ARCHEVÊQUE D'ALEXANDRIE
> criait et vociférait, demandant Athanase pour évêque. » Ils le demandaient au Christ dans des prières publi- » ques ; ils nous adjuraient, nuit et jour, de le consa- » crer, sans» quitter Téglise et sans nous permettre d'en » sortir. Loin de dire du mal de lui, comme le préten- » dent les eusébiens, ils louaient ses vertus, son zèle, »► sa piété; ils l'appelaient un vrai chrétien, un dés as- » cètes, un véritable évêque (*). » Ainsi parlent, suivant lasuscription, les évoques de l'Egypte, de la Thébaïde, de la Libye et de la Pentapole, c'est-à-dire, de la province tout entière; mais, dans l'ouvrage où est insérée cette encyclique, il est dit que les méléciens sont toujours hostiles ('), et l'on verra qu'au concile de Tyr Athanase n'avait à sescôtés que quarante-neuf évêques égyptiens ; les autres étaient dans les rangs de ses ennemis. L'encyclique ne peut donc être considérée que comme l'expression des sentiments de la majorité du synode; et, en 340, quatorze ans après l'élection d'Athanase, quand, par son ascendant et des choixhabiles, il eut épuré et métamorphosé l'Egypte , cette majorité n'était certes plus celle qui avait dominé dans les synodes après la mort d'Alexandre. Encore sa déclaration est-elle sans réplique et fait-elle autre chose qu'une réponse évasive à l'accusation qui avait retenti dans toutes les églises d'Orient, dans les conseils des empereurs et dans les conciles? Suffisait-il de dire que le peuple demandait Athanase d'une seule voix et comme
(*) Saint athanase. Encyclique du Synode d'Alexandrie, dans le Discours apologétique contre les Ariens, 6, p. 101 et 102.
(') Saint Athanase, Discours apologétique, 71, p. 147. — Voyez encore la Lettre aux évêques d'Egypte et de Libye, postérieure au Discours apologétique, ââ, p. 231.
un seul homme? Le peuple est un être anonyme qui ne se compte pas et dont on fait ce que l'on veut dans les écrits; il n'est pas de parti qui n'ait le peuple pour lui. Etait-ce assez d'ajouter que le peuple qui voulait Athanase était tout le peuple catholique? Il y avait aussi tout^ un peuple qui criait et vociférait autour de l'autre synode, et ce peuple entendait être tout aussi catholique que l'autre, absolument comme dans les républiques anciennes chaque faction se décernait le titre départi des honnêtes gens. Ce qu'il fallait établir, c'est que le nouvel archevêque avait été élu, non dans un coin, suivant l'ironique expression qui voudrait être une justification, non dans l'église de Denys, comme le dit Philostorge, mais dansl'église métropolitaine; non devant ses seuls partisans, mais en présence de tous les évêques, qui, si mal intentionnés qu'ils fussent, n'avaient pas perdu leurs droits épiscopaux. Ce qui ressort du triple témoignage de Philostorge, d'Epiphaneet du synode d'Alexandrie, pour qui sait faire la part des passions, entendre les réticences et lire entre les lignes, c'est que, devant une forte et vive opposition, lorsque Torthodoxie était en péril, Athanase, se soumettant avec courage à une impérieuse nécessité, avait été élu, non par le synode entier des évêques, ou, du moins, en sa présence et sous ses yeux, mais en l'absence des plus nombreux, sans leur consentement et malgré eux, par la fraction la plus saine, au milieu d'une manifestation passionnée et des cris impératifs d'une multitude enthousiaste. Les canons avaient été violés ; mais Athanase n'avait pu se soustraire à ce qu'exigeait de lui la grande cause à laquelle il avait voué sa vie. .
Pas plus que Cicéron, Athanase n'eut le bonheur de
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vivre dans un teraps où il eût pu réunir tous les suffrages. Cicéron avait été élu à Tunanimité par Tabstention volontaire de ses ennemis découragés et vaincus d'avance; Athanase le fut par Texclusion des siens. S'ils s'étaient vu, l'un et l'autre, déccMier la puissance avec cette unanimité, una omnium voce, dont se glorifiait le vaniteux Romain, ou, du moins, avec la facilité tout aussi prodigieuse dont parle le panégyriste du grand prélat, à Rome, la moitié de la République n'eût pas été dans la main de Catilina ; à Alexandrie et dans l'Egypte, une partie des églises n*eût pas été au pouvoir des secrets ennemis de l'Eglise; ni la République romaine, ni l'orthodoxie chrétienne, n'eussent eu besoin de sauveurs; Cicéron et Athanase eussent été réduits, dans leurs heureuses patries, au rôle honorable, mais plus modeste, l'un de consul vertueux, l'autre de pieux et saint évêque; ils n'auraient eu ni l'occasion, ni la gloire d'être, l'un, le libérateur et le père de son pays; l'autre, la plus belle lumière et l'intrépide défenseur de la foi. Ne reprochons pas à ces héroïques soldats du bien de n'avoir point fui les honneurs, de les avoir recherchés, peut-être violentés, et d'avoir parfois laissé sacrifier la légalité au devoir de tout sauver ; leur ambition fut plus désintéressée que l'on croit. Ces luttes dans lesquelles se sont jetés hardiment et sans jamais défaillir, un Démosthène pour la liberté de la Grèce, un Cicéron pour le salut de sa patrie, un Athanase pour le triomphe de la vérité, ils savaient que ce n'étaient pas de simplesjoûtes d'école ou de tribune, mais des combats à mort; qu'il leur faudrait vivre au milieu de travaux et de périls sans cesse renaissants, sans autre jouissance que celle d'un grand devoir accompli, et que, pour récompense, ils ne de-
valent attendre que haine, injustice, ingratitude. Démosthène et Cicéron furent bannis et périrent par le poignard ou le poison; si Athanase mourut à la tête de son église et dans son lit, il dut cinq fois prendre le chemin de Texil, toujours en crainte de mort violente (*).
Une fois sur le trône épiscopal d'Alexandrie, Athanase se trouve à peu près seul, eti Orient, contre tout ce qui est fort par la puissance ou Tintelligence; outre les docteurs ariens, il a pour ennemis les empereurs, et, si Ton excepte de rares alliés dont la persécution aura bientôt raison, tous les évêques orientaux.
Les plus redoutables sont les empereurs. La croix en main, Constantin, Constance et Valensse servent contre tout ce qui les contrarie dans TEglise des mêmes armes que leurs prédécesseurs païens : injonctions, menaces, poursuites, exil; ils ne vont pasjusqu^au supplice. Mais, de plus que les empereurs païens, ils s'ingèrent dans la conduite des affaires religieuses et prétendent avoir la haute main sur la puissance qui, victorieuse des persécutions, est désormais la première du monde.
Malgré sa conversion, Constantin restait souverain pontife des dieux qu'il avait quittés, et, s'il ne prenait pas lé même titre dans sa nouvelle religion, il entendait en exercer les prérogatives et régner dans l'Eglise comme dans les temples du culte qui tombait. La recon-
(*) Saint Athanase, Epi8t. encycltca, 6, p. 92, d; Epist. ad episc. JEgypti et Libyœ, 23, p. 233, a; Historia Arian., 81, p. 311, d.