ? on leur dira d'abord comme à des ignorants. Il y en a beaucoup et aucun ; beaucoup de choses qui peuvent exister, et rien qui ne le puisse, comme on l'a dit. Mais si, comme cela plaît j'i Astérius, ce qui n'est pas créature mais existe toujours est agénétos, et si c'est le sens de leur(juestion, qu'ils entendent non pas une fois mais mille : Oui, dans ce sens, le Fils est agénétos. Il n'est point ])armi les choses faites, ni créature, mais coexiste éternellement au Père. Si enfin, repoussés de partout, ils entendent par là un être existant, qui n'est pas engendré, et n'a point de père, nous leur répondons qu'il n'y a dans ce sens qu'un seul agénétos, le Père, et ils ne gagneront rien à cette aflirmation. Parler ainsi de Dieu agénétos, ce ncst pas aftirmer que le Fils est une œuvrepuisqu'il est évident d'après les démonstrations précédentes que le Verbe est tel que celui (piil'a engendré. Si donc Dieu est improtluit, son in)ageneserapas une production mais une génération.
LE nor.ME DE LA TRINITE 77
laquelle est son Verbe et sa Sagesse. Quel rapport entre le produit et l'improduit? Il ne faut point nous fatiguer de répéter. Puisqu'ils veulent que le produit ressemble à l'improduit de sorte que qui voit l'un voit l'autre, ils ne sont pas loin d'affirmer que l'improduit est image des créatures, etainsiils confondenttout, égalant les choses produites à l'improduit et abaissant l'improduit à la mesure des choses créées, tout cela pour faire du Fils une créature.
(33) Le mot d'agénêtos ne se rapporte pas au Fils, quoi qu'ils murmurent, mais aux choses produites, comme on peut le voir aussi du mot Tout- Puissant et Seigneur des armées. Si par le Verbe, le Père commande toutes choses et en maître, si le Fils est roi par la royauté de son Père et commande à tout, comme Verbe et image du Père, il est évident qu'il n'est pas ainsi mis au nombre du tout et que ce n'est point à cause de lui que Dieu est appelé Tout-Puissant et Seigneur, mais à cause de ce qu'a créé le Fils. A bon droit, car Dieu ne ressemble pas aux créatures ; il est leur créateur par le Fils et leur démiurge. De même ({Viagénêlos est dit par comparaison avec les choses créées, de même le mot Père est en corrélation avec Fils. Qui appelle Dieu auteur, démiurge et agénètos voit et pense les créatures et les choses produites ; qui appelle Dieu Père pense aussitôt et conlemj)lc le Fils. Aussi leur oi)iniAtreté dans leur im{)iété est-elle étonnante. Agénètos a un sens convenable qui vient d'iMre expliqué et i)(nil être employé avec piélé ; (>u\' l'em-
ploient conformément à leur hérésie pour le déshonneur (lu Fils ; il n'ont pas lu que qui honore le Fils honore le Père et qui déshonore le Fils déshonore le Père (Jo.5,23). S'ils avaient souci de la louange et de l'honneur du Père, il valait mieux savoir et dire de Dieu qu'il est Père plutôt que de l'appeler ainsi. En l'appelant agénêlos, ils dénomment Dieu d'après ses œuvres, ne le donnent que comme auteur et démiurge et pensent qu'ils peuvent ainsi, selon leur bon plaisir, indiquer que le Fils est au nombre des créatures. Celui qui appelle Dieu Père le dénomme d'après le Fils, n'ignorant pas que, si le Fils existe, nécessairement c'est lui qui a créé tout l'univers...
(34) Il serait donc plus pieux et plus véridique de dénommer Dieu d'après le Fils et de l'appeler Père, plutôt que de le désigner d'après ses œuvres par le nom d' agénêlos. Plus le Fils diffère des créatures, plus il est préférable d'appeler Dieu Père qiiagéjiétos. Ce mot-ci n'est pas dans l'Ecriture, il est sujet h caution, vu la diversité de ses significations, de sorte que lorsqu'on interroge, l'esprit est tiré en sens divers.Xc mot Père est simple, scripturaire, plus vrai et ne se rapporte qu'au Fils. Agénêlos est une invention des païens qui ne connaissent point le Fils ; Père nous a été enseigné et donné par Notre-Seigneur. Sachant lui-même de qui il est Fils, il a dit ; Je suis dans le Père et le Père est en moi (Jo. 14,10) et Qui me voit, voit mon Père (Jo.14,9), et Moi et le Père nous sommes un (Jo. 10,30). Nulle part il n'est donné comme appelant son Père agénêlos.
Quand il nous apprend à prier, il n'a pas dit : Quand vous priez dites : Dieu agénêtos ; mais : Quand vous priez, dites : Notre Père qui êtes aux cieux. Il a voulu que là tendît larticle principal de notre foi, ordonnant que le baptême nous fût donné, non pas au nom de V agénêtos et du génêtos, ni au nom du créateur et de la créature, mais au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit. Ainsi rendus parfaits nous qui sommes des créatures, nous sommes rendus fds pour l'avenir et, disant le nom de Père, nous reconnaissons aussi à ce nom le Verbe qui est en lui. Vaine est donc leur querelle au sujet de Y agénêtos K
Immutabilité du Verbe.
(35) Inutile de discuter leur autrîî question : le Fils est-il cliangeant ?... S'étant une fois imaginé le Fils issu du néant et créé, logiquement ils ont choisi ces mots qui conviennent à la créature. Si le Verbe est changeant et non pas immuable, où s'arrêtcra-t-il et quel sera le terme de son progrès ? Comment le changeant pourra-t-il être semblable à linmiuable ? Qui, voyant l'être cliangeant, pourra penser voir l'être immuable ? Quel que soit son état, pourra-t-il jamais faire connaître en lui le Père? Il est évident qu'on ne verra pas continuellement en lui le Père, puisque le Fils est toujours évoluant et a une nature muable. Le
* Orat. 1. Conl. Arian., 30-34. Cf. Dec. Nie. Syn. 28-32: deSynodis. 46-7.
Père est immuable et ne peut changer, il persiste toujours dans le môjnc état, identique à lui-même ; le Fils à les entendre est changeant, n'est pas toujours le même, mais a une nature toujours variable. Comment peut-il donc être l'image du Père, n'ayant pas la similitude de l'immutabilité ? Comment môme peut-il ôtre dans le Père, puisque sa volonté a deux inclinations. Ainsi changeant, il progresse sans doute chaque jour et n'est pas encore parfait. Fi de cette folie arienne, que la vérité brille et montre leur insanité ! Comment n'est-il point parfait celui qui est égal à Dieu ? Gomment pas immuable celui qui est un avec le Père et appartient en propre comme P'iis î\ sa substance ? La substance du Père étant immuable, immuable doit être ce qu'elle engendre d'elle-même.
(36) Immuable est donc l'image du Dieu immuable : Jésîis-Christ, hier, aujourdlmi et pour les siècles (IIf.iiu. 12,8). David chante sur lui : Au début, Seigneur, tu as fondé la terre et les cieux sont V œuvre de tes mains. Eux périront, toi tu resteras et tous vieilliront comme un vêtement; comme un manteau tu les rouleras et ils seront changés. Mais toi tu es le même et tes années n auront point de fin. (P.s. 101, 2G-28). Le Seigneur lui-même dit par son prophète : Voyez-moi, voyez que je suis (Drut. 82,39) ; el : Je ne change point (WwAcu. 3,0). L'on peut sans doute dire que tout cela s'applique au Père, mais cela convient au Fils aussi, surtout parce (jue fait homme il montre son identité et son immutaliilitê à ceux qui [XMisent (pi'il est rjiangé
LE DOfiMK DE LA TRLMTE 81
à cause de la chair et devenu autre. Plus dignes de foi sont les Saints et surtout le Seigneur lui-même que les perversités des impies. D'après le Psaume cité, les créatures et la création, signifiées par le ciel et la terre, sont changeantes et altérables, au dire de l'Ecriture. Ecartant le Fils de leur groupe, elle montre sans ambagc qu'il n'est pas créé ; il fait les changements dans les créatures sans changer lui-même : Tu es le même et tes années n'auront point de fin. A bon droit, les créatures venant du néant et n'existant pas avant leur production, précisément parce qu'elles sont faites du néant, ont une nature changeante. Le Fils, lui, étant du Père, et de sa substance, est immuable et ne peut changer comme le Père lui-même. H est impossible de dire ([u'unc nature immuable engendre un Verbe changeant et une Sagesse sujette au changement. Comment serait-il encore Verbe s'il est changeant? Comment appeler Sagesse ce qui subit des variations ? A moins que pareillement à l'accident dans la substance, ils ne veuillent que dans quelque substance particulière il y ait une grâce et une disposition de vertu, que l'on appelle Verbe, Fils, Sagesse, susceptible d'apparaître et de disparaître. C'est leur pensée souvent exprimée. Mais ce n'est point là ce que croient les chrétiens. Cela ne montre pas qu'il existe véritablement un Verbe et un Fils de Dieu et que la Sagesse est véritable. Ce qui change, qui varie et ne persiste point dans son identité, comment seraitil vrai ? Le Seigneur dit : Je suis la vérilc (Jo.li.O).
