‹ Saint Athanase, etude litteraireChapitre 43 sur 142 · ATHANASE N'A POINT ÉCRIT A MAGNENCE · texte numérisé non relu

ATHANASE N'A POINT ÉCRIT A MAGNENCE

soulever les peuples sous prétexte d'une mission pacifique, ils venaient, en s'assurant de Talliance du vrai maître de TEgypte, préparer la ruine de l'empereur dans la ville qui nourrissait la capitale de l'empire? Si tel fut leur dessein, s'ensuit-il qu'ils trouvèrent un complice dans Athanase et même osèrent en venir à d'inutiles ouvertures, que sut éluder le prudent archevêque, en ne les voyant qu'en présence de témoins?

L'irritation n'est pas la révolte, et l'on peut s'emporter sans être capable de trahison. Athanase n'aimait pas plus Constance qu'il n'en était aimé; mais il avait une ferme conviction : c'est que César, fût-il persécuteur, avait toujours ses droits. D'ailleurs, il avait aimé Constant et restait pieusement attaché à son souvenir. Quels que fussent ses griefs contre Constance et les promesses de Magnence, Magnence était le meurtrier et Constance le vengeur de son bienfaiteur et de son ami. Si la tentative fut faite, il n'écouta que son cœur, et, dans cette partie de son apologie, son cœur parle seul avec un accent de sincérité qui prouve mieux son innocence que tous les raisonnements. « Demande si, à la vue de Clément, je » ne rappelai point le prince d'heureuse mémoire, si » je ne mouillai point mes vêtements de larmes, pensant > à cette âme si humaine et aimée du Christ. Apprends » comme, au récit de la cruauté du monstre, quand je » voyais Valens s'avancer à travers la Libye, je tremblais » qu'il ne tentât quelque coup d'audace et ne massacrât » ceux qui conservaient Tamour et le souvenir du bien- » heureux: et, parmi eux, je prétends ne venir après » personne. Quand je redoutais de tels sentiments, est- » ce que je ne priais pas avec plus d'ardeur pour toi? » J'aimais donc le meurtrier^ et je te voyais avec cha-

172 APOLOGIE A COÎÏSTANCE.

» grin , toi , un frère qui vengeait la mort de son » frère (*)l )>

Après cette accusation terrible, venait un reproche qui nous parait beaucoup moins grave qu*il ne Tétait alors. Les neuf églises d'Alexandrie (*) se trouvant trop petites pour la multitude toujours croissante des fidèles, l'usurpateur Grégoire avait, aux frais de Constance, commencé une grande église. Alhanase Tavait continuée, et» pressé par le peuple, y avait célébré la sjnaxe, avant d'en avoir fait la dédicace. C'était un crime tbéologique dont il se défend à force de raisons, d'exemples des Pères et de textes de l'Ecriture; c'était surtout une atteinte personnelle au fondateur de l'édifice, qui ne l'avait certes pas destiné à son ennemi. Alhanase saura tout justifier et tout changer en louange du prince. « C'était » la fête de Piques. Le peuple était immense, et tel que » peuvent le désirer dans une ville chrétienne des em- » pereurs amis du Christ. Les églises se trouvant trop » étroites, il j avait un grand trouble; on demandait à » se réunir dans la nouvelle église et que là tous prias- » sent pour ton salut : ce qui se fit... Et ainsi se montra » l'unanimité de la multitude. Qui ne fut dans l'admi- » ration? Qui ne te félicita à la vue d'un seul peuple » assemblé dans un seul lieu? Et les peuples, avec » quelle joie ils se regardaient mutuellement, eux qui » auparavant se réunissaient en des lieux divers! Ce fut » pour tous du bonheur; seul, le calomniateur fut af- » fligé ('). » Mais pourquoi n*avoir point commencé

(') Apologie à Con$Umce, 9 et 10, p. 238.

(*) Saint Epvbams, Hér. lxol, 2, p. 728, c.

(') Âpoloffie à Consîanee^ 14 et 16, p. 240 et 242.

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