‹ Saint Athanase (295-373)Chapitre 15 sur 21 · Insuffisance du baptême des ariens · texte numérisé non relu

Insuffisance du baptême des ariens

L'cxlrail .suivant nous fait connaître le scnliniciit théorique de saint Athanase dans la controverse ouverte dés le ni*^ siècle sur la valeur du baptême conféré par les hérétiques. Il était du nombre de ceux ()ui admettaient encore que la foi du ministre influait sur la valeur du sacrement. Sans entrer dans [historique de cette controverse agitée à Nicée (323) et reprise a Constantinople (381), qui! suffise de dire que le sentiment de saint Athanase n'était point celui qui triompha. D'une manière générale le baptême des ariens fut considéré comme valide, tant qu'ils employèrent la formule trinitairc.

Que les ariens l'entendent bien, il n v a (piun seul

' UnU. IL Cont. Arum., .'lj-30.

LE DOr.ME DE LA TP.IXITÉ H7

Verbe de Dieu, seul propre cl authentique Fils de sa substance, conservant indivisible avec son Père l'unité de la divinité ; nous l'avons dit souvent d'après l'enseignement du Sauveur. S'il n'en est pas ainsi, pourquoi le Père crée-t-il par lui, se découvre-t-il en lui à ceux à qui il lui plaît, et les illumine-t-il ? Pourquoi dans la collation du baptême nomme-t-on avec le Père, b^ Fils ? Parce que le Père ne suffit point ? C'est une aiïirmalion impie.' S'il suffit, comme il faut le dire, quelle est l'utilité du Fils et pour la création et pour le saint bni)tème ? Quelle communion entre la créature et le créateur ? Pourquoi nommer ensemble l'auteur et son œuvre dans la sanctification donnée à tous ? Pourquoi nous a-t-on transmis la foi en un créateur et une créature ? Si c'est pour nous unir au Fils créateur, inutile est le nom du Fils dans la formule du baptême. Dieu qui l'a adopté, peut aussi nous adopter. Si le Fils est créature, toutes les créatures raisonnables ayant la même nature, aucune utilité n'est à attendre d'une créature pour les autres, toutes ayant besoin de la grâce de Dieu...

Puisque nous en sommes venus à parler du baptême, il est nécessaire d'expliquer pourquoi le Fils est nommé avec le Père. Ce n'est pas que celui-ci ne suffise point, ce ncst pas non plus sans raison et par hasard. C'est parce qu'il est le Verbe de Dieu et sa j)ropre sagesse, sa splendeur; il existe avec lui de toute éternité. Il est par suite impossible que si le Père olfre la grâce, elli> ne soit point donnée dans le Fils, car le Fils est dans le

il8 LE nor.MR DR I,.\ TRINITÉ

Père, comme la splendeur dans la lumière. Ce n'csl point par indigence que Dieu a fondé la terre jmr sa sagesse(PRoy. 3,19) mais parce qui! estPèrc. C'est pour cela aussi qu'il a tout fait par son Verbe et confirme le saint baptême dans le Fils, Où est le Père, là est aussi le Fils, comme où est la lumière, là est la splendeur. Comme ce que fait le Père, il le fait par le Fils, le Seigneur lui-même disant : Ce que je vois faire à mon Père, je le fais aussi {io. 5, 19), ainsi dans l'institution du baptême, celui que baptise le Père, le Fils le baptise aussi et le Saint-l'^si)rit le rend parlait. Le soleil brille-t-il, on dit ([ue sa splendeur illumine, car la lumière est une et l'on ne peut la diviser ni la partager. De même ici, que le Père existe ou soit nommé, le Fils s'y trouve aussi ; le Père est nommé au baptême, il est nécessaire que le Fils le soit aussi...

(42) Aussi les Juifs qui nient le Fils ne possèdent-ils point le Père... Les ariens risquent aussi de ne ])oint avoir la plénitude du sacrement, je veux dire le baptême. Si la sainteté est donnée au nom du Père et du Fils et s'ils ne prononcent pas le nom du vrai Père, parce qu'ils nient que le Fils soit de lui et semblable à sa substance, s'ils nient le vrai Im'Is et en nomment un autre qu'ils se sont façonné créé du néant, comment leur don n'est-il j)oint complètement vide et sans utilité, ayant de l'ai)j)arence mais en réalité n'étant d'aucun secours pour la piété? Ils ne doiment pas au nom du Père et du Fils, mais du (-réateuret de la créature, de l'auteur et de son (ruvr(\ De même que la créature

LE DOflME DE LA TRINITE 119

diiïèrc (lu l<'ils, de même ce qu'ils donaenl est l'orccinent étranger à la vérité, bien qu'ils feignent de nommer le Père et le Fils conformément à l'Ecriture. Il ne suffit pas de dire Seigneur, pour le donner, mais il faut avec le nom avoir la foi orthodoxe. Aussi le Sauveur na-t-il point simplement ordonné de baptiser; il dit d'abord : Enseignez, puis baptisez ait nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit (Mat. 28,19). L'enseignement transmettra la foi orthodoxe et, avec la foi, la sanctification sera donnée par le baptême.

(43) Beaucoup d'autres hérésies disent les noms

seulement, mais n'ont pas les vraies pensées ni la foi

saine ; inutile est donc l'eau qu'elles donnent, la piété

enest absente, celui qui en est arrosé estplulôt souillé

dans l'impiété que purifié. Ainsi les païens bien que

prononçjant le nom de Dieu sont sujets au reproche

d'athéisme parce qu'ils ne connaissent pas le Dieu réel

et véritable, le Père de Notre-Seigneur Jésus-Christ ;

ainsi les manichéens et les Phrygiens (monlanistcs)

et les disciples de Paul de Samosate. Ils disent les

noms mais ils n'en sont pas moins hérétiques; ainsi à

leur tour les sectateurs d'Arius ; bien qu'ils lisent

l'Kcritun^ et prononcent les noms, ils jouent ceux qui

reçoivent d'eux le baptême, plus impies (^ue les autres

hérétiques et les dépassant peu à peu, lesjuslitiant par

leur loquacité. Les autres errent sur quelque partie de

la vérité ou sur le corps, disant que le Seigneur n'a pas

piis tliair de Mari(> ou qu'il n'est point mort, ou (pi'il

ne s'est point fail homme ; qu'il a seulenieiil apjiaru

120 LE DOr.ME DE LA TRINITÉ

et n'avait point en icaliLé de corps mais seulement en apparence et paraissait homme, comme on le paraît en rêve. Ceux-ci sont ouvertement impies à légard du Père. Entendant arfirmer i)ar Ih^crilure sa divinité attestée dans le Fils comme dans une image, ils blasphèment, le traitant de créature et colportent partout, comme de la boue dans une bourse, l'expression : il oi' était point ; ils la projettent comme le serpent son venin.

Puis, quand cette opinion paraît nauséabonde à tout le monde, comme appui pour soutenir l'hérésie chancelante, ils recourent au pouvoir humain. Les simples frappés de crainte à son aspect n'ont point conscience de ce qu'a de pernicieux leur mauvaise doctrine. Gomment n<^ sont-ils pas dignes de pitié ceux qu'ils trompent? Gomment ne point pleurer sur ces gens qui abandonnent pour leur plaisir ce qui leur est utile et perdent l'espérance à venir ? Croyant la concevoir pour un être qui en réalité n'existe pas, ils n'auront rien reçu ; s'afliliant à la créature, la créature ne leur sera d'aucun secours. Puisqu'ils croient en un être dissemblable et étranger en substance au Père, ils ne seront point unis au Père, ne possédant point le Fils propre, né (le lui, qui est dans le Père et en qui est le Père, comme lui-même l'a dit. Fgarés par ces hérétiques, les malheureux resteront privés et dépouillés de la divinité. A leur mort leurs imaginations terrestres no les suivront point et quand ils verront celui qu'ils ont nié, le Seigneur assis sur le trône de son Père, juge

LE DOfiME DE LA TP.LNITÉ 121

(les vivants cL des morts, ils ne pourront appeler an secours quelqu'un de ceux qui les ont trompés, car ceux-là même ils les verront condamner et regretter leur iniquité et leur impiété K

4. — Vrai sens du verset des Proverbes : la Sagesse incarnée. Le Christ premier né des créatures.

(45) Ici l'Ecriture n'a pas voulu parler parla bouche de Salomon de la substance de la divinité du Verbe, ni de la génération éternelle et authentique par le Père, mais de son humanité et de son économie à notre égard. Aussi n'a-t-il point dit : Je suis ou je suis devenu créature, mais : ï7« créé. Les créatures, dont la substance est créée, méritent ce nom de créatures et le sont complètement; le mot créer tout seul ne se l'apporte pas à la substance ou à l'origine mais indique autre chose sur le sujet en question et celui à qui s'applique ce mot créé n'est pas nécessairement créature par nature et par substance... (47) Quand nous entendons Jean dire : Le Verbe s'est fait chair (Jo. 1 , 14), nous n'imaginons pas que le Verbe est devenu tout entier chair, mais qu'il a revêtu la chair et s'est fait homme ; de même, Le Christ est devenu malédiction pour nous (G.\L. 5, 18), Dieu a faitpéchépour nous celui qui ne connaissait pas le péché {i Con. o, 21), Cela ne signili(> pas qu'il n'est i)lus que malédiction et péché mais qu'il a pris sur lui la malédiction portée conlre nous, comme

' Oral. II. Conl. .\r!a».. 'tû-i3... Cf. Hiv. Nie. Syii., :! : Kp 1 ad Serap., 20 ; de Synodis, 'Ml

i22 I.K DOr.ME DE L\ TRINITÉ

a (lit rApotrc ; il nous a rachclés de la malédiction, il a porté nos péchés, comme ditlsaïe et, comme dit saint Pierre, il les a portes dans son corps sur la croix. Ainsi quand nous entendons dans les Proverbes le mot il a créé, il ne faut pas se représenter le Verbe comme devenu tout entier créature : il a revêtu un corps créé Dieu la créé pour nous et a disposé pour nous son corps créé, pour que nous puissions en lui être renouvelés et divinisés.

(64) Il est évident pour tous que ce n'est ni pour luimême, comme s'il était une créature, ni par quelque parenté substantielle avec l'ensemble de la création que le Verbe en a été appelé le premier-né mais parce que le Verbe ayant créé au commencement, s'est abaissé vers les choses créées de manière à pouvoir devenir lune d'elles. Elles n'auraient pu supporter sa nature toute pure, splendeur du I^ère, si, dans sa condescendance inspirée par l'amoiir du Père pour les hommes, ils ne les avait soutenues et dans sa maîtrise ne leur avait donné la subsistance. La seconde raison, c'est que, grâce à cette condescendance du Verbe, la création est adoptée en filiation, par son moyen. 11 en devient ainsi de toute manière le premier-né et en la créant et en entrant pour le bien de tous, dans cet univers même. 11 est écrit : I.ori^qiCil introduit le premier-né dans l'univers, il dit : Que tous les anges de Dieu Cadorent(\lEu. 1, 6). Ecoutez, christomaqucs, et rongez-vous. Son entrée en ce monde l'a fait premierné de la création. 11 est ainsi le Fils unique du Père

LE DOr.ME DE LA TUIMTÉ 123

parce que seul il est do lui ; pi'omi(M' né de la création par la filiation adoplivc des créatures, premier-né entre les frères, il est ressuscité prémices des morts (1 Con. 1 o, 20j. Ainsi, la première place lui convenant en tout, il est créé Principe des voies pour que, nous avançant sur cette voie et entrant par lui qui a dit : Je suis la voie et laporte (Jo. 10, 7), nous participions à la connaissance du Père et nous entendions dire : Bienheureux les inwiacidésdans leur voie (Ps. 118, 1), et Bienhcureux les purs de cœur parce qu'ils verront Dieu (Mat. 5, 8).

(65) Puisque la vérité démontre que le Verbe n'est pas une créature, il reste à montrer comment il est appelé Principe des voies. La première voie — celle d'Adam — était perdue ; au lieu du paradis, nous avions dévié vers la mort et entendu la sentence : Tu es terre et tu iras à la terre (Gen. 3, 19). Le Verbe de Dieu, plein de pliilantrophie, revêt sur la volonté du Père la chair créée; le premier homme lavait mortitlée par sa transgression, lui dans son sang la vivifierait et nous renouvellerait cette voie récente et cicante, dont parle rA[)ôtre, àtravers IcvoileiUEa.lO, 20), c'està-dire par sa chair. Ce qu'il signifie ailleurs quand il dit: SHlya dans le Christune nouvelle créature, Icvieux a disparu, tout est mis à neuf(% Cor. 5, 17). Mais si une nouvelle création s'est produite, il fallait que (pieli|u'ini en fût la tète-, riioinmo seul et tout terrestre, tel ipie nous l'avait fait la transgression, ne pouvait l'éln»;

i24 LE DOr.ME IiK LA TRIMTK

dans la première création les hommes élaienl devenus infulMcs el par eux elle avait péri ; il fallait quelqu'un pour la renouveler et conserver la nouvelle. Par amour pour les hommes donc, le Seigneur, et nul autre, est créé voie, principe de cette nouvelle création et dit avec raison: Le Seigneur ni a créé principe de ses voies pour ses œuvres (Pnov. 8, 2:2). L"homme ne se conduira plus désormais selon la première et ancienne voie, mais, comme si c'était le début d'une nouvelle création, le Christ nous étant principe de ces voies, nous le suivons, lui qui a dit : Je suis lavoie (Jo. 14,6). Aux' Colossiens l'Apôtre a écrit : Il est la tête du corps de r Eglise, lui qui est le principe, premier-né d'entre les morts, pour qu'en tout il ait le premier rang (Col. 1, 18).

(G7) Si le Verbe était simple créature, la réparation de l'humanité n'eut pas été possible. Comment une créature aurait-elle pu être rattachée à son créateur par une autre créatiu'e ? Quel secours des êtres semblables se donneraient-ils quand tous ont besoin de même secours ? Comment, si le Verbe était créature, aurait-il j)u effacer la sentence de Dieu et remettre le péché^ quand il écrit dans les prophètes que cela est l'œuvre de Dieu : Qui est Dieu comme toi supprimant le péché et passant par-dessus Viniquité? (Micii. 7, 18). Dion a dit : Tu es terre et tu retourneras nia terre (Gks. 3, il*;. Les hommes sont devenus mortels. Comment des êtres créés auraient-ils été capables de délivrer (hi |)êflié .' l.o Seigneur nous en a délivrés, comme il la dit : Si le riisnc nous délioi'e pas (Jo. 8, 30). et par

cette libération le Fils a clairement montré qu'il n'était pas créature, mais le Verbe propre, l'image de la substance du Père, qui au début a condamné et maintenant remet seul les pécbés. Puisque il a été dit dans le Verbe : Tu es terre et tu iras à la terre, avec raison, c'est par le Verbe et en lui que nous vient la liberté et la délivrance de la condamnation.

(G8j Mais, disent ils, bien que le Sauveur fût une créature, Dieu pouvait dire seulement un mot et remettre le péché. D'autres pourraient aussi bien leur dire : ]3ieu pouvait, sans aucune venue sur terre du Verbe, parler seulement et remettre le péché. Il faut voir ce qui est utile aux hommes et ne pas considérer en tout ({ue ce qui est possible à Dieu. Il pouvait aussi, avant l'arche de Noé, faire périr tous les hommes coupables; il pouvait, sans recourir à Moïse, dire un mot et retirer le peuple de l'Kg-ypte ; il pouvait, sans les Juges, sauver le peuple d'Israël, mais il était utile au peuple ([ii(^ de temps en temps un juge lui fût suscité. Le Sauveur pouvait venir dès le début, ou, venu, ne pas être livré à Pilate; or il est venu à la lin d(>s temps et, recherché, il a dit : Me voici. Ce qu'il fait là importe à l'utilité des hommes et il ne convenait pas qu'il en fût autrement; or ce qui convient et est utile est l'obj(;t de sa Providence. Il vint donc, non pour èlre servi, mais pour servir etaccomi)lir notre salut. Sans doute il i)ouvait promulguer la loi du haut du ciel, mais il vit qu'il était utile aux hommes de la promulguer du haut du Sinaï et il le lit, pour ([ue Moïse montât et (\yw les

126 LE DOGMK DR I. A TKIMTÉ

autres, enlenchuil la loi de près, cussentia foi plus faeile. Combien ce cpii s'est passé est raisonnable, ceci le montre encore. Si, comme il le pouvait, Dieu avait dit un mot et supprimé la malédiction, la puissance du commandement aurait éclalé et l'homme serait devenu ce qu'était Adam avant la chute, recevant lag^ràcc du dehors, sans l'avoir attachée à sa personne. C'est dans cet état qu'il fut placé au Paradis ; peut-être même aurait-il été dans un état inférieur, parce qu'il avait ajjpris à pécher. Dans cette situation, si de nouveau il avait cédé au serpent, de nouveau il aurait fallu un ordre de Dieu pour supprimer la malédiction et ainsi à linlini, les hommes n'en restant pas moins débiteurs et esclaves du péché; toujours pécheurs, toujours ils auraient eu besoin de pardon ; jamais ils n'auraient été délivrés, étant chair par eux-mêmes, toujours inférieurs à la loi, par suite de leur charnelle inlirmité.

(69) De plus, si le Fils était créature, l'homme restait purement mortel, sans être uni à Dieu ; car la créature n'aurait point uni d'autres créatures au créateur, ayant elle-même besoin d'union, ni une portion de la création ne pouvait sauver le reste, ayant aussi besoin d'entre sauvée. Pour éviter cela. Dieu envoie son propre Fils ({ui devient Fils de Ihomme et prend une chair mortelle. Tous étant débiteurs de la mort, lui qui est étranger à ce tout, oITrirait son propre corps pour tous à la mort et alors, comme si tous étaient morts en lui, la sentence de condamnation serait accomplie (car tous seraient morts dans le Christ ; ; tous grâce à lui seraient délivrés

(lu péché et de la malédiction qn il apporte, et en toute vérité persévèreraientéterncllement, ressuscites d'entre les morts et revêtus dimmorlalité et d'incorruption. Quand le Verbe eut revêtu notre chair, toute morsure du serpent fut par là complètement détruite ; si quelque mal provenait des mouvements de la chair, il était étouffé et avec lui était supprimée la mort qui en était la conséquence. Lui-même l'a dit : Le pmice de ce monde vient et il ne trouve rien en moi (Jo. 14, 30). C'est pour cela qu'il est apparu, dit saint Jean, pour supprimer les œuvres du diable (Jo. 3, 8j. La chair les a supprimées ; tous donc, par notre parenté avec cette chair, nous avons été délivrés et unis au Verbe. Unis à Dieu, nous ne restons plus sur la terre, mais, selon sa parole, où il est, là sera notre demeure (Jo. 14,3) ; nous n'aurons plus à craindre le serpent; il a été vaincu dans la chair, poursuivi par le Sauveur: Eloigne-toi de moi, Satan (SLw. 4, 50). Il se trouve ainsi hors du paradis, jeté au feu éternel. Nous n'aurons point à nous garder des séductions de la femme : car, à la résurrection, il n'y a plus de mariages, mais tous seront comme les Anges (^Lvr. ûi, 30). Il y aura nouvelle création dans le Christ Jésus (Gal. G, lo), ni mâle ni femelle, mais le Christ sera tout en tnus (Om.. 3,28). Or où est le Christ, quelle crainle et ([uel danger peut-il y avoir '■!

