ISAÏE, XXXII
(«) Tobie, IV, 19.
l'accusateur eût donné carrière à son bavardage I Comme il eût été persuasif, en disant : Il a méprisé ton lieu de prière ; il est contre ton œuvre ; il a ri en passant outré ; il a indiqué le désert pour suppléer au manque d'espace ; les peuples voulaient prier, il les eu a empêchés. Voilà ce qu'il voulait dire ; voilà ce qu'il cherchait ; il de supporte pas de ne rien trouver et finit par imaginer des paroles. S'il tenait ce langage, il me couvrirait de confusion, comme aujourd'hui il me fait injure, quand, à l'exemple du diable, il observe ceux qui prient. Il s'est mépris en lisant l'histoire de Daniel ; il t'a cru, l'ignorant ! possédé de l'esprit de Babylone, et ne savait pas que tu es Tami du bienheureux Daniel (*), que tu adores le même Dieu que lui, que, loin de les empêcher, tu veux que tous prient pour ton salut et la paix de tout toii règne.
18. — Telles sont mes plaintes contre mon accusateur. Toi, très-pieux Auguste, puisses-tu voir revenir de nombreuses années et célébrer la dédicace de notre église ! Les prières que tous ont faites pour ton salut ne sont point un obstacle à cette solennité. Qu'ils se gardent de ce mensonge, les ignorants I qu'ils apprennent des Pères et lisent les Ecritures, ou plutôt qu'ils apprennent de toi, un ami des lettres, ce que firent le fils de Josédec, le prêtre Jésus, et ses frères, le sageZorobabel, fils de Salalhiel, et Esdras, un prêtre, un scribe de la loi. Quand, après la captivité, le temple se relevait, à la fête des Tabernacles, jour de grande solennité et de prière pour Israël, ils rassemblèrent le peuple d'un commun accord dans le vaste vestibule de la principale
(^) Daniel, vi.
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entrée, tournée vers VOrient, y disposèrent Tautel de Dieu, firent les offrandes et célébrèrent toute la solennité (*). El ainsi, dans la suite, firent-ils les sacrifices les jours de sabbat et de renouvellement du mois, et les peuples élevaient leurs prières. Et l'Ecriture dit clairement que ces choses se faisaient et que le temple de Dieu n'était pas encore bâti ; ou plutôt il s'élevait et s'accroissait, au milieu de ces prières. Ni l'attente de la dédicace ne fut un empêchement aux prières, ni les prières des assemblées ne furent un obstacle à la dédicace. Le peuple continuait de prier, et lorsque tout l'édifice fut achevé, on fit la dédicace, on offrit les victimes de l'inauguration, et tous fêtèrent la fin des travaux. C'est ce que firent aussi le bienheureux Alexandre et les autres pères. Ils avaient déjà assemblé le peupie dans leurs églises, quand, après leur achèvement, ils rendirent grâce au Seigneur par la célébration de la dédicace. C'est aussi ce qu'il te convient de faire, ô empereur : l'édifice est prêt ; il a été purifié par nos prières ; il n'attend plus que la présence de ta Piété, la seule chose qui manque à sa parure. Puisses-tu remplir ce désir et, après avoir élevé une demeure à Dieu, lui offrir la prière qui lui est due I Tel est le vœu de tous. 19. — Accorde-moi d'examiner la dernière calomnie et permets-moi de m^en justifier. Us ont osé m'accuser d'avoir résisté à tes ordres, en refusant de sortir do mon église. Je les admire de ne point se fatiguer de calomnier ; comme eux, je ne me fatigue point, ou plutôt je suis heureux de me justifier : car plus il y a d'apologies, plus ils peuvent être connus.
(1) E8DIUS, I, m, 10,11.
