Le Fiis de Dieu, notre Seigneur et notre Sau
(«) Exode, XX, 13.
yeur Jésus-Christ, qui, fait homme pour nous, a aboli la mort et affranchi le genre humain de la servitude» nous a, entre toutes ses grftces, fait celle d'avoir sur la terre une image de la sainteté des anges , je veux dire la virginité. Aussi celles qui possèdent cette vertu sont-elles appelées fiancées du Christ par TEglise catholique. Les voyant, les hellènes les admirent comme des temples du Verbe : car chez les seuls Chrétiens prospère cette vénérable et céleste institution, qui même est un grand témoignage que chez nous se trouve la réelle, la vraie vénération de Dieu. Ton père d'heureuse mémoire, le très-pieux, Tauguste Constantin, les honorait entre toutes ; ta Piété, dans ses lettres. les appela souvent honorables et saintes. Mais maintenant les admirables ariens qui nous calomnient et entourent les évêques d'embûches, les traduisent devant les juges, leurs ministres dociles, les dépouillent de leurs vêtements, les suspendent aux hermétairies (^) et leur frappent tant de fois les flancs de trois coups de suite, que jamais les vrais malfaiteurs ne subirent pareil supplice. Pilate autrefois, sollicitant la faveur des Juifs, perça d'un coup de lance un des flancs du Sauveur ; eux, ils surpassent encore la fureur de Pilate : ce n'est pas un seul, mais les deux flancs qu'ils déchirent; car les membres des vierges sont par excellence les membres du Sauveur. Il suffit que Ton raconte de tels forfaits pour que tous
[') Les kermès, Ipuac, étaient, od le sait, des bustes d^Hermàs surmontant des stèles oblongues. Les het^métairies, Ipayjraoca, étaient des piliers auxquels ou attachait les coupables condamnés k la flagellation pour leur iniQiger le supplice. H est probable qu*ati moins dans le principe elles étaient, comme les htrmèê, surmontées d'une tête de Mercure. "^
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frissonnent à lear récit; eux seuls, non-seulement ils ne tremblent pas de dépouiller et de déchirer les membres purs que les vierges ont consacrés à notre seul Sauveur le Christ, mais encore, pour comble d'horreur, lorsque tous leur reprochent une telle cruauté, au lieu de rougir, ils prétextent un ordre de ta Piété : tant ils sont audacieux en tout et pervers dans leurs desseins I Non, on n'a pas ouï que, même pendant les persécutions, il se soit rien fait de tel ; et si un tel forfait s'est jamais rencontré, il ne convenait, quand tu es chrétien, ni que la virginité souffrit cette injure et ce déshonneur, ni que ces malheureux rejetassent leur cruauté sur ta Piété: car c'est un mal personnel aux seuls hérétiques d'être impies envers le Fils de Dieu et cruels envers ses saintes vierges.
34. -*- Quand les ariens se livraient à tant et de tels crimes, je n'ai point failli en obéissante la divine Ecriture : Cache-toi^ dit-elle, pour un moment, jusqu'à ce que passe la colère du Seigneur (^]. Tel fut le nouveau motif de ma retraite, Auguste très-ami de Dieu ; je n'ai refusé ni de partir pour le désert, ni, s'il l'eût fallu, de descendre du haut du rempart dans une corbeille (*). J'ai tout supporté et j'ai habité avec les bêtes sauvages, jusqu'à ce que vous fussiez passés. J'attendais l'occasion d'un tel discours et j'avais la confiance que les calomniateurs seraient convaincus, que ton Humanité se montrerait. bienheureux et très-pieux Auguste, qu'eusses-tu préféré? que je vinsse, quand mes calomniateurs me cherchaient, ardents de fureur? ou, selon ce qui est écrit,
(•) Jsaïe, XXVI, 20.
(•) Aux Corinthiens, II, xi, 33.
que je me cachasse un moment, afin que, ce pendant, les sycophantes fussent convaincus d'hérésie et que ton Humanité se manifestât? Eusses-tu voulu, ô empereur, que je comparusse devant tes juges, afin que, quand tu n'avais écrit qu'en vue d'une simple menace, sans comprendre ta pensée et excités par les ariens, ils me fissent périr en vertu de ta lettre, et, à cause de cette lettre, t'imputassent ma mort ? Il ne me convenait, ni de me présenter de moi-mpme, ni de me livrer pour qu'on versât mon sang; il ne convenait pas qu'un empereur, ami du Christ, prît à son compte des meurtres de chrétiens, des meurtres d'évéques.