(70). Tout cela n'aurait point lieu si le Verbe était une créature. Avec une créature, le diable ipii est lui aussi créé, aurait toujours pu lulteret 1 homme placé entre eu.K était toujours soumis à la mort, n'ayaiil personne

en qui et par qui, uni à Dieu, il aurait été délivré de toute crainte. La vérité montre ainsi que le Verbe n'est point du nombre des choses créées, mais qu'il en est au contraire le créateur. C'est ainsi qu'il a pris le corps créé et humain, afin que l'ayant comme créateur renouvelé, il le divinisât en lui et nous introduisît ainsi tous dans le rovaume des cicux, selon notre similitude avec lui. Or l'homme ne pouvait être divinisé, uni à une créature, si le Fils n'était pas vrai Dieu. L'homme n'aurait pas été ])réscnté au Père, si ce n'était pas son Verbe naUirel cl véritable qui avait revêtu le corps. Et comme nous n'aurions pas été délivrés du péché et de la malédiction, si la chair revêtue par le Verbe n'était pas naturellement celle de l'homme, car nous n'avions rien de commun avec une substance étrangère, de même l'homme n'aurait pas été divinisé si ce n'était pas le propre Verbe de Dieu, vrai et issu par nature du Père, qui élail devenu chair. L'union s'est faîte ainsi pour que à la nature divine fût unie la nature humaine et que le salut de l'homme et sa divinisation Fussent assurés. Ceux donc (jui nient que le Fils soit ])ar nature issu du Père et ai)partienne à sa substance, doivent nier aussi la vérité de la chair humaine qu'il a reçue de Marie toujours Vierge. Nous n'aurions aucun avantage si le Verbe n'était pas le vrai et naturel Fils de Dieu, ou si la chair qu'il a prise n'était |)as véritable. Mais il a pris une chair véritable quoi qu'en dise l'insensé Valenlin, etle^'erbe était j)ar nature vrai Fils de Dieu quoi qu'en disent les insensés

ariens ; clans celte chair il est devenu pour nous principe de la nouv^^Ue création, créé homme pour nous et nous ayant renouvelé celte voie, comme je lai dit.

Un peu plus loin, saint Athanasc explique de même le mol fondé.

(7o) La grâce qui nous vient du Sauveur a paru récemment, comme dit l'Apôtre (Tit. 2, 11), pendant son séjour sur la terre, mais elle était préparée dès avant notre existence, avant même la création du monde, et sa cause est bonne et admirable. Le Dieu de l'univers nous créant par son propre Verbe et connaissant mieux (pie nous ce qui nous concerne, prévoyait que, créés bons, nous serions ensuite transgrcsseurs de son commandement et chassés du paradis, à cause de la désobéissance. Bienveillant etbon, ilnouspréparaitdansson Verbe, par lequel il nous a créés, léconomie de notre salut." Ainsi, trompés j^arle démon et tombés, nous ne reslionspas morts complètement, mais nous possédions dans le Verbe la rédemption et le salut tout préparés et, relevés, nous gardions l'immortalité, quand il serait créé pour nous principe de nos voies et tleviendrait le premier-né de la création, le premier^ né de ses frères, quand lui-même ressusciterait pré' mices des morts ^.

' Oral. 11. Cont. Arlaii., 45, 47, 64-G5, 67-70, 75; cf. Dec. Nie. Syii. 13-14: Ép. ad opisc. .F-g. 17 ; bp. H ad Serap. 7.

5. — Autre explication de Prov. 8, 2:2 ; Empreinte de la Sagesse incréée dans la création.

(78) En vue non seulement de l'exislcnce mais du bien-être des créatures, Dieu a jugé bon que sa Sagesse condescendît à ces créatures de sorte <{u'il a mis comme une empreinte et une représentation de son image en toutes et en chacune; ainsi les œuvres de Dieu apparaissent sages et dignes de lui. De môme que le Fils de Dieu étant son Verbe, notre verbe est son image, de même la sagesse qui est en nous est image de sa Sagesse ; acquérant en elle le savoir et la raison, nous devenons susceptibles de recevoir la Sagesse créatrice et par elle nous pouvons connaître sou Père. Celui qui a le Fils a le Père (1 Jo. 2, 23) et Celui qui me reçoit reçoit celui qui m- a envoyé (Mat. 10, 40). Puisqu'il y a une empreinte de la Sagesse créée en nous et en toutes ses œuvres, à bon droit la Sagesse véritable et créatrice, s'appliquant ce qui est de son empreinte, dit : Le Seigneur m'a créée pour ses œuvres (Puov.8, 22). Ce que la Sagesse a dit, le Seigneurie dit comme sien ; lui-même nest pas créé, puisqu'il est créateur, mais il dit cela comme pour lui, à cause de son image créée en ses œuvres, l'^t^comme le Seigneur a dit (/wi oows reçoî7 me reçoit, parce que son empreinte est en nous, de même, sans être au nombre des choses créées, parce que son image et son empreinte sont créées dans ses œuvres, il dil, comme s'il s'agissait do lui-même: Le Seigneur m'a créé au commencement de ses voies

pour ses œuvres. Ainsi s'esl laite rcinprciiile de sa Sagesse dans ses œuvres, de manière que le monde y reconnaisse son créateur le Verbe et par lui le Père. C'est ce qu'avait dit saint Paul : Ce qui est connaissable de Dieu est manifesté en eux; car Dieu le leur a manifesté. Ses attributs inmsihles, depuis la création du monde rendus inteéligihles par ses œuvres, sont contemplés (Rom. i, i9-20j. Ainsi le Verbe n'est point créature par substance, le verset des Proverbes est sur la sagesse qui est en nous K

Le Christ fait Seigneur (Actes 2, 36).

Ici encore c'est du Verbe Incarne qu'il s'agit seulement.

{\i) Pierre dit : Dieu fa fait Seigneur et Christ, mais ajoute aussitôt : ce Jésus que vous avez crucifié. C'est clair pour tous, mêmcpour les ariens, s'ils considèrent le contexte. Il n'a point en vue la substance du Verbe mais rimmanitc quand il dit qu'il est fait. Qu'est-ce en effet qui est crucilié sinon le corps ? Or, ce qu'il y a de corporel dans le Verbe, comment pourrait-il l'indiquer sinon par le mot faire'} D'ailleurs ici encore ce mot s'explique très bien. Il n'a point dit : Il Va fait Verbe mais il l'a fait Seigneur et pas absolument, mais pour vous, au milieu de vous, comme s'il disait : Il la montré. Pierre lui-même au début de cette première ins-

' Orut. 11. Cont.Avian.,lS.

tructioii lavait judicieusement iutlii[ué : Israéliles, écoutez ce discours. Jésus de Nazareth, homme manifesté par Dieu parmi vous au moyen des signes, des prodiges et des miracles, que Dieu a faits par lui au tnilieu de vous, comme vous savez (Act. 2, 22j. Ce qu'à la lin il appelle faire, au début il l'indique par le mol manifester. Les signes et les merveilles du Seitj^ncur le manifestèrent non comme un simple homme, mais comme Dieu ayant pris corps et Seigneur Christ... il est clair que manifesté alors Seigneur et Roi, il ne commençait pas, à ce moment, d'être Roi et Seigneur, mais seulement à montrer sa souveraineté et à l'étendre sur les inlidèles.

(13) Si à cause du mot faire, les ariens se refusent à accepter l'équivalence avec le mot manifesté, même, dans ce cas, les paroles de Pierre s'expliquent très bien. Celui qui devient maître acquiert des êtres déjà existants. Or si le Seigneur est créateur de l'univers et Roi éternel et nous a acquis quand il s^est fait homme, il reste évident (pie l'expression de saint Pierre n'applique paslemot de créature à la substance du N'crbe mais signifie la soumission universelle qui est conséquence de l'Incarnation et la (htinination universelle du Seigneur...

(l4jLe Fils de Dieu étant Verbe est Seigneur de l'univers ; nous auparavant nous étions dès le principe soumis à la servitude de la corruption et à la malédiction de la loi. .Nous étant façonné des êtres imaginaires, nous avons servi ensuite, comme dit lApôtre,

LE Dur.ME DE LA TRINITÉ 133

des dieux cssenliellement inexistants (Rum. 1, 2o), nous avons méconnu le Dieu véritable et préféré le néant à la vérité. Puis, comme le peuple ancien écrasé en Egypte gémissait, nous aussi nous avions la loi naturelle et poussions les gémissements inénarrables de l'Esprit, disant : Seigneur, notre Dieu, acquiemnous (Is. 26,13). Nous eûmes comme une maison de refuge en Dieu notre protecteur; c'est ce que fut pour nous le Seigneur. 11 ne commença pas alors d'exister, mais nous commençâmes à l'avoir pour Seigneur. Dieu bon, Père du Seigneur, pris de pitié voulut se faire connaître à tous. Il fait revêtir à son Fils le corps humain, le rend homme, l'appelle Jésus pour que, s'offrant lui-même dans ce corps pour nous, il nous délivrât tous de l'idolâtrie et de la corruption et devînt pour tous Seigneur et Roi. C'est ce que dit Pierre : // Va fait Seigneur et Va envoyé Christ, comme s'il disait : Le Père l'a fait homme ; seuls les hommes peuvent être créés. Il ne la pas fait simplement homme, mais l'a destiné à commander sur tous et à les sanctifier tous par l'onction. Bien quil ait pris la forme d'esclave, le Verbe qui existait dam la forme de Dieu, l'Incarnation n'a point rendu sorvile le Verbe Seigneur |)ar nature, elle fut au contraire la délivrance par le Verbe de toute l'humanité. Lui le Verbe, naturellement Seigneur, fait homme, est devenu par la forme île l'esclave Seigneur universel et Christ, pour les sanctilier tous. De môme que Dieu se faisantDieu protecteur et disant : Je serai leur Dieu (2 Cor. 6,iG), ne devient pas pour

134 r.K nni'.MK dk r.v tri.nité

cela Dii'ti cl lie coinineiicc pas alors à lèlre, mais ce qu'il clail toujours, devient spécialement pour ceux qui en ont besoin, quand cela lui plaît; de môme le Christ, Seigneur par nature et Roi éternel, ne devient pas Seigneur quand il est envoyé et ne commence pas alors seulement h être Seigneur et Roi; mais ce qu'il était toujours, il le devient alors dans sa chair et nous rachetant tous devient ainsi Seigneur des vivants et des morts. C'est ce que chante David : Le Seigneur a dit à mon Seigneur: assieds-toi à ma droite, jusqu'à ce que je fasse de tes ennemis un escabeau pour tes pieds (Ps. 100, 1). Il ne convenait pas que la Rédemption se fît autrement que par celui qui était Seigneur par nature ; sans cela, créés par le Fils, nous aurions eu un autre Seigneur et nous tomberions dans l'insanité arienne et hellénique servant la créature au lieu de I^ieu le créateur universel'.

L exaltation du Christ (Punir. II. 9-10).

(37) L'Apôtre a écrit : Cesl pourquoi Dieu l'a exalté et lui a fait don d'un nom au-dessus de tout nom pour qu'au nom de Jésus tout genou fléchisse au ciel, sur la terre, dans les enfers. Et David : Cest pourquoi Dieu t'a oint, ton Dieu, de l'huile d'allégresse, 'à l'exclusion de tes compagnons (Ps. 44, 81). Lcsariens ajoutent comme quelque chose de subtil : Si c'est pour cela fpi'il a élc exall(''. a reçu en don et a étéoint. ilareçula

* Oral. 11. Cont. Arlan., 12-14.

récompense de sa volonté. Or, agissant parla volonté, il est forcément de nature changeante. Eusèbe et Arius, non contents de le dire, ont osé l'écrire et leurs sectateurs n'hésitent pas à le répéter surles places, sans voir combien ce raisonnement est insensé. S'il a reçu en prix de sa volonté ce qu'il possédait et n'a possédé que parce qu'il a montré les œuvres d'un indigent, sa vertu et son progrès les lui ont valu et c'est à cause d'elles qu'on l'a dit Fils et Dieu; il n'est donc pas véritable Fils. Ce qui provient de quelqu'un par nature est sa véritable progéniture comme Isaac pour Abraham, Joseph pour Jacob, la splendeur pour le soleil. Ceux à qui la vertu et la faveur seules valent le nom, ont au lieu de la nature la faveur qui le leur octroie et sont étrangers à ce qu'on leur donne. Tels les hommes recevant l'Esprit par participation, au sujet desquels il est dit : J'ai engendré et élevé des /Us, mais eux 7n'ont écarté (Is. 1,2). Naturellement n'étant point lils par nature, quand ils changèrent, l'esprit leur fut enlevé et ils furent déshérités; mais s'ils se repentent. Dieu les recevra de nouveau, leur donnera sa lumière, les appellera de nouveau (ils, lui qui dès le début leur a

ainsi donne sa grâce.

(38) Selon cette opinion sur le Sauveur, il sera démontré qu'il n'est ni véritable, ni Dieu, ni Fils, ni semblable au Père, et que Dieu n'i^sl pas son Père substantiellement mais que la grâce lui a été donnée-. Dieu est son créateur substantiellement, conformément à tous les êtres. Etant ainsi, tel ([u'ils se lima-

136 Î^K DOGMK DE LA TniNlTl':

ginenl, il ii'ai)paraîtra pas davantage dès le débuL possédant le nom de Fils, puisqu'il l'a obtenu comme prix de SOS travaux et de ses progrès à savoir quand il s'est fait homme et a pris la forme d'esclave. Alors seulement, devenu sujet à la mort, il est proclamé exalté et a reçu en grâce son nom afin qu'au nom de Jésus tout genou fléchisse. Qu'y avait-il auparavant, s'il n'a été exalté, n'a commencé à être adoré, n'a été dit Fils qu'au moment où il s'est fait homme ? 11 semble qu'il n'a pas du tout amélioré la chair, mais a plutôt été amélioré par elle, puisque, selon la perverse doctrine, c'est seulement fait homme (pril a été exalté et proclamé Fils. Qu'y avait-il donc auparavant, car il faut le leur demander pour faire voir où aboutit leur impiété? S'il est Seigneur, Dieu, Fils, A'erbe et ne lest que depuis qu'il s'est fait homme, auparavant il était autre chose et n'a dû qu'à sa vertu l'oblenlion ultérieure de ces titres, ou bien, que ce blasphème retombe sur leur tête ! forcément il faut dire qu'auparavant il n'existait m' me pas, qu'il n'est tout entier qu'un simple homme et rien de plus. Mais ce n'est pas là la doctrine de l'Eglise, c'est la pensée de Paul de Samosale et des Juifs. S'ils suivent leurs doctrines, pourquoi ne se font-ils pas circoncire au lieu de feindre le clirislianisme et de lui faire la guerre ? Car s'il n'existait pas, ou si, existant, il s'est amélioré, comment par lui a été créé l'iniivers, comment en lui, s il n'était point parfait, le Père s'est-il réjoui ? Lui-même, si alors il s'est amélioré, conimenl auparavant se lêjunissail-il devant

LE DOGME DE LA TlUNITI^ 137

son Fcrc? Commcnl s'il ii'aélé adoré qu'après sa mort, a-t-il reçu les adorations d'Abraliam dans sa tente, de Moïse au buisson (Gen. 18, Ex. 8) ? Comment Daniel af-il vu des myriades et des myriades d'anges le servir (Dan. 7, 10).* Comment s'il ne s'est amélioré qu'alors, rappelant sa gloire avant la création du monde, a-t-il dit : Glori fie-moi, toi, Père, de la gloire que j'avais près de toi avant f existence dit monde (Jo. 17, ol). Si, à ce qu'ils disent, son élévation ne date que d'alors, comment auparavant a-t-il incliné les deux et est-il descendu et encore : Le Très-Haut a fait entendre sa voix (Ps. 17. 10, ii) ? Donc, si des avant la création du monde le Fils possédait la gloire, s'il était Seigneur de gloire et Très-Haut, s'il est descendu des cieux, si toujours il a été adorable, sa Venue par l'Incarnaiion ne l'a pas amélioré, mais il a plutôt amélioré ce qui avait besoin de l'être ; s'il est descendu pour améliorer,' il n'a pas reçu en récompense le nom de Fils et de Dieu, mais plutôt il nous a fait lils du Père et a divinisé les liommes, en devenant lui-même homme.

(39) 11 n'a pas été d'abord homme et est devenu Dieu, mais, Dieu d'abord, il (>st d(n'(Miu hdnmie ])our nous diviniser. Si c"(\st seulement devenu homme (pi'il a reçu le nom de Fil.^ et de Dieu; si avant (pi'il fùl homme, Di(Mi avait ajipelé hls les peuples antiques, fait de INIoïsc le Dieu de Pharaon; si àbeaucoup s'applique le mot del'Ecriluri^ : Dieus'est tenu dans rassemblée des dieux (Ps. 81,1), il est évidcnl (jue c'est après eux tous qu'il a reçu h^ nom ^\c Fils (>t de Dieu. Com-

138 I.E DOi^.ME DE LA THINITÉ

menl donc tout osl-il par lui et lui-même avaiil tous ? Comment est-il le premier-né de toute la création, puisque d'autres avant lui ont été appelés fds et dieux ? Comment les premiers participants ne participent-ils pas du Verbe ? Ce n'est pas là la vraie gloire, mais une fiction de nouveaux judaïsants. Impossible en effet de reconnaître Dieu comme Père : Pas de filiation, en dehors du véritable fils. Nul ne connaît, dit-il, le Père si ce n'est le Fils, et celui à qui le Fils le découvre (Jo. 10, 3o). Quelle divinisation en dehors du Fils et avant lui, qui dit à leurs frères les Juifs : S'il a appelé Dieux ceux à qui s'est communiqué le Verbe de Dieu (Jo. 10,3oj? Si tous ceux qui ont eu le nom de fils et do dieux, sur la terre ou au ciel, ont eu par le Verbe leur filiation et leur divinisation, si le Fils est le Verbe, évidemment tous sont par lui et lui antérieur à tous ou plutôt lui seul est le vrai Fils, seul vrai Dieu de vrai Dieu, ne recevant point cela en récompense de sa vertu et n'y étant pas étranger, mais l'étant par nature et substantiellement. 11 subsiste engendré do la substance du Père, de sorte qu il n'y a aucun doute que le Verbe ne soit, pareillement au Père immuable, immuable lui aussi...

(41j II n'y a pas là une énigme ; c'est le mystère divin. Au commencement était le Verhe elle Verbe était en Dieu et le Verbe était Dieu (Jo. 1,1). Pour nous plus lard ce Verbe s'est fait chair; et ce qui est dit maintenant : il l'a exalté, ne signifie pas que la substance du Verbe est exaltée; elle a toujours été et est

égale à Dieu, mais c'est l'exaltation de rhumanité. Cela n'a pas été dit avant rincarnation du Verbe pour rendre évident que les mots s'est humilié et a exalté s'appliquent à Ihomme. Ce qui est abaissé peut seul être exalté et, s'il s'est humilié en prenant la chair, l'exaltation se rapporte au même fait. C'est ce dont l'homme avait besoin à cause de l'abaissement de la chair et de la mort. Puis donc qu'étant image du Père et immortel, le Verbe a pris la forme d'esclave et a supporté poumons, comme homme, la mort dans sa chair pour s'offrir ainsi pour nous par sa mort à Dieu son Père, il est proclamé comme homme exalté pour nous et audessus de nous. Ainsi de même que, par sa mort, nous sommes tous morts dans le Christ, de même dans ce Christ nous serons tous exaltés, ressuscites d'entre les morts et montant au ciel où précurseur pour nous est entré Jésus, non dans In figure de la vérité, mais au ciel lui-même pour y être manifesté à la face de Dieu pour nous{Um. G, "20; 9,24). Si donc c'est pour nous que le Christ est entré au ciel, bien qu'auparavant il fût toujours Seigneur et créateur du ciel, c'est pour nous aussi qu'il est exalté. De même que nous sanctifiant tous, il dit encore à son Père qu'il se sanctitie pour nous, non pas pour que le Verbe devienne saint, mais pour nous sanctifier tous en lui, de même il est écrit que maintenant il Va exalté, non pas pour qu'il soit exalté car il est le Très-Haut, mais pour qui! soit notre justice et que nous soyons exaltés en lui, que nous entrions aux portes des cieux qu'il nous a rouvertes.

laiulis (juc ceux «[iii le préccdaicnl criaioiil : Levez cas portes, chefs. Soulevez-vous, portes éternelles, et le roi de gloire entrera (Ps. 23, 7). Les portes n'étaient point fermées au Seigneur et au créateur du monde; c'est écrit pour nous à qui était fermée la porte du paradis. Aussi est-ce Immainemcnt, à cause de la chair qu'il portait, qu'il est dit à son sujet : Levez les portes et // entrera, comme si l'homme entrait; divinement au contraire, puisque le Ve?'be est Dieu, qu-il est le Seigneur et le roi de Gloire. Cette élévation qui nous concerne est prédite au Psaume 88 : Dans la justice ils seront exaltés parce que tu es la fierté de leur force (v. 17j. Si le Fils est la justice, ce n'est pas lui qui dans son indigence est exalté, c'est nous qui sommes exaltés dans la justice, c'est-à-dire en lui.

