‹ Saint Athanase, etude litteraireChapitre 110 sur 142 · ÉCRIVAINS GRECS · texte numérisé non relu

ÉCRIVAINS GRECS

« C'est par malice qu'ils » bourdonnent partout de » tels bruits, se figurant, » dans leur bonhomie, » que, par crainte de leurs » injures, je vais me livrer » entre leurs mains (*). »

4c SoitI qu'ils accusent y> Athanasel mais quel mal » ont fait les autres évê- » ques? quel prétexte avait- » on contre eux? a-t-on » trouvé chez eux un Ar- » sénius mort, un prêtre » Macarios, un calice brisé?

» Ils sont une preuve évi- » dente qu'on a calomnié » Athanase, et, à son tour, » Athanase est une preuve » qu'on leur impute des » crimes imaginaires (*] . )>

« Quelle eût été ma dé- » mence d'accuser un em- » pereur auprès d'un em- » pereur, et de mettre aux » prises un frère avec un » frère (•)! >

(*) Déuosthène, Pro corona, 10, p. 119. — Saint Athanase, Àpol. de sa fuite, 2, p. 255.

(*) Démosthène, ibid., 15, p. 120. — Saint Athanase, HisU des Ariens, 3, p. 273.

(•) Démosthêne, ibid., 18, p. 120. — Saint Athanase, Apol, à ConsU, 5, p. 236.

« Philippe les mettait T> tous aux prises et les » heurtait entre eux. »

Quand des jeunes gens, partisde bonne heure de leur contrée natale pour la longue tournée des centres littérairesderOrient,y reviennent presque à rage d^hommes, ils ont insensiblement perdu sur le chemin l'accent et les mots du foyer paternel, et, sans s'être laissé effleurer par le langage des villes où ils ne recevaient qu'une savante hospitalité, ils rapportent des écoles, et surtout des livres dont ils se sont nourris, une langue pure et choisie. Tout, dans leur expression, est autorisé et marqué au coin de l'époque classique; rien n'y sent la province et le dialecte, sans que l'originalité, qui tient plutôt au tour d'esprit qu'à des nouveautés de jargon, perde rien à l'uniformité du vocabulaire consacré. Que Basile, Grégoire de Nazianze et Chrysostome parlent dans Césarée, dans Antioche ou dans Constantinople, ce sont de purs disciples des attiques qui font revivre au souffle d'un esprit nouveau la langue de leurs maîtres; ils s'approprient et plient à leur génie cet idiome universel, qui, sans être l'idiome particulier d'aucune ville, est, précisément par ce qu'il a de général et de distingué, entendu et goûté de toutes les villes.

Qu'un autre, au contraire, ne sorte pas de sa ville natale avant? l'âge mûr ; qu'il ait eu la bonne ou, si l'on veut, la mauvaise fortune d'y trouver toutes les écoles qu'ailleurs on va chercher au loin ; que cette ville, aussi pratique que spirituelle, se partage entre les affaires et les spéculations intellectuelles, mais ait -plus de goût pour les sciences que pour les lettres ; et qu'enfin le service d'une grande cause, plus qu'une passion désintéressée, fasse un écrivain de cet esprit aussi bien doué qu'instruit : imprégné de l'air qu'il respire, il sera plutôt un penseur qu'un littérateur, et donnera moins à

rimagination qu'à l'exactitude de Texpression ; en même temps, si pénétré qu'il soit des beautés de la langue classique, et, malgré son habileté à se les assimiler, involontairement il les mêlera de locutions qu'il n'a pu désapprendre, et, s'il est Alexandrin, ne cherchera pas plus à se soustraire au dialecte particulier qu'à l'esprit d'Alexandrie.

C'est au dialecte alexandrin qu'il faut rapporter tant d'expressions qui ne se trouvent que dans les écrits d'Athanase, ou qu'il a employées le premier (*). 'Axa- Briy.(ùv (*), pour exprimer le manquement au devoir, aTTo^evtÇsty ['), séparer, eTraxoustv (*), dans le sens de répondre, quand il y avait uTraxouetv , n'étaient pas des termes assez nécessaires pour qu'il les inventât, au ris- ,que d'être mal compris. C'est aussi à ses compatriotes qu'il dut sTrtrpiSetv ('), avec la signification particulière de se rompre à, et eyxuxXsrv, s'insinuer à la ronde, par une allusion à une machine de théâtre qu'il trouvait déjà dans Clément, un Alexandrin comme lui (*). Se devait-il à lui-même ou avait-il pris dans l'Eglise d'Egypte le tour irnév iaxi, il est saint, pour il est juste? S'il créa àptoaayîrat, fanatiques d'Arius, qui fit fortune, ce fut en imitation de et(îû)Ào/xavta ('), qu'il devait trouver dans

(<) Bernard de Montfaucon en a dressé, à la fin du t. ii, une liste qui n'est ni complète ni toujours exacte.

(*) Histoire des Ariens, p. 296, a.

(») A Sérapion, 9, p. 525.

(*) Apologie à Constance, 16, p. 2il.

(•) Admonach.,% p. 272. a.

(•) De Sentent, Dionysii, 23, p. 204. — Clkment d'Alex.,

TrpoTpeîrr., p. 50.

C) Disc, contre les Hellènes, 14, p. 47.

la bouche des chrétiens d'Alexandrie. 'Ap^tepe^ta {*} et sù(T(xXex^roç (') lui étaient fournis par un peuple maritime ; tout au plus avait-il à les employer au figuré pour exprimer le commandement suprême et la fluctuation de Tesprit. Etait-ce aux poètes ou au langage populaire que cet esprit correct empruntait le pléonasme paXAov cîtovâûCiOTepov (') et le tour défectueux fow TroAXaJ, ro- (jouTCj) 5tal TrXéov (*) î II semble que les Alexandrins aient aimé certaines altérations de mots par des déplacements de lettres. Plotin disait et écrivait avapyj/xtazeTai pour (xva/:xijxv7^(7xeT(xt ; de même Athanase est le premier que l'on voit substituer toditiov (*) à Trruxtov. Enfin, tel est son respect pour les mots en usage autour de lui, qu'à rencontre de ses élégants successeurs qui, au risque d'être moins clairs, traduisent toujours les titres officiels des ' Romains par des équivalents grecs, il ne se refuse pas à ces appellations barbares et, à l'aide d'une terminaison grecque, fait défiler les dignitaires impériaux sous leurs noms latins : i^dyiarpoçy voraptos, Sixaptoç, (îou$.

Si Athanase ne dédaigne pas les mots du dialecte natal^ il accueille avec bonheur ceux de la langue littéraire. 11 prend aux poètes ptO<jo;, objet de haine, ttoXuêtyîç^ vieux, XeujtoTspoç, plus clair. Les ariens, comme dans Homère les fils des Achéens, sont ^udoSvufxot. Le vocabulaire de Démosthène contre les traîtres à la patrie, devient le sien contre les traîtres au Christ : xaxta, irapavofxta , (TUîcoçavTia , et du peuple athénien, le peuple

(*) Discours (tpologétique, 62, p. 142.

(*) De Sententia Dionysii.

(') Apologie à Constance, 29, p. 248.

(*) Ibid., 19, p. 243.

(») Ibid., 4, p. 236.

Page 1