S'il parle ainsi de lui-même cl montre son immutabilité, si les saints répètent cette leçon, si la notion même de Dieu la comporte comme pieuse, d'où vient à ces impies leur invention ? Ils l'ont vomie de leur cœur comme d'un cloaque'.
Le Fils n'existe pas par la volonté du Père.
Après avoir longuement examiné divers textes de l'Ecriture, sur lesquels je donnerai plus loin des cxtrails, saint Alhanase Icrmine sou ouvrage par une longue réfutation de lobjeclion subtile des ariens. Le Verbe existe par la volonté du Père; si le Père l'avait voulu, le Verbe n'aurait pas existé; il est donc créé. Je place ici un it-sunié de celle dissertalion ; il complète 1res heureusement les principes déjà énoncés {Orat.conl. Arian., 111. ti'J-07).
(59) Soit, disent les ariens, vous avez raison pour tout ce qui précède ; cependant il faut reconnaître que le Fils est produit par le Père, par sa décision et sa volonté. Ils trompent beaucoup de gens avec ces mots de décision et de volonté. Si quebiue orthodoxe les avait dits avec trop de simplicité, ces mots ne seraient pas sujets à caution parce qin' la pensée droite l'emporterait sur l'expression employée trop simplement; mais puisque ce sont des hérétiques... il faut l'examiner...
Alhanase montre d'abord (jue l'Ecriliire. qui nous révèle la divinité du Verbe, ue dit rien sur sa production par la
' Oral. I. Coiil. Arian., 35-37, cf. Ilp. II. ad. .Scrap.. 3.
LE DOGMK DE LA TlUNITE 83
volonté du Père (59); que c'est là d'ailleurs un mode d'être propre aux créatures, comme le reconnaît Astérius (60) ; c'est vrai de l'homme, mais en Dieu la volonté présupposant la délibération orésuppose l'existence du Verbe :
Ce qui n'existe pas encore mais provient du dehors, le démiurge délibère de le faire, mais son propre Verbe, issu de lui par nature, n'est pas prcdélibérc ; le Père agit et crée en lui comme l'enseigne l'apôtre Jacques : Par sa volonté il nous a engendrés dans le Verbe de um7é (Jac. 1,18). Donc la volonté de Dieu concernant les régénérés et les créatures est dans le Verbe en qui, selon son bon plaisir, il crée et il régénère. C'est ce qu'indique encore l'Apôtre écrivant aux Thctsaloniciens : Cesl la volonté de Dieu, dans le Christ Jésus, à notre égard {\ Th. o,l7). Si celui en qui il agit est celui en qui il décide, si la volonté du Père est dans le Christ, comment peut-il lui-même être produit dans la décision et la volonté ? Si, comme nous, il est produit dans la décision, il faut que celle qui le concerne lui-même subsiste dans un aulre Verbe, par qui luimême est produit, car la décision de Dieu se montre exister non point dans ce qui devient, mais en celui par qui et en qui sont faites toutes les créatures...
(Gi)« S'il n'est pas produit par volonté, reprennent les ai'icns, forcément alors c'est contre son gré que Dieu a eu un Fils !.. » Ils voient ce qui est contraire à la volonté, mais non ce qui est au-dessus et supérieur. A la volonté est opposé l'involontaire, mais au-dessus et antérieur à la volonté est ce qui est selon la nature.
C'est selon sa volonté que quelqu'un bâtit une maison, selon la nature qu'il en<,'en(lre un fils. Ce que la volonté combine, commence d'exister et est étranger à l'auteur; le Fils appartient p?»r la génération en propre à la substance du Père et nest pas hors de lui ; aussi n'y a-t-il pas délibération à son sujet, sinon il paraîtrait délibérer sur lui-même. Plus le Fils est élevé au-dessus de la créature, plus la nature sur la volonté.
(65) Le Fils de Dieu est donc le Verbe et la Sagesse, il est la prudence et la volonté vivante; en lui est le vouloir du Père, il est vérité, lumière, force du Père. Mais si la volonté de Dieu est la sagesse et la prudence, si le Fils est la Sagesse, dire que le Fils est par la volonté, c'est dire que la Sagesse est faite par la Sagesse, le Fils dans le Fils, le Verbe créé par le Verbe. Cela répugne à Dieu et est opposé à ses Écritures. LApôtre le déclare splendeur propre et empreinte non de la volonté, mais de la substance du Père : Qui est la splendeur de la gloire et V empreinte de sasubstance (Heu. i,3). Mais si, comme nous l'avons dit, la substance et subsistance paternelle n'est pas de la volonté, évidemment ce qui est propre à cette subsistance paternelle ne saurait cire de la volonté. Telle est cette bienheureuse subsistance, telle doit être celui quelle engendre. Aussi le Père n'a-t-il point dit : Voici îe Fils, né de ma volonté, ni le Fils que j'ai eu selon mon bon ])Iaisir; mais simplement mon Fils, et mieu.x, en qui j ai mes complaisances (M.\t. 3,17), —
LE DOGMK DE LA TIUMTE 83
montrant par là qu'il est Fils par natiiro, en lui repose la volonté (le son bon plaisir.
(06) Si donc le Fils est par nature et non par volonté, est-il involontaire pour le Père, et existe-t-il malgré sa volonté? Pas du tout; le Fils est voulu du Père et comme il dit lui-même : Le Père aime le fils et lui montre tout (Jo, 3,35). Être bon n'a pas été le fruit de la volonté, il n'est pas cependant bon contre sa volonté, car ce qu'il est lui est volontaire; ainsi être Fils, bien que n'ayant pas pour principe la volonté, ne lui est pas involontaire, n'est pas contre son intention. De môme qu'il veut sa propre subsistance, ainsi le Fils, appartenant à sa substance, ne lui est pas involontaire.
Interprétation des textes scripturaires.
Saint Attianaso discute dans le Contra Arianos une double série de textes opposés aux catholiques par les ariens. Les uns renfennaienl une expression qu'ils prétendaient nettement affirmative de la création du Verbe ; les autres supposaient en lui la faiblesse et l'imperfection, niaient par conséquent sa vraie divinité. L'exégèse de ces textes fournit à saint Atlianase loccasion d'éclairer certains aspects du mystère et dejustilier lesdévelop[)ements précédents. Il y applique diversement la même solution, en entendant ces textes du ^'erl)o fait chair pour racheter et diviniser Ihumanité. Avant de passer au détail de ses explications, je reproduis deux passages qui énoncent les principes de sa méthoile exégétique. On ne peut que les approuver.
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Qu'il faut s'attacher au sens de lÉcriture, non aux mots.
