A L*EMPEREUR CONSTANCE
des païens, des catéchumènes, les premiers du sénat 'et les plus illustres par la richesse, reçoivent des ariens Tordre d'enseigner, à la place des chrétiens, la foi pieuse. On ne cherchait plus, suivant le précepte de TApAtre, si quelqu'un élait irrépréhenêible (^); mais, à la manière de l'impie Jéroboam (*), celui qui donnait plus d'or était nommé évêque. Et peu leur importait qu'il fût païen, pourvu qu'il donnât de l'or. Les évêques, ordonnés par Alexandre, des moines et des ascètes, furent exilés, et ces habiles artisans de calomnies ne négligèrent rien pour violer la constitution apostolique et souiller les églises. Quel fut le fruit de leurs calomnies? Il leur fut donné de transgresser la loi et de se porter à ces extrémités en ton temps : aussi est-ce contre eux qu'il a été écrit : Malheur à vom par qui mon nom est blasphémé parmi les nations (') .
29. — Malgré ces rumeurs et le bouleversement de toutes choses, jo ne ralentis pas mon empressement et je me mis en route pour me rendre auprès de ta Piété; je mettais d'autant plus d'ardeur que j'étais convaincu que ces choses se faisaient contre la pensée de ta Piété. Je me disais que, si ton Humanité apprenait ce qui se passait, elle l'empêcherait de se renouveler à l'avenir : car un religieux empereur ne peut vouloir que des évoques soient bannis, des vierges dépouillées et les églises jetées dans le troubre. Telles étaient mes réflexions et je m'empressais sur les chemins'; mais voici quem'arrive une troisième nouvelle. On dit que des lettres ordonnent aux tyrans d'Axum de renvoyer l'évéque Frumentius^
Q) A Timothée, I, m, 2.
(•) Bois, III, XII, 31.
(') Aux Romains, n, 24.
de^me rechercher jusque chez les barbares, dem'amener sous escorte conformément au formulaire des préfets, de contraindre les peuples et les clercs de communiquer avec l'hérésie arienne, et, s'ils n'obéissaient pas, de les faire périr. Et ce n'était pas une simple rumeur; les faits mêmes parlaient. 'Si ton Humanité le permet, voici la lettre que ces malheureux lisaient sans cesse, avec menace de mort.
30. — « Constance vainqueur, très-grand , Auguste, » aux Alexandrins.
» Votre ville , fidèle à ses antiques traditions et au » souvenir de la vertu de ses fondateurs, vient encore > aujourd'hui de montrer son habituelle obéissance. » Quant à nous , si nous n'effacions même Alexandre » par notre sollicitude pour elle, nous ne nous ferions » pas de faibles reproches. C'est le propre d'un esprit » sain de montrer sa réserve en tout ; mais, accordezy> moi de le dire, il appartient à la royauté de saluer » avant toutes choses votre vertu. Vous avez été les pre- » miers à établir des maîtres de sagesse et à comprendre » la voix de Dieu, vous qui avez choisi les meilleurs » guides , accueilli avec empressement notre décret, » chassé, comme il le méritait, le trompeur et l'impos- » teur, adhéré, comme il convenait, à des docteurs » d'une gravité et d une vertu merveilleuse.
» La plupart des citoyens étaient aveuglés : on voyait » dominer un homme qui, s'élançant des profondeurs de » l'abîme et comme s'il était en pleines ténèbres, entrai- » nait au mensonge les âmes avides de vérité, n'offrait » jamais une parole fructueuse et séduisait à force de y> prestiges. Les flatteurs acclamaient, applaudissaient, » s'émerveillaient ; à cette heure , ils grondent encore
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^ entre les dents ; les simples suivaient. C'était un débor- » dément qui, au milieu de la négligence universelle, » emportait tout. En tête de la foule était un homme qui , » pour parler en toute vérité , ne différait en rien des » artisans sédentaires et ne rendait à la ville d'autre ser- » vice que de ne point précipiter ses» citoyens dans des ^ gouffres. Mais ce généreux et illustre personnage n'a » pas attendu ia sentence ; il s'est lui-même condamné
> en prenant la fuile. Il est de l'intérêt même des bar- » bares de le faire disparaître, de peur qu'il ne persuade » rimpiété à quelques-uns d'entre eux , pleurant ses » malheurs, comme dans un drame, devant les pre- » miers venus. On lui dira donc un long adieu.
» Pour vous, il me faut vous ranger avec un petit nom- » bre, ou plutôt vous honorer seuls entre tous, vous qui » êtes aussi supérieurs eh vertu et en intelligence que le » proclament vos actes, célébrés, peu s'en faut, par toute » la terre. Quelle prudence! Puissé-je entendre encore » autant de messagers raconter et glorifier votre con- » duite, ô vous qui, par votre ardeur pour la vertu, avez » surpassé vos ancêtres et donnez à vos contemporains » et à la postérité un si bel exemple l Vous avez été seuls )> à choisir, à cause de ses mœurs, le guide le plus par- » fait pour la parole et la conduite dps âmes. Vous n'a- » vez point hésité, vous avez virilement changé de sen- » timents, vous vous êtes unis au reste de l'Eglise. De » ces soucis terrestres, vous vous êtes élevés aux choses » célestes, sous la conduite du vénérable Georges, le
> plus expérimenté des hommes dans de tels exercices. » Puissent ensemble tous les habitants de votre ville
» se fixer à sa voix comme à une ancre sacrée, afin que » nous n'ayons plus besoin d'employer le fer ou le feu
1» à la guérison des âmes souillées! Nous leur conseil- » Ions de renoncer à leur. zèle pour Athanase, d'oublier » ce bavardage redondant, et de se rappeler qu'ils s'ex* » posent aux derniers dangers. Se trouvera-t-il un » homme, même parmi les plus habiles, pour en sauver » les séditieux? Il serait absurde de poursuivre de con- » trée en contrée le misérable Atb.anase, pris en flagrant » délit d'infamie, pour lui infliger le supplice qu'il mé-
> rite, qutind il faudrait lui enlever dix fois la vie, et )) de laisser s'agiter ses flatteurs et ses ministres, des 1» charlatans, des hommes tels qu'il est honteux de les y> nommer et que depuis longtemps les juges ont reçu » Tordre de mettre à mort. Peut-être ne mourront-ils » pas encore, si, renonçant à leurs premières fautes, » quoique tard , ils reviennent enfin à résipiscence. )> Ils avaient pour chef le scélérat Athanase, le fléau de
> la République, qui porta sur les hommes les plus » saints ses mains impies et criminelles. »
31 . — Voici la lettre écrite au sujet de Frumentius, évêque d'Axum, aux tyrans de ce pays.
« Constance vainqueur, très-grand, Auguste, à Aïza-
> nas et Sazanas (^).
(') Une inscription ea langue grecque, relevée sous le nom d'Inscription â^Axum, fait connaître, avec les titres de ces deux princes, les peuples qui formaient leur empire. Aîzanas, qui favait fait poser en commémoration d'une victoire de son frère Saîzanas, qu'il n'avait pas encore associé à la royauté , s*y intitule c roi des > Axomites et des Homérites, de Rhada, des Ethiopiens et de Sylé, » de Tiamo, des Bongaltes et de Roca, roi des rois, fils du dieu i invincible Ares. • II régnait donc sur toute TAbyssinie jusqu'à Zeila (Sylé), au-delà du détroit de Babel-Mandeb. Etait-il encore païen, ou mélait-il des restes de paganisme à son christianisme? On ne saurait le dire; mais il ne faut pas s'étonner de le voir se dire