‹ Saint Athanase (295-373)Chapitre 16 sur 21 · LA DOCTRINE DU SALUT PAR JÉSUS-CHRIST · texte numérisé non relu

LA DOCTRINE DU SALUT PAR JÉSUS-CHRIST

On a vu dcjà|)ar quolfiues extraits de la premicro parlie à quoi point saint Allianasc est pcnéti'é par le sentiment intime du bienfait de I Incarnation et delà Uédemption'. Il peut être ici salue maître à aussi juste lilre que pour renseignement Irinitaire. Dès le début de sa carrière d'écrivain, alors qu'il subissait encore très visiblement, surtout dans sa manière décrire, rinfluenée platonicienne, saint Athanase étudiait déjà et exposait avec prédilection lœuvre rédemptrice ilu Verbe Incarné. Son premier ouvrage, travail apologéti([ue en deux livres [Contra Génies et de Incarnationc Veibi vers 320), était en entier consacré à montr(>r comment le remède au mal amené par le péché d Adam et n l'idolâtrie subséquente, était la venue sur la terre du Verbe, (|ui avait ilétruit la mort et le péché, avait rest;uiré limage divine efi'acée en nous et ramené parmi les hommes la connaissance du

'Sur les ooiilruversesclu'iblulogi(|uos aiuv'sii'cie, lire Diciiesne: llisloire ancie)tne de l'Eglise, t. Il, cli. xvi. 4°. pp. 5i)2-G0l} : sur la chrislologiodc saint Atiianase, Voisin : La doctrine chrislologiqiie de S. Alluuiase dans la Revue d'Histoire Ecclésiastique, [. l (l'JOO) p. 22(5-48.

viai I>icu. Do ces pages d'une allure toute classique mais où Ion sent reflnit et d'où n'est point al)scnlc une certaine redondance de pensée et d'expression se dégage une puissante impression de foi et d'amour pour le Verbe fait chair.

Depuis, la controverse arienne fournit à saint Atlianase l'occasion de revenir souvent sur ce tlicme et il montra longuement, par. des ajjplications détaillées, que dans cette vérité fondamentale du christianisme était la clé de toutes les difficultés soulevées au nom de l'Ecriture contre renseignement traditionnel de l'Eglise. Au moment où la controverse arienneentrail dans une phase nouvelle avec l'action d'Aéce et dlMinome, rallcnlion fut de |)Ius en plus attirée sur le mystère christologique et la constitution (le la personne du Sauveur. Dès le déhui, il est vrai, les ariens avaient professé que le Verbe tenait dans le Christ la place de l'âme humaine. C'était une erreur secondaire parmi beaucoup d'autres: on alla au plus pr(>ssé et l'on ne s'attarda guère à la réfuter. Presque seul, à noire connaissance, Eustathe d'Anlioche la releva et la |)(»ursuivit. Il se trouva un peu plus lard un partisan déclaré de saint Atlianase et de la doctrine trinilairc orthodoxe, Apollinaire, pour la i-enouveler et bâtir sur elle tout un système chiislologique. Il y dépensa une grande force de i-aisonnement, beaucoup d'érudition scripturaire, — c'était l'un des plus féconds exégétes decc temps, — et plus encore de subtilité. Il fut un des premiers héréticpies et des plus habiles à garder les termes consacrés par l'usage tout en leur donnant une signification nouvelle. Ses partisans purent ainsi longtemps se dissimuler et rester unis aux autres fidèles. (Jnand on voulut combattre sérieusement l'erreur, elle était si répandue que les ajK)llinaristes n'hésitèrent pas à former niic hiérarchie et à < ousliluer une Eglise rivale à <oli'' i\i- ri''.glise orthodoxe et de l'Eglise

INTRODUCTritN 213

aiiciinc. Attuinasc venait de inuiirir ([uaiitl cela se pruduisit.

