‹ Saint Athanase, etude litteraireChapitre 23 sur 142 · ARCHEVÊQUE D'ALEXANDRIE · texte numérisé non relu

ARCHEVÊQUE D'ALEXANDRIE

candidats, présider Télection, juger de sa validité et instituer le nouvel évêque (*). Présidents, juges et consécrateurs, ils avaient encore l'initiative. Quand Athanase, par son grand ascendant, dominera TEgypte, ces prérogatives mettront les élections dans sa main ; mais, aux époques troublées, et dans des villes comme Alexandrie où le peuple était trop maître, les évéques devaient, comme je lai fait remarquer au sujet d'une élection tout aussi combattue, parce qu'elle inspirait les mêmes terreurs (*), accepter, de gré ou de force, le choix de la multitude et subir une sorte de suffrage universel. Cétait le grand désespoir de Grégoire de Nazianze. « C'est, di- » sait-il dans Toraison funèbre de saint Basile, seule- » ment à la partie la plus pure et la plus éclairée de » l'Eglise, aux clercs et aux moines, que devraient ap- » partenir les élections, et non, pour le malheur delà )► religion, aux plus riches et aux plus puissants, à » l'emportement et à la déraison du peuple, à la vile » populace. Que j'ai peur de trouver les fonctions de » l'Etat mieux organisées que les nôtres, où la grâce de » Dieu est mise aux voix, sous l'empire de la crainte » plutôt que de la raison (')! » Se fût-on bien trouvé de l'omnipotence des moines? Mais se trouvait-on mieux de celle d'une multitude ignorante et toujours menée ? Des intrigues, des agitations populaires, des violences, des meurtres, voilà le spectacle que, dans les ouvrages des Pères, offrent souvent les élections épiscopales. Faut-il donc prendre à la lettre le récit que Grégoire

(*) Concile de Nicée, canon 4.

(*) Etude historique et littéraire sur saint Basile, p. 83 et suiv.

(') Saint Grégoire de Nazianze, In laudem Basilii, 26, p. 791.

de Nazianze fait de Télection d'Athanase? Il parle à un demi-siècle de distance, loin d'Alexandrie, à Constantinople, en pleine défaite de Tarianisme et au milieu du triomphe de l'orthodoxie, à l'heure où, dans l'oubli des périls des premières luttes, la légende commence à prendre la place de l'histoire. D'ailleurs Grégoire n'est pas un historien, mais un panégyriste qui parfois semble moins se préoccuper de l'éloge de son héros que d'allusions satiriques à l'adresse des évêques de son temps. « Ce n'est pas, dit-il en précisant ses premières » paroles, d'après le pernicieux usagequi estaujourd'hui » en honneur, mais par le suffrage de tout le peuple; ce » n'est pas par le meurtre et la tyrannie, mais aposto- » liquement et spirituellement qu'Athanase est élevé » sur le trône de Marc (*). » Si l'on songe que nous sommes dans Alexandrie, au premier foyer de l'arianisme, au lendemain du concile de Nicée et dans toute l'effervescence des passions religieuses, dans cette Alexandrie où hier encore chaque curé avait sa doctrine et son peuple d'adeptes, dans cette Egypte depuis longtemps divisée en deux camps par un grand schisme, plus divisée encore par raniraositédes luttes présentes, est-il possible d'admettre que ce jeune diacre, jalousé des uns, haï d'un plus grand nombre, n'eût qu'à sortir de son cabinet de secrétaire pour monter, au milieu d'un assentiment universel, sur le trône d'Alexandre? Son panégyriste insinue plus encore. C'est , malgré lui, comme tant de grands évêques, qu'il aurait été proclamé : «Le vrai successeur n'est pas celui qui fait violence, » mais celui qui subit la violence (').» De mieux en

(*) Saint Grégoirb de Nazianze^ In laudem Athanasii, S, p. 390. («) Ibid.

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mieux contre tant d'évêques prévaricateurs dont Torateur n'avait pas à se louer et qui, à force de cabales, le firent enfin descendre du siège de Constantinople.

Heureusement d autres récits permettent d'entrevoir la vérité. Athanasen'y perdra rien; seulement, au lieu d'un personnage de convention, nous trouverons un homme qui eut conscience des périls de l'Eglise et sut résolument les affronter. D'abord, cet homme qui, malgré lui et d'enthousiasme, est porté par le flot populaire, au milieu d'un égal enthousiasme des évêques, shr le trône d'Alexandre, n'a pas même été son successeur immédiat. Alexandre l'avait envoyé à la cour, et Mélèce, qui n'était pas arien, qui n'était pas même hérétique, avait profité de son absence pour faire élire un inconnu du nom deThéonas. Parqui connaissons-nous cette élection, qui n'est pas plus surprenante que tant d autres? par un ami d'Athanase, passionné, mais très-instruit des affaires ecclésiastiques (*). Saint Epiphane ne s'est point laissé faire un conte. Est-ce dans le siècle même, du vivant des contemporains et pour un tel siège, que l'on invente des archevêques imaginaires?

Théonas mourut au bout de trois mois ; il n'avait fait que différer la lutte définitive dont le résultat n'était autre que le triomphe ou la défaite de l'orthodoxie en Egypte. « Mais, continue Epiphane, après la mort de » Théonas, Athanase arrive ; un synode d'ortho<ioxes » est réuni et met sur le trône celui qu'y appelaient le » suffrage d'Alexandre et la volonté de Dieu (*). » Ecoutons maintenant Philostorge^ un ennemi. « A la mort

{*) Saint Epiphane, Hér, lxviii, 7, p. 702, d ; Hér., lxix, 11, p. 735, d.

(«) Ibid.

» d'Alexandre, les suffrages se partagaient. Vers le soir, » Athanase se retire dans l'église de Denys, et, trouvant » deux évêques égyptiens, il commande à ses partisans ^ de fermer les portes, se fait ordonner par ces évêques, » malgré leur résistance, et, pour cette faute, est ana- » thématisé parle synode des évêques présents à Alexan- » drie (*). » Si l'on passe sur les exagérations, on ne trouvera ces deux récits contradictoires qu'en apparence. Les évêques, comme toute TEgypte, étaient partagés en deux camps : d'un côté, les orthodoxes, les amis d'Athanase; de l'autre, les ariens cachés, peut-être des ariens sans le savoir, les méléciens, les évêques mondains, unis par la même peur et confondus sous la même appellation d'hétérodoxes : « car, dit Grégoire de Nazianze, » notre ennemi est toujours hérétique. » Deux synodes étaient en présence : l'un, peut-être le moins nombreux, fit seuil 'élection ; l'autre la condamna et an athématisa le vainqueur.

C'est ce qui ressort même de la justification par laquelle, quatorze ans plus tard, un synode d'Alexandrie répondait aux accusations que les vaincus ne cessaient de soulever contre cet événement considérable : « A la » mort d'Alexandre, disent nos ennemis, quand un pe- » tit nombre de fidèles faisaient mention d'Athanasé, » six ou sept évêques l'ordonnèrent dans tin coin. Voilà » ce qu'écrivaient aux empereurs des hommes qui ne » reculent devant aucun mensonge. Mais nous, nous » attestons, et, avec nous, toute la ville et toute la pro- » vince, que tout le peuple, toute l'Eglise catholique, » comme d'une seule voix et comme un seul homme,

(*) PhILOSTORGE, II, 11.

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