J^aurais résisté aux ordres de ta Piété ? à Dieu ne plaise I Moi qui ne suis pas un assez grand personnage pour résister même au questeur de ville, j aurais désobéi à un si grand empereur ! Et, à ce sujet, qu est-il besoin de tant de paroles? Toute la ville me rend témoignage. Néanmoins permets-moi de reprendre l'affaire dès le principe. Si tu m'écoutes, tu admireras, j'en suis sûr, la dextérité de mes ennemis. Montanus vint m'apporter une lettre, comme si je t'avais écrit pour aller en Italie et pouvoir combler les vides que je crois voir dans Tordre ecclésiastique. Je rends grâce à ta Piété d'avoir daigné consentir^ comme si je t'avais écrit, et pourvu à ce que je pusse entreprendre ce voyage et l'achever sans fatigue; mais j'admire que ceux qui mentirent à tes oreilles n'aient pas tremblé, à la pensée que le mensonge est le propre du diable et que les menteurs sont étrangers à Celui qui dit : Je suis la vérité (*). Je n'avais point écrit ; une telle lettre, mon accusateur ne saurait la trouver ; et, quand il m'eût fallu écrire chaque jour pour jouir de ta vue bienveillante, il n'est ni saint d'abandonner les églises, ni juste d'être importun à ta Piété, surtout quand, même absent, je te vois acquiescer aux demandes qui concernent l'Eglise. Ordonne-moi de lire
les ordres que m'apportait Montanus. Les voici
20. Où donc trouvèrent-ils encore cette lettre, ceux qui m'ont accusé ? Je voudrais leur entendre dire qui la leur a donnée. Fais-les interroger , et tu apprendras qu'ils l'ont imaginée comme celle dont ils faisaient tant de bruit sous l'exécrable nom'de Magnence. S'ils sont en^ core pris en délit de mensonge, à quelle justification
(*) Saint Jean, xit, 6.
A l'empereur constance. 327
nous réduiront-ils désormais? Car tel est leur souci, telle est, je le vois, leur ardeur : tout agiter et tout troubler. Peut-être, à force de propos, t'irritent-ils enfin contre moi ; mais de tels hommes, il est juste de les repousser et de les haïr, parce qu'ils regardent comme leur ressemblant ceux dont ils sont écoutés et pensent que leurs calomnies pourront prévaloir même sur toi. Ainsi prévalut autrefois celle de Doëg contre les prêtres de Dieu (^) ; mais celui qui Técouta était Tinjuste Saûl. Ainsi Jézabel, par ses calomnies, put nuire au très-religieux Naboth (*) ; mais celui qui Técouta était Achab, le méchant et Tapostat. Quant à David, le très-saint David, dont il te convient d'être l'imitateur, comme tous le désirent, non-seulement il n'admettait pas de tels hommes, mais il les écartait comme des chiens enragés : Celui qui parlait en secret contre le prochain^ je le poursuivais (']. Et ainsi observait-il le précepte : Tu n' accueil' leras pas de vains bruits (^). Et vains aussi furent leurs propos auprès de toi ; car, comme Salomon, tu demandas au Seigneur, qui t'a exaucé, crois-le, d'éloigner de toi toute parole vaine et mensongère (*).
21 . — Du moment que cette lettre était une œuvre de calomnie et ne renfermait pas même l'ordre de venir, j'ai reconnu que ce n'était pas une volonté de ta Piété que je me rendisse auprès de toi. Tu ne m'invitais pas ouvertement à venir, tu m'écrivais comme si je t'avais moi-même écrit ; tu voulais redresser ce qui semblait
(«) Rois, I, XXII, 9.
(•) Ibîd., III, XXI, 7 et suit.
(') Psaumes, G, 5.
{*) Exode, XXIII, 1.
(*) Proverbes, xxx, 8. ^
défectueux : il était clair, sans que personne le dît, que la lettre apportée n'était pas l'expression de ta Mansuétude. C'est ce que tous reconnurent ; c'est ce que j'indiquai par écrit ; et Montanus sut que je ne refusais pas de partir, mais que je ne pensais pas qu'il me convînt que ce fût sur ma demande, afin de ne point faire trouver aux sycophantes un nouveau prétexte de dire que j'étais importun à ta Piété. II est certain que je fis mes préparatifs, comme le sut encore Montanus ; j'étais prêt, si tu avais daigné m 'écrire, à partir sur-le-champ et à m'empresser de me rendre à ton appel. Je n'étais pas un insensé pour résister à un tel ordre. Ta Piété ne m'écrivit pas. Pouvaîs-je me présenter sans avoir été appelé? Que parlent-ils de ma désobéissance, puisqu'il n'y eut point de commandement? N'est-ce pas encore une calomnie de mes ennemis, qui, dans leur imagination, donnent comme réalité ce qui est sans réalité? Et maintenant que je me justifie, je crains qu'ils ne bourdonnent partout, comme si je ne daignais pas me justifier, tant je suis pour eux un facile sujet d accusation , tant ils sont prompts à la calomnie, au mépris de l'Ecriture qui dit : N'aime pas à mal parler, pour ne point éire enlevé (*).