(3) Si le Seigneur est Fils, comme il lest en effet, si le Fils ne lient pas son existence du dcliors mais de celui qui l'eng-endre, qu'il n'y ait plus discussion pour des mots, parce que les saints, à propos du Verbe, au lieu de Va engendré, emploient Va fait. Ce mot est indifférent pourvu que la nature soit reconnue. Les mots ne font rien à la nature; c'est j)lutùt la nature qui change les mots en les attirant à soi. Ils ne sont pas antérieurs aux sid^stances, mais postérieurs. La substance est-elle créée ? On emploie proprement alors les mots faire, devenir, créer, qui caractérisent la créature. Est-elle engendrée et Fils? Alors ces mêmes mots ne sont plus employés au sens propre et n'indiquent plus une créature, mais au lieu d'engendrer on peut indifféremment employer /"«i/'e. Souvent par exemple h^s pères appellent leurs (ils, nés d'eux, esclaves: ils n'entendent pas nier la vérité de leur nature; souvent aussi par bienveillance à leurs esclaves ils donnent le nom de fds : ils ne veulent point cacher l'acquisition qu'ils en ont faite d'abord. Dans le |)remier cas ils agissent |)ar autorité, comme ils disent, dans le second j)ar bienveillance. Sarra appelait Abraham son maître; elle n'était pourtant |)as son esclave, mais sa lemme; l'Apôtre unis.sait à IMiilémon le maître, en qualité de frère, l'esclave Onésiiniv lîersabée, bien (pie mère,
appelait Salomon esclave, disant à son père : Salomon ton esiclave (3 Reg. I, 19); Nathan survenant employa devant David la même expression Salomon ton esclave {Ibid. 26); il ne leur importait guère d'appeler esclave le iils. David en entendant ces paroles reconnaissait la nature ; eux-mêmes n'en méconnaissaient point les droits. Ils demandaient l'héritage paternel pour celui qu'ils appelaient esclave, car il était par nature iils de David. (4) Quand nous lisons ce fait, nous le comprenons bien et, entendant traiter Salomon'd'esclavc, nous pensons pourtant quil ne l'est pas, mais est par nature et authentiquement Iils. De même, puisque le Sauveur est reconnu vraiment Fils et par nature Verbe, si les saints disent: Il est fidèle à celui qui la fait (Heu. 3,2); si lui-même déclare : Le Seigneur m'a créé (Puov. 8,22) et Je suis ton esclave et le fils de ta servante, (Ps. liS,1()), etc., ce n'est pas une raison pour nier la propriété qu'il tient du père, mais, comme dans le cas de Salomon et de David, il faut sagement comprendre ce qui concerne le Père et le Fils... Les ariens entendent dire génératioii, Verbe, .Sagesse, ils s'efforcent de détourner l'intorprétation et de iiIcm' la naturelle et authentique génération du Fils par h; Vive; mais s'ils viennent à entendre les mots de créature, aussitôt ils concluent cjne le Fils est par nature chose créée, et ils nient le Verbe, bien que, le sachant devenu homme, ils j)uissont rejeter sur son humanité toutes ces paroles'
' Oral. II. Vont. Arian., 3-4.
Qu'il faut tenir compte des circonstances pour expliquer le texte.
Le Christ supérieur aux anges iWv.w. 2, 4-4).
(o4) Il est donc écrit: devenu par là (T autant supérieur aux anges (IIeb. 1,4). Il faut d'abord examiner ce texte. Comme il convient de faire pour toute la divine Écriture, il est nécessaire d'examiner ici fidMcmcnt Voccasioii où écrivait lApùtre, la personne, le sujet de son écrit, de sorte que le lecteur n'aille pas par ignorance s'égarer, au mépris de ces données, loin de la véritable interprétation. L'eunuque studieux Tavait compris, lui qui appelait Piiilippe et lui disait : Je t'en prie, de qui le prophète dit il ceci : de lui-même ou de quelque autre (Act. 8,34)? Il redoutait de se tromper sur le personnage et de manquer ainsi le vrai sens. Les disci})les désireux de co'nnaître le moment dont il leur parlait, invitaient le Seigneur et lui disaient : Dis-nous quand sera tout cela ; quel est le signe de ta parousie ? (M.\T. 24,3). Entendant raconter au Sauveur ce qui concernait la fin, ils voulaient en savoir aussi le temps, pour éviter eux-mêmes l'erreur et instruire les autres. L'ayant appris ils redressèrent ceux de Thcssalonique qui s égaraient. Lors donc que quelqu'un possède bien la connaissance de ces données, il a 1 int(>lligence droite et saine de la foi. Mais s'il cherche en dehors de cela, il tombe dans l'hérésie. Ilyménée et Alexandre se tromj>èrenl sur le temps, eux (pii affii-mèrent que la
LE DfJGME DE L\ TRINIVÉ 89
résurrection avait déjà eu lieu; les Galatcs étaient en retard qui recherchaient encore la circoncision. La personne a été et est le sujet de l'erreur des Juifs; ils pensent que c'est de l'un d'eux qu'il est dit : Voici que la Vierge concevra et enfantera un fils, et on lui donnera pour nom Emmanuel, ce qui est traduit Dieu avec nous (Is. 7,14); ils interprètent d'un de leur prophète le verset : Il vous suscitera un prophète (Dect. 18,io); de même sur le verset: Comme un mouton il sera conduit à la tuerie (Is. 53,7), ils n'interrogent pas Pliilippe, mais croient qu'il désignait Isaïc ou quoique autre prophète du passé.
(oo) C'est par suite de la même disposition que les christomaques sont tombés dans leur exécrable hérésie.. S'ils avaient connu le sujet, l'objet et l'occasion de la parole de l'Apôtre, ils n'auraient point appliqué à la divinité ce qui concerne l'humanité et commis de telles im|Métés. On peut le voir si l'on comprend bien le début du passage. L'apôtre dit : Dieu ayant autrefois diversement et plusieurs fois parlé aux Pères par les wophètes, en ces derniers jours, nous a parlé en son Fils ; etpcu après il ajoute : En lui-même, accojnplissant la purification de nos péchés, il s'estassis à la droite de la majesté dans les deux, devenu d'autant supérieur aux anges qu'il a hérité un nom plus important par rapport à eux (IIeh. 1,4). Le teinps où a parlé le l'ils de Dieu et où a eu lieu la i)urilication des péchés nous est donc rappelé par la parole do l'AiJÔlre. Quanti cela fut-il, quand s'est-il fait homme, sinon après les pro-
90 l'E DOGME DE F.\ TniN'lTK
phèles, aux derniers jours 1' Comme le discours roule sur l'économie qui nous concerne, parlant des derniers jours, l'Apùtrc a naturellement rappelé que, pendant les premiers jours non plus, Dieu n'a pas gardé le silence pour les hommes ; il leur a parlé par les prophètes. Les prophètes ayant fait leur service, les anges promulgué la loi, le Fils étant venu sur la terre pour servir, Paul devait ajouter : D'autant supérieur aux Anges, jiour montrer que ladifférence qu'il y a entrele Fils et l'esclave mesure la supériorité du service du Fils par rapport à celui des esclaves. L'Apôtre distingue donc le ministère antique et le nouveau; il écrit avec liberté aux Juifs : D'autant supérieur aux anges. Aussi n'a-t-il même pas usé de comparaison, disant plus grand ou plus honoré, pour qu'on ne seliaiaginepas comme étant de la même catégorie; mais il a dit supérienr pour faire connaître la dinércnce entre la natiM'e du Fils el celle des créatures... Aucune parenté entre le l'ils et les anges, d'où pas de comj)araison, mais une diriércnce établie conformément à la diversité des natures. L'Apôtre lui-même, exj)liquant le mot supérieur, rinterprèt(» uniquement de la différence onlre le l'ils et les créatures; lui est I-'ils, les autres esclaves ; le Fils est assis, près de son Père, à sa droile; les autres, en esclaves, sonl debout, sont envoyés, accomplissent hnir ministère...
(o9j Si le Fils était- au nond)re des créatures, il ne leur serait j)f)int su|)érieur, et la transgression ne mériterait point un (•Ii.'iliinent plus grand. Quand les anges
LE nOGMIC ])K I-A lllIMïl': 91
servaient, il n'y avait ni plus ni moins en ceux qui ])échaient, mais une seule loi el un seul châtiment pour les coupables. Comme le Fils n'est pas une créature, étant le Fils de Dieu, plus il est supérieur lui et ses œuvres, plus grave est le châtiment. Qu'ils considèrent donc la grâce (jui nous vient par le Fils et reconnaissent le témoignage que lui rendent ses œuvres : il est étranger aux créatures, seul vrai Fils dans le Père, (^t le Père est en lui. La loi a été promulguée par les Anges et n"a conduit personne à la pertcction; elle avait besoin de l'incarnation du Fils, comme dit saint Paul. La venue du Fils a achevé l'œuvre du Père. Alors, d'Adam à Moysc régna la mort ; la venue du Fils a (U'^truit la mort et désormais nous ne mourons plus tous en Adam, tous nous sommes vivifiés dans le Christ. Alors de Dan à Dersabée était annoncée la loi et Dieu n'était comm que dans la Judée; maintenant Icii?' voix s'est étendue sur toute la terre, et s'accomcomplit ce qui est écrit : Tous apprendront à connaître Dieu [h. 54,13); alors, c'était la ligure qui était montrée, maintenant la vérité est manifestée. C'est ce qu'explique ensuite clairement l'Apôtre...
