CONCILE
» ment(^]. » Arius se plaint dans une lettre à la fois humble et insolente; Alexandrie s'agite et brise les statues impériales.
Constantin, impuissante étouffer lui-même l'incendie qui menaçait d'embraser l'empire, traduit au tribunal de TEglise universelle celui qui l'avait allumé. A sa voix^ se réunissent dans la petite ville de Nicée trois cent dixhuit évêques. « C'était, selon l'expression d'Eusèbe, la couronne du sacerdoce, formée des fleurs du monde entier. » C'était aussi l'Eglise qui se posait comme puissance devant l'empire. Constantin le comprit. Attentif aux discussions, conciliant, persuasif, il ne^ parle que de concorde et ne demande que la tranquillité du monde. Il honore les évêques, les caresse, les réunit dans un festin, et, au départ, leur donne des lettres pour les absents, recommandant toujours la paix et l'union (*).
Athanase avait suivi l'archevêque Alexandre; il fut, derrière lui, l'âme du concile. C'est ce que disent Sozomène ('), Socrate (*], saint Hilaire ('), et les Pères du synode d'Alexandrie (•). Le concile termina ses travaux
(^) EusÈBE, Vie de Constantin, m, 4.
(«) Ibid., 13-22.
(•) UleïdTov elvat ecîoÇe [lépoç rriç Trepl raOra ^ovlriç.
SOZOHÈNE^ I. 16.
{*) SOGRATE, ï, 8.
(^) c Hujus intimandse cunctis fidei Athanasîus, in nîcaea Sy- ]> nodo^ vehemensauctor exstîterat. » Saint Hilaire (éd. maurina)^ fragm. ii, 33, t. ii^ p. 646.
(*] « Les ariomanites portaient tout leur chagrin contre le| diacre » Athanase. Leur inquiète curiosité leur apprenait qu'il était tou- D jours avec Tévéque et en était honoré. Il le virent à Tépreuve au » synode de Nicée, dans la hardiesse qu'il déploya contre leur im- » piété^ et sentirent grandir leur haine. » Dans saint athanase^
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parla condamnation d'Arius et la célèbre profession de foi qui, sous le nom de Symbole de Nicée, est restée la. . base du dogme catholique. Elle fut souscrite par tous S le^Pères, à l'exception de deux évoques d'Egypte. Second de Ptolémaïs et Théonas deMarmarique. L'orgueilleux évêque de Nicomédie dut céder à l'impérieuse volonté du maître et préférer à l'exil l'humiliation de confesser la doctrine qu'il avait combattue, raillée et maudite. « Eusèbe, lui dit Second, tu as signé pour ne )> point être banni ; mais j'ai foi en Dieu qu'avant un » an tu seras exilé comme nous (*). » Trois mois après, en effet, Eusèbe perdait le fruit de sa lâcheté et suivait dans l'exil Arius, Théonas et Second.
Le concile de Nicée est l'événement le plus considérable des premiers siècles de l'ère chrétienne et de beaucoup plus important que la conversion de Constantin. Constantin, en substituant, comme culte d'Etat, le christianisme au polythéisme, avait habilement consommé un fait qui s'accomplissait malgré les empereurs; le concile de Nicée établit la religion qui venait de prendre possession de Tempire, sur l'indispensable fondement sans lequel s'ébranlent, incapables de consistance, et finissent par s'écrouler les institutionsqui semblent les plus solides et les plusdurables. L'Ecriture sainte prêtait trop à l'interprétation pours opposer seule aux témérités du libreexamen et empêcher la doctrine victorieuse de se dissoudre, au milieu de la sécurité du triomphe, en sectes rivales. Il fallait un code suprême qui dominât l'Eglise, maintînt l'unité et réglât la foi, d'une telle précision, qu'au moins sur les points essentiels il fît disparaître les di-
(*) Philostorge^ 1, 10; Nicétas, Thésaurus orthod. fidei, v, R.
vergences d'opinion, d'une telle autorité que toutes les consciences s'inclinassent devant ses arrêts. Malgré la présence et la préférence déclarée de l'empereur, ce code fut discuté avec indépendance et le respect dû à la liberté de pensée. On voudrait néanmoins que le désir impérial et la crainte de l'exil n'eussent point pesé sur les souscriptions. Les décisions du concile, votées avec sincérité par la plus grande partie des Pères, n'auraient certes pas moins d'autorité, si elles n'avaient pas obtenu les suffrages des lâches évêques de cour qui, à dix ans de distance, condamnèrent Ârius à Nicée et Athanase à Tyr.
A la mort d'Alexandre, arrivée en 326, un an après le concile de Nicée, son successeur semblait désigné. Lui-même l'avait indiqué au choix des évêques. « Aussi- » tôt, dit Grégoire de Nazianze avec une allusion ora- » toire aux anciens proèdres et à l'épistate d'Athènes, » Athanase se voit confier la présidence du peuple, c'est- » à-dire la surveillance du monde entier (*). » Tel fut, en effet, le caractère de l'épiscopat d'Athanase; mais tout alla-t-il ainsi de soi?
Quand une église avait perdu son pasteur, les évêques de la province se réunissaient pour lui donner un successeur, en prenant les suffrages du peuple et du clergé. Assemblés, au moins, au nombre de trois et munis du consentement des absents, ils devaient proposer les
(*) UpoeâpioLVj Imcnacriocy,... Saint Grécoiri de Nazunze, /» laudem Athanasii, 1, p. 389, b.