(42 j L'expression « lui a donné » n'est pas écrite non plus en vue du V<îrbe. Il était adoré, môme avant de se faire homme par les anges et toute la création, selon la propriété de son Père ; c'est à cause de nous et pour nous que c'est écrit de lui. De même que comme homme le Christ est mort et a été exalté, comme homme encore il est dit recevoir ce qu'il possède comme Dieu, pour que vienne à nous la grâce dont il lui est fait don. Le Verbe prenant un corps n'est point diminué, de manière à demander la grâce; il a au contraire divinisé ce qu'il a revêtu et l'a donné au genre humain. De même que le Verbe était toujours adoré, étant Verbe et existant dans la forme de Dieu, de même quoi(|ue devenu jiomme, et appelé Jésus, il n'en a

LE DOGME DE LA ÏP.LMTE 141

pas moins sous les pieds toute la création, qui lléciiit le genou à ce nom et confesse que llncarnation du Verbe et la mort (juil a subie dans sa cliair n'ont pas été pour le désbonneur de sa divinité, mais pour la gloire du Père. La gloire du Père est de retrouver riiommecréé et perdu, de vivifier le mort et de le rendre temple de Dieu. Comme au ciel, les puissances, les anges et les arcbangcs qui ont toujours adoré le Seigneur l'adorent maintenant au nom de Jésus, c'est notre grâce et notre cxallation que, devenu homme, le P'ils de iJieu soit adoré; les puissances célestes ne s'étonnent point que nous soyons, nous, qui avons le même corps que lui, introduits tous dans leurs rangs. Or cela n'aurait point eu- lieu si celui qui était dans la forme de Dieu n'avait pris la forme de l'esclave et ne s'était abaissé laissant son corps aller jusqu'à la mort.

(43) V^oilà donc ce qui pour les hommes était la folie de Dieu devenu par la croix plus précieux que tout. En lui repose notre résurrection; Israël n'est plus seul, mais, comme l'a annoncé le prophète, toutes les nations abandonnent leurs idoles et reconnaissent le vrai Dieu, le Père du Christ ; la liction diaboli(iue est dissipée; seul le véritable Dieu est adoré au nom de Notre Seigneur Jésus-Christ. Owr le Seigneur ayant pris corps et appelé Jésus soit adoré, cru Fils de Dieu et que par lui soit connu le Père, c'est une preuve que ce n'est pas le Verbe, qui a reçu cette grâce, mais nous. A cause de notre parenté avec son corps nous sonnnes nous aussi le temple de Dieu, nous sommes

faits désormais Fils de Dieu, de sorte qu'en nous aussi csL adoré le Seigneur et ceux qui nous voient proclament, comme a dit l'Apôtre (1 Cou. 14, 25) que Dieu est véritablement en nous...

(44) Tel me paraît le sens de ce mot et c'est tout à fait dans la pensée de l'Église. Pourtant une seconde interprétation semblable pourrait être tentée, à savoir qu'il ne s'agit pas de lexaltation du Verbe en tant (pie Verbe, car il est très liaut et semblable à son Père, mais de la résurrection d'entre les morts, à cause de son Incarnation. Après avoir dit : Il s'est abaissé jiisquà lamorl, l'Apôlre ajoute aussitôt : Cesl pourquoi il Va exalté, voulant montrer que si comme homme il est mort, comme Vie, il a été exalté parla résurrection. Celui qui descend est le même qui est ressuscité. Il est descendu corporellement, mais a ressuscité parce qu'il était Dieu dans son corps. Voilà la raison de cette conjonction cest pourquoi. Elle n'indique ni récompense, ni progrès, mais la cause de la résurrection, cause pour la(iuelle tous les autres hommes depuis Adam jusqu'à ce jour mouraient et restaient morts; lui seul est ressuscité intact du tombeau. Cette cause je l'ai déjà dite, c'est (pi'étanl Dieu, il s'est fait homme. Les autres hommes n'étant issus que d'Adam sont morts et avaient la mort pour reine, mais ce second homme vient du ciel, car le Verbe s est fait chair. Il est dit venir du ciel et céleste parce que le Verbe est descendu dti cirl ; aussi la mort est-elle sans force contre lui. S il s'est abaissé permettant à son propre

corps d'aller jusqu'à la morl, parce que ce corps pouvait mourir, il a été exalté aic-dessus de la terre parce qu'il claii dans ce corps le Fils de Dieu. Cette expression : C est pourquoi Dieu la exalté est donc identique à ce que dit Pierre dans les Actes : Celui que Dieu a ressuscité, étant les douleurs de la mort, parce qu'il était impossible qu'elle le tinten sa puissance (Act, :2.24). De même que Paul écrit : Étant dans la forme de Dieu il s'est fait homme et s'est abaissé jusquà la mort, c'est pourquoi Dieu la exalté ,V\evvc dit aussi : Etant Dieu, il s'est failhomme, mais les signes et les prodiges l'ont déynonlré Dieu à ceux qui l'ont vu; c'est pourquoi il était impossible que la mort le tint en sa puissance. Il n'était pas possible à l'homme de faire cet exploit puisque la mort est propre à l'homme; c'est pour cela que le Verbe étant Dieu s'est fait chair, alin que, mis à mort dans sa chair, il nous vivifiât tous par sa puissance. (45) Et puisqu'il est dit qu'il est exalté et que c'est là un don de Dieu, fait qui pour les ariens est un amoindrissement et une passion de sa substance, il faut expliquer le sens de ces paroles. Il est exalté au-dessus des parties les plus basses de la terre puisque la mort est déclarée luiapartenir.Les deux sont afiirmés de lui parce que à lui et non pas à un autre appartenait le corps exalté loin des morts et introduit aux cieux. Gomme ce corps lui apppartenait et que le Verbe n'en était pas absent, c'est à bon droit que le corps étant exalté, on affirme que lui-même, en lant ({u'homme, est exalté à cause de son corps. S'il n'est pas devenu homme, qu'on ne

parle pas ainsi de lui, mais, si le Verbe s'est fait chair, il faut lui attribuer comme à un homme la résurrection et rexallation. Ainsi la mort qu'on lui attribue sera rançon des péchés des hommes et confusion de la mort; la résurrection et l'exaltation nous resteront grâce à lui fermement assurées. Des deux il est dit : Le Seigneur Va exalté et le Seigneur lui a. fait don, pour montrer encore que ce n'est point le Père qui est devenu chair, mais son Verbe, qui s'est fait homme, recevant humainement du Père et exalté par lui, comme il a été dit. 11 est d'autre part évident et nul ne peut en douter, que ce que donne le Père, il le donne par le Fils. C'est là chose étrange et qui peut véritablement étonner : La grâce que le Fils donne de la part du l*ère, il est dit la recevoir ; l'exaltation que le Fils accomplit au nom du Père, lui est attribuée comme si le Fils lui-même était exalté. C'est que le même qui est Fils de Dieu est devenu Fils de l'homme ; comme Verbe, il donne ce qui vient du Père, car tout ce que fait et donne le Père, il le fait et le distribue par le Fils ; comme Fils de Ihomme, il est dit humainement recevoir ce qui vient de lui-même, parce qu'à lui et non à un autre appartient le corps qui peut nalurollement recevoir la grâce. 11 a reçu en tant que 1 homme a été exalté. L'exaltation a consisté dans sa divinisation. Or le Verbe avait cela de toute éternité par suite de sa divinité paternelle et de sa perfection *.

' Oral. 1. Coiil. .!/•(««., 37-o9, 41-45.

L'humanité et la divinité dans le Christ.

Après avoir groupé (III, 26) les nombreux textes dont s'autorisaient les ariens pour accuser le Verbe d'iinperfeclion et de faiblesse et par suite nier en lui sa vraie divinité, Athanase montre qu'en cela ils ne font qu'imiter sournoisement les Juifs, dont par peur de Constance ils ne veulent point suivre jusqu'au bout les observances (in, 27-28). Il consacre alors quelques pages magnifiques à exposer le principe général de solution pour ces textes et met en un relief saisissant l'unité de personne dans la diversité des natures. Elle permet au Christ de laisser, selon les cas, transparaître plus accentuée l'action de son humanité ou de sa divinité. Plusieurs morceaux de ce long passage sont cités dès le v"^ siècle par saint Cyrille et Cassien : rarement le grand docteur a été mieux inspiré. L'idée d'ailleurs lui est chère et, comme elle est fondamentale dans sa théologie, revient souvent sous sa plume. C'est par avance une réfutation très nette des erreurs opposées de Ncstorius et d'Eiitychès.

(29) Le but et la marque distinctive de l'Ecrilure, comme je l'ai souvent dit, est d'annoncer une double doctrinesur le Sauveur: qu'il était toujours Dieu et Fils, étant Verbe, Splendeur et Sagesse du Père, et que plus tard, pour nous, ayant pris chair de la Vierge Mario, la mère de Dieu, il s'est fait homme... (textes)... (30) A parcourir l'Ecriture, on trouvera donc dans l'Ancien Testament les paroles sur le Verbe; dans l'Kvangile on rontemplora le Seigneur fait homme : Car le Verbe s'est fail chair et il a habité parmi nous (.lo. 1,10).

// s est fait homme, il n'est pas venu chez l'homnio.

Etcela aussi est nécessaire à savoir, de peur que, tombant encore dans celle impiété, ils ne trompent certaines gens qui penseront ceci: Autrefois le Verbe venait en chacun des Saints, maintenant de même il est venu dans un homme, le sanctifiant lui aussi et s'y manifestant comme dans les autres. S'il en était ainsi, s'il n'avait fait qu'apparaître dans un autre, il n'y aurait rien de merveilleux et ceux qui le voyaient ne se seraient pas étonnés disant -. D'où vient celui-ci (io. 19,9) ? et encore : Pourquoi toi qui es homme, te fais-tu Dieu (Jo. 10,33)? Us avaient l'habitude d'entendre dire: ie Verbe de Dieu venait en chacun des prophètes. Mais maintenant puisque le Verbe de Dieu, par qui tout est fait, a supporté de devenir Fils de l'homme et s'est humilié, prenant la forme d'esclave, pouf les Juifs la croix du Christ est un scandale, mais pour nous le Christ est force de Dieu et sagesse de Dieu (1 Cor 1 , 24). Le Verbe, dit saint Jean, s'est fait chair, l'Ecriture ayant coutume d'appeler chair l'homme, comme elle dit par Joël le prophète : Je verserai de mon Esprit sur toute chair (Joël, 2,28) et comme Daniel a dit à Astyage : Je n'adore point les ■idoles faites à la main, mais le Dieu vivant, qui a créé le ciel et la terre et qui domine sur toute chair (Dax. 14,4). Lui et Joël appellent chair le genre humain.

(31) Autrefois donc il venait en chaque saint et sanctifiait ceux qui le recevaient dignement. A leur naissance pourtant, on ne disait point qu'il s'était fait homme, ni, quand ils souffraient, que lui même souffrait. Mais lors(pril vint oïdin, né de» Marie, à la

consommation des siècles, pour enlever le péché, — le Père avait jugé bon d'envoyer ainsi son propre Fils, né (l'une femme et sous la loi — , alors il a été dit que prenant chair il s'était fait homme. Dans cette chair il a souffert pour nous, comme a dit saint Pierre : Le Clirist ayant souffert pour nous dans sa chair (1 Pet. 4,1), ])our montrer et faire croire à tous qu'étant toujours Dieu et sanctifiant ceux chez qui il venait et disposant tout selon la volonté de son Père, plus tard encore il s'est fait homme pour nous et, comme dit lApôtre, la divinité a habité corporellement dans sa chair (Col. :2,9) comme si Ion disait : Étant Dieu, il a eu son propre corps et, s'en servant comme dun instrument, il s'est fait homme pour nous. Aussi ce qui appartient à cette chair lui est-il attribué, parce qu'il était en elle. Ainsi la faim, la soif, la souffrance, la fatigue et choses semblables, que la chair peut éprouver; les œuvres propres du Verbe, comme ressusciter les morts, rendre aux aveugles la vue, guérir l'hémorroïsse, il les accomplissait par l'intermédiaire de son propre corps. Le Verbe portait les infirmités de sa ciiair, comme si elles lui appartenaient, car la cbair était à lui et la chair collaborait comme instrument aux œuvres de la divinité, parce que la divinité était dans la cbair, car le corps était à Dieu. Le prophète a bien dit : il a porté et na pas dit il a guéri nos inlirmités, car ce n'est pas hors du corps et ne faisant que le guérir, comme il avait toujours fait, laissant encore les liomnit^s sujets à la mort. Il porte au contraire nos

i48 LE DOGME DE L\ TRINITK

infirmités et lui-même prend sur lui nos péchés, pour montrer qu'il s'est fait homme pour nous et que le corps qui en lui les porte est bien son corps lui appartenant; que lui-même n'encourait aucun dommage en portant nos péchés sur la croix, par son corps, comme a dit saint Pierre ; mais nous, hommes, nous étions rachetés de nos propres passions et étions remplis de la justice du Verbe.

(32) Aussi le Verbe n'était-il point hors de la chair, quand elle souffrait. C'est pourquoi la souffrance lui est attribuée et quand il accomplissait divinement les œuvres de son Père, la chair n'était pas hors de lui; c'est dans son corps que le Seigneur les accomplissait. Aussi fait homme, il disait : Si je ne fais pas les œuvres de mon Père, ne me croyez point ; mais si je les fais et si vous ne me croyez point, croyez âmes œuvres afin que vous reconnaissiez que le Père est en moi et moi en lui (Jo. 10,37-38). Certes, quand il fallut faire lever la belle-mère de Pierre en proie à la iiévre, comme homme il étendait la main, comme Dieu il faisait cesser la maladie ; à propos de l'aveugle-né, de sa chair venait le crachat humain, comme Dieu il ouvrait les yeux avec la bouc ; pour Lazare, comme homme il faisait entendre la voix iuimaine, comme Dieu il ressuscitait Lazare d'entre les morts. Tout cela arrivait et était public parce que ce n'était pas en apparence mais en vérité qu'il avait un corps. 11 convenait que le Seigneur, ayant revêtu la chair humaine, la revêtit tout entière avec ses passions, pour que de

même que nous disons que son corps lui appartenait, de même les passions de son corps lui lussent aussi attribuées, bien qu'elles n'atteignissent point sa divinité. Si donc le corps était d'un autre, à cet autre aussi seraient attribuées les passions ; mais si la chair est au Verbe {car le Verbe s'est fait chair), force est d'en attribuer aussi les passions à celui de qui est la chair. Mais celui à qui on attribue les passions comme sont surtout la condamnation, la llagellation, la soil", la croix, la mort et les autres infirmités du corps, est aussi celui à qui appartient l'action d'éclat et la grâce. C'est avec raison et logique que de pareilles passions sont attribuées au Seigneur et non pas à un autre ; pour que la grâce nous vienne ausside lui et que nous n'ayons pas de culte pour un autre, mais vraiment pour Dieu, parce qu'aucun des êtres créés, aucun homme, seul le Fils naturel et véritable de Dieu, qui s'est aussi fait homme, est par nous appelé Seigneur, Dieu et Sauveur.

(33) Qui n'admirerait cela et ne conviendrait que c'est véritablement une œuvre divine ? Si les œuvres de la divinité du Verbe n'avaient pas été accomplies par le corps, l'homme n'aurait pas été divinisé ; de môme, si l'on n'attribuait au Verbe ce qui est de la chair, l'homme n'en aurait pas été complètement délivré, mais il y aurait eu cessation pour un temps, comme je lai déjà dit, et le péché serait ensuite resté en lui, ainsi que la corruption : c'était le fait des hommes auparavant vV c'est facile à voir. Il v a eu

beaucoup de saints, purs de loul pcchc. Jcrémie a été sanclifié dès le sein maternel; Jean encore porte par Elisabeth bondissait d'allégresse, à la voix de la Mère de Dieu, Marie, et pourtant la mort a régné d' Adam jusqu'à Moïse, même sur ceux qui n'ont point péché, par la simililude de la transgressio7id\idam{l\ou. S,!'*). Ainsi les hommes n'en restaient pas moins mortels et périssables, soumis aux passions propres de la chair. Maintenant que le Verbe s'est l'ait homme et s'est attribué ce qui est de la chair, le corps est indemne, à cause du Verbe qui s'y trouve, il a tout consumé et les hommes ne restent plus, conformément à leurs propres passions, pécheurs et morts, mais ressuscites par la puissance du Verbe, ils persévèrent toujours, immortels et incorruptibles. Aussi sa chair étant engendrée par la Vierge Marie, lui-même est dit engendré, lui qui amène les autres à l'existence, pour prendre sur lui notre naissance; nous n'irons plus simple terre à la terre, mais unis au Verbe venu du ciel, nous serons élevés au ciel par lui. Ainsi des autres passions du cori)s qu'il a non sans raison prises sur lui, pour que n'étant plus de sijiiples hommes, mais participant du Verbe, nous ayons en partage la vie éternelle. Nous ne mourons plus en Adam, selon notre première naissance ; désormais notre naissance et toute notre iiilirmité charnelle étant transportées sur le Verbe, nous sommes soulevés loin de la terre ; la malédiction causée par le i)éclié est détruite i)ar celui qui en nous s'est fait pour nous malédiction. Avec raison. De même

LK DUI.ME DE LA TlUXITE 151

que tous, issus de la terre, nous mourons en Adam, ainsi régénérés d'en haut par l'eau et l'Esprit, tous nous sommes vivifiés dans le Christ, notre chair n'étant plus terrestre, mais verbalisée par le Verbe de Dieu, fait chair parmi nous.

(34) Pour connaître plus exactement l'impassibilité de la nature du ^'erbc et les infirmités qui lui sont attribuées à cause de la chair, il est bon d écouter le bienheureux Pierre ; ce sera un très digne témoin du Sauveur. Il écrit donc dans sa lettre : Le Christ ayant souffert pour nous par la chair (I Pet. 4,1). Lorsqu'il dit qu'il a faim, soif, qu'il est fatigué, .qu'il ignore, (}uil dort, qu'il pleure, qu'il demande, qu'il fuit, qu'il est engendré, (ju'il écarte le calice, et eniin en général pour tout ce ([ui concerne la chair, il pourrait parler de même : Le Christ ayant faim et soif i)0ur nous dans sa chair; ignorant, frappé et fatigué, pour nous dans sa chair; exalté, engendré et grandissant, dans sa chair; craignant et se cachant dans sa chair; disant s'il est possible que ce calice s éloigne de moi (jMat. 20,39), fraj)pé et acceptant pour nous dans sa cluùr, et toutes choses semblables pour nous dans sa chair. L'Apôtre lui-même a écrit pour ce motif : Le Christ ayant souffert non par sa divinité mais pour nous dans sa chair, pour faire connaître (jue les passions n'étaient pas naturellement pro})res au Verbe, mais à la chair par nature. Que ce qu'il y a tl'humain ne scandalise donc point, mais plutôt fasse connaître que par nature le Verbe est impassible; et pourtant à

cause de la chair qu il a revêtue, on lui attribue cela, parce que cela appartenait à la chair et la chair au Sauveur. Lui-môme impassible par nature reste ce qu'il est, sans subir aucun dommage de ces passions, les faisant plutôt disparaître et s'évanouir ; les hommes dont les passions passent ainsi dans l'impassible et sont efïacécs, désormais délivrés, deviennent impassibles eux aussi pour les siècles, selon l'enseignement de saint Jean : Et vous savez quHl s'est manifesté pour ôler nos péchés, et le péché n'est point en lui (1 Jo. 3,5).

