‹ Saint Athanase, etude litteraireChapitre 109 sur 142 · SAINT ATHANASE FORMÉ · texte numérisé non relu

SAINT ATHANASE FORMÉ

insu, et parce que Tair qu'il respire en est encore imprégné; si, pour combattre Thellénisme, il étudie la religion de la vieille Egypte, c'est en polémiste, et sans que de ces conceptions grandioses et colorées rien passe dans son style. Tout entier aux luttes dogmatiques qui absorbèrent sa vie, aux poursuites des empereurs et des préfets, il passe et repasse entre les pyramides, il se dérobe et vit dans les ruines, sans les voir. Les traitait-il d'œuvre de barbarie avec le dédain qu'inspirèrent plus tard à un autre grand esprit les prodiges de l'art gothique? Riea dans ses écrits n'autorise à le supposer; mais aussi riea n'indique qu'au milieu des débris de ces temples où il se cachait, il ait jamais tenté de demander aux sphynx qui l'entouraient leur secret, de lire sur ces colonnes gigantesques la penfeée muette des morts, et de pénétrer, à travers les siècles, jusqu'à la jeunesse de sa patrie. Grégoire de Nazianze était revenu d'Egypte, l'imagination frappée du grand cours du Nil auic/'/ot^ d'or\ Athanase remonta et descendit le fleuve qui est l'Egypte, il s'enfonça dans ces déserts où le regard se perd dans des profondeurs infinies, entre l'immensité du ciel et l'immensité d'une mer de sable, sans rien mettre dans ses écrits de l'émotion qu'ont pu lui faire éprouver ces spectacles sans pareils. Les mystères et les merveilles de l'Egypte le trouvent insensible; la nature le laisse froid; .il est exclusivement grec, et plus chrétien que grec.

Si son esprit reste fermé à l'inspiration de la vieille Egypte, il s^ouvre aux plus profanes souvenirs de la Grèce, et les mêle, dans son éloquence saine et contenue,

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aux images et aux allusions qui lui viennent de la Bible. Issues de parents qui avaient adoré les dieux d'Homère, nourries elles-mêmes des vers du grand poëte, ces belles intelligences de TOrient, en entrant dans TEglise, ne laissaient à la porte que ce qui contredisait leurs convictions, et posaient leur Homère à côté de l'Evangile. Elles s'indignaient, quand Julien, dans sa persécution nouvelle, réclamait pour l'hellénisme le privilège de la langue hellénique. La langue grecque, disaient-elles avec Grégoire de Nazîanze, n'est pas une religion, mais une langue, et elles faisaient avec orgueil de l'idiome de Démosthène et de Platon celui de la religion du Christ. Elles ne répudiaient pas plus les idées que les mots, et, à côtédç théQries philosophiques venues de l'Académie ou du Portique, des allusions mythologiques s*alliaient aux fortes images de la Bible. Constance était Pharaon, le tyran de l'Egypte, et, comme un géant, s'élançait contre le Christ (*). La dialectique arienne était celle des Juifs qui, dans leurs blasphèmes, attribuaient à Béelzébuth les œuvres de Dieu, et, comme l'hydre si fameuse dan« les fables des Grecs, à mesure qu'elle voyait abattre ses serpents, elle en produisait de nouveaux (*). Athanase allait jusqu'à demander des arguments théologiques à Homère et le citait aux ariens, étonnés peut-être de l'intervention du ppëte national en pareille matière. « Les » hellènes habiles dans l'intelligence des mots savent » que bien-atmé , rb àyxirnrov , est synonyme de fils » unique, ixovoyev-nç. Ecoutez ce qu'au deuxième chant » de l'Odyssée Homère dit de Télémaque, fils d'Ulysse: % Pourquoi, cher enfant, cette pensée te vient-elle à

(') Histoire des Ariens, 30. p. 285, d. et U, p. 307, b. (») Contre les Ariens, 55, p. 479, et 58, p. 481.

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» Tesprit? où veux-tu aller par la vasle terre, toi qui, » étant seul, es mon bien-aimé? Ulysse est mort loin 1» de la patrie, au milieu d'un peuple étranger (^). » L'hémistiche MoOvoç ewv ayocTtnroÇf ne renferme pas nécessairement ridée de fils unique et pourrait tout aussi bien se traduire par toi qui seul es mon bien-aimé; mais, dans cette interprétation, Athanase était d accord avec l'antiquité, et principalement avec PoUux et Plutar-

que (*).

On a vu, dans le chapitre précédent, avec quelle puissance Athanase avait puisé aux sources de la philosophie grecque; il ne dut pas moins aux orateurs. Si Platon fut le premier maître de sa pensée, Démosthène, un orateur de combat, resta l'inspirateur de son éloquence. Pour ne prendre que le Discours de la couronne , que de traits et d'arguments dans les œuvres oratoires d'Athanase n'en sont que des échos à peine affaiblis !

« Si vous me connaissez « Si ceux qui imaginé- » tel qu'il m'a dépeint..., > rent.les premières accu- » levez-vous et condam- » sations se sont encore » nez-moi. Mais, si vous » concertés pour celle-ci, » me réputez meilleur, et » n'est-il pas démontré » de beaucoup, que cet » qu'elle est comme elles » homme, ne l'en croyez )> une invention (')î » y> pas sur le reste; il est » évident qu'il a tout in- » venté. »

(*) Homère, Odyssée, u, v. 563-566. — Saint Athanase, Contre les Ariens, vf, 29, p. 507.

(■) PoLLux^ m, 19. — Plutarque. De amicorum multitudine, éd. Reisk,i, IV, p. 351.

(•) Démosthène, Pro corona, éd.Didot, 10, p. 119.— Saint AthasiASBy Apol. à Const., 2, p. 234.

PAR l'étude des

<L Malin comme tu Tes, » Eschioe, as-tu donc la » bonhomie de croire que, )^ laissant de côté mes actes » et ma politique, je m*ar- » réterais d^abord à tes » injures?»

« C'est moi qu'il attaque, » et c'est Ctésiphon qu'il » accuse ! C'est contre moi » que sa haine éclate du- » rant tout ce débat, et il » s'en prend à un autre, » met en péril son hon- » neur, ses droits de ci- 1» toyen, et cette ardente » accusation n'est qu'un )> mensonge! »

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