Dès 302^ pourtant, au concile d'Alexandi'ie, son attention avait été attirée sur les controverses christologiques. Les apoUinarisles furent dénoncés et se firent dénonciateurs. S'ils rendaient trop étroite l'union des deux natures, au point de mutiler l'humanité en lui enlevant sa fa( iilté la plus noble, l'intelligence, d'autres exagéraienteusens invcrseet n'admeltaient[)oint entre riKimmc et Dieu l'union ])ersonnelle et physique que réclamait la Rédemption. C'était un reste de l'erreur professée un siècle plus tôt par Paul de Samosatc. A trop vouloir distinguer la part do l'homme et la part de Dieu, on en arrivait à nier (pi'il y eût une seule personne dans le Verbe incarné, on distinguait entre le Fils de Dieu et le Kils de Marie; on poussait à l'extrême les conclusions tirées de certains textes de l'Ecrit ui'o cl de certaines façons de parler courantes mais inexactes. Nous ne savons au juste dans ([ucllo mesure cette seconde erreur était alors professée, l'ar la polémiciue qui suivit, il semble ([u'elle était vue assez favorablenuMit par certains membres du clergé d'Antioclie. Diodore de Tarse, si méritant par ailleurs, y compromit sa réputation, au moins devant la postérité; son disciple Théodore de Mopsueste l'enseigna nettement et la transmit à Nestorius. Athanase et SCS collègues (lu concile d'Alexaiuliic jugèi-enl le différend et condamnèrent les deux erreurs opposées; mais, pas plus «[ue pour la question des hypostases, cette solution ne parvint à s'imposer immédiatement. H fallut bien des luttes, beaucoup de négociations et des polémicjues prolongées, pour en assurer le triomphe.

Autour de ces deux erreurs capitales et plus ou moins en relation avec elles se développèrent d'autres hérésies luoins inq)ortanles et moins conniu\-^ dont l'écho parvint jusciu'à Alexandrie. Sur les sollicitations de l'évèquc de

214 LA nncTUiNE nr sai.i't

Corinlho, Epictclc, dont le Iruupcau avait été fort divisé par CCS dissensions, saint Alhanase écrivit une courte» réfutation de ces erreurs, sans faire connaître ceux qui les propageaient {Epistula ad Epicletiim, 369). A un autre évcque Adelphius, il adressait vers le même temps une seconde lettre {Epistula ad Adelphium, 370?) où il attaquait avec vigueur les ariens qui refusaient d'adorer le composé théandrique et méconnaissaient ainsi la dignité à laquelle l'union hyspostatique avait élevé l'humanité. Enfin un de ses amis, le philosophe Maxime, destine à une triste célébrité, lui ayant offert un traité complet contre ces erreurs, lévêque le félicita brièvement et l'encouragea, en insistant dans sa réponse sur le mystère de la croix du Christ, pierre de scandale pour tous ceux qui ne sont point de vrais chrétiens [Epist. ad Maximum).

Je note pour être complet que Ion ne trouve point dans l'œuvre authentique de saint Athanase, une allusion directe aux erreurs chrislologiques de Marcel d'Ancyrc. Nous savons pourtant par une anecdote qu'a rapportée saint Ej)iphane. que son compagnon de luttes et de souffrances ne lui paraissait pas tout à fait irrépréhensible. Ce sourire silencieux en réponse à une question précise sur l'orthodoxie de Marcel est tout ce que le saint docteur a laissé connaître de sa pensée intime.

En ce qui concerne la doctrine christologique, il n'y a pas à nioclitier l'appréciation portée plus haut, à propos du dogme Irinitaire. On constate les mêmes qualités et les mêmes lacunes ; dans sa foi au Christ, Athanase ne se réclame (|ue de l'Ecriture et de l'enseignement traditionnel. Ménie sûreté dans les principes, même laisser-aller parfois dans le langage. Si l'on y cherche une théorie abstraite on sera déçu; en revanche ses pages offrent le meilleur commentaire des données que fournit l'Ecriliirc. Athanase excelle à les mettre en valeui- et à en tirer ce

qu'ils comportent (ralïirmations nettes contre les systèmes erronés. Quelles que soient ses expressions, on ne risque point de faire fausse route avec lui, tellement il aie sens chrétien !