Cela étant, si quelipie hérétique objecte : Pourquoi la chair ressuscite-t-elle, élant mortelle par nature i' Et si elle ressuscite, pourquoi na-t-elle plus faim et soif, ne souffrc-t-clle plus et ne dcmeure-t-elle pas mortelle ? Elle est née de la terre, comment ce qui est selon sa nature cesserait-il d'être? La chair pourrait répondre à cet hérétique querelleur : Je suis de la terre, natureriement mortelle, mais plus tard je suis devenue chair du Verbe. 11 a porté mes passions, bien qu'étant impassible ; j'en ai moi été délivrée et je ne suis plus leur esclave grâce au Seigneur (jui m'en a délivré. Si tu me reproches d'être débarrassée de la corruption naturelle, prends garde de me reprocher que le Verbe de Dieu a pris ma forme de servitude. Comme le Seigneur, revêtant le corps, s'est fait homme, ainsi nous, les hommes, sonuiics divinisés par le Verbe ; il nous a j)ris avec sa chair et nous avons désormais pour héritage la vie éternelle.

(35) 11 a fallu développer tout cela pour que, si nous le voyons parler ou accomplir quelque action divine par l'instrument de son propre corps, nous sachions que c'est là œuvre d'un Dieu; si, d'autre part, nous le voyons parler en homme, ou souffrir, nous n'ignorions point qu'il est devenu homme, portant la chair et que c'est ainsi qu'il agit et qu'il parle. Connaissant ce qui appartient, en propre à chacun, contemplant et considérant les deux opérations comme venant d'un seul, notre foi est exacte et nous ne saurions errer. Mais si quelqu'un, voyant ce qui est fait divinement par le Verbe, nie le corps, ou, voyant ce qui est propre au corps, nie la présence du Verbe dans la chair, ou à cause des actions humaines a de bas sentiments sur le Verbe, celui-là, comme un cabaretier juif qui mclc le vin à l'eau, regardera la croix comme un scandale ; comme un grec estimera la doctrine une folie, selon ce qui est arrivé aux ariens. Voyant les actes humains du Sauveur, ils lont considéré comme une créature ; ils devaient donc aussi considérant les œuvres du Verbe nier l'existence de son corps et s'adjoindre aux manichéens. Qu'ils apprennent enlin, même tardivement, que le Verbe s'est fait chair. Pour nous, tenant le but de la foi, reconnaissons que ce qu'ils interprètcnl mal a une signilication orthodoxe. Les expressions : Le Père aime le Fils et lui a tout donné en vuiin (Jo. 3,35) ; Tout m'a été donné par mon Père (M.\ï. 1 1' 27) ; Je ne puis rien faire de moi-même mais je juge selon ce que f entends (Jo. 5,30) et semblables ne prou-

vcnl pas qu'il l'uL iiu temps où le Fils n'a pas possédé tout cela. Comment ce que possède le Père, ne seraitil pas éternellement possédé par l'unique Verbe du Père selon la substance, sa Sagesse, celui qui dit : Tout ce qu'a le Père est à moi (Jo. 16,15), et Ce qui est à moi est au Père (Jo. 17/10). Si ce qui est au Père est au Fils, si le Père possède de toute éternité, il est évident que ce qu'a le Fils, appartenant au Père, est toujours en lui. Ce n'est donc pas parce qu'il n'a pas toujours possédé ces biens qu'il a ainsi parlé, mais parce que le Fils qui possède éternellement ce qu'il possède, les tient du Père.

(36) Pour éviter qu'en voyant le Fils posséder tout ce qu'a le Père, on ne s'égare à cause de la parfaite similitude et identité de ce qu'il possède, à admettre l'impiété de Sabellius, en le considérant comme le Père, le Christ a employé les mots m'a été donné, fai reçu, m'a été livré, uniquement pour montrer qu'il n'est pas le Père, mais le Verbe du Père. Le Fils éternel a par sa similitude avec le Père tout ce (ju'il j)0ssèdc ; il la reçu de lui, parce (juil est le Fils, et tient du Père tout ce qu'il a éternellement... Le Père, ({ui a tout donné au Fils, possède en retour tout dans le Fils, et les biens du Fils sont les biens du Père. La divinité du Fils est la divinité du Père, et ainsi le Père dans le Fils administre tout selon sa providence.

Saint Atluina.sc (;iil onsiiilc^ aiiplicalioii de cette doc- Irinc à (liver.s Icxlrs .sur lignorance {'il-'60), le progrès

(50-53). la crainlc et la souffrance (54-58), dans l'àme du Christ '.

L'unité du Fils et du Père (Jo. i'i, 10).

Dans les frag-mcnls qui précédent, on a vu surtout comment saint Athanasc écartait du Fils tout ce qui tendait à le faire considérer comme une simple créature, imparfaite, temporelle, sujette à l'infirmité et au pi'ogrès. Au début du troisième livre contre les ai'iens, il prend occasion de quelques passages de saint Jean pour exposer plus à fond les relations entre le Père et le Fils et montrer comment l'unité physique qui existe entre eux, diffère totalement de lunité morale qu'il nous est recommandé d'avoir avec Dieu, unité morale dont l'existence même du Fils de Dieu est le principe et le modèle à jamais inimitable.

(1) Ces mots Je suis dans le Père et le Père est en moi (Jo. I4,l0j ne signilient pas, comme pensent les ariens, qu'ils se renvoient l'un à l'autre et, comme des vases vides, se remplissent mutuellement, de sorte que le Fils remplit le vide du Père et le Père celui du Fils, et que chacun n'est point plein ni complet. Tout cela est propre aux corps; le dire môme est impie; le Père est plein et parfait, et le Fils est la plénitude de la divinité. Dieu n'est pas non plus dans le Fils, comme il arrive aux saints qu'il fortilie par sa présence, car lui-même est la force- et la sagesse du Père, et les créatures sont sanctifiées dans l'Esprit par leur

' Oral. in. Coiil. ArUin., :î'J-36 ; cf. ï.\u 11. ad Sera]). D: IV.l i. 18.

participation au Fils; lui n'est pas lils par participation mais vraiment engendré du Père. Le Fils n'est pas davantage dans le Père, comme il est dit que en lui nous vivons, nous nous mouvoiis et nous existons (AcT. 17,28), car il jaillit de la source du Père, comme la vie en qui tout est vivilié et subsiste ; la vie ne vit point dans la vie, sinon elle ne serait pas vie ; cest lui qui vivifie tout...

(3)... Le Fils est dans le Père, comme on peut le comprendre, parce que l'être tout entier du Fils est en propre de la substance du Père, comme la splendeur de la lumière et le fleuve de la source, de sorte que qui voit le Fils voit ce qui est propre au Père et comprend que, parce que l'être du Fils est du Père, il est dans le Père. Le Père est dans le Fils parce que ce qui est propre du Père est ce qu'est le Fils, comme dans la splendeur le soleil, dans le Verbe l'Esprit, dans le fleuve la source, ainsi qui contemple le Fils contemple ce qui est propre de la substance du Père et pense que le Père est dans le Fils. La forme et la divinité du Père étant l'ôtrc du Fils, conséqucmment le Fils est dans le Père et le Père dans le Fils. Aussi at-il eu raison de dire : Moi et le Père nous sommes un, avant d'ajouter : Je suis dans le Père et le Père est en moi (Ju. 10,30; 14,10), pour montrer l'identité de la divinité et l'unité de la substance.

(4) Ils sont en eiïct un, non i)as comme quand un être est divisé en deux parties, qui ne sont qu'un, ni conmie I tni deux fois nommé, de sorte (pie le même

LE DOGME DE LA TltlMTÉ 137

est tantôt le Père, tantôt son Fils : Sabellius qui pensait ainsi a été jugé hérétique. Mais ils sont deux parce que le Père est Père et n'est point en même temps le Fils, et le Fils est Fils et n'est point le Père. Il n'y a qu'une seule nature, car ce qui est engendré n'est pas dissemblable de celui qui engendre ; il est son image et tout ce qui est du Père est du Fils. Aussi le Fils n'est-il pas un autre Dieu, car il n'a point été conçu du dehors, sinon il y aurait plusieurs dieux, avec cette divinité conçue étrangère au Père. Si le Fils est autre comme engendré, il est la môme chose comme Dieu ; le Père et lui sont un par la propriété et la parenté de la nature, et par l'identité de l'unique divinité, comme il a été dit. La splendeur est aussi lumière ; elle n'est pas en dehors du soleil ni une autre lumière, ni par participation de lui, mais sa propre et complète génération. Pareille génération est nécessairement une unique lumière et l'on ne dirait pas qu'il y en a deux ; il sont deux, à savoir le soleil et la splendeur, mais une seule lumière venant du soleil et illuminant dans la splendeur tout l'univers. Ainsi la divinité du Fils appartient au Père, aussi est-elle indivisible. Il n'y a qu'un seul Dieu cl il n'y en a pas d'autre hors de lui. Le Père et le Fils sont donc une seule chose et unique est leur divinité. On dit du Fils tout ce qui est dit du Père sauf de l'appeler Père, par exemple Dieu : /:/ le Verbe éiail Dieii (.lo. 1,1); Toul- Puissant : Ainsi parle celui qui était et qui est et qui vient, le Tout-Puissant (Apo. 1,8) ; Seigneur : Un seul

<o8 LE DOGME DE LA TlUNITÉ

Seigneur Jésus-Christ (/. Cor. 8,6) ; qu'il est lumière : Je suis la lumière (Jo. 8, li2) ; qu'il efface les péchés : Pour que vous sachiez que le Fils de l'homme a sur la terre la puissance d'effacer les péchés (Luc, 5,24) ; et tout ce qu'on pourrait trouver : Car fout, dit le Fils lui-même, tout ce qu'a le Père est à moi (Jo. 16,15) et : Ce qui est à moi est à toi (Jo. 17,10).

(5) Qui sait que le Fils et le Père sont un, sait qu'il est clans le Père et le Père dans le Fils, car la divinité du Fils est du Père et la même dans le Fils. Qui a saisi cela est persuadé que qui voit le Fils voit le Père ; car dans le Fils, la divinité du Père est contemplée. L'exemple de l'image du Roi fera comprendre cela l)lus facilement. Dans limag-e, il y a la forme et la figure du Roi el dans le lloi la forme qui est dans l'image. Parfaite est la similitude du Roi qui est dans l'image, de sorte que qui contemple l'image voit en elle le Roi et qui voit le Roi reconnaît que c^est celui qui est dans l'image. Par suite de la parfaite ressemblance, à celui (pii, après avoir vu limage, voudrait voir le Roi, limage pourrait dire : Moi et le Roi nous .sommes un ; car moi je suis en lui et lui est en moi et ce que tu vois en moi, tu le vois en lui, ce que tu as vu (Ml lui, lu le vois en moi. Celui donc qui vénère l'image, vénère en elle le Roi, car l'image est sa ligure et sa forme. Puis donc que le Fils est l'image du Père, il faut de toute nécessité se représenter que la divinité et la propriété du Père esl l'être du Fils. [■'A c est (•(' que signilie : Qui existe dau!^ la forme

LE DOGME DE LA TRINITE l!'i9

de Dieu (PriiL. ^,6) et le Père est en moi (Jo. 14/10).

(0) La forme de la divinité n'est point partielle ; l'être du Fils est la plénitude de la divinité du Père et le Fils est Dieu tout entier. Aussi égal à Dieu n'a-t-il point estimé rapine d'être égal à Dieu, et comme la divinité et la forme du Fils n'appartiennent à aucun autre qu'au Père, c'est ce qu'il a dit : Je suis dans le Père (Jo. 14,10)1' Ainsi Dieu était dans le Christ se réconciliant le monde (2 Cor. 5,19).

Le Fils est ce qu'est le Père parce qu'il possède tout ce qui est du Père ; aussi le désigne-t-on avec le Père ; car on ne parlerait pas de Père, s'il n'existait un Fils. Celui qui appelle Dieu créateur, n'indique pas nécessairement des créatures, car il est créateur avant l'existence des créatures ; mais qui parle de Père signilie en môme temps avec le Père, l'existence du Fils. Aussi qui croit au Fils, croit au Père, car il croit à ce qui appartient en propre à la substance du Pèi-e, et ainsi il n'y a qu'une foi en un seul Dieu ; celui ([ui adore et honore le Fils, dans le Fils, adore et honore le Père. Il n'y a (pi'une divinité, aussi n'y a-t-il (pi'un honneur et une adoration, celle qui dans le Fils et par lui va au Père ; celui qui adore ainsi adore un seul Dieu ; il n'y a en effet ([u'un seul Dieu et aucun aiiliv hors de lui. Quand donc on affirme que \c Père seul est Dieu et qu'il n'y a qu'un seul Dieu : Je suis (Ex. 3,14) ; hors de moi il n'y a pas de Dieu (Deit. 32,30) ; Je suis le premier et Je suis après cela (Is.\. 40, (>\ on a raison, car il n'y a (junn Dieu, (|ui est le seul (>1 U^

premier. On ne parle pas ainsi pour supprimer le Fils. Certes non, car il est dans Innique, le premier, lo seul, comme étant de l'unique, du premier, du seul, le seul Verbe, la Sagesse et la Splendeur. Lui aussi est le premier puisqu'il est la plénitude de la divinité du premier et du seul, étant Dieu complet et parfait...

(8) Les hommes atlachés aux faux dieux s'écartent du vrai qui, bon et plein de soin pour les hommes, rappelant les égarés, leur dit : Je suis le seul Dieu (Deut. 32,39), et Je suis (Ex. 3,15) et hors de moi il n'est point de Dieu (Deux. G, 4) et semblables ; il détruit ainsi le néant et les attire tous vers lui. Comme si, pendant le jour et en plein soleil, quelqu'un peignait du bois, où il n'y aurait pas même la représentation de la lumière et disait que cette image est cause de la lum.ière, le soleil venant ;\ le voir dirait : Seul je suis la lumière du jour et il n'y en a pas d'autre hors do moi. Disant ces mots, il ne vise point sa splendeur, mais l'erreur, limage du bois et la dissimililude d'une, vaine représentation. Tels sont les mots Je suis, Je suis le seul Dieu; il n'y en a pas hors de moi, pour détourner les hommes des faux dieux et leur faire connaître enfui ]o vrai... Aussi au commencement, Dieu n'a-t-il point employé avec Adam de pareilles expressions, bien que le Verbe fùl avec lui, par qui tout a été fait. C'était inutile j)uisqu'il n'y avait pas encore d'idoles. Mais lorsque les hommes s'élevèrent contre la vérité et se nommèrent des dieux à leur gré,

LE DOGME DE LA TRINITE JGl

alors il devint nécessaire d'employer ces mois pour supprimer les dieux inconsislaiits...

(10) Les ariens disent que le Père et le Fils ne sont pas un ni semblables comme l'Église l'enseigne, mais comme eux le veulent. C'est parce que, ce que le Porc veut, le Fils le veut aussi et n'est opposé ni à ses desseins, ni à ses jugements, mais en tout d'accord avec lui, exprimant l'identité des vues et un discours conforme et adapté à l'enseignement du Père. Voilà pourquoi lui et le Père sont un. Ils ne l'ont pas seulement dit, certains ont osé l'écrire. Quoi de plus absurde et de plus déraisonnable ! Si c'est la raison pour laquelle le Fils et le Père sont un, si c'est ainsi que le Verbe est semblable au Père, alors les anges et les autres êtres, qui nous sont supérieurs, les principautés et les puissances, les trônes et les dominations et les êtres visibles, le soleil et la lune, les astres sont eux aussi fils de la même manière que le Fils. Ce que veut Dieu, ils le veulent aussi et ne sont en désaccord ni pour les jugements ni pour les pensées, mais en tout obéissants à leur aulcuu'. Ils n'auraient point persévéré dans leur propre gloire, s'ils n'avaient pas voulu de leur côté ce que voulait le Père. Celui qui na i)oint persévéré a entendu dans sa désobéissance: Comment est tombé du ciel Lucifer^ qui se levait à l'aurore (Isa. 14, 12)? Comment alors celui-ci seul est-il Fils unique et Verbe et Sagesse? Comment de tant d'êtres semblables au Père, seul celui-ci est-il image? Car même parmi les hommes on eu trouvera beaucoup seml)lal)l(>s au Père.

162 I.K DOr.MK DE LA TRINITÉ

les marlyi's cL les pro])hctcs, et encore avaiil eux les patriarches ; beaucoup encore aujourd'hui gardent le comnnandement du Sauveur, sont miséricordieux comme leur Père du ciel (Luc. G, 3G), observent le précepte : Soyez imitateu7'S de Dieu, comme des enfants bien-aimés; et : Vivez dans la charité, comme le Christ vous a aimés {Evii. 5, 1-2). Beaucoup sont devenus imitateurs de Paul, comme lui l'a été du Christ; pourtant aucun d'eux n'est ni Verbe, ni Sagesse, ni Fils unique, ni Image ; aucun n'a osé dire : Moi et le Père nous sommes un (Jo, iO, 30) ; ou : Je suis dans le Père et le Père est en moi (Jo. 14, 10). De tous, il a été dit: Qui est semJdable à toi iiarmi les dieux. Seigneur! (Ps. 85, 8) ; de lui qu'il est seul image véritable et parnaiure du Père. Si nous avons été faits selon limage, si nous avons été appelés image et gloire de Dieu , ce n'est point à cause de nous, mais à cause de l'image et de la vraie gloire de Dieu habitant en nous, qui est son Verbe, devenu plus tard chair pour nous et qui nous a valu la grâce de cette appellation...

(15) Ces exemples nous permotlent (h' réfuter les Juifs et de rendre vaine l'accusation des (icntils qui disent et pensent que parla Trinité nous reconnaissons nous aussi plusieurs dieux... Nous n'introduisons pas trois principes ou trois pères, comme les marcionites et les manichéens, et nous ne j)roposons pas l'image de trois soleils, mais le soleil et sa splendeur, une seule lumière provenant du soleil dans sa splendeur. Tel est rinii(|iH' i)riii(ipc (pie nous connaissons. Nous n'affir-

LK DOGMK nK f.V TinXITE 103

moris point que le Verbe créaletir a une autre genre (le divinité que'cellc de l'unique Dieu dont il est né. Les ariens méritent le reproche de polythéisme ou môme d'athéisme, parce qu'ils rabâchent que le Fils est créaturc, venant du dehors, et que le Saint-Esprit est tiré du néant. Ils disent que le Verbe n'est pas Dieu, ou, s'ils le disent Dieu, à cause de ce qui est écrit, ils ajoutent qu'il n'est pas en propre do la substance du Père ; ils en introduisent plusieurs étrangers en substance les uns par rapport au.x autres, à moins qu'ils n'osent dire qu'il est Dieu par participation comme le reste. Leur impiété dans ce cas ne sera pas moins grande. Que cela ne nous vienne même pas en pensée, le Verbe une des créatures ! Il n'y a qu'une forme de la divinité, lacpielle est aussi dans le Verbe ; un seul Dieu le Père, existant en lui-même, comme il est au-dessus de tous, et apparaissant dans le Fils selon qu'il s'étend à tous, et dans le Saint-l^'sprit, selon qu'il agit en lui dans tous, par son ^'erbc. Ainsi par la Trinité nous reconnaissons un seul Dieu et nous parlons beaucoup plus |)ieusemont que si nous admettions la divinité polymorphe et multiple des hérétiques, quanil nous confessons une Trinité unique tlans la divinité.