22. — Lorsque Montanus fut parti, vingt et un mois après, arriva Diogène le notaire. Il ne me remit pas de lettre, nous ne nous vîmes point, et il ne me signi*fia rien qui fît supposer un ordre. Quand Syrianus, le chef de l'armée, entra dans Alexandrie, comme les ariens répandaient certaines rumeurs et annonçaient que tout allait se faire à leur gré, je lui demandai s'il
(') Prof>erbe$^ xx, 13.
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avait une lettre qui autorisât leurs propos. Oui, je le confesse , je demandais une lettre qui fût un ordre. II me répondit qu*il n'en avait point; je demandai alors que Syrianus ou le préfet de l'Egypte, Maiimus. me donnassent cet ordre par écrit. Si je mettais une telle insistance, c'est que ton Humanité m'avait écrit de n'âtre troublé de rien, de ne point faire attention à ceux qui voudraient m 'effrayer et de rester sans inquiétude dans les églises. Ceux qui m'avaient apporté cette lettre sont Palladius, autrefois maître du palais, et Àstérius, qui fut chef militaire d'Arménie. Permets-moi de te lire la copie de ta lettre ; la voici.
23. — « Constance, vainqueur, Auguste, à Athanase. » Il n'a pas échappé à ton intelligence que j'ai toujours » souhaité le bonheur de mon frère Constant. Quand je y^ sus qu'il avait été enlevé par un complot des plus )> monstrueux des hommes, dans quelle tristesse fus-je » plongé I Votre prudence en peut juger aisément. » Mais, puisque, dans la présente circonstance, il se » trouve des gens pour tenter de t'effrayer de ce drame » lamentable, j ai cru devoir envoyer la présente lettre » à ta Dignité. Je t'exhorte à pratiquer le devoir d'un » évêque : instruis le peuple à se réunir dans la vraie h religion et vaque avec lui aux prières consacrées. » Ainsi nous est-il agréable : nous voulons que, confor- » mément à notre décision, tu sois en tout temps évê- » que dans ton Eglise. » Et d'une autre main : « Que la » Divinité te conserve pendant de longues années. Père > très-aimél »
24. — Ils parlèrent de cette lettre avec les juges; mais moi qui l'avais en main, n'avais*je pas raison de demander un écrit et de ne point me prêter téméraire-
ment à leurs prétextes? Et eux, en ne montrant point d'ordre de ta Piété, n'allaient-ils pas droit contre la pensée de ta lettre? Ils ne présentaient pas d'écrit, et moi je ne pensais pas que, sans écrit, leurs paroles fussent conformes à la lettre de ton Humanité : c'est, en effet, contre de telles paroles qu'elle me mettait en garde. Ma conduite fut donc juste, ô Auguste très-ami de Dieu : j'étais rentré dans ma patrie avec une lettre ; je n'en devais sortir qu'avec une lettre. Il ne fallait pas que J'eusse un jour à répondre d'avoir fui de mon église, mais que, parti par ordre, je pusse donner la raison de ma retraite. C'est ce que pensaient aussi le peuple et les prêtres, et, avec eux, une très-grande partie de la ville, pour ne pas dire plus, quand ils se rendirent auprès de Syrianus, près duquel se trouvait le préfet de l'Egypte, Maximus. Ils demandaient qu'on m'écrivit et qu'on m'envoyât une lettre, ou qu'on cessât de troubler les églises jusqu'à ce qu'ils eussent député vers toi. Comprenant la justice de ces vives instances, Syrianus prit ton salut à témoin et assura devant Hilaire qu'il ne nous troublerait plus, mais en référerait à ta Piété. C'est ce qui ne fut ignoré ni de la suite du général, ni de celle du préfet de l'Egypte. Le prytane de la ville conserve les termes mêmes, et tu peux apprendre que ni moi, ni aucun autre, n'avons résisté à un ordre de toi.