Pourtant ici encore on lui a cherché querelle. Malgré les déclarations les plus formelles que, dans l'Ecriture et par suite dans ses propres œuvres, le mot chair désigne Vhomme tout entier, luaigré ce principe fondamental dont toute sa théologie est pénétrée, que seule l'Incarnation du Verbe a pu raciieter et réformer l'homme, malgré l'affirmation que l'âme avait aussi à être délivrée de ses infirmités, on a prétendu qu'au fond Athanasc partageait les vues d'Apollinaire et refusait au Christ une âme ou du moins une intelligence humaine. C'est une opinion erronée, fruit d'une exégèse arbitraire des textes.

•J'en dirai à peu près autant d'un aul rc point sur lequel on a chicané saint Athanasc. Est-il vrai (piil ait prêté flanc à rcri'eur monophysite? En vérité, les passages cités dans la première partie et ceux qui vo^nt l'être montrent suffisamment qu'il n'en est rien. On a abuse d'écf'its faussement mis sous le nomd'Athanasc pour se réclamer de son patronage. Dans ses œuvres authentiques, s'il affirme avec beaucoup d'énergie l'unité dans le Verbe incarné et la collaboration active de la divinité et de Ihumanilé, son intrument, il répète sans se lasser qu'il ne faut point les confondre et que si le Verbe s'attribue ^^o (pie fait le corps humain, il n'en garde pas moins lui toutes ses propriétés d'impassibilité, d'immortalité, d'omniprésence. En réalité, ceipii dislingue saint Athanasc de ses conlempoiains, c'est seulenuMit l'insistance â rappeler les fruits et le l)ul de l'Incarualion ; son langage est le même que le leur; comme eux il use sans scrupule des expressions, suspcctéeset condamnées plus tard mais que l'on retrouve chez tous alors, de t(Muple, d'instrument, de vèlenuMil, (renveloppe. [)ai' lesquelles la tradition pafristique, l'on-

dée sur lEcriture, désignait les rapports de la nature humaine avec le Verbe.

Une dernière affirmation mérite d'être relevée, qui me paraît également inexacte. 11 s'agit de la conception sotériulogique de saint Athanase. Y a-t-il vraiment lieu de le mettre en opposition aussi absolue avec les docteurs de son temps ? Il est certain qu'il a insisté plus que personne sur la rénovation de l'être humain par l'Incarnation. Toutefois peut-être a-t-on accordé trop d'importance à son premier ouvrage où la théorie chère à saint Irénée est plus particulièrement développée. Là même et. dans ses autres livres plus encore, il insiste sur la réalité de la Rédemption, le sacrifice offert pour notre rançon, le sang versé pour nous rétablir dans l'amitié divine et nous déifier. Le docteur alexandrin embrasse tous les aspects du mystère du salut, il amène l'homme de la chute primitive à l'apothéose finale en tenant toujours ses regards fixés sur le Verbe créateur et réparateur. Si l'on doit demandera d'autres les conceptions métaphysiques et les spéculations sur les deux natures, nul ne forme à une piété plus solide et plus chaude, à un amour plus éclairé du Sauveur des hommes.

Dans les extraits qui vont suivre, je m'attacherai tout d'abord à faire connaître l'ouvrage apologéti(juc de saint Athanase sur l'Incarnation. Le premier livre est tout entier consacré à la <liute et à ses consé(juences, l'ignorance du vi'ai Dieu et le culte des idoles sous ses diverses formes. Une brève analyse i-eliera les principaux passages de cette vigoureuse polémiciue.

Après quelques lignes d'introduction (n° 1) où il expose brièvement son but, saint Athanase décrit l'état de l'homme à

l/lKJMME l'r.lMITII- 217

L'homme primitif.