Un peu plus loin, saint Alhanase réfulanl une nouvelle inlerprétation d'ajjrès laciuelle le Verbe est un avec le l'ère, eoninic nous, mentionne que sa réponse sera donnée lellc qu'il l'a apprise des Pères (18).

(20) Qu'ils soient un comme nous somtnes un (Jo.,

17. 31;. Le Fils nest |)as semblable à nous, mais semblable à son Père ; aussi est-il, par nature et en vérité, un avec son Père. Nous étant (fe même race (car nous sommes issus dun seul et une est la nature humaine) nous devenons un entre nous par la charité, ayant pour exemple l'unité physique du Fils avec le Père, de même qu'il nous a enseigné sa douceur quand il a dit : Apprenez de moi que je suis doux et humble de cœur (Mat. 4,29), non pas pour nous égaler à lui car c'est impossible, mais pour que le regardant nous persévérions dans la douceur en tout. Ainsi ici, voulant que nous ayons les uns pour les autres une inclination ferme et résistante il prend exemple sur lui et dit : Qu'ils soie7it un comme nous sommes un ; indivisible est en nous l'unité; eux donc, connaissant notre nature indivisible, garderont leur accord mutuel ; or, c'est avec plus de sécurité que l'on prend exemple, pour les hommes sur ce qui est de la nature, car elle reste et ne change ianiais, tandis que le caractère desliommes est facile à changer; on peut, l'œil fixé sur ce qui est immuable par nature, fuir le mal et se modeler sur ce qu'il y a de mieu.x. Ainsi est tout à fait juste le sens du verset: Qu'ils noient eux aussi un en nous.

(23j Bien qucnous soyons un, comme le P^ils dans le Père, nous ne serons pas comme \o Fils, ni égaux à Lui, car nous sommes choses différentes; aussi est-il dil de nous comme, j)arce que les choses qui ne sont j)»)inlde même nature, quand elles ont un rapportavcc d autres, devienneni connue elles. Aussi le Fils même

est simplcint'iil cl sans coujoiicLioii dans le Père, car cela est propre à sa nature; nous, qui n'avons point cela de nature, avons besoin d'image et d'exemple, pour qu'il soit dit de nous : Comme lu es en moi et moi en lui (Jo. 17, "11). Mais lorsqu'ils seront perfectionnés, alors le monde connaîtra que tu m'as envoyé, car si je n'étais pas venu et n'avais point porté ce corps, aucun d'eux n'aurait été sanctifié ; tous seraient restés corruptibles. Agisdoncen eux, ô Père, et, comme tu m'as donné ce corps à porter, donne-leur ton Esprit pour qu'en lui, ils deviennent un, et soient perfectionnés en moi. Leur perfection démontre la venue de ton Verbe, et le monde les voyant parfaits et pleins de Dieu croira bien que tu m'as envoyé etque jesuis venu. D'où leur vient cette perfection sinon de ce que moi, ton Verbe, ayant pris ce corps, je suis devenu homme et j'ai accompli l'œuvre que tu m'avais donnée à faire, ô Père. L'œuvre est achevée parce que, rachetés du péché, les hommes ne restent plus morts mais divinisés; ils ont, en nous regardant, le lien de leur mutuelle charité.

(24) Saint Jean écrit : Nous savons que nous restO)ts en lui el lui en nous, parce qu'il nous a donné de son Esprit (1 Jo. 4, 13). Donc c'est à cause de la grâce de l'Esprit ([ui nous est donnée que nous sommes en lui et lui en nous, et comme l'Esprit est de Dieu, quand il est en nous, ajuste titre nous, possédant l'Esprit, nous sommes regardés comme étant en Dieu. C'est ainsi que Dieu est en nous. Ce n'est donc pas comme le Fils est dans le Père, que nous aussi nous sommes dans le

Père, carie Fils n'est point i)aiiicii)ant de l'Esprit de manière à être dans le Père ; il ne reçoit pas non plus 1 Esprit mais au contraire le donne aux autres. Ce nest pas l'Espritqui unit le Verbe au Père, c'estau contraire 1 Esprit qui reçoit du Verbe. Le Fils est dans le Père, comme son propre Verbe et sa splendeur; nous, sans lEsprit, nous sommes étrangers et loin de Dieu; par la participation de lEsprit, nous sommes unis à la divinité, de sorte que notre existence dans le Père n'est point notre fait, mais l'œuvre de lEsprit qui est en nous et reste en nous, tant que par la confession de la foi nous le gardons en nous, comme le dit encore saint Jean: Qui reconnail que Jésus eut le Fils de Dieu, Dieu reste en lui et lui en Dieu (.lo. 4, 15).

Le n" 23 reprend et rcsunie ces idées sur le rôle do l'E-sprit.

C'est donc l'I'^sprit qui est en Dieu, et non nous i)ar nous-mêmes; de même (jue nous sommes Fils et Dieux par le Verbe qui est en nous, de môme nous serons dans le Fils et le Père, et nous serons regardés comme Un dans le Fils et le Père, parce que l'Esprit est en nous, lui (pii est dans le Fils existant dans le Père. Quand donc quelqu'un perd l'Esprit par suite de quelque faute, la grâce reste sans repentance ])our ceux (pii le veulent, si, après leur faute, ils font pénitence, mais le j)éclicur n'est i)lus en Dieu ])arce (pie s'est éloigné de lui le Saint-E.sj)nl et le Paraclct qui est en Dieu ; le pécheur seia en celui à <pii il s'est soumis, comme

LE DOCMP: de la TRINITE 107

cela arriva à Saiil, lEspril do Dieu s'écarta de lui el l'Esprilpcrvcrs lo tourmenta (I Reg. 1G, 14).

Défense du Concile de Nicée.

Les extraits prcccdcnts ont fait connaître en clle-mènic la doctrine de saint Atiianase sur la Trinité : les suivants montrent comment il a défendu les expressions définies à Nicée. Je détache des différents écrits qui se i-apportent à cette (luestion, les principaux passages; ils ont un intérêt à la fois hisloi-iquc et théologique (|u"il est inutile de souligner.

Dans le De Decretis Nicaenœ Synodi, Athanase prié par un ami se propose de répondre à la plainte souvent formulée par les ariens à ])out darguments : Pourquoi les Pères réunis à Nicée ont-ils employé des expressions non sci-ipturaires l'ix ty,; oÙTia; et ï homooutiios ? Il fait d'abord Thislorique de la question au Concile :

(3j Les adversaires disputaient et s'efforç^aient de lutter contre Dieu, prononçant des paroles pleines dimpiété. Des évoques réunis au nombre d'environ trois cents leur demandaient avec douce.ur et humanité d'exposer leurs raisons et des démonstrations orthodoxes. Dès qu ils éjevt?rent la voix, ils furcntcondamnés; eux-mêmes ne s'entendaient pas entre eux. Voyant les embarras où les réduisait leur hérésie, ils restaient muets et par ce silence avouaient la honte ([U(> leur causait leur perverse doctrine. Les évoques sui)primant alors les termes que ces hérétiques avaient

'Oral. IJl. L'uni. Arian.. 1,3, 4-5, G, S, 10, 15. IS, '20. i*i-2:i. Cf. Dec. Nie. Syn., 0, 18 : do Syn. 52 ; ICp. ad Alios.T.

168 LE DiJGME DE LA TRINITÉ

imaginés, élablirciil coiilrc eux la foi saine el ecclésiastique; lous ayant souscrit, les partisans d'Eusèbc souscrivirent aussi à ces termes que l'on blâme mainlenaul, je veux dire Viv. tt,? oOaîa; et Vhomoousios, que le Fils de Dieu n'est ni créature, ni œuvre, ni aucune des ciioses laites, mais que le Verbe est enj^endrc de la substance du Père. Et, ce qu'il y ad'étrange, Eusèbe de Césarée de Palestine, qui la veille avait quelque peu résisté, souscrivit ensuite et envoya une lettre à son Eglise où il disait que c'était la foi de l'Eglise et la tradition des Pères, montrant à tous clairement qu'auparavant ils étaient dans l'erreur et avaient inutilement combattu la vérité... ^

(I8j Pounjuoi eux ({ui ont inventé des termes non scripluraires pour leur liérésic, accusent-ils ceux qui croient pieusement avec des termes non scripturaires? Ce ([ui est défendu, c'est l'erreur dans la foi, quelles que soient les expressions variées et les sophismes fallacieux dont on essaie de l'envelopper ; mais être dans la foi vr;ue est chose sainte pour tous, même si l'on use de termes extraordinaires, pourvu qu'ils aient un sens exact et que par eux l'on veuille signilier une doctrine saine. Les i)aroles viles des cliristomaques viennent d'être démontrées pleines d impiété ; celles qu'a écrites et définies le Concile, si

De Uecretis Nicaeiiie t<i/iiodi, 3. Cf. de Synodis, 36, 39.

on les scrute avec exacliUule, apparaîtront posséder pleinement l'esprit de la vérité, surtout si l'on se rend compte des raisons qui les ont fait choisir très opportunément. Les voici.

(19) Le Concile voulait proscrire les paroles impies des ariens et adopter celles que l'on s'accordait à trouver dans l'Ecriture, qu'il n'est pas du nombre des choses tirées du néant mais de Dieu, qu'il est Verbe et Sai^esse, pas créature ou œuvre, mais réellement engendré du Père. Les eusébiens entraînés par leur erreur invétérée prétendaient que les mots de Dieu s'appliquaient aussi à nous et qu'en cela il n'y avait rien de spécial au Verbe de r3ieu, puisqu'il est écrit : Un seul Dieu de qui tout (1 Cor. 8, G) et encore: Les vieilles choses ont disparu^ voici que tout est renouvelé. Tout est de Dieu (!2 Cor. 5. 17, 18). Alors les Pères, voyant leur malice et l'artifice de l'erreur, furent obligés d'exprimer plus clairement les mots de Dieuei d'écrire que le Fils était de la substance de Dieu : ainsi l'on ne pourrait penser que les mots de Dieu s'appliquaient communément et également au Fils et aux créatures ; il faudrait croire que tout le reste est créé, le Verbe seul est du Père. Bien qu'en effet l'on dise que tout vient de Dieu, c'est dans un sene autre que lorsqu'il s'agit du Fils. On le dit des créatures parce qu'elles ne sont pas dues au hasard et à la spontanéité comme le veulent ceux ([ui parlent d'union des atomes cl d'homœomères, ou encore elles ne sont pas le fait d un autre démiurge, comme le veuleiil certains héréticpies,

170 i-E nor.xiE de la tuinite

ou, st.'lun (iiicl(|ucs aiilrcs, des anges qui leur auraient donné la consistance. Elles sont de Dieu parce que Dieu existant, tout a été sur son ordre amené par le Verbe du néant à l'être. Le Verbe, j)arce qu'il n'est pas créature, est le seul qui est dit et est issu du Père, et c'est pour marquer cette différence que le Fils est dit de la subslance du Père, ce qui n'est le fait d'aucune créature. Aussi saint Paul qui dit que tout vient de Dieu, ajoute aussitôt : El un seul Seigneur Jésus-Chrisl par qui est tout (l Cor. 8, G) pour montrer à tous que le Tils est diiïércnt des créatures produites par Dieu. Ce qui est fait par Dieu, laété par lel'ils, ctcest à cause de celte création venant de Dieu (juc saint Paul a ainsi parlé, non parce que tout tient, comme le Pils, son être du Père. Ni les créatures ne sont comme le Fils, ni le Verbe n'est une des créatures, lui qui est leur Seigneur et leur Créateur. C'est pour cela que le saint Concile a exprimé plus clairement qu il était de la substance du Père: on le croirait ainsi différent par nature des clioses produites, étant seul en vérité issu de Dieu, et les liéréliques n'auraient plus prétexte à induire en erreur. Telle est l'occasion qui a fait écrire l'iv. -YjÇoOcCa; ^

Le cousubstantiel.

i'IOj Les évèques dirent ensuite qu'il fallait écrire que le Verbe est j)uissance véritable et image du Père,

' De Dec. Me. syn., 18-l'J. Cf. K\>. ad Afros. a-8.

semblable et sans aucune différence avec lui, immuable, éternel et existant indi visiblement en lui. 11 est faux qu'un temps il n'était point ; au contraire, il a toujours existé, éternellement subsistant auprès (lu Père, comme la splendeur de la lumière. Les Euscbiens laissèrent passer sans oser contredire, à cause de la confusion où ils étaient de leur réfutation. Pourlant on les surprit bientôt à cbuchoter età se faire signe des yeux que les mots semblable, toujours, puissance, en lui étaient aussi communs aux hommes et au Fils et que les accepter ne les gênerait en aucune façon ; — pas semblable puisque de nous l'Ecriture dit : Vhomme estVimageet la gloire de Dieu {t Cor. 11, 7j ; — pas toujours : Nous sommes toujours vivants {i Cuu. 4,11) ; — pas en lui puisque : En lui nous vivons, nous nous mouvons, nous existons (Act. 17,28) ; — pas immuable ; il est écrit : Rien ne nous séparera de l'amour du Christ (Rom. 8,35i Quant au moipuissance, la chenille et la sauterelle sont appelées puissance et grande puissance (Joël :2,23) et souvent le mot est employé en parlant du peuple : Toute la puissance du Seigneur sortit de la terre d'Egypte (l'^x. 1:2, 41) et ilyad'autres puissances célestes: le 6^eeV/«eîf/' des puissances est avec nous ; notre protecteur est le Dieu de Jacob (Ps. 45,8). Astérius le sophiste et avant lui Arius, l'ayant appris deux, ont écrit ainsi.

Les évéques voyant là encore leur hypocrisie et comment, selon le mot de l'Lcriture, dans le cœur des impies la fraude combine le mal (Pnnv. 1:;!.:20 . furent

172 I.E DOGME DE l\ TRINITE

alors obliges de déduire leur doctrine de rKcriture, d'exprimer i)lus clairement ce qu'ils avaient déjà dit et d'écrire que le Fils esi consubstantiel au Père. Ils signifiaient ainsi que le F'ils n'est pas à l'égard du Père seulement chose semblable, mais identique par sa similitude, que la similitude et linimutabilité du Fils est tout autre que celle qui nous est attribuée et que nous acquérons par la vertu, en gardant les commandements. Les corps semblables peuvent se séparer et exister loin les uns des autres, comme les lils par rapport aux hommes leurs pères ; ainsi d'Adam et de son lils Seth, ({ui lui ressemblait en ligure. Mais la génération du Fils par le Père étant par nature autre que celle des hommes, comme il n'est pas seulement semblable mais encore indivisible de la substance du Père, comme lui et le Père sont un, lui-même l'a dit, comme le Verbe est toujours dans le Père et le Père dans le Verbe, ainsi que la splendeur par rapport à la lumière, — c'est ce que le mot lui-même signifie, — pour ces motifs le Concile, ayant cette idée, a eu raison d'écrire le mot consubslanllel, alni de confondre la perversité hérétique et de montrer que le Verbe diffère des créatures. Aussi at-il ajouté aussitôt : Ceux qui disent que le Fils de Dieu est du néant, ou créé, ou changeant, ou œuvre, ou d'une autre substance, ceux-là sont anathématisés par l'Eglise sainte et catholique. Parlant ainsi, ils ont clairement montré (juc les mots èx tyjî oùdiaç et consubstanliel détruisent les vocables de l'impiété, à savoir créature, œuvre, produit, changeant, cl Un était pas avant

cf être engendré. Qui les accepte est en opposition avec le concile ; qui, d'autre part, n'a pas les idées d'Arius forcément pense et juge comme le concile, y voyant dos expressions comme celle de la splendeur par rapport à la lumière et y prenant l'image de la vérité *.

Justification de ces termes.

Après avoir rappelé (21) que ces deux termes expriment la doctrine de l'Ecriture, sils ne sont pas dans l'Ecriture, Athanase les explique et les justifie brièvement :

(22) Si quelqu'un pense que Dieu est composé, comme la substance et l'accident, ou qu'extérieurement il a comme une enveloppe qui le cacbe, ou qu'il y a autour de lui quelque cbose qui complète sa substance, de sorte que, quand nous parlons de Dieu ou prononçons le mot Père, nous n'entendons pas signifier sa substance invisible et incompréhensible mais quelque chose qui l'entoure, celui-là peut certes reprocher au concile d'avoir écrit que le Fils est de la substance de Dieu. Qu'il considère cependant que son opinion contient deux blasphèmes : elle constitue un Dieu corporel et elle affirme à faux que le Seigneur n'est point du Père, mais seulement de ce qui l'iMiloure. Si au contraire Dieu est un être simple, comme il lest en eflet, il est évident que le nom de Dieu ou de Père ne désigne pas quelque chose qui l'entoure mais sa propre suhs-

* De Dec. Me. Si/n., ïîO, cf. llp 11 ;i(l Snap. 3, îi-fi : ilt> Svnodis. 39, i'2. 48-54.

174 i-iv nnriMR nr, i,.\ TRiNirr':

(;iiicc. lîioii (ju il soiL iinpossiblo de comprendre ce qii"(\sl la siil)stance de Dieu, pourtant rien qu'à le penser existant, ce que l'Ecriture inditiue par ces mots, nous 'le signifions aussi (juand nous l'appelons Dieu, Père, Seigneur. Lorsqu'il dit : Je suis celui qui est (E.\. 3, 14) et Je suis le Seigneur Dieu (E.\. 20, 2), et partout où l'Ecriture dit Dieu, nous qui lisons, nous ne comprenons qu'une seule chose signifiée, sa propre substance incomprôliensible et son existence. Qu'on ne s'étonne donc pas d'entendre dire que le Fils de Dieu est de la substance de Dieu, mais qu'on adopte au contraire les mots dont les Pères ont éclairci le sens, ayant écrit plus clairement et comme synonyme aux mots de Dieu l'expression de la substance de Dieu. Pour eux c'était dire la même chose que proclamer le Verbe de Dieu cide la substance de Dieu, car le mot Dieu, comme je l'ai déjà dit, ne signifie pas autre chose que la substance de l'Etre même. Si donc le Verbe n'est i)as de Dieu, comme le serait par nature un Fils authentique pour son Père, mais, si avec les créatures, à raison de la création, il est, comme tout l(> resie, dit de Dieu, il n'est pas (l(> la substance* du l^ère, ni l'ils, sul)staiili(>llement Fils; il ne l'est que i)ar vertu, comme nous aj)pelés fils ])ar grâce. Mais s'il est seul de Dieu, commeFils authentiqu(\. et il l'c^st en effet, c'est à juste titre ([uo \o ImIs est dit de la substance de Dieu.

(23) L'exemple de la lumière et de sa splendeur a la même signification. Le feu allumé à la chaleur du soleil cl (|iii s'élcinl (Misuile n'élail j)oint dans la pensée des

LE DOr.MR DE L\ TIMNITÉ 175

Pci'cs quand ils odI dit que le Vcrbo étail, en Dieu, car c'est là quelque^ chose d'extérieur et une création de l'auteur; lous l'ont au contraire appelé la splendeur pour montrer avec évidence la propriété de la substance, son indivision et l'unité avec le Père. Par là est sauvegardée véritablement son immutabilité sans changement. Gomment la posséderait-il s'il n'était engendré en propre de la substance du Père ? Là encore il faut sauvegarder son identité avec h) Père. La doctrine ainsi démontrée orthodoxe, il serait logique pour les christomaques de ne point s'étonner du mot consiibi^lanliel : il a lui aussi un sens correct et se justifie. Si nous disons que le Verbe est de la substance de Dieu, — qu'ils admettent maintenant le terme, — qu'est-ce sinon affirmer la vérité et l'éternité de la substance dont il est engendré? Ce n'est pas hétérogène, sinon on mêlerait quelque chose d'étranger et de dissemblable à la substance du Père ; ce n'est pas extérieurement semblable, sans cela il apparaîtrait en partie ou en totalité d'autre substance, comme le cuivre brillant et l'or, l'argent et l'étain. Ces matières sont étrangères, de nature différente et séparées par la nature et l'essence; le cuivre n'appartient pas à l'or, ni le ramier à la colombe; ils sont regardés comme semblables mais sont (le substance différente. Si le Fils est cela, qu'il soit une créalurç comme nous et non j)as consubstantiel, mais si le Fils est 'Verbe, Sagesse, Image du l*ère, splendeiu', c'est à juste titre qu'il est consubstantiel. A moins ((u'on ne démontre qu'il n'est pas de I)i(^u mais

ne I.E DOGME DE LA TRINITE

esl un instrument d'autre nature et d'autre substance, le Concile a bien écrit et bien pensé.

