ÉMOTION
dernier des attiques : non qu'il ait la diction maigre et décharnée qui était l'idéal de Brutus, excessif en tout ; avec les os et les nerfs de Lysias et d'Hypéride, il a, comme le veut Cicéron, leur sang, leurs muscles et leur coloris. Il en résulte une beauté simple, qui a d'autant plus de charme qu'elle semble plus négligée. Des pensées fines et vives, des traits d'esprit, des métaphores contenues ajoutent à l'agrément. Parle-t-il de ces synodes ariens qui se succèdent d'année en année, à la recherche d'une introuvable formule de foi : « Ce sont des courses d'évéques en tous sens pour apprendre comment il faut croire en Jésus-Christ (*). » Fait-il le portrait de Georges, l'usurpateur de son siège : chaque mot, dans sa simplicité, est un trait accentué; une image achève la pensée. « A peine est-il chrétien : il en a pris le nom » par occasion ; pour lui, la piété fut une affaire. Il ne » sait, au juste, ni ce qu'il dit, ni ce qu'il affirme ; c'est y^ une mouette qui suit la bande {*). y^
L'émotion n'est pas absente de ce langage simple et contenu. Point de mouvements violents, point d'appel au pathétique, et néanmoins on sent que chaque mot qui sort de la bouche de l'orateur s'échappe de son cœur et part d'un sentiment de profonde sympathie. « Nous nous réunissions en paix ; les peuples se réy^ jouissaient dans les assemblées et faisaient des progrès » dans la vie selon Dieu, quand tout à coup un édit du » préfet d'Egypte me donne pour successeur un Gré- » goire de Cappadoce, de sa suite. La nouvelle de cet » attentat, jusqu'alors inouï, répand partout la conster- » nation. Les peuples s'indignaient, criaient et protes-
(*) Saint Athamase, De Synodis^ % p. 573.
(•) Ibid., 37,p.60i.