LES EMPEREURS
naissance a tenté de lui décerner une absolution qu'il •eût rejetée avec dédain. A ses yeux, cette ingérence n'était pas ,une usurpation, mais un droit qu'il avait le devoir d'exercer. Dans la division des droits de Dieu et de ceux de César, il se faisait une part très-considérable ; ou plutôt il les réclamait tous, soit comme César, soit, qu'il le dît ou non, comme représentant de Dieu sur la terre. Tous ses actes montrent qu'il ne tendait à rien moins qu'à la sécularisation de l'Eglise. Il eut le jmérite de comprendre son temps et fut le plus grand politique du quatrième siècle, même au témoignage des païens. Praxagoras, historien athénien, dit, dans Photius, qu'il avait éclipsé tous ses prédécesseurs par l'union du génie, de la vertu et du succès (*). Mais ce fut plutôt un grand empereur qu'un grand chrétien.
Je ne prétends ni contester la sincérité de l'utile conversion de ce chrétien qui pourtant ne reçoit le baptême qu'à la dernière heure, ni juger cet adorateur du Dieu unique qui laisse adorer ses propres statues (*). Je ne veux point entrer dans la vie privée de ce moraliste couronné qui prêche la vertu dans des harangues publiques (') et fait odieusement périr son fils et sa femme. Mais qu'est-ce que ce protecteur désintéressé du christianisme, qui, comme s'il craignait de se mettre en tutelle, exile tour à tour Arius et Athanase? ennemi d'Arius, quand Arius commet l'imprudence de le menacer de sa
(*) Photius, cod. 62, p. 65. ♦
(') Philostorge, h, 18.
(') « Il épouvantait les auditeurs par la véhémence de ses discours » contre les avares, les emportés et les violents, les menaçant du » jugement de Dieu et de la punition de leurs crimes. » ëusèbb^ Vie de Const., ni, 2,
popularité; ennemi d'Athanase, quand la puissance d'Athanase porte ombrage à la sienne. Lorsqu'il commande aux évêques comme à des préteurs, les réunit en conciles et fait surveiller les débats par ses officiers, ne prétend-il pas gouverner l'Eglise comme Tempire? Lorsqu'il promène ses bonnes grâces de l'une à l'autre cause et change de protégés comme de favoris, n'est-il pas vrai quuniquement préoccupé des intérêts de sa puissance, il veut dominer les partis, en les contre-balançant? Lorsqu'enfin il traite de frivoles les questions vitales du christianisme, tantôt demande le silence avec prière, et tantôt insinue que l'exil sera le prix de toute résistance à ses ordres, ne se fait-il pas soupçonner d'avoir été sans tendresse pour ces penseurs indisciplinés qui troublaient le sommeil de ses nuits et la tranquillité de ses jours, et d'avoir tout craint pour son autorité de ceux qu'il eût, lui aussi, flétris du nom d'idéologues, si le mot eût été inventé?
En Occident, où l'Eglise est plus fortement constituée et semble hors d'atteinte, les successeurs de Constantin respectent les consciences de leurs sujets ; en Orient, Constance et Valens ne se cachent pas des prétentions pontificales que savait déguiser le premier empereur chrétien. Celui-ci écrivait des lettres de théologie, sous l'inspiration d'Eusèbe, avec l'ignorance dédaigneuse de l'homme d'Etat. Il traitait de futiles des questions capitales et mêlait la mythologie aux controverses chrétiennes. Ici, jouant sur le nom d'Arius, "Apstoç, il l'appelait ^Apyjç, Mars, et le provoquait, avec le sérieux de la pourpre, à un duel mythologique. Là, entendant dire, sans que cela fût exact, que la doctrine d'Arius reproduisait celle du néoplatonicien Porphyre, il saisissait au vol