‹ Saint Athanase (295-373)Chapitre 17 sur 21 · L IDOLATRIE · texte numérisé non relu

L IDOLATRIE

et de raisonnement. Son apologie est une des meilleures réfutalionsdu paganisme que nous ait laissées l'antiquité chrétienne.

Origines de l'idolâtrie.

(8) Peu satisfaite de l'invention du mal, l'àme humaine peu à peu se mit à tendre vers le pire. Elle connaissait les différences entre les plaisirs, se plongeait dans l'oubli des ciioses divines, prenait goût aux émotions corporelles et aux seules choses présentes, s'arrètant aux opinions courantes. Elle crut donc qu'il n'existait rien en dehors des êtres visibles et que seul l'éphémère et le corporel était le bien. Elle se pervertit et oublia qu'elle était à l'image du Dieu bon ; sa force intime ne lui servit plus à voir le Dieu Verbe son modèle; sortie d'elle-même, elle s'occupa du néant et le façonna. Dans l'étreinte des passions corporelles, cachant le miroir intérieur, oà seulement elle pouvait voir l'image du Père, elle ne voit plus ce qu'elle doit penser ; emportée çà et là, elle n'aperçoit plus que ce qui tombe sous les sens. Aussi pleine des désirs charnels, troublée par leur image, elle Mnit par se représenter le Dieu que sa pensée a oublié, parmi les choses corporelles et sensibles, appliquant aux objets visibles le nom de Dieu et n'attachant d'importance qu'à ce qu'elle désire et regarde comme agréable. La malice est donc la cause introductrice de lidolàlrie. Les hommes ayant donné l'existence au mal qui n'existait pas, se lirent ainsi des dieux sans réalité. Tel un

homme, descendu dans un abîme, ne voit plus ni la lumière, ni les objets qu'elle éclaire, parce que son regard esl dirigé vers le fond et la masse d'eau qui l'entoure. Ne saisissant que ce (juil y a dans l'abîme, il s'imagine qu'il n'existe rien en dehors de là et que ces apparences sont pour lui les réalités importantes. Ainsi agirent autrefois des hommes hors de sens, plongés dans les passions et représentations charnelles, oublieux de la pensée et de limage de Dieu; dans leur déraison, ils hrent dieux les êtres sensibles, glorifiant la créature au lieu du créateur et exaltant les œuvres |)lulùt que leur i)rincipe et leur démiurge souverain. Dieu. Pour en revenir à 1 exemple de tout à Ihcurc, l)lus on descend dans l'abîme, plus on tend vers l'obs- • curitc de la profondeur : tel fut le mallicur du genre humain. L'idolâtrie ne resta pas simple et on ne s'arrêta pas aux premiers débuts. Plus on vieillissait, plus on inventait de nouvelles superstitions et, sans prendre en dégoût les premiers, on segorgeait d'autres maux, progressant dans la honte et se développant dans l'impiété. L'Ecriture en témoigne quand elle dit: L'impie arrivé au fond, méprise (Piiov. 18, 3j.

(9) A peine éloignée de Dieu et plongée dans les imaginations, la pensée humaine offrit d'abord au ciel, au soleil, à la lune et aux astres, les honneurs divins; ils n'y voyaient pas seulement des dieux, mais encore les auteurs des autres êtres près d'eux. Puis s'cnfonçant dans les illusions ténébreuses, ils appelèrent dieux l'etlier, l'air et les êtres qu il renferme, Un pas

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(le plus (hiiis le mal et les éléments, les principes de la composition des corps, chaleur, l'foid, sec, humide furent célébrés comme des dieux. Les gens complètement tombés à terre se traînent comme des escargots sur le sol ; ainsi les plus impies des hommes, dans leur profonde chute loin de la représentation de Dieu, lirent enlui des hommes et de leurs images, soit pendant leur vie, soit après la mort, des divinités. 11 y eut de pires conceptions : bientôt pierres, bois, reptiles d'eau et de terre, bètes féroces, reçurent en partage la suprême (jualilication de Dieu, obtinrent tous les lionncurs divins tandis que les hommes se détournaient du Dieu véritable et essentiellement réel, le Père du Christ. Encore si l'audace de ces insensés en était restée là sans pousser plus loin la souillure de l'impiété! Plusieurs furent à ce point déments et aveuglés que des êtres sans aucune réalité, n'existant nulle part, furent conçus et divinisés. Mêlant les êtres raisonnables et sans raison, unissant des natures dissemblables, ils les adorent comme des dieux ; tels sont chez les Egyptiens, les cynocéphales, les ophiocéphales, les onocéphales et, chez les Lybiens, le criocéphale • Ammon. De même les parties du corps, tête, épaule, main, j)ied, prises à part, deviiu-ent pour d'autres une divinité, furent adorées comme s'il ne suHisail pas de rendre un culte au corps entier. Par un progrès dans l'impiété, d'autres divinisent et aihu'iMit ce (jui fut l'occasion de

' RespccUvemeiil diriix à tèto do cliion, do serpent, d ïuio. de bolior.

