‹ Saint Athanase, etude litteraireChapitre 101 sur 142 · L*HOHHE TROUVE DIEU DANS SON AME · texte numérisé non relu

L*HOHHE TROUVE DIEU DANS SON AME

plus philosophique, pour les inteliigences d'élite. Ce Dieu que le monde physique nous révèle avec le carac- \ tore de créateur et de conservateur de son œuvre ou de / providence, le sage n'a pas besoin de le chercher au-de- j hors, et, pour ainsi dire, de le deviner comme consé- / quence de tant d'ordre et d'harmonie; il voit en lui- / même, dit Athanase après Philon, a son image et comme » son ombre (*]. » Quelle est cette image reflétée « dans le miroir » de son ftme? sa raison, « qui est comme une communication de la raison divine ('). »

Platon le premier avait dit , dans le Philèbe , que l'homme était un abrégé du monde, pxpo; xoo-juloç. Les Alexandrins avaient fait de cette idée le principe de toute leur philosophie : « Pour tout connaître, dit Plo- » tin, Tàme n'a qu'à regarder en elle ; elle est un mi- » crocosme intelligible. » « C'est avec raison , ajoute » Porphyre, que nous concluons de ce qui est en nous » à tout ce qui est hors de nous, et qu'après nous être » cherchés et trouvés nous-mêmes , nous passons faci- » lement à la contemplation de l'univers (']. » C'était le couronnement du précepte socratique , Connais-toi toi-même. Celte doctrine était entrée à portes ouvertes dans l'Eglise. Athanase proclame vingt fois que l'Ame est à elle-même le chemin qui conduit à Dieu. «Ce n'est % pas au dehors, mais en elle-même qu'elle prend la ï^ connaissance et la conception du Verbe, du Dieu Rai* » son, rov 9eoO K6yov{*).j^ «Elle contemple, brillant en » elle comme dans un miroir, l'image du Père, le Verbe,

(^) Diêcoun sur VIncamation du Verbe, 3, p. 40. («) Ibid.

('] Porphyre, daos Stobëe, Francfort, i58i, p. 344. (*) Discours contre les Hellènes, 33, p. 26, a.

> el, en lui, elle conçoit le Père (*]. » Après Athanase, Basile développera la tnême conception devant le peuple de Césarée ; « L'exacte connaissance de toi-même » suffira pour te conduire, comme par la main, à l'idée » de Dieu. En effet, si tu t'observes toi-même, tu n'au-

> ras pas besoin de chercher le démiurge dans la cons- » truclion de l'univers : tu apercevras en toi, comme » dans un petit monde, la grande sagesse de ton Créa- » teur ('). » Platon, philosophes alexandrins et Pères de TEglise sont résumés par Bossuet dans le préambule de la Connaissance de Dieu et de soi-même : « La con- » naissance de nous-mêmes nous doit élever à la con- » naissance de Dieu. »

Des Pères de TEglise, frappés de l'analogie de la Trinité chrétienne et delà Triade néoplatonicienne, ont écrit qu'il y avait peu à changer dans celle-ci pour la rendre tout à fait orthodoxe ('). Si un philosophe chrétien avait littéralement appliqué la théologie 4e Plotin à la doctrine chrétienne, et s'était, avec de légères modifications, contenté de substituer les noms de Père, de Fils et de Saint-Esprit à l'Un, à l'Intelligence et à l'Ame, ils eussent été effrayés, à la vue de différences presque aussi considérables que celles qui les séparaient de la métaphysique arienne. Pour trouver Dieu, disaient à la fois Plotin et Athanase, l'âme n'a qu'à regarder en ellemême ; elle est à elle-même le chemin qui conduit au principe de toute existence. Mais ce chemin n'est point le même dans le philosophe et dans le docteur de l'Eglise.

(*) Discours contre les HellèneSy 34, p. 27, a. (*) Saint Basilk, t. II, p. 23.

(') Voyez pages 47 et 39.

l'homme trouve dieu dans son AME. 273

En se considérant, Tâme humaine trouve en elle un principe supérieur (Jui l'illumine sans dépendre d'elle, un hôte passager qui la visite de temps en temps, un roi qui s'impose avec une autorité sans conteste. Ce principe ne lui apparaît pas comme une simple faculté; elle sent qu'il ue fait qu'aboutir en elle ; qu'elle en est éclairée, mais comme la terre est éclairée des rayons du soleil, et que sa lumière vient d en haut, de l'Intelligence pure et suprême. La i-aison , illuminée par ce principe divin, se change et se transforme en intelligence ; elle s'élève vers les régions supérieures et y attire la meilleure partie de l'âme (*). Là, elle contemple le monde intelligible : TAme universelle, dans le sein de laquelle elle coexiste, avec les autres âmes, sans perdre sou individualité ; au-dessus, l'Intelligence et les idées ; au-dessus encore. Dieu, source de la pensée et de la vie. Et ainsi la science s'élève de la nature à l'âme, de l'âme à l'intelligence, et de l'intelligence au premier principe , « parfaitement simple, se suffisant pleinement à lui-même, n'existant ni dans autrui ni par autrui, n'ayant rien au-dessus de soi , le principe par excellence , au-delà duquel il n'y a plus rien à chercher (*). » Mais pour parvenir à ce terme suprême de la connaissance, si l'âme a trouvé en elle-même le point de départ, elle n'y est pas restée ; elle est sortie d'ellemême et s'est transportée dans un intelligible supérieur , dans les régions impersonnelles et universelles de la raison pure.

(<) Plotin, Enn. V, ni, 2 et 3. — M. Vacherot, Hist. de V Ecole (TAlex., 1. 1, p. 366 et suiv.

(■) Ibid., Il, IX, 1. — M. Vachekot, ibid., t. I, p. 394.

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