(2) Le démiurge universel etsouverain. Dieu, élevé audessus de toute substance et de la pensée humaine, dans sa bonté et son infinie perfection, par son propre Verbe, Notre Sauveur Jésus-Christ, façonna le genre humain selon son image. Il le constitua par cette similitude avec lui contemplateur et connaisseur des êtres, lui doimant aussi la pensée et la connaissance de sa propre éternité, pour que, veillantàcette identité, il ne s'écartât jamais -de la représentation de Dieu, et n'abandonnât pas le commerce avec les saints ', mais conservant la grâce de son bienfaiteur et la puissance naturelle qui lui venait du Verbe du Père, il fût en joie, uni au Divin, vivant d'une vie tranquille et vraiment bienheureuse, la vie immortelle. Aucun obstacle pour lui à la coimaissance du Divin : il se contemple sans cesse dans sa propre pureté, limage du Pèri\ le Verbe Dieu, dont^ il reproduit l'image ; il est plein d'étonnement, en réfléchissant sur sa Providence universelle, s'élevant au-dessus des choses sensibles et de toute imagination corporelle, uni aux choses divines et spirituelles du ciel par la j)uissaiu'(' (h* son esprit. Quand lintelligence humaine n a point i\c rapport avec les corps et n'a rien qui l'attirant du dehors

* Ici cl lin peu plus bas le mut suiiils iU'siti:iu' los ailles. Souvent l'iuv. sailli Alliaiiasc il est nnplciyi' pour ilcsi^iici'li^s auteurs des livres inspirés.

excite leur désir.quand elle est (oui enlicre sur les hauteurs, recueillie en elle-même, comme elle était ;ui début, alors traversant toutes les choses sensibles et humaines, elle s'élève bien haut et la vue du Verbe lui découvre en Lui son Père. Kllc prend plaisir à cette contemplation et se renouvelle dans le désir qui l'emporte vers lui. Ainsi le premier homme dont le nom en hébreu est Adam, au commencement avait, nous dit l'Ecriture Sainte, sans timidité ni honte, l'esprit porté vers Dieu et conversait avec les saints, dans la contemplation du monde intelligible, qu'il avait en ce lieu que métaphoriquement ÎNIoïse a appelé le jardin, l^a pureté de l'Ame a d'elle-même assez de force pour contemplerDicuenellc-mème, selon ce que dit le Seigneur: Bienheureux les purs de cœur, car ils verront Dieu (Mat. 5, 8) '.

La Chute et lorigine du mal.

Unité du créateur.

(?)) Voih'i dans quel état le Démiurge créa le genre humain et voulut qu'il persévérât. Mais les hommes, méprisant le meilleur et paresseux à le saisir, cherchèrciil, de préférence ce qui était plus proche d'eux, c'està-dire le corps et ses sensations. Ils détournèrent donc, leur attention de l'intelligible pour se contempler euxmêmes ; s'attachant alors au corps et aux autres objets sensibles, et comme trompés sur leur propre

' Conirn dentés. 2, »

bien, ils se firent le sujet de leurs désirs, et se préférèrent à la contemplation du divin. Ils s'y attardèrent et refusèrent de se détacher de ce qui était plus près, renfermant leur âme dans la recherche des plaisirs du corps qui la troublait et la souillait par toutes les convoitises. Ils oublièr(Mit complètement la puissance qu'au début Dieu hnir avait donnée. La vérité de ce fait apparaît dans le premier homme, selon ce que racontent les Saintes Écritures. Lui aussi, tant qu'il gardait l'esprit attaché à Dieu et à sa contemplation, se détournait de la contemplation de son propre corps ; dès que, sur le conseil du serpent, il cessa de pensera Dieu et se mit à s'examiner lui-même, lui et la femme furent saisis parle désir du corps, reconnurent qu'ils étaient nus et rougirent de cette connaissance. Ils reconnurent qu'ils étaient nus, moins en ce qui est du vêtement, que de la contemplation divine et de la direction opposée de leur pensée. Se détournant de la connaissance de l'Unique et de l'Hlre, de Dieu et de son désir, ils s'abandonnèrent au.\ convoitises diverses et particulières du corps. Puis, comme il arrive, saisis par ces désirs singuliers et muUiples, ils se conformèrent à eux, au point de redoulcM- de les voir cesser. Alors les craintes, les (erreurs, les voluptés et la préoccupalion des choses mortelles pénétrèrent dans l'àme. Attachée aux convoitises, elle redoule la mort et la séparatiiin du corps. Le désir inassouvi lui apprit le niourln^ et l'injustice.

