‹ Saint Athanase, etude litteraireChapitre 42 sur 142 · ATHANASE N'A POINT ÉCRIT A MAGNENCE · texte numérisé non relu

ATHANASE N'A POINT ÉCRIT A MAGNENCE

Yéritable éloquence, celle qui part du cœur. « Au sujet » de ton bienheureux frère, les calomniateurs avaient » un prétexte plausible; j'avais le privilège de le voir et » il daignait écrire en ma faveur à ton affection frater-r » nelle; présent, il m'honorait; absent, il m'a souvent » appelé. Mais cet infernal Magnence, le Seigneur et > son Christ me sont témoins que je ne le connais » point . qiji'il m'est absolument étranger. Quel lien » entre un inconnu et un inconnu? Quel motif me » pressait d'écrire à un tel homme? Quel eût été le début » de la lettre que je lui aurais adressée? Lui aurais-je » dit : Tu as bien fait de tuer celui qui me comblait » d'honneurs et dont je ne devrais jamais oublier les » bienfaits. Je t'aime d'avoir fait périr mes amis, des » chrétiens si fidèles. Je t'aime d'avoir égorgé ceux !► qui, dans Rome, m'accueillirent jadis avec tant de )► faveur (*).» «Et en même temps, ajoute M. Villemain après une libre et brillante traduction de ce passage, l'éloquent évéque multiplie les preuves, les faits, les vraisemblances qui démentent la calomnie de ses ennemis (•). » A elle seule, l'émotion de l'orateur en démontrait la fausseté, la démence, pour parler son langage, et réduisait à néant de prétendus autographes qu'on avait mis sous les yeux del'empereur. Ces Grecs n'étaient pas moins habiles de la main que de la langue. «Il ne » faut pa^ s'y fier, disait Athanase, ce sont de merveil- » leux faussaires, qui plus d'une fois imitèrent jusqu'à » l'écriture de vos royales mains (•). » Les inventeurs

(') Apologie à Constance, 6, p. 237.

(*) M. Villemain , Tableau de VEloquenee chrétienne au guo* irième siècle. Saint Athanase.

(*) Apologie à Constance, ii> p. 239.

de la fable d'Arsénius n*en étaient pas à leur coup d'essai.

On ne manquait pas de dire que les quatre ambassadeurs envoyés par Magnence à Constance étaient venus en Egypte et s'étaient rencontrés avec Athanase; que deux d'entre eux, Servatiuset Maxime, étaient du nombre de se^ amis, les évoques d'Occident, et avaient souscrit en sa faveur au concile de Sardique, et que des deux autres. Clément et Valens, il avait dû connaître le premier à la cour de Constant, ce qu'indique assez le ton affectueux avec lequel il lui parle de ce prince (*). On serait tenté d'ajouter: Pourquoi ces envoyés se détournaient-ils ainsi de leur route? L'Egypte était-elle donc sur le chemin qui d'Occident conduit à Constantinople? Elle était, comme nous l'apprennent incidemment Philostorge et Athanase, sur celui qui menait à la rencontre de Constance. Libre enfin du côté des Perses par la levée du siège de Nisibe et la retraite de Sapor, ce prince était passé par Jérusalem (*) et, de là, avait couru s'embarquer à Alexandrie (•), pour aller en Illyrie combattre le meurtrier de son frère.

Mais les envoyés de l'usurpateur venaient-ils seulement chercher Constance dans la* ville la plus remuante de l'Orient, dans ce foyer de résistance et de révolte, auprès d'un évêque puissant et mécontent? Déjà l'un d'eux n'avait-il pas tenté, sur son passage, la défection de la Libye (*)? Et n'était-il pas évident que, chargés de

(*) Apologie à Constance, 9, p. 238.

(*) Philostorge, jii, 26. — Voyez plus haut, p. 127.

(•) « Kal oùtoç ^è âiep)(6iievoç , he Trpoç Movvcvtwv 1^ eoTreu^e. . . et lui-même, traversant (Alexandrie), lorsqu'il courait contre Magnence.» Histoire des Ariens, 30, p. 285.

{*) Apologie à Constance, 9, p. 238.

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