(24) Qu'on éloigne d'ailleurs dans ces matières toule considération corporelle; dépassant toute représentation sensible, pensons d'une pensée purifiée et avec lintelligence seule à ce que le Fils a d'autbentique visà-vis du Père, à la propriété du Verbe pour Dieu, à la similitude absolue de la splendeur avec la lumière. Les mots génération et Fils sont dits et s'appliquent non pas liumainement mais comme il convient à Dieu; de même, quand on entend parler de consubslantiel, il ne faut pas se laisser aller à des sensations liumaines et pensera des séparations et divisions do la divinité. Mais réflécliissant, comme sur les êtres incorporels, ne séparons point 1 unité de nature et l'identité de la lumière, car c'est là le propre du Fils à l'égard du Père, et cela montre que Dieu est véritablement le Père du Verbe. L'exemple de la splendeur et de la lumière e.st encore nécessaire sur ce point. Qui osera dire que l'éclat est étranger et dissemblable du soleil? Qui au contraire, considérant le rajiport entre la splendeur et le soleil, et l'identité de la lumière, ne dirait pas avec francbise : Iléellement la lumière et la splendeur sont un, celle-ci ajjparaît dans celle-là ; la splendeur se trouve être dans le soleil de sorte que qui voitcelui-ci voit aussi l'autre? Celte unité et j)ropriélé pliysique, comment ceux qui ont la foi et le regard droit rappelleraient-ils sinon génération consubslantielle ?

Or poui" la généi'iilion de Dieu (pid nom propre et

convuiiable, sinon Verbe, Sagesse, puissance qu'il n'est pas saint de déclarer étrangère au Père et qu'on ne \H'ul même sans forfaire s'imaginer n'étant pas éternellement en Dieu. Par ce fils engendré, Dieu a tout fait et par lui, étendant à tout sa providence, il manifeste sa bénignité. VA ainsi lui et le Père sont un comme il a été dit , à moins que ces pervers renouvelant leur audace ne disent que la substance du Fils est une chose et la lumière du Père qui est en lui une autre, de sorte que la lumière qui est dans le Fils soit un avec le Père, mais lui-même soit étranger en substance comme créature. Mais c'est là ouvertement la pensée de Caïphe et de Paul de Samosate, rejetée par l'Eglise, que ceux-ci maintenant tiennent en secret; c'est pourquoi eux aussi, ayant abandonné la vérité, ont été déclarés hérétiques. S'il participe complètement à la lumière du Père, pourquoi n'est-il pas celui qui est participé, pour qu'il n'y ait pas d'intermédiaire entre lui et le Père? S'il n'en est pas ainsi, on ne démonti-e plus que tout a été fait par le Fils, mais par celui dont il est lui-même participant. Si c'est lui qui est le Verbe, la Sagesse du Père, en qui le Père se découvre et se fait connaître, en (|ui il crée et sans lequel le Père ne fait rien, évidemniciil c'est lui qui est ce qui vient du Père ; de lui participen' toutes les choses créées en participant au Saint-Esprit. Alors il ne sera pas du néant mais plutôt génération propre du Père, comme la splendeur de lu lumière '.

' De Dec. Nie. syn., ±2-2i.

178 r.E Ddr.MK DE LA TUIXITE

Saint Alhanasc montre ensuite par des témoignages empruntés à Tltéognosle, à Denys d'Alexandrie, à Dcays do Home, à Onijcnc. (jue le Concile de Nicée est dans la tradition, tandis que les ariens sont les héritiers de Caïphe et des Juifs (25-27). Démasqués sur ce pointetleursalta(iucs contre ces expressions repoussées, ils se sont rejetés sur Vagciiêtos, mot non scripturaire, dont ils devraient d'abord fixer la signification, puisqu'il ne lui en est pas attribué moins de quatre. Le nom de Père est d'auiant préférable qu'il désigne Dieu par un rapport intime et non pas extérieur comme celui de création et nou.s est seul donné par l'Ecriture et le Fils (28-32).

Saint Athanase a repris dans le De Synodis cette apologie du Concile de Nicée pour montrer dans une triomphante opposition lunité et la siniplicité de la doctrine catholi(jue en regard de la variété et de linconslance des professions de foi hérétiques. Il y revient sur les deux expressions contestées de Nicée Viy. t-^ç oùa(a; et le consubstantiel et s'étend longuement sur cette dernière, ([u'il compare encore à ràyâvr^To;.

Les homéousiens.

A propos du consubstantiel, Athanase se garde de mettre sur le même rang les ariens déclarés ou déguisés (homécns) comme Acace de Césarée et le parti plus modéré qui avait à sa tète Basile dAncyre (homéousiens). 11 fait à ces derniers des avances et tout en maintenant la nécessité d'accepter Ihomoousios défini à Nicée, (|ui est d'ailleurs laboutissemcnt logique de la doctrine homéousienne, il leur montre comment en fait ils sont d'accord avec les catholiques sur le fond de la (lueslion.

(41) Ceux (jui accc])lcnt tout ce qui a été décidé à

Nicéc et nliésitent que sur le mol consubslautiel, ne doivent point être traités en ennemis et nous-mcmc ne les combattons point comme des ariens ou des adversaires des Pères; nous leur adressons la parole comme à des frères qui ont les mêmes pensées que nous et ne discutent que sur les mots. Reconnaissant que le Fils est de la substance du Père et non pas d'une autre réalité, qu'il n'est ni créature, ni oeuvre, mais génération authentique et naturelle et qu'il est de toute éternité uni au Père, étant son Verbe et sa Sagesse, ils ne sont pas éloignés d'accepter aussi le mot de consubstantiel. Tel est Basile d'Ancyre qui a écrit sur la foi. Cependant dire seulement semblable en substance n'est pas tout à fait dire ce qu'affirme l'expression de la substance, qui, eux-mêmes le reconnaissent, fait ressortir le lien naturel entre le Fils et le Père. L'étain est seulement semblable à l'argent, le loup au chien, le cuivre doré à l'or véritable, et l'étain ne provient pas de l'argent ni le loup ne saurait être appelé fils du chien. Mais comme ils (hscnt à la ibis et de la substance et semblable en substance (homéousios) que signifient-ils par là, sinon le consubstantiel (homoousios) ? Qui affirme seulement l'homéousios ne caractérise pas tout à fait ce qui vient de la substance, mais qui parle de consubstantiel embrasse le sens des deux expressions homéousios eide la substance. Eux-mêmes s'atlaquant encore à ceux qui disent que le Verbe est créature et ne veulent pas qu'il soit Fils authentique, onl emprunté leurs preuves contre eux aux exemples humains thi

lils et du père, mais avec celle exceplion que Dion n'csl pas comme l'homme cl que la génération humaine n'est pas la génération du Fils qui est telle (juil convient à Dieu et que nous devons la concevoir. Ils ont en effet appelé le Père source de la vie, le Fils splendeur de la lumière éternelle et qui se dit lui-même engendré de la source : « Je suis la vie » (Jo. 14, 6) et « Moi la sagesse f ai habile le conseil» (Piiov. 8, 1:2). Or la splendeur de la lumière, la génération de la source, je Fils du Père, quel nom convenable veulcnl-ils, hors du consubstanliel ? Serait-ce, [)arcc que les rejetons humains sontconsubslanticls, qu'il faille prendre garde que le Fils, si on l'appelait aussi consubstanliel, ne soit considéré comme étant aussi un rejeton humain? Oh non! cela n'est pas. La solution est aisée. Le Fils est Verbe et Sagesse du Père ; cela nous caractérise l'impassibilité et l'indivision de la génération du Père. Le Verbe des hommes lui-même n'est point une partie et ne sort point par passion, à plus forte raison celui de Dieu que h> l*ère a déclaré être son Fils. C'est pour éviter qu'en l'entendant appeler Serbe on ne serimaginât comme le verbe humain, sans subsistance. Quand on entend le nom de Fils, on connaît qu'il est N'erbe vivant et Sagesse substantielle ^

Le Concile d'Autioche (:2ti8j et le Concile de Nicée (3^5). Sailli Allianasc passr jildi'v; à (iiic nl)jc(linii lnsl(ii'i(|ue ' VeSyiiodis, 41,

I,E DOr.ME DE LA TniNITK 181

(43-45). Le mot coiisub^latUiel adopte à Nicée avait élc rejeté par les Pères réunis à Antiochc contre Paul de Saniosate. 11 en profile pour rappeler l'affaire des deux Denys et tenter encore la justification de Denys d'Alexandrie qui fait l'objel d'un traité spécial où, comme ici, ce qui intéresse le lecleur cest moins l'apologie tentée par Athanase, — elle reste de valeur douteuse, en présence des accusations formelles de saint Basile, ~ que les extraits précieux de l'œuvre si mutilée du grand évèque d'Alexandrie au nr' siècle. 11 montre ensuite comment les deux conciles ne s"op|)<)scnt ])()int pour la doctrine mais supposent des situations diffèi'enles :

(45) Ceux qui ont dépose l'homme do Samosatc ont entendu Vhomoousios au sens corporel, car Paul cherchait à sopliistiqucr et disait : Si le Christ Dieu n'est pas né de l'homme, il est donc consuhslantielau Père; il est nécessaire i)ar suite qu'il y ait trois substances, l'une prineijx^ et les deux autres qui en sont issues. Pour se garder à bon droit d(^ ce sophisme, les Pères ont déclaré que le Christ n'était pas consubstanticl; le ra|)porL du l-'ils au Père n'est point en effet ce que pensait riiommi» de Samosate. De leur ccMé ceux qui ont anathématisé Arius, connaissant bi(Mi la fotu'berie de Paul et réiléchissant que le consubstanti(d n'a pas le même sens pour ce qui est incorporel et surtout pour Dieu, sachant aussi que le Verbe n'est pas créatiu'e mais engendré de la substance et que la substance du Père est principe, racine et source du l-'ils (pii est de lui-même la vraii^ similitude de cc\\\i (pii l'a engiMidré et non d'une autre nalnn*. coinmc^ iu">us, séparé de son

IS'X \.K DdCMB DE f,A TRINITÉ

Pore; (m il subsisLc conuiie sou Fils issu de lui imlivisible^ telle la splendeur pour la lumière; ayant d'ailleurs les exemples de Denys, la source et l'apologie du consubslantiel et plus que cela la parole unissante du Sauveur : « Dieu et le Père nous S07nmes un » (Jo. 10, 30) et « Qui me voit, voit le Père » (Jo. 14, 9) ont ])our CCS motifs déclaré eux aussi le Fils consubslantiel. De même que, je l'ai dit, personne ne reprocherait à l'Apôtre d'avoir écrit sur la loi, différemment aux lîomains et aux Hébreux, ceux d'aujourd'hui ne sauraient non plus faire des reproches à ceux d'autrefois, s'ils considèrent leurs explications, ni ceux d'autrefois ne blâmeraient leurs successeurs, en voyant leur interprétation et la nécessité qui les obligeait à écrire sur le Seigneur. Chaque concile a eu des motifs raisonnables pour parler différemment comme il a fait.

L'homme de Samosatc pensait que le Fils n'était pas antérieur à Marie mais lui devait le commencement de son existence. On se réunit à ce sujet, on le déposa et le déclara hérétique. Sur la divinité du Fils on écrivit avec trop de simplicité cl IDu n'arriva point à l'exactitude absolue pour le consubslantiel. On en parla selon le sens qu'on on avait conyu. Tout Unir souci était de détruire ce (|ue l'Iiommc de Samosate avait imaginé et de montrer que le Fils existait avant toutes choses, que Dieu n'est pas issu des hommes mais qu'étant Dieu, il avail i'(>vèlu la forme d'esclave, et, V(>rbe, s'était fait chair, selon l(^ mol de .sainl Jean, 'l'ont l'ut conclu ainsi contre le blasphème de Paid l,cs ])artisans d'Arius et

r.E DOr.ME DE LA miNITÉ 183

d'EusèbcalTirmaionlbien que le Fils élail avanlle temps, mais ils enseignaient qu'il avait été fait, qu'il était une créature et ils ne croyaient pas que les mots de Dieu signifiaient filiation authentique par rapport au Père ; ils lui appliquaient cette expression clans le même sens qu'aux créatures ; l'unité de similitude du Fils au Père n'était pas affirmée selon la substance, ni selon la nature, comme le Fils est semblable au Père, mais interprétée de l'accord des pensées et de la doctrine. Ils disjoignaient et séparaient complètement l'essence du Fils de celle du Père, imaginant un autre principe de son ôtrc en dehors du Père et le rabaissant au rangdes créatures. C'est pourquoi les évéques réunis à Nicéc, ayant considéré leur perversité et recueilli la doctrine de l'Ecriture, écrivirent pour plus de clarté h^ mot consubslanliel, afin que l'on connût par là la légitimité du Fils et que les créatures n'ont rien de commun avec lui. La précisiondc ce terme convainct leur hypocrisie, s'ils emploient l'expression de Dieu, et détruit tous les artilices qui leur servent à tromper les simples. Alorsqu'ils peuvent tout soi)histi([U(M' et détourner du vrai sens, à leur gré, ils ne redoutent ({uece mot qui réfute leur hérésie. Les Pères loid, écrit comme un rcMnpart contre toute tentative im\no de Iciu- tùté'.

Nouvelle justification du cousubstantieL

Saint Al li;uias(> coiifii'iiu' ces explications par le cas * De Synoilis, -k'S

184 IF. DOr.ME DE LA TRINITE

tout pareil de ragénètos (ii" 40-47), puis |h'uuvi' dircctciiiont la lég'itimitc du <(iiisul)slaii(i('l (48-54), pai- les raisons (irdinaires. Je relève seulcnicnl le passai;-e (n** 49). où il monti'o appliquécsaii Fils. pai-rKcrihire. desoxprcssions affirmt'es du Père.

Le Fils est engendré de la substance, il est donc en substance un lui et le Père qui Ta engendré. (49) C'est pourquoi il est égalé au Père, par les termes unilifs et l'Ecriture emploie à son sujet les expressions dites du Père, à l'exception du titre môme de Père. Le Fils luimcmc a dit : « Tout ce qu'a le Père ei^t à moi » (Jo. 10, 15) ; et à son Père : « Tout ce qui est à moi est à toi, ce qui est à toi est à moi » (Jo. 17, iO) ; par exemple le nom Dieu : « Le Verbe était Dieu « (Jo. 7, l) ; Tout-Puissant : « Ainsi parle celui qui est, qui était, qui vient, le Tout-Puissant » (Apoc. i, 8) ; qu'il est lumière : « Je sttis, dit-il, la lumière » (Jo. i8, 12), le principe de la création : « Tout a été fait par lui » (Jo. i, 3), et « Ce que je vois faire au Père, je le fais aussi «(Jo. 5, 19), — qu'il est éternel : i<.Son éternelle puissance et sa divinité « (I\om. 1, 20), et « Au commencement était le Verbe » (Jo. 1,9), et « // était la lumière véritatile, qui illumine tout homme venant au monde » (Jo. 1, 9), — qu'il est Seigneur : « Le Seigneur fit pleuvoir du soufre et du feu, de la part du Seigneur » (Gex. 19, 2-4). Le Père dit : « Je suis le Seigneur » (Malacii. 3, 0), et : « Voici ce que dit le Seigneur Dieu, le Tout-Puissant » (Hex. 17, 1). Au sujet du Fils : « Un seul Seigneur Jésus-CJiriat, dit saint Paul,;7ar qui tout

LE DOdME UE LA TIUMTK 185

existe » (l Cou. <S, 0). Les Anges servi.-iiL le Père ; ils adorent le Fils : « Que tous les anges de Dieu V adorent » (IlEim. 1, 6). Il est encore appelé Seigneur des Anges car « les Anges le servaient » (INIat. 'i, 11) et « Le Fils de Vhomme enverra ses anges » (Mat. 24, 31). Il est honoré comme le Père : « Poicr qii ils honorent le Fils, comme ils honorent le Père » (Jo. S, 23); il est égal à Dieu « // n\i point estimé rapine d'être égal à Dieu » (PiriL. 2, 6); il est la vérité issue du Vrai, la vie du Vivant, comme ayant pour source le Père; le Fils vivifie et ressuscite les morts comme le Père, ainsi est-ce écrit dans lEvangile. Du Père il est écrit : « Le Seigneur ton Dieu est U7i Seigneur unique » (Deut. G, 4), et « Le Dieu des dieux a parlé et a appelé la terre » (Ps, -49, 1) ; du Fils : « le Seigneur est Dieu et nous a apparu » (Ps. 117, 27) et « Le Dieu des dieux sera vu à S ion » (Ps. 83, 8j. Sur Dieu Isaïe dit encore : « Quel Dieu, comme toi, étant le péché et passant par-dessus l'injustice » (Ps. 43, 25); le Fils disait à qui lui plaisait : « Tes péchés te sont remisy) (.Mat. 0, 5); malgré les murmures des Juifs, il montra en effet cette rémission, disant au paralytique : « Lève-toi, jirends ton grabat et rentre chez toi » (MAac2, 1 1). De Dieu Paul disait « Auroides siècles « (l Tl\i. 1,17); du Fils David chantait : « Soulevez vos portes, chefs, et élevez-vous, portes éternelles et le roi de gloire entrera » (Ps. 23, 7) ; et Daniel enlendil : « Sa royauté est une royauté éternelle » et « Sa royauté ne sera point détruite » (I^an. 3. 100; 7,14). Tout ce qu'on trouve aflirmé du Père se

Irouve aussi ariinné du Fils, à loxception de la paternité, comme il a été dit.

(50) Imaginer un autre principe et un autre Père, par suite de cette égalité d'expressions, serait une pensée folle. Mais si le Fils étant issu du Père, tout ce qui est du Père est dans l'image et l'empreinte du Fils, examinons pacifiquement si une substance étrangère au Père peut recevoir ces caractères et si cet être est de nalure diverse et de substance autre et non pas plutôt consubstanticl au Vin-o . Il faut prendre garde de iu> pas transportera un (Hre dissemblable en substance ce qui est propre au Père et de mettre lempreinte de la divinité du Père dans un être de nalure dissemblable et de substance autre. On introduirait ainsi une substance étrangère suscei)tible de recevoir les propriétés de la substance première et on serait confondu par Dieu qui a dit : « Je ne donnerai point 7na gloire à un antre » (U. Ai, {))... Si cela n'est pas convenable, il est évident que le Fils ne saurait être dissemblable en substance, mais est consubstantiel au Père. Si ce qui est au Père a|)partienl par nature au ImIs, si le Fils lui-même est du Père, si, par celte unité de la divinité et de la nalure, lui et le Père sont un et celui (pii voit le Fils voit \o Père, c'est à bon dioil (pi'ii a été déclaré parles Pères consubstantiel; un être de substance aulre ne saurait avoir ces jjropriélés'.