(4) Laissant la contemplation du monde iiilelligible.

iiO l.\ DitCTUlNB DU SAI.UT

adonnée aux activités particulières du corps, joyeuse de le considérer et trouvant bonne pour elle la volupté, elle abusa dans son erreur du mot de bien et pensa que la volupté était le bien véritable. Ainsi un fou cber- (■ liant une épée pour frapper ceux qu'il rencontre s'imaginerait faire acte de prudence. Éprise de la volupté elle se mita se la procurer diversement. Naturellement très mobile, tout en abandonnant Ihonncte, elle ne cesse point d'agir. Mais elle n'agit plus selon la vertu et de manière à voir Dieu ; éprise du néant, elle transpose sa force, et en abuse pour leS passions qu'elle a découvertes, en vertu de son libre arbitre. Elle peut en effet incliner vers le bien ou s'en détourner; s'en détournant, elle ne pense plus qu'au contraire ; car elle ne peut absolument cesser d'agir, puisqu'elle est naturellement, je l'ai déjà dit, très mobile. Elle connaît son indépendance, elle voit qu'elle peut user des membres de son corps, en deux sens et pour le réel et pour le néant : le réel c'est le bien, le néant c'est le mal. Le réel, dis-je, c'est le bien parce qu'il a dans l'Etre-Dieu son prototype ; le néant, c'est le mal |)arce que la pensée humaine l'a façonné alors qu'il n'existait pas. Le corps a des yeux pour regarder la création et dans son liarmonieusc disposition reconnaître le Démiurge, tles oreilles pour écouter les divines paroles et la loi de Dieu, des mains pour se procurer le nécessaire et faire le geste de la prière à Dieu, mais l'àme, détachée di' la contemplation du bien et d(> sa recherche, erre désormais s'occupanl du contraire. Puis voyant sa

force, comme j'ai dit, el en abusaiil, elle comprend qu'elle peut user des membres de son corps, pour un l)ut oppose. Alors, au lieu de regarder la création, elle applique l'œil à la convoitise, montrant que cela aussi est en son pouvoir et pensant que, pourvu qu'elle agisse, elle maintient sa dignité etnepèche point puisqu'elle agit selon sa force. Elle ignore qu'elle n'est pas faite seulement pour agir, mais pour agir comme il faut; selon l'avertissement de l'apôtre, tout est permis mais tout n'est pas utile. (1 Cou. 0,1:2).

(o) L'audace humaine, visant non l'utile et le convenable mais le possible, se mit à agir en sens contraire. Les mains furent mues pour le meurtre, l'oreille entraînée à la désobéissance, les autres membres à l'adultère et non à la génération légitime ; la langue eut, au lieu de bonnes paroles, les blasphèmes, les injures, les faux serments; les mains s'appliquèrent à voler et à frapper les autres hommes, l'odorat aux variétés d'odeurs éroliqucs ; les pieds furent rapides pour répandre le sang, le ventre adonné à l'ivresse et au rassasiement inassouvi. Tout cela était malice et faute pour làmc, el n'avait d'autre cause que l'abandon du nuMllcur. Ainsi un écuyer, montant des chevaux dans le stade, s'il méprise le hul. auquel il lui convient de se diriger et l'abandonnant, l'ait simplement courir son cheval, selon qu'il le peut ; et il peut ce qu'il veut. Souvent alors il va heurter les passants, souvent aussi il pousse vers îles endroits périlleux, emporté où l'enlraine la vitesse des chevaux el peu-

sant que pareille course ne lui lait point manquer son but. Telle est l'âme se détournant du chemin qui mbne ù Dieu et poussant, contrairement au devoir, les membres du corps ou plutôt poussée elle aussi avec eux ; elle pèche et se fait du mal, sans voir qu'elle s'est égarée et a perdu la vérité du but que cet homme porte-Christ, le bienheureux Paul considérait quand il disait : Je poursuis le but, visant le prix de la vocation céleste de Jésus-Christ (Pdil. 3,14).

