LES TROIS HYPOSTASES
Bossuet, s'emparant à son tour de ces images, les développe dans un langage plein de magnificence, cite et explique saint Athanase qu'il appelle un sublime théologien, et Ton peut dire que jamais plus grand docteur ne fut commenté par un plus grand docteur. « C'est )> comme dans une source dont le ruisseau n'a rien de y> moins qu'elle : puisque toutes les eaux de la source » passent continuellement et inépuisablement au ruis- » seau, qui, à vrai dire, n'est autre chose que la source » continuée dans toute sa plénitude ; mais la source, » en répandant tout, se réserve d'être la source; et » s'il est permis, en tremblant, d'en faire l'applicay> tion, le Père en communiquant tout à son Fils et ^ se versant tout entier, pour ainsi dire, en son sein, » se réserve d'être le Père. En ce sens donc, et avec ces » restrictions, on dira, dans la pauvreté de notre lan- » gue, qu'il n'y aura dans le Fils qu'une partie de l'être » du Père, puisque l'être du Père n'y sera pas. Mais » nous pouvons encore, en invoquant Dieu, et par le » souffle de son Saint-Esprit, nous élever plus haut, et » dans une sublime contemplation nous disons que, » comme principe et source de la Trinité, le Père con- » tient en lui-même le Fils et le Saint-Esprit d'une ma- » nière bien plus parfaite que l'arbre ne contient le » fruit, et le soleil tous les rayons ; qu'en ce sens le » Père est le tout (*). »
Unies dans lô rapport de la source et du fleuve, du soleil, de la splendeur et de la lumière, les trois hypostases ne forment pas trois dieux, mais un seul et même Dieu, comme Père, existant en lui-même, au fond de tous les êtres ; se manifestant dans le Fils, quand il les
(') BossuET, AverUssemenU aux protestants, vi, 40 et 41.