SA TRINITÉ
ges, il devait présider au monde rationnel ;' Créateur, Christ et Sauveur, il devait donner Têtre à Thorame et, après sa chute, le réconcilier avec le Père universel.
Ce ministre parfait, dont le regard entrevoit à peine son maître invisible, ce Fils soumis qui, « depuis qu*il existe, célèbre le Tout-Puissant » et, suivant la future expression d'Eunomius, est Tun des « adorants (') », cet être, à la fois si grand, puisqu'il est le représentant de Dieu dans Tunivers, et si petit, puisqu'impuissant à comprendre Tinfinilé do son souverain seigneur, il ne connaît pas même sa propre nature, qu'il ne s*èst pas donnée ('), sans être un vrai Dieu et sans avoir dans son hypostase rien de ce qui est propre à Tessence divine, est néanmoins Dieu par participation (') : semblable à ces empereurs qui, tirés par Tadoption de la foule des peuples, brillent sous le nom de Césars, à c^té de leur royal bienfaiteur, de Téclat d'une pourpre et d*une majesté empruntées.
« La Trinité, disait la Thalie, ne jouit pas de la » même gloire. Les hypostases ne sont pas confondues » entre elles, infiniment plus glorieuses Tune que Tau- » tre (*). » Autant Tlncréé est supérieur au Premier-né, autant' celui-ci est au-dessus de l'Esprit. Il y a entre le Fils et TEsprit une différence d'essence et de gloire aussi infinie que celle qui sépare le Père du Fils. D'une nature complètement étrangère à celle du Verbe, quoi-
(*) Isidore de Péluse, III, lettre 331.
('; Saint Athanase, Contra Arianos, I, 6, p. 323 ; De Synodis, i», p. 582.
(•) Ibid.
(♦) Ibid.
62 DOCTRINE d'ARIUS; sa TRINITÉ.
que le prétaier et le plus grand de ses ouvrages (*), créature de la créature et plus muable qu'elle, il est au Fils ce que le Fils est au Père. Si le Fils n est que le minis^ tro et le serviteur du Père, le Saint-Esprit, pour Arius et toute son école, n*est que Tinterprète et lemissaire du Verbe créateur et conservateur (*).
Tel était l'échafaudage des hypothèses ariennes. Qu'est-ce, en effet, que cette série d'intermédiaires, aa moyen desquels Arius étayait le fini sur l'infini? Nul doute que ce ne fût une réalité pour lui; mais déjà les^ bons esprits ne voyaient dans cette trinité qu'une hypothèse pour expliquer les rapports mystérieux qui unissent l'absolu au contingent. « Si le Premier-né, disait^ » Athanase, est appelé Verbe, raison, par rapport au » monde des intelligences; sagesse et puissance, par » rapport aux êtres doués de sagesse et de puissance, » peut-être n'a-t-il l'être que dans la pensée, par rap- » port aux êtres ('). » En d'autres termes, il n'est qu'une pure abstraction, personnifiée pour les simples dans le double mythe de créateur et de rédempteur, ej la troisième hyposlase est une autre abstraction, personnifiée dans un autre mythe, celui de vivificateur et de sanctificateur.
(*) Saint Epiphane, l/é-'r. lxix, 18, p. 741, d.
(*) To Ttvevfj.oc rov viov (popsrpov. Philostorge, vi,2. — Rufin dit qu'Ariiis et Eunomius appelaient l*Esprit Vémissaire du Fils, millendarius,
(') Saint Athanase, Contra Arianos, ii, 38> p. 400« a.
ÂRiUS ÉGRIVAIN. 63
Il ne suffit pas, pour le triomphe d'une doctrine, qu'elle naisse dans un milieu favorable et trouve les esprits préparés à la recevoir ; il faut encore que le penseur, qui lui donne un corps, soit orateur et écrivain. Nul doute qu'Arius n'ait dû à son éloquence une partie du prestige qu'il exerça sut ses contemporains. » Il avait, dit saint Epiphane, une parole douce, pery^ suasive et séduisante qui s'insinuait dans les cœurs » simples (*). y^ Sauf de rares fragments, dont même une partie ressemble plutôt à des résumés qu'à des passages textuels, les monuments de cette éloquence sont perdus pour nous; les vainqueurs ont détruit les ouvrages du vaincu. C'étaient des discours dont il ne reste aucune trace, des traités, des lettres et des poésies.