35. — Il a donc mieux valu me cacher et attendre cette occasion. Oui, je sais que, grâce à ta connaissance des divines Ecritures, tu m'approtoves et applaudis à ma conduite. Voilà que, dans le silence de ceux qui t'irritaient, a paru ta religieuse clémence ; voilà qu'il a été démontré à tous que, même dans le principe, ce n'était pas toi qui persécutais les chrétiens, mais que c'étaient nos ennemis qui dévastaient les églises pour répandre partout leur impiété, et que, si je n'avais pris la fuite, j'aurais depuis longtemps été pris dans leurs complots. Car ceux qui n'ont pas refusé de proférer contre moi de telles calomnies devant un si grand prince, ceux qui se sont portés à de tels attentats contre des évêques et des vierges, poursuivaient évidemment ma mort. Mais grâces soient rendues au Seigneur qui t'a donné l'empire, tous ont proclamé ta clémence et leur méchanceté, qui m'a, dans le principe, fait prendre la fuite, afin que je pusse t'adresser cette justification et que tu trouvasses quelqu'un pour exercer ton humanité.
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Je t'en supplie, puisqu'il est écrit: Une humble réponse écarte la colère (*) ; puisqu'il est dit encore : Les justes raisons sont accueillies du roi (*), accueille cette apologie, rends tous les évêques et tous les clercs à leurs patries et à leurs églises. Ainsi sera dévoilée la méchanceté des calomniateurs, et toi, maintenant et au jour du jugement, tu pourras dire avec confiance au Seigneur, notre Sauveur et notre souverain roi, Jésus-Christ : Je n'ai fait périr aucun des tiens [^). Ce sont eux qui ont comploté contre tous ceux qui t'appartenaient ; moi, je me suis affligé sur ceux qui sont morts, sur les vierges déchirées de coups, sur tous les maux faits aux chrétiens; j'ai rappelé les exilés et les ai rendus à leurs églises.
(*) Proverbes, xv, 1.
(«) Ibid., xvi,'i3.
(') Saint Jean, xviii, 9.
1. — J'entends dire que Léontius, Tévêque actuel d'Antioche , Narcisse de Néroniade , Georges de Laodicée et les ariens de leur secte, répandent mille bruits injurieux sur moi et m'accusent de lâcheté, parce que, lorsqu'ils me cherchaient pour me faire périr, je ne me suis pas offert à leurs coups. A leurs injures et à leurs calomnies, je pourrais répondre par des faits qu'ils ne sauraient nier et que condamnent tous ceux qui les ont entendu articuler contre eux; mais je ne me laisserai pas entraîner à leur dire autre chose que cette parole du Seigneur : Le mensonge vient du diable {^), et ce mot de l'Apôtre : Les insulteurs n'hériteront point du royaume de Dieu [*). Il suffit de montrer par là qu'ils ne règlent sur l'Ëvaûgile ni leurs pensées ni leurs actes, et n'estiment beau que ce qu'ils veulent, au gré de leurs passions.
2. — Mais , puisqu'ils se donnent les airs de m'accuser de lâcheté, il me faut écrire quelques mots qui montreront la perversité de leur caractère, leur ignorance de la sainte Ecriture, ou, s'ils la connaissent, leur incrédulité sur la divine inspiration de ses oracles. S'ils croyaient , ils n'oseraient pas contre elle et ne riva-
(•) Saint Jean, Ep, I, ii, 21.
n Aux Corinthiet^, l, yi, 10.
Useraient pas de-méchanceté avec les Juifs , meurtriers du Seigneur. C'est Dieu qui a donné ce précepte : Honore ton pire et ta mire (*), et cet autre : Que celui qui parle mal de son pire et de sa mire , périsse de mort {*). Mais eux, ils se font des lois en sens contraire, changent Thonneur en déshonneur et s'arrogent l'argent que les fils doivent à leurs parents ; ils lisent les actions de David, et leurs soucis sont en contradiction avec elles; ils font un crime aux innocents de prendre et d*égrener des épis le jour du sabbat (•), et eux-mêmes ne se mettent en peine ni des lois ni du sabbat, corriblant ainsi leurs iniquités. Dans la perversité de leur caractère , ils portent envie au salut des disciples et ne tendent qu'à faire prévaloir leur opinion personnelle. Aussi ont-ils reçu le prix de leur transgression., devenus profanes, et traités désormais de princes de Sodome et de peuple de Gomorrhe (*) ; et il ne me semble pas que moindre soit le châtiment qui leur est infligé, rinconscience de leur propre déraison. Car ils ne comprennent pas ce qu'ils disent et pensent même savoir ce qu'ils ne savent pas. Us n'ont qu'une science, celle de mal faire et d'imaginer chaque jour des méfaits pires que ceux de la veille.
S'ils attaquent ma fuite, ce n'est pas par vertu, dans le désir de me voir agir en homme de coeur. D'où viendrait un tel vœu à des ennemis pour des hommes qui ne courent pas avec eux la carrière du mauvais esprit? C'est par malice qu'ils bourdonnent partout de tels
(«) Exode, XX, i%
{*) Ibid., XXI, 17.
(*) Saint Matthieu, XII, i.