PROCLAMATION DE CONSTANCE
Constance le félicite plus en pamphlétaire qu'en empereur; ou plutôt il félicite moins qu'il n'insinue et ne menace. C'est un rival qui triomphe bassement d'un rival vaincu, sans se sentir encore sûr de sa victoire. « Votre ville, fidèle à ses antiques traditions et au sou- » venir de ses fondateurs, vient encore aujourd'hui de » montrer son habituelle, obéissance. Quant à nous, si » nous n'effacions Alexandre par notre sollicitude pour » elle, nous ne nous ferions pas de faibles reproches.... » Vous avez accueilli avec empressement notre décret, » chassé, comme il le méritait, le trompeur et l'imposy> teur, adhéré, comme il convenait, à des docteurs » d'une gravité et d'une vertu merveilleuse. La plupart » des citoyens étaient aveuglés : on voyait dominer un- » homme qui, s'élançant des profondeurs de l'abîme, » et, comme s'il était en pleines ténèbres, entraînait au » mensonge les âmes avides de vérité et les séduisait à » force de prestiges. Les flatteurs acclamaient, applau- » dissaient, s'émerveillaient; à cette heure, ils grondent » encore entre les dents; les simples suivaient. C'était » un débordement qui emportait tout. Mais ce généreux » et ^illustre personnage n'a pas attendu la sentence; il » s'est lui-même condamné en prenant la fuite. Quant » à vous, vous n'avez point hésité, vous avez virilement » changé de sentiments, vous vous êtes unis au reste de » l'Eglise. Des soucis terrestres, vous vous êtes élevés aux » choses célestes, sous la conduite du vénérable Geor- » ges, le plus expérimenté des hommes dans de tels » exercices. Puissent tous les habitants de votre ville se » fixer à sa voix comme à une ancre sacrée, afin que » nous n'ayons plus besoin d'employer le fer ou le feu » à la guérison des âmes souillées I Nous leur conseillons
AU PEUPLE D'âLEXANDR[E. 163
» de renoncer à leur zèle pour Athanase, d'oublier ce J^ bavardage redondant, ou de se rappeler que par leurs » séditions ils s'exposent aux derniers dangers (*). » Quel fut l'effet de cette proclamation sur les esprits les plus insoumis et les plus indépendants de l'antiquité? Pour nous^ elle est, plus qu'aucune apologie, une preuve de l'amour des peuples pour Athanase et de l'empire que, même persécuté et proscrit, il exerçait sur eux.
Les pièces officielles, les inscriptions, les médailles, sont un trésor où l'histoire ne doit puiser que d'une main prudente. Ce sont des contemporains, des témoins irrécusables, s'il s'agit de préciser les événements, d'en fixer les dates, de démêler les incertitudes de l'histoire, même de lui infliger des démentis. Mais, excellents pour les faits, ils sont, à moins d'autres documents, sans valeur pour 4'appréciation des caractères. Ils ne sont le plus souvent qu'une œuvre d'adulation, de haine ou de mensonge. Jugez donc, d'après la lettre de Constance aux Alexandrins, Athanase et Georges de Cappadoce I Que sont, de leur côté, les panégyriques, les plaidoyers de toute nature, diatribes ou apologies? Faut-il, de ces œuvres intéressées et passionnées, tout transporter dans l'histoire, sans examen et sans correctif? Mais, s'ils sont suspects sous le rapport des faits et des personnages, quelle lumière nouvelle ne jettent-ils pas sur les orateurs eux-m^mes?
Les ouvrages de saint Athanase, suivant qu'ils doivent ou ne doivent point paraître sous les yeux de Constance,
(«) Apologie à Constance, 30, p. 248 et 249.