(6j Les hérétiques, séparés de l'enseignement ecclésiastique et naufragés de la foi, admettent comme certains païens que le mal subsiste par lui-même. Us se façonnent, en dehors du Père véritable du Christ, un autre Dieu, qui serait créateur improduit du mal, auteur de la malice et aussi démiurge de la création. Il est facile de les réfuter et par les divines Ecritures et par la raison même dont ils ont usé pour mettre sur pied ces folies. Notre Seigneur et Sauveur Jésus-Chrisl, dans ses évangiles, dit pour confirmer les paroles de IMoïse : Le Seigneur Dieu est un (jNIauc 12,20) et : Je te confesse. Père, Seigneur du ciel et de la terre (Mat. 11,25). Mais si Dieu est unique et s'il est Seigneur du ciel et de la terre, comment y aurait-il un autre Dieu en dehors de lui ? Où sera-t-il, leur Dieu, puisque tout est rempli par le seul et véritable Dieu, dans l'étendue du ciel et de la terre ? Comment y aurait-il un autre créateur puisque le Dieu et Père du Christ en est le Seigneur, selon la parole du Sauveur ? A moins que, par compensation, ils déclarent que le

mauvais peut devenir le maître du bon. ^fais on voit ce que celle déclaration entraîne dimpictc ; où il y a égalité, impossible de trouver supériorité ni excellence. Si malgré la volonté de l'un, l'aulre existe, égale est leur puissance, égale leur faiblesse : ils triomphent mutuellement de leur volonté par le fait de leur existence et leur faiblesse à tous deux consiste en ce que malgré leur volonté, les choses se passent contrairement à leur dessein, carie bon existe en dépit du mauvais et le mauvais en dépit du bon.

(7) Egalement on pourrait leur dire : si ce qui paraît est l'œuvre du mauvais, que fait le bon ? Il n'apparaît rien, en effet, hors delà création faite par le Démiurge. Mais, qu'est-ce qui nous fait connaître lexistence du bon, puisqu'aucune œuvre ne nous le ferait connaître, car le démiurge est révélé par ses œuvres ? Comment même pourrait-il y avoir deux contraires et qu'est-ce qui les sépare, de manière à ce qu'ils existent l'un sans l'autre? Impossible qu'ils soient ensemble puisqu'ils se suppriment. L'un ne pourrait davantage être dans l'autre puisqu'ils sont j)ar leur nature sans mélange et dissemblables. Il faut donc un troisième être qui les sépare et celui-là est Dieu. Mais quelle pourrait bien être sa nature? Celle du bien ou celle du mal? Cela paraîtra incertain. 11 ne peut en effet participer des deux.

Une conception aussi ruineuse met en lumière la vérité de l'enseignement ecclésiastique. Le mal ne vient pas de Dieu, n'est pas en Dieu, n'était pas au commen-

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ccniciiL, Il csL pas une substance. Les iiommes, en se privant de la rcprésenlalion du bien, se sont mis à le concevoir et à façonner le néant à leur gré. Quand le soleil brille et que toute la terre est illuminée de son éclat, on peut fermer les yeux et se représenter l'obscurité qui n'existe pas, se mettre à errer dans ces ténèbres, exposé aux cbutes fréquentes et à la merci des endroits périlleux sous prétexte qu'il ne fait pas clair mais obscur ; on parait regarder mais on ne voit pas. Ainsi pour l'àme bumaine ; fermant l'œil qui lui permet de voir Dieu, elle se représente le mal, y renferme son activité ; elle ignore que, croyant faire quelque chose, elle ne fait rien ; elle se façonne des chimères. Ce qu'elle était, elle ne l'est pas resté ; elle apparaît dans la souillure où elle s'est mise. Faite pour voir Dieu et en être illuminée, au lieu de Dieu, elle a cherché la corruption et les ténèbres, comme le dit quelque part l'Ksprit-Saint dans l'hxM-iture : Dieu a fait l'homme droit, mais ils ont cherché de multiples combinaisons (EccLE. 7,30). Telle est l'invention du mal, faite au début par l'humanité *.

L'établissemcnl de l'idolâtrie fut une dos principales conséquonccs de cette cluite dans le mal. Saint Athanaso lui consacre ta majeure partie de ce premier livre, il ca étudie successivement l'origine et les diverses formes, et démontre que, de toute manière, clic tait injure à la raison et doit être rejctce. Dans cette réfutation le docteur alexandrin laiti)ienve di- brillantes qnalité.s d'exposition

• Conl. (ienl. 3-7.

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