(61) Que signihe être assis à la droite de Dieu, sinon hi légitimité du Fils et qn(^ la divinité (Ui Père est celle môme du Fils. Le Fils règne sur le royaume de son Père, est assis sur le même trône que son Père, est contemplé avec la divinité de son Père, le Verbe est Dieu et (|ui voit h> l'ils voit le Père ; ainsi il n'y a (|u"un seul Dieu. Assis à la droi((\ il ne fait pas (pic le Père
92 LE DOr.ME DE LA TRINITÉ
soitù sa gauche. Mais ce qui est à droite et honorable pour le Père, le Fils le possède et dit : Tout ce qiCa le Père est en moi (Jo. IG,I5). Aussi assis à droite, le Fils voit le Père, assis à droite aussi, bien que ce soit comme homme qu'il dise : Je voyais toujours le Seigneur devant moi et il est à ma droite pour que je ne sois pas ébranlé. (Ps, 15.8.) Là apparaît encore comment le Fils est dans le Père et le Père dans le Fils. Le Père étant à droite, le Fils est à droite; le Fils assis à droite, le Père est dans le Fils. Les Anges servent en montant et en descendant, mais du Fils il est dit : Que tous les anges de Dieu Tarfore^i^ (IIeb. 1,6.) Quand les anges servent, ils disent : J'ai été envoyé ve7'stoi;le Seigneur a ordonné. Le Fils, bien qu'il parle humainement, dit : J'ai été envoyé; bien qu'il vienne pour accomplir l'œuvre et pour servir, il dit pourtant, comme Verbe et Image qu'il est : Je suis dans le Père et le Père est en moi; qui me voit voit le Père; le Père restant en moi accomplit lui-même ces œuvres (J«. 14, 9-10); car ce qu'on voit dans cette Image ce sont les œuvres du Père'.
Aaron et Jésus-Christ (IIeik, 3, 1-2)
La substance du Verbe et sa génération naturelle par le Père n'étaient jjoint visées par l'Apùtre, quand il disait : // est fidèle à celui qui l'a fait. Le Verbe fait et n'est point fait. Il pensait à sa venue parmi les
' Orat. I. Cont. Arian . 54-55.59,61.
hommes et à son pontificat, bien fif^uré dans 1 liistoire de la loi et d'Aaron. Aaron n'est point engendré grandprètre, mais homme et postérieurement seulement, au moment voulu par Dieu, devient pontife. Pas simplement ni avec des vêtements communs pour insignes; il revêt l'épomide, le rational, la tunique que les femmes avaient fabriqués sur l'ordre de Dieu et qu'il prenait pour entrer dans le sanctuaire et y offrir le sacrifice en faveur du peuple. Dans ce costume, il était comme médiateur entre la vision de Dieu et les sacrifices des hommes. Ainsi le Seigneur : m^ commencement était Verbe et le Verbe était en Dieu et le Verbe était Dieu. Quand le Père voulut que pour tous une rançon fut offerte et donnée à tous, alors le Verbe revêtit, tunique d'Aaron, la chair terrestre. Au lieu de la terre vierge, Marie fut mère de son corps pour que, possédant l'oblation, il pût, pontife, s'offrir lui-même au Père et par son propre sang nous purifier tous de nos péchés et nous ressusciter d'entre les morts.
(8) L'antiquité fut l'ombre de ce fait et ce que le Sauveur fit par sa venue, Aaron sous la loi l'avait esquissé. Aaron sans changer revêtait Ihabit pontifical et se dissimulait seulement, toujours identique à lui-même. Si quelqu'un le voyant faire l'oblalion disait : Voici qu'aujourd'hui Aaron est devenu grand-prêtre» il n'entendait pas dire que ce jour-là, il était devenu homme, car il était homme avant d'être grand-prêtre, mais que .sa fonction sacrée lavail fait grand-prêtre, revêtu des habits préparés pour ce sacerdoce suprême.
On peut ainsi hicii interpréler du Seigneur ({uil n'a pas changé poui* avoir [)i'is noire chair, mais, restant le même, il s'y cachait. Il ne faut point appliquer au Verbe en tant que Verlic les mots devenir et être fait. 11 était Verbe créateur, mais est devenu ensuite grandprètre, revêtant un corps créé qu'il pouvait offrir pour nous. De là l'expression : il a été fait grand-prélve. Si donc il ne s'est pas fait homme, que les ariens discutent, mais si le Verbe s'est fait chair, quelle expression emi)loyer pour 1 homme qu'il devint, sinon : il est fidèle à celui qui Va fait ? Pour le V'erbe, il est naturel de dire : au commencement était le Verbe; pour l'homme, d'employer les verbes devenir et faire. A voir le Seigneur, vivant de la vie des hommes et démontré Dieu par ses œuvres, n'aurait-on pas demandé: Qui l'a fait homme ? Et en réponse n aurait-on pas dit : Le Père l'a fait homme et nous l'a envoyé comme grandprêtre. Ce sens et cette circonstance et la personne, l'Apùlre lui-même auteur de la lettre les met bien en lumière si on reprend tout h' (h!'V('loj)pemenl, car il y a suite parfaite et tout le passage est sur le même sujet...
(9) Quand donc a-l-il été fait et est-il devenu Apôtre, sinon quand semblablement à nous il a parlicipé à la chair et au sang i' Quand e.st-il devenu pontife miséricordieux et lidèle, sinon lorsqu'il s'est en tout assimilé à ses frères; et il s'est assimilé quand il est devenu homme, revêtant notre chair. C'est donc au sujet de léconomie (Ui \'erl)e selon l'Iiiunanité que
Paul a écrit : IL est fidèle à celui qui la fait, et non pas sur la substance du Verbe. N'ayez plus la folie d'appeler créature le Verbe de Dieu, il est le Fils par nature, unique. Il a eu des frères quand il a revêtu une chair semblable à la nôtre et, l'offrant lui-même par lui-même, il a reçu le nom de u^rand-prètre ; il est devenu miséricordieux et fidèle; miséricordieux parce que, s'offrant |)()ur nous, il nous a pris en pitié; ildèle, non |)ar parti(^ipation à la foi ou |)arce qu'il croyait en quelqu'un comme nous, mais parce fju'il mérite créance quand il agit ou il parle et qu'il offre une oITrande (idèle qui reste et ne périt point. Les offrandes légales n'étaient point fidèles, disparaissant chaque jour et réclamant une nouvelle purification ; le sacrilice du Seigneur une fois offert a tout parachevé; il est lidèle et jjersiste sans cesse. Aaron avait des successeurs et sous la loi le ponlilicat se transmettait par suite du temps et de la mort; le Seigneur possédant un pontificat qui ne connaît ni transmission ni succession est devenu un grand-prêtre lidèle, persévérant sans cesse et iidèle encore à sa promesse, pour exaucer et ne point tromper ceux cpii viennent le trouver. L'Kpître du grand Pierre nous l'enseigne : Ceux qui souffrent selon la volonté de Dieu doivent recommander leurs âmes à leur fidèle créateur (l Pkt. 4, 19). 11 est lidèle, n'étant point sujet au changement mais restant toujours le même et accordant ce qu'il a promis ^
' Ovcd. II. Vonl. Arian.,1 [).
L onction du Christ.
Ses rapports avec l'Esprit Saint (Ps. 44, 7-8).