celte invention et de leur propre malice, le plaisir et la convoitise. Tel chez eux Eros et l'Aphrodite de Paros. Plusieurs rivalisant avec les plus pervers osèrent faire de leurs chefs ou de leurs enfants, des dieux, soit pour honorer les gouvernants, soit par crainte de leur tyrannie ; à Crète, leur fameux Zcus, en Arcadie Hermès, chez les Indiens Dionysos, chez les Egyptiens Isis et Osiris, Horus et récemment le mignon d'Hadrien l'empereur Romain ; bien qu'ils le sachent homme, peu honorable même et très dissolu, ils le vénèrent par crainte du maître. Lorsque, pendant son séjour en Egypte, mourut l'instrument de ses plaisirs, Hadrien ordonna d'adorer Antinoiis; continuant lui à aimer le jeune homme après sa mort, il offrait matière à reproche mais faisait clairement connaître que toute idolâtrie n'a été inventée que par convoitise des hommes, comme latlestc la Sagesse de Dieu : La fornication débute j)ar Vinvention des idoles {S\p. 14,12). Il n'y a pas à s'étonner ni à le regarder comme incroyable puisqu'il n'y a pas longtemps et peut-ôtre actuellement encore le sénat romain déclare mis au nombre des dieux les empereurs depuis le début de l'empire, tous ou du moins ceux qu'il veut, et décrète qu'il faut leur rendre le culte divin. Ceux qu'ils détestent, ils les traitent en ennemis et reconnaissent leur nature en les nommant des hommes; mais ceux qui leur plaisent, ils ordonnonl de les honorer pour leur mérite, comme s'ils avaient le pouvoir de diviniser, eux simples hommes qui se reconnaissent morlclij. Ceux qui divi-

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iiisent devraient philôl ôtrc dos dieux, car l'auteur doit être supérieur à son couvre, le juge a sur l'objet du débat une naturelle supériorité et celui qui donne son bien fait une faveur, comme indubitablement un roi qui donne fait une grâce et est supérieur à ceux qui reçoivent. Si donc ils mettent au rang des dieux ceux qu'ils veulent, eux-mêmes tout d'abord devraient être dieux. Mais c'est là le prodige, ils meurent comme des hommes et montrent par là que leur suffrage sur ceux qu'ils ont divinisés est menteur.

(iOj Ce ne sont pas là mœurs nouvelles, ni qui aient pris naissance dans le sénat romain, mais ce fut inventé et trouvé bien auparavant, pour l'idolâtrie. Les dieux anciennement connus chez les Grecs, Zcus, Poséidon, Apollon, Ilephaestos, Hermès et parmi les femelles liera, JJemeter, Athèné, Arlemis furent déclarés dieux par les prescriptions du fameux Thésée. Le législateur mourant en homme est pleuré, ceux sur qui il a légiféré sont adorés comme dieux. Quelle contradiction et quelle folie! Connaissant le législateur, ils lui préfèrent l'objet de ses lois, Encore s'ils s'étaient arrêtés aux hommes dans cette idolomanie et n'avaient point transporté aux femmes le nom divin ! Les femmes mêmes, elles qu'il n'est pas avantageux d"ap|)eler à participer aux délibéralions i)idjliques, reçoiveid \o culte et les honneurs divins, comme l'a prescrit Thésée pour plusieurs déjà nommées, comme chez les Egyptiens Isis, Koré, N'éotéra et ailleurs Aphrodite. Je n'es timc pas convenable de UDUimer même les autres.

tellement leurs noms sont ridicules. Beaucoup autrefois et de nos jours encore, perdant ce qu'ils ont de plus cher, frères, parents, femmes, beaucoup de femmes perdant leur mari, qui tous par leur nature étaient convaincus de mortalité humaine, pour prolonger le deuil on firent des représentations objet de sacrifices, puis les générations suivantes à cause de l'habileté de l'artiste dans la représentation, lui rendirent un culte divin; par un sentiment tout contraire à la nature. Ceux que leurs parents avaient pleuré parce qu'ils n'étaient pas dieux, — s'ils avaient connu leur divinité, ils n'auraient point déploré leur perte ; loin de les croire dieux, ils les estimaient anéantis, ils reproduisirent donc leurs traits pour se consoler de leur perte par l'apparence de leur image — , ils les honorent pourtant, les insensés, comme des divinités et leur attribuent la gloire due au seul vrai Dieu... Et le beau de laffairc, c'est que le grand sage des Grecs, si fier do ses idées sur Dieu, Platon descend au Piréc, avec Socrate, pour y adorer Artémis, œuvre d'une main humaine M

Après avoir confirme cctcxpo.sé par un pa-s-sage célchic de hi Sagcs.se (14, 12-21). saint Alhanasc entreprend une réfutation détaillée des différentes espèces didolàtrie. La mythologie lui fournit d'ahord une ample moisson défaits honteux et d'actions coupables à la charge de ces |)rélendus dieux (H-12).Puis il s'en prend au culte de lidoie matérielle, dt-jà relevé avec une ironie si moi'dantc pai" le l'salmiste et par Isaie (13-15). Il est imililc de clierclici-

'L'ont. Genl., 8-10.

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