Les traités d'Arius, analysés par Athanase dans ses Discours contre les Ariens, exposaient sa doctrine et réfutaient celle de ses adversaires. Ses lettres, dont deux nous sont parvenues intactes, étaient, comme la plupart de celles que nous ont laissées les personnages considérables du quatrième siècle, des manifestes adressés à une seule personne, mais, en réalité, destinés à le mettre en relation avec le monde entier, à présenter son apologie et à traduire ses ennemis.au tribunal de Topimpq publique ('). Ses poésies, si des controverses théo-
(^) Saiîîx EppjppA»!;, Hér. LXIX, 3, U i, p. 729, a. (*) Voyez, sur le caractère des Lettres au quatrième siècle,. moo;^ Etude historique ei Ht^éraiic^ sur sain^ Basile^ p. 179.
64 ARIUS ÉCRIYAIH.
logiques en vers méritent ce nom. avaient pour but de populariser la religion nouvelle. « C'étaient, selon Phi- > lostorge, des cantiques pour les voyageurs, les mate- » lots, les meuniers et les autres artisans, en rapport » avec chaque profession, et destinés à gagner les igno- » rants par le charme de la mélodie (*). » Idée de génie dont s'emparèrent, au profit de Torthodoxie, Grégoire de Nazianze et Sjnésius.
Saint Basile comprenait toute la puissance de ces chants religieux et populaires. « Voyant, dit-il en par- » lant des psaumes, que le genre humain se laisse dif- » ficilement conduire à la vertu, que fait le Saint- » Esprit? Il mêle à ses préceptes la douceur de Thar- » monie, afin qu'à la faveur d'accents suaves, Tulilité » des paroles s'insinue secrètement dans les cœurs. » Grâce à la mélodie, dans Tenfance de Tâge, et même » dans la jeunesse du caractère, nous croyons siraple- » ment chanter, quand, en réalité , nous instruisons » nos âmes (').» Les cantiques d'Arius eurent, au quatrième siècle, la puissance des psaumes de Marot Jans nos discordes religieuses. Les psaumes étaient le chant de guerre des protestants ; les cantiques d'Arius, en faisant pénétrer ses dogmes dans les ateliers et jusque dans les plus humbles maisons, lui assuraient de pacifiques conquêtes.
Le plus célèbre de ces chants fut la Thalie, écrite à Nicomédie, auprès d'Eusèbe. Arius y avait disposé
0) PmLOSTORGB, 11, 2. — Ces chants, âfftxara . étaient proba- Uement, comme la Thalie, adaptés à des airs connus. Ainsi le cantique des meuniers pouvait être calqué sur ces chants des meuniers,
ifxiiXia, dont parle PoUox (vu, c. 33, tm. 8).
(*) Saiht BàsiLB, Ifom^/ie sur Upt. I, u i, p. 90.
cemme un abrégé de su doetrine sur tes airs des chan-' seos de i'Egjptien Sotadès (^). Si l'on songe queThali»' éteh k nmse de la comédie,
Gomica tascira gftudét seraioneTlialîàO,
lé titre p»ratt assez inattendu. C'était sans doute celui d^v recueiF de Sotadès, avec le sens de fêle; de banqnelv DIstDS le Hmre d'Arius, il signifiait banquet spirituel. Ad' surplus, le modèle était des moins édifiants. Sotnd'ès dè-^ Màronée, undes poètes de la Pléiade, avait fait des vers lix^ncîeax etf fleuri dans le genre cinédèle (•). Si plûs-^^ dNin poète grec outragea la morale, presque toujours là* morale fut vengée. Archibque avait été banni; Soiadès reçuiun pire ehrâtîment. Ifc fut poursuivi' pour avoir fialit ' une satire sanglante contre Arsînoé, so&ur et femme flè^ Pteléméé Phiiddelphe, enfermé dans une caisse de ' plèmè'et jeté à la mer.
La Thalle d'Aritis; proclefraée par ses pa^rtlian^» une)' neiK^vell^ sagesse^t excite toutes les colères d'Athawase; »-TVouveraiit-on urre Thalie, s'écrie-t-il a^ee la* verre • » d'un pamphlétaire, parmi tant d'écrite sur rAnefen*i » el le Nouveau Testament, même parmi ceux des hie^l- » tèties sérieux? On ne la trouverait' que parmi tes" »' chansons baeh-icpre» destinées à égayer une eMopa^"* » gnia. au milieu; dés plaisanteries et des réjouissanees.' »-Gè' «erveiltetrx Arius, qui n'imite- rien^de gmvév qûi'^
(*) Saint âthanai e. De Synodis, 15, p. 5^2 ;; ^qc^ATs^ i, fi. (') AusoNE, Idylles^ xx, 3.
nommés de Kcveêv et ociS(ù<;, faire fiotugif^