(46j Ton trône, ô Dieu, pour le siècle des siècles; la verge de justice est la verge de ta royauté. Ta as aimé la justice et haï Viniquité. C est pourquoi Dieu Va oint, ton Dieu, de l'huile d'allcgresse, à l'exclusion de tes compagnons. Voyez, ariens, et reconnaissez ici la vérité. Les compagnons du Seigneur, c'est nous tous, d'après le Psaliniste. S'il est du néant et l'une des c'.<;alures, il serait au nombre de ces compagnons ; mais puisqu'on le chante Dieu éternel : Ton trône, ô Dieu, est pour les siècles des siècles, et que tout le reste lui est associé, que conclure sinon qu'il est étranger aux créatures et seul vrai \'erbe du Père, sa Splendeur cl sa Sagesse, dont participent toutes les créatures qui! sanctifie par l'Esprit. Ici donc il est oint, non pas pour devenir Dieu, il l'était déjà; ni pour être roi, il régnait depuis létcrnité, image de Dieu, comme l'indique l'Écriture; mais à cause de nous. Les rois d'Israël devenaient rois par l'onction et ne l'étaient pas avant; ainsi David, Ezéchias, Josias et les autres; le Sauveur lui, qui est Dieu et Roi éternel de la royauté de son Père, qui distribue lui-même l'Esprit-Saint, est déclaré oint i)ar l'Esprit en tant qu'homme pour nous préparer à nous hommes, de môme que la résurrection et l'exaltation, l'inliabitation et la familiarité du Saint Esprit. Le Seigneur lui-même l'a signifié et l'a dit dans l'Evan-
gile de saint Jean. Je les ai envoyés an monde et je me sanctifie pour eux, ajla qu'ils soient eux aussi sanctifiés en vérité (Jo. 17,18-19). Ces paroles montrent qu'il n'est pas le sanctifié mais le sanctifiant; un autre ne le sanctifie pas, lui-même se sanctifie pour que nous soyons véritablement sanctifiés. Celui qui se sanctifie est maître de la sanctification. Comment cela se fait-il? Qu'est-ce sinon dire : Moi, Verbe du Père, je me donne à moi-même devenu homme l'Esprit et je me sanctifie moi-même fait homme pour que en moi qui suis la vérité — Ton Verbe est la Vérité (Jo. 17,17) — tous soient sanctifiés.
(47) Si c'est pour nous qu'il se sanctifie et s'il le fait quand il devient homme, il est évident que la descente de l'Esprit sur lui, au Jourdain, était pour nous parce qu'il portait notre corps. Elle n'avait point pour but l'amélioration du Verbe, mais notre propre sanctification, pour que nous participions à son onction et qu'il lût dit de nous : Ne savez-vous pas que vous êtes le temple de Dieu et que l'Esprit du Seigneur habite en vous {l Cor. 3,1Gj? Le Seigneur, en tant qu'homme se lavant au Jourdain, nous étions lavés en lui et par lui. Quand il reçut rEs|)rit, c'est nous qui étions rendus, par lui, capables do. le recevoir. Aussi, n'(\st-ce point comme Aaron, David elles autres qu'il est ointd'huile, mais, à l'exclusion de ses compagnons, avec l'huile de V allégresse .h' \\^m{, indiquant qu'il s'agitde lui-même, dit par le jirophète : L Esprit du Seigneur est sur moi; c'est pourquoi il m'a oint (Is. Gl/1); de nn'-nK^ (jue
l'Apôtro a (lit : Comme Dieu l'a oint de l Esprit-Saint (AcT. 10,38). Quand donc cela a-t-ilété dit de lui, sinon quand, apparu dans la chair, il était baptisé au Jourdain et rEsi)rit descendit sur lui? Le Seigneur luimôme dit: L'Esprit recevra de moi (Jo. 16,14), et Je renverrai (Jo. 16, 7) Qi Recevez le Saint-Esprit (Jo. 20, 2i>).
Pourtant celui qui le donne aux autres comme Verbe et Splendeur du Père est dit maintenant sanctilié, parce qu'il est devenu homme; c'est son corps qui est sanctifié. Par lui nous aussi nous avons commencé à recevoir l'onction elle sceau : Vous aussi, ditsaintJean, vous avez V onction du Saint (1 Jo. 2,20); et l'Apôtre : Vous aussi, voîis avez été scellés de l' Esprit- Saint de la promesse (Kpiies. 1,13). Donc c'est à cause de nous et pour nous que cette parole est dite. Où y a-t-il \h. progrès dans le perfectionnement, et récompense de la vertu ou simplement de l'action du Seigneur ? Si n'étant pas Dieu, il était devenu Dieu, si n'étant pas roi, il était promu à la royauté, votre raisonnement aurait quelque apparence. Mais s'il est Dieu et si le trône de la royauté est éternel, comment Dieu pouvaitil jirogresscr ? Que manquait-il à celui qui était assis sur le trôno du Père? Si, d'autre part, IKsprit est de lui, reçoit i\v lui cl .s'il l'cMivoio lni-nirm(\ ce n'estdonc l)as le Verbe, en tant qu'il est Verbe et Sagesse, qui est oint par l'Esprit que lui-même donne, mais la chair (pi'il a i)rise, ointe en lui et Cio sa part. Ainsi la sancti- (ication, faite sur le Seigneur eu laiil (piliomme, des-
cciul clo lui sur tous les hommes. L Esprit ne parle pas de lui-même, est-il écrit (Jo. 16/13); c'est le Verbe qui le donne aux saints. C'est ce que disait déjà le texte cité plus haut : Qui se trouvant dans la forme de Dieu na pas estimé rapine d'être égal à Dieu, mais s'est vidé, prenant la forme de V esclave (Philip. 2,6-7). Ainsi David chante le Seigneur, Dieu éternel, et Roi, envoyé vers nous et prenant notre corps mortel. Il nous l'indique dans le Psaume : Myrrhe, baume et cassie découlent de tes vêtements. (Ps. 44,9). Nicodème, Marie et ses compagnes le démontrent lorsque le premier vint portant un mélange de parfums et cent livres d'aloès ; les autres avaient préparé des aromates pour l'ensevelissement du corps du Seigneur.
(48) Quel est donc le progrès pour l'immortel qui a pris notre mortalité ? Quel perfectionnement pour l'éternel revêtant notre état éphémère ? Quelle récompense plus grande recevrait le Dieu éternel et le roi qui est dans le sein du Père? Ne voyez-vous pas que cela s'est fait à cause de nous et pour nous, pour que le Seigneur devenu homme nous rende immortels, nous mortels et éphémères, et nous conduise à l'éternel royaume des cicux? Ne rougissez-vous pas de falsilicr les saints livres ? Notre-Seigncur Jésus-Christ étant venu en ce monde, nous avons été perfectionnés, délivrés du péché; lui-même n'a pas changé du fait de devenir homme ; mais, comme il est écrit, le Verbe de Dieu reste pour l'éternité (Isa. 40,8). De même qu'avaui de se faire homme, étant Verbe, il donnait ri'Jspril aux
saints, comme son bien, de même devenu homme, il nous sanctifie tous par l'Esprit et dit aux disciples : Recevez V Espril-Sainl {io. 20, 22). Cest lui qui le donnait à jNIoïse et aux soixante-dix (Num. '11/16); par lui David priait le Père disant : N'ùle point de moi ton Esprit-Saint (Ps. 50, 13). Devenu homme il disait : Je vous enverrai le Paraclet, V Esprit de vérité{io. io,26), et il l'a envoyé, vcridiquc Verbe de Dieu. Donc Jésus- Christ hier et aujourd'hui est le même et dans tous les siècles(UEn. 13,8); il resle sans chanc^cment; il donne et il reçoit, il donne comme Verbe de Dieu et reçoit comme homme. Ce n'est pas le Verbe en tant que Verbe qui est perfectionné, car il possédait et po.ssède toujours tout, mais les hommes qui en lui et par lui ont le principe de recevoir. Quand on dit humainement de lui qu'il est oint, c'est nous qui sommes oints en lui, car lui étant baptisé, nous sommes ceux qui sont baptisés en lui. Le Sauveur éclaire tout cela quand il dit au Père : La gloire que tu m'as donnée, je la leur ai donnée pour qu'ils soient un, comme nous sommes un (.lu. 17, 22). Pour nous il demandait la grâce, il l'a reçue, il la donnée, et il a été exailé pour cjue nous recevions, (pi il nous soit donné, que nous soyons exaltés en lui, comme il se sanctifie pour nous pour que nous soyons sanctifiés en lui.