Saint Mli.unise ((mliiine ensuile son n|)nl(ig-i(' du nmt * DeSyiiodis. 49-50.

hoiiiooLisios (1)1-52). eu iiiuiili'anl qu'il ne suppose ni une essence supérieure distincte du Père et du Fils, ni deux principes, mais exprime seulemenl la relation étroite qui unit le l'ère et le Fils dans la même divinité.

(o3) 11 faut examiner en lui-même le mol C07isubstan-

liel, pour savoir s'il faut l'employer, si c'est le mot

propre et s'il convient au Fils. Vous savez, vous aussi,

et nul ne peut le mettre en doute, que le semblable est

dit non des substances mais. des dispositions et des

qualités. Pour les substances, il n'y a pas similitude

mais identité. L'iiomme est donc dit semblable à

l'homme, non pas selon la substance, mais selon son

altitude et son caractère, car par substance les hommes

sont de même nature. De même l'homme n'est pas

dissemblable du chien, mais d'autre nature; ce qui est

de môme nature est consubstantiel, ce qui est de

nature différente est de substance autre. Au.ssi qui dil

semblable en substance dit semblable par partieij)a-

tion. Car le semblable est une qualité surajoutée à la

substance. Or ceci est proj)re aux créatures qui sont

semblables à Dieu par participation : « Quand il se xera

manifesté, nous serons semblables à lui » (1 Jo. 3, "2),

semblables non en substance évidemment, mais par la

liliation que nous j)articipons par lui. Si vous dites que

le Fils aussi est Fils par participation, ai)pelez-le/ic»>/it'-

ow.s/o.s; mais alors il n'est plus ni vérité, ni lumièr(\ ni

Dieu par nature. Ce qui participe est dit semblable non

en vérité, mais par simililiule de lavérilé, de sorteque

la participation peut se perdre et être enlevée aux par-

licipants. C'osllà encore chose propre aux créatures et aux œuvres. Si cela répugne, il no saurait èlre Fils par participation, mais par nature et en vérité Fils, lumière, Saj^esse, Dieu. L'étant par nalure et non par participation, il ne serait pas appelé avec justesse liomoousios, il est consubslanliel. Une expression qui ne convient même pas aux autres êtres, — on a montré que semblable ne se dit j)as des substances, — comment ne serait-elle pas déplacée et même injurieuse au sujet du Fils el ne faut-il pas lui préférer leconsubstantiel'.' (î>'«j Aussi le Concile de Nicée a-t-il eu raison décrire comme il convenait que \o TmIs. né de la su!)slance du l^ère, lui est consubstantiel '.

Théologie du Saint-Esprit.

l*cndant longtemps, dans la conlrovorso Irinilaire, on no s'était occupé directement que des rap|)orts ontro lo Kils cl l(> l'ér(\ Des deux parts on s'accordait tacitement à admettre en principe (pie ce (pu était ariirmé <.\n l'ils, sauf ce (|iii concernait le rapport strict do filiation, était aussi à aflirniei' du Saint-l-lsprit. Si donc avec les ariens, on proclamait le Fils créature, à plus lorlo raison fallaiiil proclamer aussi le Saiid-Ksprit créature : si avec les orthodoxes on reconnaissait la divinité du l'ils. il lallail aussi admettre celle de l'Iîsprit-Saint, uni à lui (l;nis in doxoloî^ie du haptèmo et constituant avec le Kils et \r l'èi'c lindivisihle Trinité. \ei's la fin du i-èi;iu> de Constance, un c(M'lain nond)re de llié(dogi(Mis délacliés plus ou moins nettement de liirianismo, à la suite de l'.asile d'Aii-

' iJc Syiwtlis. 'ô'.i-'jk.

LE DOGME DE LA Tl'.IMTE 189

I yre, et reconnaissant clans une mesure diiïiciie à déterminer pratiquement la eonsubstantialité du Fils, firent passer au premier ranjj;- de leurs préoccupations la question de la divinité du Saint-Espi'it ou plutôt nièrent très résolument cette divinité. Comme il arrive souvent quand -e produit la négation dune vérité tenue sans conteste mais peu étudiée, cette négation jeta même parmi les orthodoxes un cei'tain désarroi dont l'effet se constate encore quelques années plus tard, dans la polémi([ue de saint Basile et des Cappadociens. Saint Athanase compléta ses travaux sur la doctrine trinitairc par trois lett)-es {i, 2 et 3, 4 ad Serapionern) à l'évéque Sérai)ion, où il établissait la théologie du Saint-Esprit par les principes mêmes qui lui avaient servi à exposer celle du Verbe. Il désigne ses adversaires sous le nom de tropiques; ils sont i)lus connus sous celui de macédoniens, du nom de -Macédonius. un de leui's principaux chefs.

(1) Tu m'as écrit, plein de douleur, que certains qui avaient quitté les ariens, à cause du blasphème contre le Fils de Dieu, ont une doctrine opposée au Saintl',s|)rit <'t disent non seulement qu'il est une créature mais un des esprits serviteurs, et ne diffère des anges que d'un degré.

("2) On ne peut que s'étonner de leur inconsidération. Ne voulant pas que le Fils soit une créature et ayant raison en cela, comment ont-ils pu même supporter d'entendre dire que l'Esprit du Fils est créature? Si à cause de l'unité entre le Verbe et le Père ils ne veulent pas que le Fils soit du nombre des créatures, mais, ce qui est vrai, créateur, pourquoi appellent-ils créature l'Espril-Saint t(ui a avec le Fils la même unité c{ue le

Filsavec le Père; pourquoi méconnaissent-ils que, s'ils sauvent l'unilc divine en ne divisant point le Fils du Père, en séparant l'F^sprildu Verbe, ils ne sauvegardent plus Tunique divinité dans la Trinité, qu'ils la déchirent et y mêlent une nature étrangère et d'autre espèce et la mettent au rang des créatures? Ce n'est point là montrer que la Trinité est une seule chose, mais qu'elle est composée de deux et de difïérenles natures, à cause de la diversité de substance de l'Esprit qu'ils ont imaginée. Quelle est donc cette théologie composée du démiurge et de la créature ? 11 n'y a pas Trinité mais dyade et création ou, s'il y a Trinité, comme cela est en réalité, comment met-on au rang des créatures qui viennent après la Trinité, l'Esprit de la Trinité? Aussi errant sur l'Esprit-Saint, ils n'ont pas des idées justes sur le Fils. S'ils étaient ortliodoxcs sur le ^'erbe, ils auraient de saines idées sur l'Esprit, qui sort du Père, et qui appartenant au Fils est donné par lui à ses disciples et à tous ceux qui croient en lui. Ainsi égarés, ils n'ont même pas sur le Père une foi saine. Les adversaires de l'Esprit, comme a dit le grand martyr Etienne, nient aussi le Fils. Niant le Fils, ils n'ont pas non plus le Père',

L'occasion de leur erreur est le verset d'Amos (4,13) : Me voici affcnnii>!>anl le tonnerre et créant l'Esprit et annonçant aux hommes son Christ. Allianase leur reproche à juste lilr(; leur inconséquence. Pourquoi ne pas interpréter Amos

i./j. I ad Scra/iionciii, 1-2, cf. Tp.lV ad Scrap., 1-2.

LE DOGME DE L\ Tlil.XITÉ 191

(•iii'i'cctcmciiL cuiiiiiie ils ont interprété Prov. 8, 22, où se retrouve la même expressicjn en parlant du Verbe, Sagesse de Dieu (3) ?

(4) Dites-nous donc si quelque part dAns la Sainte Pxriture on trouve TEsprit-Saint appelé simplement Esprit, sans addition comme de Dieu, dit Père, de moi, du Christ, du Fils ou venant de moi, c'est-à-dire de Dieu, ou avec l'article, oul'Esprit-Saint, leParacIet, ou l'Esprit de vérité, c'est-à-dire du Fils qui a dit : Je suis la vérité, — pour que, entendant simplement le mot Esprit, vous soupçonniez qu'il s'agit de l'Esprit-Saint? Font exception à la règle ceux qui ayant déjà employé le mot, le nomment de nouveau et tous ceux qui déjà instruits sur le Saint-Esprit, comme par résumé et en souvenir, disent simplement l'Esprit, sans ignorer dequi ilsparlent, surtout parce que, dans ce cas encore, on emploie l'article. Enlin sans l'article ou quelqu'une des additions déjà mentionnées, l'Esprit-Saint n'est point indiqué'.

Ue nombreux textes viennent confirmer cette distinction, soit dans l'Ancien, soit dans le Nouveau Testament (4-8).

Saint Atlianase démontre ensuite (9) (|uc dans le passage cité d'Osée, puisqu'il est fait mention du Christ et de l'Incarnation, il ne s'agit pas de l'Esprit-Saint, mais de l'espi'it de l'huninie ([ue le Christ vient renouvi-Ier.

(10) Mais les lru[)i([ues se rabattent sur un second texte ctù saint Paul atteste Dieu, le Christ et ses anges élus

' l-'p. 1 ad ^erapioitem, \.

\'Ji LE DOl.MK DK. r.A TRINITÉ

(1 Tini. ;>, 21). Puisque, tliscnl-ils. après avoir nommé Dieu cl le Christ, il nomme les Anges, c'est donc que l'Esprit est au nomi)re des Anges, de leur ordre et seulement plus grand ([u'eux. — Mais, reprend saint Athanase, c'est là renouveler Terreur de Valentin et introduire les Anges dans la Trinité. D'ailleurs (14) nulle [)art dans l'Ecriture pareille assimilation nest faite. Il démontre ensuite longuement que le Saint-Esprit n'est point un Ange (11-14).

(14) Ce ncst point là, ajoute-t-il, la foi apostolique et aucun chrétien ne saurait l'admettre. La sainte et bienheureuse Trinité est indivisible et unie en ellemême; quand on parle du Père, le Verbe est présent et l'Esprit qui est dans le Fils. Si l'on nomme le Fils, le Père est dans le Fils et l'Esprit n'est pas hors du Verbe. 11 n'y a qu'une seule grâce venant du Père par le Fils, complète dans le Saint-Esj)rit ; une seule divinité, un seul Dieu au-dessus de loict, par tout et en (out^...

(ii)) objection : Si lEsprit-Saint n'est pas une créature, ni l'un des Anges, mais sort du Père, il est donc Fils lui aussi et 1 on a deux frères, Lui et le Verbe? Mais s'il est frère, comment le >'erbe est-il unique et comment ne sont-ils pas égaux, alors que l'un est nommé aprèsle Père et l'autre après le Fils? Comment, s'il est du Père, ne dit-on pas de lui aussi qu'il est engendré ou (juil est Fils, mais l'appelle-t-on simplement Esprit- Saint? Et s'il est l'Esprit du Fils, c'est donc que le Père est a'ieul de l'Esprit ! Voilà les plaisanteries de ces gens éhoutés qui subtilisent cl veulent scruter les profondeurs

' Ep. 1 ad Serapiouem, 14.

de Dieu, que nul ne connaît, sinon l'Esprit de Dieu qu'ils blasphèment...!

(16) Ils ne peuvent être frères puisque dans la divinité seulement existe la vraie paternité et la vraie filiation : Le Père n'est que Père et le Fils seulement Fils et ils ne cesseront point de l'ôtre. Nulle part dans l'Ecriture l'Esprit n'est appelé Fils pour qu'on ne l'imagine pas son frère, et le Père aïeul ; le Fils est Fils du Père et l'Esprit Esprit du Père. Telle est l'unique divinité de la Sainte Trinité, telle est la foi.

(17) Aussi pour cela môme est-ce une folie de l'appeler créature. S'il était créature, il n'aurait point rangdans la Trinité. Tout entière elle est Dieu. II suffit de savoir que l'Esprit n'est pas créature et n'est point au nombre des œuvres, car rien d'étranger ne se mêle à la Trinité ; elle est indivisi])le et semblable à elle-même. Cela suffit aux fidèles ; c'est à cela que s'étend là connaissance humaine ; jusque-là seulement que les chérubins se voilent la face de leurs ailes. Qui cherche au delà et veut scruter, méconnaît l'avertissement : « Ne sois pas trop sage, si tu ne veux point être stupide » (EccLÉ. 7, 17). Ce qui nous est transmis par la foi, ce n'est pas dans l'humaine sagesse mais dans l'entendement de la foi qu'il convient de l'examiner. (}nc\ discours pourra dignement interpréter ce qui est au-dessus (1(> la nature créée ?... Si les ariens, parce quo dans leur Ame artificieuse ne peut entrer la sagesse, ne peuvent comprendre ni croire ce qui concerne l'imlivisible et sainte Trinité, qu'ils n'en altèrent point pour cela la

194 l-E DOC.ME DE LA TRINITÉ

vcrité ni ne déclarent pouvoir exister ce qu'ils ne peuvent comprendre. C'estune situation toutà faitabsurde. Ne pouvant comprendre comment la Sainte Trinité est indivisible, les ariens font du Fils une même chose avec les créatures ; les tropiques agissent de même pour l'Esprit. ^lais, puisqu'ils ne comprenaient pas, il leur fallait ou se taire et ne pas ranger ainsi le Fils ou l'Esprit avec les créatures, ou comprendre l'Ecriture et unir le Fils au Père, ne pas diviser l'Esprit du Fils. Ainsi l'indivisibilité et l'identité de nature dans la Sainte Trinité reste intacte.

(18) Il y a tant de choses dont on ignore l'essence dans la nature; est-ce qu'on en nie l'existence? Qu'ils agissent de même pour la Trinité. II faut croire que Dieu est; savoir comment il est n'est pas requis. Qu'ils nous disent comment est le Père, alin d'apprendre comment est le Verbe. Mais c'est absurde, diront-ils, de poser cette question au sujet du Père. Il ne l'est pas moins de le faire pour le Fils.

(19) Puisque pareille entreprise est superflue et pleine de folie, que l'on ne pose point de pareilles questions, que l'on se contente d'apprendre ce qu'il y a dans les Ecritures. Les exemples qui s'y trouvent sont suffisants et convenables. Le Père est appelé source et lumière ; le Fils rapporté à la source est le fleuve, à la lumière la splendeur; j)ar suite on j)eut voir dans le Fils, 1 Esj)rit en qui nous sommes illuminés : « Puu?' qu'il nous donne l Ef>pril de sagesse et de révélalion, dans sa connaissance » (Eimiks. 1,17); quand l'Esprit

nous illumine, c'est le Christ qui en lui nous illumine : <( H était la lumière véritable, illuminant tout homme qui vient au monde » (Jo. 9). De même le Père étant la source et le Fils le fleuve, on dit que nous buvons l'Esprit car il est écrit : « Tous, nous avons bu d'un seul Esprit, » (1 Cor. 1:2,13) ; or, désaltérés par l'Esprit, c'est le Christ que nous buvons : « Ils buvaient de la pierre spirituelle qui les suivait; cette pierre était le Christ » (ICoR. 10,4). De môme encore, le Christ étant le Fils véritable et nous recevant l'Esprit, nous devenons fils : « Vous n'avez point reçu V Esprit de servitude pour la crainte,vous avez reçu l Esprit de filiation » (Rom. 8,15). Rendus fils par l'Esprit, c'est dans le Christ que nous recevons le nom d'Enfants de Dieu : « Tous ceux qui Vont reçu, il leur a donné puissance de devenir Fils de Dieu » (Jo. 1,12). Le Père étant seul Sage, comme l'a dit saint Paul, le Fils est sa sagesse. « Le Christ puissance de Dieu et sagesse de Dieu » (1 Cor. 1,24). Le Fils étant Sagesse, quand nous recevons l'Esprit de Sagesse, nous possédons le Fils et en lui devenons Sagesse... L'Esprit nous étantdonné, i<. Recevez le Saint-Esprit» a dit le Sauveur (Jo,20. 22), Dieu est en nous. « Si nous nous aimons lesuns les autres. Dieu reste en nous. Nous reconnaissons que nous restons en lui et lui en nous à ce que il nous a donné de sonEsprit»{l Jo. 4,12,13). Si Dieu est en nous, le Fils est aussi en nous, puisqu'il dit lui-même : « Xous viendrons moi et le Père et ferons notre demeure en lui » (Jo. 14,23). Le Fils est vie : a Je suis, dit-il, la Vie » (Jo. 14, G) ; nous sommes vivifié^

dans l'Esprit : « Celui qui a l'essuscité le Christ Jésus (Ventre les morts vivifiera aussi nos coj'ps mortels par son Esprit qui habite en nous » (Rom. 8/H). Or, quand nous sommes vivifiés dans l'Esprit, le Ci\rist lui-même vit en nous : « Je suis crucifié au Christ; je ne vis plus, mais le Christvit en moi» (Galat. 2, 19,:20). Enfin comme le Fils déclarait que ses œuvres, le Père les accomplissait aussi : « Le Père qui reste en moi, fait lui-ynéme mes œuvres. Cro7jez-moi,je suis dans le Père et le Père est en moi. Sinon, croyez à cause des œuvres même. » (Jo. 14, 10,12), de même, les œuvres que Paul accomplissait dans la puissance de l'Esprit, il les attribuait au Christ : « Je n' oserai point dire quelque chose de ce que le Christ a accompli par moi pour la soumission des Gentils, en parole et en œuvre, dans la puissajice des signes et des prodiges, dans la puissance de l'Esprit-Saint » (Rom. 15, 18, 19).

(20j Puisque telle est l'union et l'unité qui existe dans la Sair^e Trinité, qui séparerait le Fils du Père, ou rEs])ril du Fils ou du Père ? Qui ain-ait assez d'audace pour déclarer que la Trinité est en elle-même dissemblable et de nature diverse, que le l'iis est d'une autre substance que le Père, ou l'Esprit étranger au Fils ? Si on demande encore comment cela est-il ? comment, 1 Esprit-Saint étant en nous, peut-on dire que le l'ils est en nous et, quand le Fils est en nous, le Père y est-il aussi ? ou enfin comment, puisqu'il y a Trinité, est-elle tout entière indiquée dans un seul, ou encore, quand un seul est en nous, comment la

Trinité y csl-elle? Que Ion sépare d'abord l'éclat de la lumière ou la sagesse du sage et l'on pourra dire comment cela est. Si c'est impossible, à plus forte raison est-ce folie d'oser faire de pareilles recherches sur Dieu : la divinité n'est point transmise dans la démonstration raisonneuse, comme il a été dit, mais dans la foi de l'intelligence pieuse et circonspecte. Si ce (jui concerne la croix salutaire n'est point prêché par saint Paul dans la sagesse des discours mais dans la démonstration de l'esprit et de la puissance, s'il a entendu au ciel des paroles qu'il n'est point permis à l'homme de prononcer, que pourra-t-on dire sur la Sainte Trinité ? On peut toutefois porter quelque remède à cette pénurie, d'abord par la foi, puis par les considérations déjà indi(juées, surtout celles de l'image, de la splendi'ur, de la source, du llcuve, de la subsislance, de l'empreinte. Le Fils est dans l'Esprit comme dans sa propre image; le Père est de même dans le Fils. L Ecriture, pour nous consoler de ce qu'il nous est impossibled'expliquer par le langage et de comprendre ces vérités, nous a donné ces exemples; nous pouvons ainsi, à cause de lincroyancc des gens osés, parler plus simplement et sans danger, nous représenter sans faute et croire qu'il n'y a ({u'une sanctilication, celle (jui, venant du Père, s'effectue par le Fils dans l'Esprit. De même que le Fils est unique, l'Esprit doimé et envoyé par le Fils est aussi unique et non multiple, ni unicpie par union de multiples, mais bien lui seul Esprit. Le l'ils el le Verbe vivant éUwit uni(iue,

unique, parfaite el accomplie doit être son activité sanctificatrice et illuminalricc et sa donation qui est déclarée venir du Père, parce quelle brille venant du Verbe qui est reconnu être du Père, quelle est envoyée et donnée par lui. Le Père envoie le Fils : « Dieu a aimé le monde au point de luienDoyerson Fils unique » (.lu. 3,10) ; le Fils envoie 1 Ksprit : « Si je m'en vais, je vous enverrai le Paraclet » (Jo. 16,7); le Fils glorifie le Père : « Père, je t'ai glorifié » (Ju. 17,4) et l'Esprit «glorifie le Fils : « Il me glorifiera » (Jo. 10,14) ; le Fils déclare : « Ce que j'ai entendu du Père^ je le dis au monde » (Jo. 8,20) ; lEspril reçoit du Fils : « Il recevra de moi et vous instruira » (Jo. 10,14). Le Fils est venu au nom du Père : « le Saint-Esprit, dit le Fils, que vous enverra le Père en mon nom » (Jo. 14,20).