25. — Tous demandaient qu'on^ leur montrât une lettre de ta Piété. Sans doute, une seule parole de l'em* pereur a la même autorité qu'un écrit de sa main, surtout quand celui qui la transmet ose écrire ce qu'elle ordonne. Mais, du moment que ces hommes ne disaient point clairement qu'il y eût un ordre, qu ils ne le donnaient pas par écrit, comme on le demandait, et parais-
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saient tout faire d'eux-mêmes, je le confesse et le dis avec sincérité, je conçus des soupçons contre eux. Il y avait autour d'eux beaucoup d'arienis; ils mangeaient et prenaient conseil avec eux ; plus de liberté dans leurs actions; ils n'avaient souci qtie de me tendre des embûches et des pièges. Rien dans leurs actes qui parût résulter d'un ordre de l'empereur ; ils prouvaient euxmêmes qu'ils agissaient à la demande de mes ennemis. Cette conduite me forçait d'exiger une lettre avec plus d'instance ; tout m'était suspect, leurs tentatives et leurs projets ; et, rentré dans mon église avec tant de lettres, il ne me convenait pas d'en sortir sans lettre.
Sur la foi de Syrianus, tous les fidèles se réunissaient dans les églises avec joie et sans inquiétude. Hais, vingttrois jours après avoir donné sa parole, il envahit l'église avec des soldats; pendant que nous faisions les prières habituelles : c'est ce qu'ont vu ceux des soldats qui sont entrés ; on célébrait la veillée de la synaxe du lendemain. Il arriva dans cette nuit des choses telles que les voulaient et d'avance les avaient annoncées les ariens. Ils formaient l'escorte du général, quand il entra ; ils étaient les chefs et les conseillers de l'irruption. Conduite qiii n'a rien d'incroyable, Auguste très-ami de Dieu : car ils n'échappèrent point aux yeux, et tout fut divulgué. A la vue de l'invasion, j'invitai d'abord les peuples à se retirer, et c'est seulement après eux que, caché et conduit par Dieu, comme l'ont vu ceux qui étaient avec moi, je me retirai moi-même. Depuis ce temps, je restai caché, sûr de me justifier auprès de Dieu et de ta Piété. Non, je n'ai point fui, je n'ai point abandonné mon peuple, et j'ai pour témoin de la persécution l'irruption du général, qui fut pour tous le plus
grand sujet d'étonnement. Il lui fallait ou ne pas engagersa parole, ou, après Tavoir engagée, ne point mentir. 26. — Que voulaient-ils donc? pourquoi la ruse et ces embûches, quand ils pouvaient commander et n'avaient qu'à écrire? car quelle assurance ne donne pas un ordre de rempereur/ Mais cette volonté de se dérober rendait plus clair le soupçon qu'ils n avaient point d ordre. Que deraandais-je de déplacé, ô empereur ami de la vérité? qui ne conviendrait qu'une telle demande était bien dans la bouche d'uh évéque? Tu sais, toi qui lis les Ecritures, quel crime c'est pour un évêque de déserter son église et de ne pas prendre soin du bercail de Dieu. L'absence des pasteurs n'est-elle pas pour les loups une occasion de se jeter sur le troupeau? C'est ce que cherchaient les ariens et les autres hérétiques, afin que, par mon absence, ils trouvassent le champ libre pour tromper les peuples et les jeter dans rimpiété. Si j'avais fui, quelle apologie présenterais-je aux vrais évéques? ou plutôt à celui qui m'a confié le troupeau, à celui qui juge toute la terre, au véritable et souverain roi. Notre Seigneur Jésus-Christ, le Fils de Dieu? N'aurait-on pas raison de me faire un' crime d'avoir négligé mon église? Ta Piété ne m'adresseraitelle pas ce juste reproche? Pourquoi, après être rentré avec une lettre, te retires-tu sans lettre et abandonnes-tu les peuples? Et les peuples, au jour du jugement, ne rejetteraient-ils pas sur moi leur abandon ? ne diraientils pas : lia fui, celui qui nous surveillait, et nous fumes négligés ; il n'était personne pour nous avertir. A ces plaintes que répondrai&je? car tel était le reproche qu'adressait Ezécbiel aux anciens pasteurs (^); telle est la
(1 ) EzÉCHiEL, XXXIY, 2.