(49) Ici encore le cest pourquoi ne sij^nifie pas récompense de la vcriii ou de l'aclion du Verbe, mais la cause de sa venue jusqu'à nous et de I Onction faite sur lui pour nous par l'Ksjjril II n'a pas dit : « C'est pour-
LE DOr.ME DE LA TRINITÉ 101
quoi il ta oint pour que tu deviennes Dieu, ou roi, ou Fils, ou Verbe » ; il l'était auparavant et l'est toujours, comme il a été démontré, mais plutôt : « Puisque lu es Dieu et roi, c'est pour cela que tu as été oint; il n'appartenait à personne d'unir Thomme à l'Esprit-Saint, hormis à toi, image du Père, selon laquelle nous avons été faits dès le début, à toi en effet appartient l'Esprit. » La nature créée n'était pas apte à cela, après la transgression des anges et la désobéissance des hommes. C'est pour cela qu'il était besoin d'un Uieu — Le Verbe est Dieu (Jo. 1, 1) — pour délivrer ceux (lui étaient sous la malédiction. Si donc il était tiré du néant, il ne serait pas le Christ (l'oint), étant de la foule et des compagnons, mais, comme il est Dieu, étant fils de Dieu, et roi éternel, étant splendeur et empreinte du Père, à bon droil, il est l'oint attendu, que le Père annonce aux hommes, le découvrant à ses saints prophètes. Comme par lui nous avons été faits, en lui aussi se fera la rédemption universelle du péché ; il régnera sur tout. Telle est la raison de l'onction faite sur lui ot de la présence du Verbe dans la chair. Le psalmiste la voyant d'avance célébrait sa divinité et la royauté j)aternelle : Ton trône, à Dieu, est pour le siècle des siècles; la cerge de justice est la verge de ta royauté ; et annonçant sa descente en ce monde : C'est pourquoi Dieu t'a oint, ton Dieu, de l'huile de l'allégresse, à l'exclusion de tes compagnons. (Ps. 44,8.)
(oO) Quoi d'étonnant ou d incroyable à ce que le Seigneur, qui donne l'Esprit, soit proclamé oint par lui,
102 LE DdGMK DK LA TRINITE
quand, la nécessité le demandant, il na pas refusé, a cause de son liumanilé, de se dire même inférieur à l'Esprit. Les Juifs disaient qu'il chassait les démons par BéelzébuUi. Il répliqua pour les convaincre de blas- ])hème : Si je chasse les démons dans l'Esprit de Dieu (Mat. 1:2,28). Celui qui donne l'Esprit aiïirmc maintenant (jue c'est dans l'Esprit qu'il chasse les démons, mais cela n'est dit qu'à cause de sa chair. La nature humaine n'étant point apte à chasser par elle-même les démons, mais seulement par la force de l'Esprit, comme homme il dit : Si je chasse les démons dans l'Esprit. Montrant encore que le blasphème contre l'Esprit-Saintest plus,q;rand que celui contre son humanité, il dit : Cehci qui parlera conl?'e le Fils de V homme aura rémission. Tels étaient ceux qui disaient : N'estce pas là le fils du charpentier? Ceux qui blasphèment contre V Esprit- Saint et attribuent les œuvres flu Verbe au diable, seront soumis à un châtiment inévitable. Le SeiiT;neur comme homme parlait ainsi aux Juifs ; à ses disciples il montrait sa divinité et sa grandeur ; aussi ne se disait-il plus inférieur à l'Esprit, mais déclarant son égalité, il leur donnait l'Esprit-Saint et disait : Recelez l Esprit-Saint (Jo. 20,22) et : Je l'envoie, et encore : // me glorifiera et il dira tout ce qti'il entendra (Jo. 16.7, 13-14). De même donc que tout en donnant l'Esprit, le Seigneur n hésite pas h dire que c'est dans rEsju-it (|u'ii chasse les démons, comme homme ; demêmc; il a dit : L' Esprit du Seigneur estsur moi, c'est pourquoi il m'a oint (Is. 61-1), parce qu'il s'est fait
chair, comme l'a dil saiiiUcaii, pour montrer ([ue dans les deux cas c'est à cause de nous, dont la sanctilication exige la grâce de l'Esprit et qui ne pouvons chasser les démons sans la force de l'Esprit. Par qui donc et de qui devions-nous recevoir l'Esprit, sinon par le Fils, à qui appartient l'Esprit? Quand pouvions-nous le recevoir, sinon quand le Verbe s'est fait homme i* Le mot de l'Apôtre montre que nous n'aurions été ni rachetés, ni exaltés si celui qui était dans la forme de Dieu, n'avait pris la forme de l'esclave; celui de David, que nous ne pouvions participer à l'Esprit ni être sancliliés si celui qui donne l'Esprit, le Verbe, n'avait dit ([u'il était oint pour nous par l'Esprit. Aussi l'avons-nous reçu avec assurance, puisque sa chair est proclamée ointe. Sa chair d'abord sanctifiée et lui-même, à cause d'elle, ayant comme homme reçu l'Esprit, comme conséquence nous aussi nous avons la grâce de l'Esprit, la recevant de sa plénitude.
(y I ) Dautri', part le verset : Ta as aimé la justice et haï l'iniquité, ne signifie i)as, comme vous le croyez, la nature changeante du ^'crbe, mais plutôt son immutabilité. La nature des choses créées est changeante ; les uns ont transgressé, les autres ont désobéi ; leur action n'est pas stable; souvent il arrive que le bon change et devient autre, de sorte ([ue celui qui est acluellemenl juste sera tout à l'heure injuste; il fallait donc un élrc inimuableet ([ue les hommes eussent dans linmiulabilité du Verbe l'image et le modèle de leur verUi. Cette pensée s'explique aisénuMilpoui'les gens raisonnables.
104 I.K DndMK DE LA TRINITK
Le premier homme Adam ayanl ehangé et la mort étant par le péché entrée dans ce monde, il convenait que le second Adam lut immuable. Ainsi, ([uand le Serpent ferait de nouveau ses tentatives, sa tromperie serait réduite à rien et le Seigneur, par son immutabi- Mté etsa lixité, rendrait sans force ses entreprises contre les autres. De mémeque, parla désobéissance d'Adam, le péché a envahi tout le genre humain, de même le Seigneur s'étant l'ait homme et ayant mis en déroute le serpent, cette force pénétrera chez tous les hommes et chacun de nous peut dire : Nous n'ignorons pas ses pensées [H Coït. 2, U). A bon droit donc, le Seigneur, toujours et naturellement immuable, aimant la justice et haïssant l'inicjuité, estoint et envoyé pour que, restant le même, il prenne notre chair changeante, condamne le péché qui est en elle et la rende libre pour pouvoir désormais accomplir la justice légale et dire : Nous ne sommes pas dans la chair mais dans IRsprit, puisque V Esprit de Dieu habile en nous (Rom. 8, 3, 9).
(52j ^'ain est donc encore votre dessein, ù ariens, vainement vous avez pris comme jjrétexte les pîM^oles de riîlcriture. Le Verbe de Dieu est inmiuable; il est toujours le même, non pas simplement, mais comme le Père. Comment serait-il semblable, sil n'est comme lui? Comment tout ce qui est au Père est-il au Fils, s il ne j)0ssè(le jkis l'immutabilité et l'invariabililé du Père ? 11 n'est pas soumis aux lois et incliné en sens opposés, aimant ceci et délestant cela, ayant, p(U' crainte de la ( Iiule à choisir l'un des deux, devenant
LI': DOri.MK DE t.A TIUNITK lO:')
ainsi encore; cliaiigH'aiiL. iJicu el Verbe du Père, il est juge juste et vertueux ou plutôt exemple de la vertu. Juste et saint par natur(3, c'est pour cela ([u'il est proclamé ami (le la justice et ennemi de l'inicpiité. Cela revient à dire (pi'il aime et accueille les i^ens vertueux mais a en aversion et détcsle les injustes. Les Ecritures parlent de même au sujet du Vivo : Juste est le Seigneur el il a aimé la juslice (Ps. 10,8); Tu as détesté tous ceux qui font l'iniquité (Ps. 5, 7) ; Il aime les portes de Sio7i et ne fait pas grand cas des tentes de Jacub (Ps. 80, 2;,- // a aune Jacob et détesté Esaii (Mat,. 1,!2). Selon Isaïe, c'est encore la voix de Dieu qui dit : Je suis le Seigneur qui aime la justice et déleste les rapines de Vinjustice (Is. Gl ,8j. Qu'ils donnent donc aux autres textes le même sens (pi à ceux-ci puisque les autres ont été écrits sur l'image de Dieu, ou (pi'iuterprétant ceux-ci comme les autres ils décdarent que le Père (!st clian<>'eant... J^a nature de 1 iman'e doit être pareille; à celle du Pèriv.. Si les ariens insiste'ut, il n'y a ([u"à les réfuter en leur disant : Rendez à Vliomme ce qui est de Vliomme et à J)ieu et ce qui est de Dieu '.
