INDIFFÉRENCE DES ÉCRIVAINS. GRECS
terre des grands débris et des grands souvenirs. Appien, né et élevé à Alexandrie où il revint comme gouverneur, habitué à la vue des ruines, s'y complaît et choisit pour sujet de ses histoires les chutes des Etats et les guerres civiles de Rome, et, s'il rencontre quelque grande catastrophe, pensif, comme Scipion qu'il nous , montre pleurant sur la chute de Carthage, il s arrête à contempler les bouleversements dés cités et des empires sous l'action du génie de l'homme (*). Les autres ne sont pas même effleurés par le vieil esprit national, qui cependant vit et circule autour d'eux, sans qu'ils aient l'air de s'en douter.
Il semble que les Romains aient désormais le privilège de comprendre ce qui restait de l'empire des Pharaons. Ils avaient le sentiment et la pratique de la grandeur. Germanicus et Aramien Marcellin visitent et contemplent avec la même admiration les pyramides, « élevées, au milieu de sables mouvants, par l'opulence et l'émulation des rois, » les masses gigantesques des temples, les galeries creusées et construites dans les profondeurs de la terre pour ne pas laisser se perdre la mémoire des choses saintes; partout, ils se font expliquer avec la même curiosité respectueuse l'histoire de ce passé lointain, écrite sur la pierre en figures d oiseaux et d'animaux (*).
Quant àui Grecs, s'ils se font traduire par Manéthon les livres sacrés de l'Egypte, c'est pour remplir, à côté de ceux des Hébreux et des Chaldéens également traduits, les rayons de la bibliothèque universelle du Muséum;
(*) AppiETf, De héllis punicis, 8i.
(*) Tacite, Annales, ii, 60 et 61; Ammien Marcellin^ xxii.
POUR l'ancienne EGYPTE. 283^
mais leurs écrivains regardent avec indifférence les trésors que leur offrent les obélisques, les stèles et les murs des temples. Ils entendent leurs sujets chanter Thymne du soleil : « Tu t'éveilles bienfaisant, Ammon-Râ; tu es y> béni de toute créature, enfant qui nais chaque jour, » vieillard qui parcours lëternité. » Ils les entendent redire les louanges du Nil, le tïeuve paternel : « Tu » abreuves la terre en tout lieu, voie du ciel qui des- » cend... Se lève-t-il, la terre est remplie d'allégresse; » il se saisit des deux contrées pour remplir les greniers » et préparer les biens des pauvres. On ne le taille point » dansla pierre; on ne peut l'attirer dans les sanctuaires, » il n'est point dedemeure qui le contienne. Il boit les » pleurs de tous les yeux, repos des doigts pour des » millions d'infortunés. » Cette littérature, qu'exhume et déchiffre la science moderne, frappe leurs yeux et leurs oreilles, sans qu'ils paraissent rien soupçonner de la philosophie et de la poésie que cachent ces sons et ces caractères inconnus. Eux aussi, ils ont des yeux pour ne point voir et des oreilles pour ne point entendre. Epris de leur propre génie, ils se donnent tout entiers aux arts et aux sciences qu'ils ont apportés avec eux, et, sur cette terre d'Egypte où ils continuent le développemept intellectuel de la mère patrie, la langue, la littérature et les monuments de l'antique Egypte sont pour eux comme s'ils n'étaient pas.
Il ne faut pas demander plus à saint Athanase qu'aux écrivains qui l'ont précédé. Il fut, par l'esprit, le maître de l'Egypte et il semble un étranger dans la véritable Egypte. C'est par la Bible qu'il connaît les Pharaons; s'il lui arrive un souffle de l'antique sagesse nationale, c'est comme aux Philon, auxPlotin, auxArius, presque à sou