A l'empereur constance. 383
pensée du bienheureux apôtre Paul, quand, s'adressaot à son disciple, il dit à chacun de nous : Ne négligerai la grâce qui est en Un, la grâce qui fa élé donnée par V imposition des mains des prêtres (^). Telle était aussi ma crainte, quand je ne voulais pas fuir, mais recevoir un ordre, si telle était la volonté de ta Piété. Je ne reçus point ce que je demandais avec justice, et c'est à tort qu'aujourd'hui je suis accusé devant toi. Non, je ne résistai pas à un ordre de ta Piété et je ne tenterai pas de rentrer dans Alexandrie, sans que ton Humanité le veuille. Je m'empresse de le déclarer, afin que les sycophantes ne trouvent point prétexte à une nouvelle attaque.
27. — Ces considérations m'empêchaient de me trouver coupable et je m'empressais avec cette apologie vers ta Piété, connaissant ta clémence, gardant le souvenir de tes infaillibles promesses et plein de confiance dans ces mots des divins Proverbes : Les justes raisons ^ont accueillies dun roi ami des hommes (•). Déjà je me mettais en chemin et je sortais du désert, quand toutà-coup se répandit un bruit, qui d abord semblait incroyable, mais dont la suite a montré la vérité. On disait partout que Libère, évêque de Rome, le. grand Hosius d'Espagne, Paulin des Gaules, Denys et Eusèbe d'Italie, Lucifer deSardaigne, d'autres évêques, des prêtres, des diacres avaient été bannis, parce qu'ils se refusaient à souscrire contre moi. Pendant qu'ils partaient pour lexil,' Vincent de Capoue, Fortunatianus d'Aquilée, Hérémius de Thossalonique et tous les évêques d'Occident avaient soufi*ertune violence peu commune, une
(^) A Timothée, I, iv, 14.
(*) Proverbes, xvi, 13.
grande contrainte et de cruelles injures Jusqu'à ce qu'ils eussent promis de renoncer à ma communion.
J'étais dans la stupeur et l'hésitation, et voilà que d'Egypte et de Libye arrive une autre nouvelle. Pr^ de quatre-vingt-dix évoques avaient été persécutés et leurs églises livrées à ceux qui confessent les dogmes d'Arius; seize avaient été exilés ; les autres avaient pris la fuite ou s'étaient vus contraints de feindre. Telle était, disait-on, la violence de la persécution, qu'à Alexandrie, pendant que les frères priaient, le jour de Pâques et les dimanches, dans un lieu désert, près du cimetière, le chef militaire, avec plus de trois mille soldats portant des armes, des épées nues et des traits, s'était précipité sur les chrétiens et avait donné lieu à ce qu'on devait attendre d'une telle irruption contre des femmes et des enfants qui ne faisaient que prier Dieu. Peut-être ne convientil pas aujourd'hui de raconter ces choses, de crainte que leur seul souvenir ne fasse Venir des pleurs à tous les yeux. Telle fut la cruauté, que des vierges furent dépouillées de leurs vêtements, et que les corps de ceux qui avaient succombé aux coups ne furent pas immédiatement remis pour être ensevelis , mais jetés dehors en pâture aux chiens, jusqu'à ce que les parents les dérobassent, avec beaucoup de péril, en cachette et en grande peine d'être découverts.
28. — Peut-être le reste paraîtra-t-il incroyable, et, à force d'atrocité, frappera tous les hommes de stupeur. Il faut cependant parler, afin que ta sollicitude et ta piété amies du Christ apprennent que toutes ces calomnies et ces délations n'ont d'autre but que de me chasser des églises et d'y introduire l'impiété. Quand ces vrais et vénérables évêques eurent été bannis ou réduits à fuir.