Le Christ créé sagesse (Puuv. 8, !22).
l. — Le Verbe ri est pas créature, mais créateur.
(tV) Si ce quêtait le Pi're, le Pils le l'ait aussi, ce cpie crée le Fils est créature du Père; d'aulre pari, si le Fils
' Oval. I. Conl. Ariiui,, 'iG-Lii', cl', de Sytiodis, ol.
est œuvre cl crraLiirc du Pcvc, ou Iticii il se crée et se lait lui-même (puisque les œuvres du Père sont les a'uvres du Fils), chose étrange et impossible, ou bien créant et faisant ce que crée et ce que fait le Père, il ne saurait être son œuvre cl sa créature ; autrement la cause efficiente se trouverait faire ce qu'elle est ellemême, ou plutôt incapable d'agir. Comment en elTet, si, selon vous, le Verbe est du néant, est-il capable de faire, par la création, passer du néant à l'existonce ? Si, créature, il crée lui-même, on pourra supposer la même chose de chaque créature ipii ainsi pourra créer. Si c'est ce que vous voulez, à quoi bon un N'erbe, puisque les êtres inférieurs peuvent être créés par les êtres - supérieurs, et même chaciue créature a pu lors de sa création entendre dire à Dieu : Sois, sois faite; chacune aurait ainsi été créée. Mais ce n'est pas ce que dit l'Ecriture et ce n'était point possible. Des choses produites, aucune ne peut être cause créatrice ; tout a été fait par le Verbe, ce qu'il n'ciU point fait si lui-même. Verbe, était du nombre des créatures. Les ano-es ne pourront pas créer, étant créatures, bien que ce soit 1 opinion de Valentin, de Marcion et de Basilide dont vous devenez les émules ; ni le soleil étant créature ne fera jamais du iiéanl un être, ni rii<iinine ne facjonnera un homme, ni la pierre n'inventera une pierre, ni le bois ne fera croître le bois. C'est Dieu qui façonne I hiininie dans le sein, qui asseoit les montagnes et donne au bois sa longueur; l'homme, apte à la science, adapte el (lansforme cette matière et travaille les êtres.
LE DOOME DE LA TRIXITÉ 107
comme il sait, il lui suiïiL qu ils cxisiciit, il ('uimait sa nature; s'il est dans le besoin, il sait prier Dieu.
Çli) Si Dieu lui aussi travaille sur une matière et adapte, on a affaire à une conception païenne, c'est un artisan, non un créateur. Admettons cependant que le Verbe travaille ainsi la matière sur l'ordre et la direction de Dieu. Si par son propre Verbe, Dieu appelle le néant à l'être, le Verbe nest pas au nombre de ces inexistants appelés à l'être ; sinon il faut cbercbcr un autre Verbe qui appelle le précédent, puisque c'est par le Verbe que touta été fait. S'il crée et fait par luimême, il n'est point au nombre des créatures, mais c'est plutôt le Verbe du Dieu créateur qui se reconnaît aux œuvres du Père, qu'il fait lui-même, parce que le Père est en lui et lui est dans le Père. Qui le voit, voit le Père, par la propriété de la substance et la similitude totale du Fils au Père. Comment donc créc-t-il par lui, s'il n'est pas son Verbe et sa Sagesse? Comment seraitil Verbe et Sagesse, s'il n'est pas engendré de sa propre substance, s'il est lui aussi produit du néant? Conmient, puisque tout sort du néant et est créé, le Pils lui-même selon eux, seul pourtant il révèle le Père, aucun autre ne connaissant le Père ? Si étant créature il lui est possible de connaître le Père, que tous le coiniaissent chacun vn proportion desamesure, car toussontcréatures comme lui...
(4'i) Pourquoi si le ^'erbe est créature et issu du néant. Dieu al-il tout fait par son iulcrmédiaire seul «t sans le Verbe n'a rien fait? Pourquoi lorscprou dil tout,
108 LE DOr.MI': PE I.A THINITÉ
personne no ponse-l-il que le Verbe esl inclus clans ce tout, mais sculenieni les créatures ? Lorsque les Ecritures parlent du Verbe, elles lu" le donnentpas comme inclus parmi ce tout, mais le mettent avec le Père; en lui le Père lait et accomplit la providence et le salut de tout, d'autant |)lus que toute créature peut, sur l'ordre même i)ar iecpiel Dieu a fait le N'erbe, être faite elle aussi. Commander nest point une fatis^ue pour Dieu; il n'est point trop faible pour faire toutes choses de sorte que seul il crée uniquement le Fils et ait, ])our la création du reste, besoin du Pils comme ministre et auxiliaire. Il n'y a pas de retard dans l'exécution de ce qu'il veut ; il veut et tout se pi'oduit et nul ne résiste à sa volonté. Pour([uoi donc tout ne s'est-ii pas produit par l'ordre même de Dieu seul qui a créé le Verbe, ou pour(juoi tout s"est-il fait par lui (pi(ji(pi'il soit créé ?...
(îîu) S'ils disent (|U(! Dieu, ne voulant point se fatiti^uer à créer I(! reste, a fait seidement le Fils, toute la création réclamera, contre ce lani'aL>e inconvenant poiu- Dieu. Isa'i(> dit dans l'Ecriture : Le Dieu éternel qui apréparé les co)i/ùis de la terre n'éprouvera ni la faim, ni la fatigue; on ne peut sonder sa pensée (Is. 40,!2<S). Si c'est au contraire <|u il n'a i)as daigné faire le reste et n'a produit (|ue le l'ils, conliant h; reste auFilscomme à son auxiliaire, c est encore indis^'ne de Dieu, car en lui il n y a point de superbe et lui-même les réfute (Mr. lU,i2'J;0, "25-30;. S'il n'est poini indio-ne de Dieu d'étendre sa providence à des êtres aussi inlimcs
LE DOr.ME DR I.\ ÏRIXITÉ 109
qu'un cheveu ou un passereau et à l'herbe des champs, il n'était point indigne de lui de les créer.
(26) On peut encore réfuter ainsi leur sottise. Si la nature du Verbe est créée, comment celle-ci se trouvant impuissante à porter l'action directe de Dieu, seul le Verbe a-t-il pu être produit entre tous par la substance improduile et très pure de Dieu? S'il le peut, toute créature le peut; si toute créature est impuissante, le Verbe doit l'être aussi, car lui aussi, à vous entendre, est du nombre des choses produites. Si de plus, c'est parce que la nature créée était incapable de porter l'action directe de Dieu qu'il a fallu un médiateur, force est, puisque le Verbe lui-même est créature, qu'il y ait aussi un intermédiaire pour sa création, puis un second pour celui-ci et, ainsi de suite, on aura une foule de médiateurs, et il sera impossible d'amener à l'existence la créature toujours en quête d'un médiateur, qui luimême ne pourra exister que grâce à un aulre, parce que leur nature à tous est créée et ne i)eut participer à l'action de Dieu seul, comme vous dilcs. QuelK^ folie! Ce qui existe en fait doit [)asser pour ne pouvoir exister! Peul-êlre d'ailleurs s'imaginent-ils qu(^ cclan'exislc^ })as et sonl-ils encore à rechercher rinleriné(Haire !
