LES EMPEREURS
cette allusion philosophique, l'appliquait sans probablement la comprendre, et condamnait par édit les ariens à porterie nom de porphyriens. C'était un politique qui essayait de prendre langue dans un pays étranger; c'était un soldat qui balbutiait un idiome inconnu. Constance et Valens sont de vrais théologiens; on louait leur connaissance des Ecritures, et ils étaient plus sensibles à cet éloge qu'aux titres qui font de Constantin le plus grand prince du quatrième siècle. Mais, tout aussi bien que lui, ces pieux et savants Augustes entendaient n'être pas de simples fidèles dans leur Eglise. Constance fut pour le sémi-arianisme un protecteur et un maître; Valens s'en fit l'apôtre. Le premier réunissait des synodes, les faisait délibérer sous les yeux d'un comte, et, du fond de son palais, ordonnait à tout l'empire de souscrire aux décisions de la complaisante assemblée. Le Second, trop croyant pour avoir besoin de faire proclainer par un concile Texcellence de sa religion, trop zélé pour ne pas travailler de sa personne à son triomphe, parcourait sans cesse son empire, accompagné des docteurs de sa foi. Ces empereurs, qui, l'un avec ses conciles obéissants, l'autre avec son escorte d'évêques, sorte de synode permanent, gouvernent les consciences de leurs sujets, ne sont-ils pas les chefs ou plutôt les despotes de leur Eglise? et, si Ton ne s'arrêtait dans cette voie de servitude, que fallait-il de plus pour que le titre Vînt consacrer la réalité et joindre à la couronne impériale la tiare du pontife?
Il faut dire, à la louange des orthodoxes et des vrais ariens, qu'ils ne consentirent jamais à ce sacrifice de l'indépendance religieuse, la seule qui restât. Les uns et lès autres, pour avoir dit tout haut ce ^u'il ne fallait
même pas penser, étaient également mal vus, proscrits, traqués. Si Athanase écrivit une partie de ses ouvrages dans le désert, c'est aussi dans Texil qu'écrivirent Aétius et Eunomius. Arius ne s'humilia qu'avant de mourir ; Aétius et Eunomius, comme leurs contemporains orthodoxes, Basile et Grégoire de Nazianze, ne le firent jamais ; et c'est aux courageuses résistances des uns et des autres, aux persécutions, aux bannissements qu'ils subirent pour la liberté de conscience, que l'Eglise grecque dut, en ce temps de décadence universelle, de ne reconnaître, dans Tordre intellectuel, d'autre maître que Celui qui est au-dessus des rois comme des autres hommes. Les peuples le savaient bien reconnaître, et, pendant qu'ils n'avaient que du mépris pour les évêques dont les vices avilissaient le sacerdoce et la dignité humaine, ils renouvelaient pour les protecteurs de leur indépendance religieuse les honneurs que les anciennes républiques décernaient à leurs sauveurs et les appelaient Pères de la patrie.
Tels n'étaient pas la plupart des évêques d'Orient, feibles, vicieux, plus amis de leur fortune que de l'Eglise, plus attentifs à la volonté de l'empereur qu'à celle de Dieu, prêts à tout souscrire et disant avec une cynique naïveté que l'encre ne tache point l'âme (*)• Depuis que l'épiscopat donne gloire, fortune et puissance, il est l'objet des convoitises ; il s obtient à force
(*) Saint Grégoire deNaz., Or. fun. in patrem, 18, p. 342, a.