CONCILE DE TYR
» toute TEgypte du fléau de rarianisrae (*). » Aétius, le fondateur de la secte anoméenne , vint inutilement s'établir à Alexandrie, « pour combattre, dit Philostorge, la consubstantialitë qu'il y faisait régner » : il ne put rien contre « le courant qui portait son adversaire victorieux. » Au concile de Séleucie, seuls des Orientaux, les évêques d'Egypte se prononcèrent à l'unanimité pour la doctrine de leur archevêque exilé (*).
Mais, longtemps avant la victoire définitive, si l'on excepte un reste mourant du schisme de Mélèce et d'évêques mécontents, des ariens purs, des savants, dangereux pour les classes instruites, mais sans action sur les peuples, des hellènes entêtés dans la fidélité au culte de leurs ancêtres, Athanase et la foi de Nicée régnaient en Egypte. De là l'irritation des sémi-ariens, qui occupaient presque tous les sièges du reste de l'Orient. C'était plus que de l'irritation, une haine mortelle. « Ils » ont soif de ma mort, écrivait-il aux évêques d'Egypte ; » ils ne cessent de vouloir répandre mon sang (•). » Il conlprenait la portée de cette haine; il savait qu'elle allait au-delà de sa personne et qu'avec sa ruine ses ennemis complotaient celle de la doctrine qu'il leur avait imposée à Nicée : « Ce que veulent leurs synodes, » c'est de faire disparaître les orthodoxes et de rendre » vains les décrets du grand et vrai synode (*). >>
Ils le défèrent à Tempereur Constantin. Celui-ci réunit un concile à Tyr (335) et cite l'accusé au tribunal de
(*) Saint Hilaire, fragm. ii^ 33, p. 646.
(*) Ibid., Contra Constantium, 12, p. 572.
(*) Epistola ad episc. JEgypti et Lihyœ, 23, t. i, p. 233. — Disêours apologétique, 4, p. i 00, a.
(^) Discours apologétique, 7, p. 102.
13S ÂTHANASfi A TYR.
S6S accusateurs. Athanase comparaît à la tête de quawnte-neuf évoques, fidèles à tour archevêque. Un comte avec des soldats avait mission de modérer l'assemblée. La précaution n'était pas superflue: car, dès l'ouverture, les passions éclatèrent en violences et en emportements. Un Egyptien, le fougueux Potamon, avise le* président du synode, le savant Eusèbe, qui oubliait que, lui aussi, il avait été calomnié et même accusé d'apostasie. ^ Ta » sièges, Eusèbe, lui dit-il, et tu juges l'innocent Atha- » nase I Dis-moi, n'étions-nous pas tous deux en prison, » au temps des tyrans? Moi, j'ai perdu un œil pour la » vérité ; mais toi, tu n'as subi aucune mutilation, au- » cun témoignage de foi; Comment as-tu échappé, si- » non par une coupable promesse, peut-être par un » acte plus coupable encore?» — «Vos accusateurs ont » raison, réplique Eusèbe à cette violente insinuation. » Si vous faites les tyrans ici, quels sont vos excès dans » votre patrie (*)? »
Pour traduire devant un tribunal, je ne dis pas un Athanase, le plus grand homme de son temps, mais un simple mortel, il ne suffit pas de haïr : il faut des faits, des preuves et des témoignages. Eschine perdit à ce jeu, et, condamné comme calomniateur, dut s'exiler de sa patrie, au milieu du mépris public. Mais Démosthène avait des juges patriotes, qui, malgré leurs défaillances personnelles , ne purent se prononcer contre le seul homme qui n'avait jamais désespéré de la liberté de la Grèce. Athanase est moins heureux. Il est devant des évêques à la fois juges et parties. Ils reprendront ce que, dans ces temps extraordinaires, son élection avait eu
(*) Saint Epiphànb, Hér. Lvrin, S, ;p. 724.