(21j Tels étant la nature et le rang de l'Esprit par rapport au Fils, pareils à ceux du Fils par rapport au Père, comment celui qui l'appelle créature, n'aural-il point forcément la même idée du Fils ? Si l'Esprit du Fils est créature, il est logique de conclure (pie le Verbe du Père est aussi créature. C'est avec de j)areilles imaginations que les ariens sont tombés dans le judaïsme de Caïphe. Si ceux cpii parlent ainsi sur l'Esprit ne veulent point de l'arianisme, qu ils évitent ses expressions et ne soient pas impies envers l'Esprit. Comme le Fils qui est dans le Père et en cpii est le Père n'est point créature, mais appartient en propre à la substance du Père, ce que vous affirmez aussi, de même on ne peut mettre au rang des créatures l'Es-

LE DOGME DE LA TniMTÉ 109

prit qui est dans le Fils et en qui est le Fils, ni le séparer du ^'crbe, ni faire une Trinité imparfaite ^

Tous les développements précédents avaient direclcmcnt pour olijet la réfutation de l'objeflion tirée d'Amos et de saint Paul. Athanase dans une seconde partie entreprend d'exposer ce que l'Ecriture enseigne sur lEsprit- Saint et de montrer comment il n'est pas une créature, mais appartient à la Trinité divine. La démonstration est parallèle à celle qu'il a employée pour le Fils.

(â:2) Les créatures viennent du néant et ont commencé dèlrc. L'Esprit-Saint est de Dieu. Quelle parenté y a-t-il donc entre l'Esprit-Saint et les créatures ? Les créatures n'existaient pas. Dieu est l'Klre et de lui est l'Esprit. Ce qui est de Dieu ne saurait être du néant, ni créature, sinon l'être dont il est serait aussi créature. De plus lEsprit-Saint est et a pour nom Esprit de sanctification et de rénovation.,., les créatures sont les êtres sanctifiés et renouvelés. (23) Ce qui n'est point sanctifie par un autre et n'a pas la sainteté en participation, mais est lui-même participé, en ([iii toutes les créatures sont sanctifiées, pourrait-il être au nombre de ces dernières et appartenir en [)ropre aux êtres cpii en participent? 11 faudrait dire qu'il en est de même du Fils. L'Esprit est encore vivificateur, les créatures sont vivifiées par lui; ce qui ne partici|)e pas à la vie, mais est participé et vivifié, quelle parenté a-t-il avec les êtres crées? Et comment serait-il au nombre des créatures,

' Ep. I ad Serajiionein. La-:2I. Cf. Ep. IV ad Serap., 3.

200 \.E DOOMfi DE LA TlUXITÉ

lui on qui le Verbe les vivitie?Le Saint Esprit est appela chrènie, il est sceau; par lui sont ointes et scellées les créatures el instruites de tout... Le sceau ne saurait être parmi les choses scellées, ni le chrême une des choses ointes, mais il est en propre au Verbe qui oint et qui scelle. Le chrême possède la bonne odeur et lu parfum de celui qui oint et ceux qui en participent par l'onction disent : « Nous sommes la bonne odeur du Christ )) (II Cor. "2,lo) ; le sceau retient la forme du Christ qui scelle ; ceux qui en reçoivent l'empreinte lui sont conformes, selon le mot de 1" Apôtre : « Mes enfants, que j'enfante de nouveau jusqu'à ce que le Christ soit figuré en vous » (Gal. 4,19). Ainsi marqués à juste titre, nous entrons en participation de la nature divine, comme a dit saint Pierre (Il Pet. 1,4; et ainsi toute la création participe au Verbe dans l'Esprit.

(24j L'Esprit nous fait participer tous de Dieu... Mais si c'était une créature, nous ne pourrions en lui avoir ])articipalion de Dieu ; nous serions unis à une créature et étrangers à la nature divine, n'ayant rien de commun avec elle. Or, quand on nous déclare participer du Christ et de Dieu, le chrême et le sceau apparaissent comme n'étant pas de la nature des choses créées mais de celle du Verbe, par 1 Esprit qui est en lui, nous unissant au Père. Si cette participation de l'Esprit nous communique la nature divine, il y aurait lolie à «lire que l'Esprit est de nature créée et non de nature divine. C'est pourquoi ceux en qui il est, sont divinisés; s'il divinise, il n'est pas douteux que sa nature est la

nature de Dieu... Si le Père, par son Verbe, crée et renouvelle tout dans l'Esprit, quelle ressemblance et parenté entre le créateur et les créatures^?

La conscquencc serait ([110 le Verbe par (pii tout est créé serait lui aussi créature puisque l'Esprit est l'image du Fils.

Saint Atlianasc continue sa démonstration en montrant quil ne saurait être créature puisqu'il appartient en propre au Fils et rapporte la créature à Uicu par la fiUation et la divinisation {n° 25), puisqu'il est immuaide et immense et par suite bien supérieur aux anges (n° 26), puisqu'il est participé et ne participe point, cpi'il (>st unicpu^ (a'^27). « Si don(- l'Esprit-Saint est un, les créatures multiples ainsi que les anges, (piclle ressemblance mire l'Esprit et les créatures .' 11 est un ou plutôt appartieut en propre au Verbe qui est un, propre et consubslantiel à Dieu qui est un -. »

Saint Atluuiase confirme cet enseignement de l'Ecriture pai" ('(dui delà tradition et la foi de l'Eglise.

(!28j Pour elle, il existe une Trinité sainte cl parfaite, reconnue divine dans le Père, le Fils et le Saint Kspril, n ayant rien d'étranger ou de môle du debors ni composée de créateur et de créature, mais tout entiîu'e pour créer, semblable à elle-même et indivisible par nature, cl d'une activité unique. Le Père lait tout par son Fils dans l'Esprit-Sainl, et ainsi est sauvegardée l'unité lie la Sainte Trinité. Par là un seul Dieu est précbé dans l'Église « qui est au-dessus de tous, par

Kp. 1 ad Serapionem, 22-24. Cf. Ei).lll ad Sorap. ; Ei». IV. 1-7. Ep, I ad Serapionem, "11.

tous, et en tous » (Ephes. 4,6) : au-dessus comme Pore, principe ctsourcc ; par tous par le Verbe; en tous dans TEsprit-Sainl; Trinité pas de nom seulement ni d'apparence, mais Trinité en vérité et en réalité. De même que le Père est lÈtre, son Verl)e est aussi l'Être et le Dieu au-dessus de tout. L'Esprit-Saint n'est point sans réalité, il a son existence et sa subsistance véritable. L'Eglise catiioliquen'encompte pas moins pour nepoint tomber au rang de nos Juifs modernes selon Gaïphe ou Sabcllius, pas plus pour ne point se dégrader dans le polythéisme des Grecs. Et que ce soit bien là la foi de l'Eglise, on l'apprend du Seigneur qui envoyant ses apcjtres leur ordonna de placer cela comme fondement del'Eglise : Allez, enseignez tous les peuples, les baptisant au nom du Père et du Fils et de l' Esprit-Saint (Mat, -28, IDj. Les Apôtres allèrent et donnèrent cet enseignement et c'est la prédication de toute Église sous le ciel.

(:29)Pasdcmilieu:oudyadeelalorsrEsprit-Saintétant créature, le baptême est donné en partie au nom de la créature .et la Trinité est en partie créée, sans que l'on voie pourquoi on s'arrête au Saint-Esprit; (30) ou Trinité mais alors elle est indivisible et non dissemblable; lorcémentuni<iueestsa sainteté, sonéternité etla nature de son immutabilité. De mémo que la foi qui nous a été transmise en elle est une, c'est elle qui nous unit à Dieu. Qui soustrait (|U(dque chose à la Trinité, qui est baptisé au seul nom de Père, ou du seul Eils, ou en dehors de l'Esprit-Saint, dans le Père et le Eils, nere^oit

rien mais reste vide et imparlait, lui et c(;l(ii qui croit donner quelque chose, car c'est dans la Trinité qu'est la perfection. Ainsi celui qui divise le Fils du Père ou abaisse l'Esprit au rang des créatures, n"a ni le Fils ni le Père mais est athée, pire qu'un intidèle, et tout plutôt que chrétien. A bon droit. Gomme il n'y a qu'un baptême donné dans le Père, le Fils et le Saint Esprit et une seule foi en eux, selon ce qu'a dit l'Apôtre, de même pour la Sainte Trinité qui existe en ellemême, et, unie en elle-même, n'a rien en elle des créatures ; c'est là l'unité indivisible de la Trinité et runicjue foi en elle. Mais si selon votre invention à vous, tropiques, il n'en est pas ainsi, mais, comme vous lave/ rêvé, si le Saint-Esprit est créature, il n'y a plus une seule foi, ni un seul baptême mais deux pour vous : l'un au Père et au Fils, l'autre à l'ange qui est créature, et plus rien n'est ni sûr ni vrai pour vous. Aussi saint Paul enseigne-t-il cette unité au sujet des dons de l'Esprit et récapitule-t-il tout en un seul Dieu le Père (l Cor. 12, 4-0). Ce que l'Esprit distribue à chacun est fourni du Père par le Fils. Car tout ce qui est du Père est(ki Fils, et ce cpii nous est doiiiK'' du Fils parlEsprit est don du Père. L'Esprit étant en nous, le \'crbe ([ui nous le donne y est aussi, et dans le Verbe il y a le Père et c'est là ce (pie dit le Christ : Nous viendrons moi et le Père et notis ferons noire demeure en lui (Jo. 14,23). ('ar où est la lumière, là est l'éclal, cl où est l'éclat là est son activité et sa grâce brillante (cf. 2 Cvn. 13, 13)... Participant de l'Espril nous avons I anioui* do

Père, la grâce du Fils et la communion de l'Esprit^ ... (3l)Ainsi csldémonLrée Tunique activité de la Trinité. L'Apôtre n'indique pas les dons comme nous venant de chacun dilTérent et séparé, ils sont donnés dans la Trinité et tout vient d'un seul Dieu. Ce qui n'est pas créature mais uni au Fils, comme le Fils est uni au Père, ce qui est gloritié avec le Père et le Fils, reconnu Dieu avec le Verbe, opérant ce que fait le Père par le Fils, comment n'y aurait-il pas impiété envers le Fils à le déclarer créature ? Il n'y a rien qui ne se fasse et ne s'accomplisse par le Verbe dans l'Esprit-.

Interrogé par Scrapion sur i'iiiterprclatioii du Irxlc de saint Mathieu (12, 24-32) concernant le péclic coulre \v. Saint-Esprit, Athaaasc réfute d'a])ord lopiiiion d'Origènc et (le Tliéognoste, (pii concluent (pi'il s;igit du péché niorlcl commis après le l)aplcme. Leur opinion ne lient pas assez compte de l'unité divine dans la Trinité, D'ailleurs Notrc-Scigncur s'adresse aux Pharisiens qui ne sont pas ])aptisés,ct parle spécirupicment du ])lasplième. Ce serait aussi Novat fini aurait raison cl non ri''glise calholiipie; le texte de l'Epili-e aux llchreux iiidiiiue simpiemeal cpiii ne peut y avoir un second baptême. Athanase cherche un principe de solution dans l'économie générale du christianisme, la double nature de rilomnie Dieu; nier l'humanité ou la divinité est un péché ([ui peut obtenir son pardon, mais attribuer au dial)le les œuvres de Dieu, connue le faisaient les Pharisiens, c'est là le péché irrémissible ^.

' Ep. ] ad Serapionem, 28-29.

' Ep. I ad tSerapionein, ol.

^ Ep. I (td Sei'cipi(jnein, 8-;23.

r,E DOGME DE L.V TRINITÉ 20n

Le Concile d'Alexandrie et la question des hypostases.

J'ai rappelé plus haut I œuvre du concile d'Alexandrie où saint Athanase et quelques confesseurs groupés autour (le lui confirmèrent le concile de Nicée et déclarèrent qu'il fallait écarter toute autre formule que celle des trois cents. Ce n'est pas ici le lieu de rappeler ([uelles difficultés prati(pics furent résolues et (juels efforts faits en vue de la pacificalion. La seule condition posée pour être reconnu orthodoxe était la condamnation de l'hérésie ai'iciinc, l'acceptation du symbole de Nicée et la [)rofessioii de foi en la divinité du Saint-Rsprit :

11 faut analhcmatiscr aussi ceux qui disent que le Saint-Esprit est une créature et est séparé do la substance du Christ. On n'abandonne réellement la détestable hérésie d'Arius que si l'on ne divise pas la Trinité et n'y reconnaît point quelque chose de créé. Ceux qui professent en paroles recevoir la foi de Nicée et osent blasphémer contre le Saint-Esprit, nient l'arianismc de bouciie, mais le conservent dépensée. Que l'on anathématise par-dessus tout l'hérésie de Sabellius, de Paul de Samosate, de Valenlin, de Basilide et(k' Manieiiée. Alors tout soup(;on s'évanouira, seule la foi ealholi(pie se manifestera dans toute sa pureté ^

Cependant une question de vocabulaire grosse d(> (oui le dogme de la Tiinilé divisait déjà lesorthodoxes. Tandis cpie les Latins désignaient par fiubstiDicc la nature commune

' Tomiis ad Antiochenos, 3.

206 IK niX'.ME DE t,A TRINITE

aux liuis personnes divines, empruntant poirr caraclcriser leur individualité subsistante le terme juridique pcrsona, la plupart des (irecs pour mieux réprouver l'erreur de Sahellius qui n'admettait en réalité qu'une seule personne, avaient adopté le mot J-ôj-raT'.; comme équivalent de persoiia. Mais si oùjîa répondait fort bien à l'idée de substantia, étymologiquement jTtôJTaT;; s'identifiait partie pour partie avec cedernier terme. Le concile de Nicée luimême avait regardé ojjîa et 'jr^ôa-xi'.:; comme synonymes, il y avait là matière à confusion et à disputes. Elles eurent leur écho au concile d'Alexandrie. Le tomus ad Antiochenos nous fait connaître en ces termes le différend et la solution tressage (jui lui fut donnée :

Quelqucs-un.s étaient accusés d'cmployerrcxpression ti'Ois hypostases, suspecte parce que non scripluraire. Nous avons décidé qu'il ne fallait demander que la profession de foi de Nicée. Toutefois, à cause delà contention qui s'était produite, nous avons demandé si l'on entendait par lu, avec les ariens, des hypostases complètement différentes, étrangères cl de substance diverse, chacune étant séparée en elle-même, comme le sont les autres créatures et les enfants qu'engendrent les hommes ; s'il s'agissait de substances différentes comme l'or, l'argent, le cuivre; ou si avec d'aulres hérétiques on entendait parler de trois principes ou de trois dieux quand on parlait de trois hypostases. Ils affirmèrent énergiciuement qu'ils n'avaient jamais dit ni ])ensé rien de send)labie. Nous les avons alors questionnés : Pourcpioi donc parlez-vous ainsi et cmj)Ioyezvous (h' pareilb^s (expressions ':' Ils onl répondu : Parce

LE DOGME DE LA TlilNMTÉ 207

que nous croyons à la Sainte Trinité, Trinité pas de nom seulement mais réelle et subsistante ; le Père véritablement existant et subsistant, le Fils substantiel et subsistant, l'Esprit-Saint subsistant et réellement existant; nous ne parlons ni de trois dieux ni de trois principes et ne supportons point ceux qui parlent ou pensent ainsi. Nous reconnaissons la Sainte Trinité, l'unique divinité, l'unique principe, le Fils consubstantiel au Père, comme l'ont dit les Pères, l'Esprit-Saint pas créature, pas étranger, mais propre et indivisible de la substance du Fils et du Père.

(G) Nous avons accepté cette interprétation et cette apologie. Puis nous avons examiné ceux auxquels ils reprochaient de dire une seule hypostase, pour voir si c'était dans le sens de Sabellius, pour supprimer le Fils et l'Esprit-Saint ou nier que le Fils fût substantiel et le Saint-Esprit réellement subsistant. Eux aussi affirmèrent énergiquemcnt qu'ils n'avaient jamais dit ni pensé rien de semblable : Nous parlons d'Iiypostase parce que nous identifions lliypostase et la substance; nous disons une hypostase parce que le Fils est de la substance du Père et à cause de l'identité de nature. Nous croyons à l'unique divinité et à son uni(jue nature et n'admettons pas une substance diiïérente pour le Père, à qui est étrangère celle du Fils et celle de l'Esprit-Saint.

Ceux qu'on avait accusé de parler de trois hypostases acquiescèrent à ces explications ; de même ceux qui n'admettaient qu'une substance acceptèrent les décla-

râlions des autres elles deux parties analliématisèrenl égalemcnl Arius le christomaquc, Sahellius, Paul de Samosale, Valentin, Basilide elManichée. Tous par la grâce de Dieu, après ces explications, s'accordent à regarder comme meilleure et plus précise que ces expressions, la foi admise par les Pères à Nicée, ù y recourir de préférence et à s'en contenter*.

Ce lumineux exposé indique quelle était alors la doctrine professée unanimement par les orthodoxes, malgré la différence de vocabulaire. 11 ruine du même coup certains systèmes imaginés récemment, sans tenir un compte suffisant des faits et (jui ont grossi à plaisir lOpposiiion entre ceux qu'on a appelés les Nicéens, fidèles avec Athanase à la terminologie de Nicée et les iVeouiccens qui, à la suite de Basile, adoptaient l'expression de trois Iiy|)oslasos. Il est vrai que Ton n"a pu encore donner une explication suffisante de l'attitude de saint Epiphane en (|ui Ion reconnaît fidèlement exprimée la doctrine nicéennc et qui pourtant n'a pas défendu les trois hypostases avec moins dénergie ([ue saint Basile. C'est là un arj^nnuenl contre la lliè.se adverse (jui ma paru toujours irréfutable et sur lequel les tenants de l'autre opinion f^ardentle silence.

Il rest(! vrai (|u'en présence des attaques ariennes il devint de plus en plus nécessaire de préciser le dojrnu' de la Tiinité. Le besoin se taisait sentir de détenniiu'r plus nettement ce qu'il y avait de commun entre les personnes divines et ce qui les distinguait. L'opposition de sens établie entre substance et Iiypostasc répondait très bien à ce besoin. Cela expli(|ue son succès et finalement son lrionq)lie. Si (|iM'lques orthodoxes hésitèrent long-

' Tomiis ad Antiochenos, 5-6.

temps à accepter cette terminologie ou même la combattirent, c'est par peur de l'arianismc. Les ariens avaient les premiers parlé de trois hypostases, mais ils les entendaient au sens du concile de Nicée pour qui substance et liypostase étaient tout un. Pour eux, parler de trois hypostases c'était affirmer la diversité des natures au sein de la Trinité. Saint Athanase semble avoir lui-même redouté quelque péril de ce côté, puisque, malgré la décision très nette du concile d'Alexandrie, il déclarait en 368, dans sa lettre aux évêques d'Afrique qu'hypostase voulait dire substance et n'avait point d'autre signification ^ Il y avait là un malentendu dont l'Eglise souffrit quebiucs années encore et qui affaiblit les catholiques divises dans la lutte contre l'arianismc.

' Ep. ad Afros. 4. I'. G. 26, c. 1036. AC.

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