{"11) Mais Moïse ?.. Moïse n'a pas été envoyé j)our créer et ai)pcler le néant à l'être ou faire cU's honnnes semblables à lui, mais pour ronic(> (\c jKu-hM' au peuple et au roi l'haraon. Il y a une grande différence. Servir est propre aux créatures (jui sont esclaves; créer ap[)arlieiil à Dit^i seul (>t à son proiirc^ N'erbe el à
no LE DOr.ME DK I..\ TRTNTTE
sa Sagesse. Aussi quand il s'agit de création, ne trouvet-on mentionné que le Verbe de Dieu ; car tout a été fait dam la Sagesse et sans le Verbe rien n'a existé, pour le service, il n'y a pas eu un seul, mais une foule d'envoyés du Seigneur : archanges, trônes, puissances, dominations, milliers et myriades de ministres se tenant prêts à être envoyés, beaucoup i\o ])rophètes, (\.o\\7.Q. apôtres et Paul. Moïse lui-même n'était point seul, Aaron était avec lui et les soixante-douze remplis du Saint-h>sprit ; à Moïse succéda Jésus fds de Navé ; à celui-ci les Juges, puis non pas un, mais de nombreux rois. Si donc le Fils était une créature, il devrait y avoir beaucoup de fils, qui auraient été autant de serviteurs pour Dieu, comme il y en a en foule pour les autres fonctions. Si ce n'est pas, s'il y a beaucoup de créatures mais un seul Verbe, qui ne voit par là même que le Fils, diffère de tous les autres et n'est pas à comparer aux créatures, mais appartient en propre au l*èrc. Ainsi n'y a-t-il pas plusieurs Verbes mais un seid Verbe de l'unique Père, et une seule image du Dieu unique...
(28) Us disent : Le Verbe est une créature, mais il a appris comme d'un maître et d'un artisan à créer et ainsi il a servi d'aide à Dieu ipii l'avait instruit. C'est ce qu'Astérius le sophiste, habile à nier le Christ a osé écrire, n'apercevant point l'absurdité qui s'ensuit. Si en effet on peut a])prendre à créer, qu'ils prennent garde {.\now n'en viciinc pas à dire que Dieu lui-même n'est i)as créateur par nature, mais par science, de
sorte qu'il peut cesser de l'être. De plus si la Sagesse de Dieu doit à renseignement l'art de créer, comment est-elle encore Sagesse, puisqu'elledomande desleçons. Qu'était-elle avant d'apprendre ? Pas la sagesse, puisqu'il lui fallait des leçons. Elle était donc une chose vide et non pas la sagesse substantielle, elle dut h son progrès le nom de Sagesse et no le restera que dans la mesure où elle retiendra l'enseignement. Ce qui ne vient pas de la nature mais s'ajoute par l'enseignement peut être oublié. Parler ainsi du Christ, c'est être païen, non chrétien.
(29) Si l'enseignement peut procurer à quelqu'un l'art de créer, les insensés supposent envie ou faiblesse en Dieu ; envie parce qu'il n'a pas enseigné à beaucoup cet art, de sorte qu'il y eût, avec de nombreux anges et archanges, de nombreux démiurges ; faiblesse parce qu'il n'a pu agir seul mais a eu besoin d'un associé ou d'un aide... Dieu n'a besoin de rien, lui qui dit : Je suis plein (h. 4,11). Le Verbe n'est pas devenu démiurge par l'enseignement; c'est parce (piil étail Image et Sagesse du Père. Dieu n'a pas "fait non plus le Verbe en vue des créatures à produire, car le Fils existant, le Père lui-même travaille, comme \c dit le Seign(>ur: Mon Père travaille jusqu'à cette heure et je travaille aicssi. (Jo. o, 17)...
(30) Il s'ensuit (de l'erreur arienne) que le Fils paraît plutôt fait pour nous que nous pour lui, car nous n'avons pas été créés pour lui mais lui fait i)our nous, de sorte qu'il doit plulùlnous être reconnaissant
que nous à lui, comme la femme pour l'homme car, dit IKcriture, l'homme napas élé faitpour la femme, mais la femme pour V homme (l Cor. 1 1. 9). Donc de même ({na V homme est V image et la gloire de Dieu, la femme gloire de l'homme (l Cor. 1 1, 7», nous, nous sommes limage de Dieu, créés pour sa gloire; le Fils est notre image et a reçu l'être pour notre gloire. Nous, nous avons été créés en vue de l'existence ; le Verbe de Dieu, selon vous, non pour exister, mais pour notre utilité, commeun instrument, de sorte que nous n'exi.stons pas pour lui mais lui pour nous... Kn conséquence il nest pas non plus le premier devant Dieu. Ce n'est pas l'ayant déjà en lui qu'il délibère sur nous, iriais nous ayant déjà en lui, il délibère, à ce qu'ils disent, sur son propre ^'erbe. Si cela est vrai, on peut dire même qu'il n'a pas voulu absolument son Tils, ce n'est pas volontairement qu'il l'a créé, mais, nous voulant, il l'a créé pour nous. C'est après nous qu'il l'a imaginé si bien que, à les entendre, le Fils devient un iii.strument iimtile puisque sont déjà produits ceux en vue de (|iii il est créé. Si le l'ils est le seul à pouvoir être créé p;ir Dieu seul, si nous, dans notre iiupuissanc(\ de v(»ns l'être au Verl)e, pou r(pioi Dieu ne délibèrc-t-il pas d'abord sur lui, qui est possible, mais sur nous 'M^oiu*- ([iioi ne fait-il jK>inl j)asser le fort avant les faibles? Pourcpioi le jjremier créé n'cst-il point celui sur lecpicl on délibère d'abord ? Pounpioi délibérant d'abord sur n(jus, ne nous fait-il point les premiers, quand. >;a volnnlé suflil imur'amoncr Irnis les êtres à l'existenre? Il li- crée
lui d'abord, tandis qu'il délibère auparavant sur nous et nous veut avant le médiateur ; voulant nous créer et délibérant sur nous, il nous appelle créatures et lui qu'il crée pour nous, il l'appelle Fils et héritier propre. C'était nous plutôt^ en vue de qui il le crée, qu'il fallait appeler lils, ou si lui était Fils, penser à lui d'abord et le vouloir luipour qu'il nous fasse tous.
(31) Même si Dieu n'avait pas jugé bon de créer, le Verbe n'en existerait pas moins en Dieu, et en lui serait le Père. Impossible aux créatures d'exister sans l'action du Verbe; aussi existent-elles par lui et justement. Le Verbe, appartenant en propre par nature à la substance de Dieu, est de lui, est en lui, comme il l'a dit ; impossible que sans lui la créature vînt à Tètre. Comme la lumière illumine tout de sa splendeur, et sans la splendeur il nya pas illumination, ainsi le Père a tout créé par le Verbe comme par sa main et ne fait rien sans lui...
(33) Nous voyons en effet que le Verbe a une existence éternelle, lient de Dieu son existence, appartient à sa substance et n"a ni antériorité ni postériorité. Xous voyons la splendeur issue du soleil et lui appartenant, sans que la substance du soleil soit divisée ou diminuée; elle reste intacte ; la splendeur est j)arfaile et entière, sans diminuer la substance de la limiièrc, comme vraiment engendrée de lui. Nous contemplons le Fils engendré non pas de l'extérieur, mais du Père, le Père restant tout entier, la splendeur de l'Iiypostase existant de toute éternité, conservant un raj)port et
une image parfaite à l'égard de son Père, de sorte que celui qui le voit voit on lui la réalilc dont il est l'empreintc. L'activité de cetle empreinte nous fait connaître la divinité réelle de l'hyposlase. C'est ce que le Sauveur lui-même nous apprend : Qui demeure eu moi fait les œuvres que je fais ; Moi et le Père nous sommes un; Je suis dans le Père et le Père est en woe(Jo. 14, 12; 10,30 ; 14, 10)...
(3t) On implante en eliacpie âme dès le début de l'initiation chrétienne la notion que Dieu a un Fils, le Verbe, la Sagesse, la Force et qu'il est son image et sa splendeur ; d'où découle imniédialement lelernilé, l'origine du sein du Père, la similitude, l'éternité de la génération par la substance. Aucune idée en cela de créature ou d'œuvre faite ^