‹ Saint Athanase, etude litteraireChapitre 44 sur 142 · RAISON DES REFUS D'ATHÂNASE · texte numérisé non relu

RAISON DES REFUS D'ATHÂNASE

parla dédicace de Téglise? «Très-pieux Auguste, ré» 1^ pond l'orateur, nous était-il permis de le faire, sans » avoir reçu ton ordre (*)? » Puis, sans remarquer peutêtre qu*il se prêtait aux prétentions pontificales de l'empereur, il ajoute: h Maintenant viensi l'édifice est prêt; » il a été purifié par ces prières; il n'attend plus que » ta présence, la seule chose qui manque à sa pa- » rure (*). »

Restait un dernier grief, le plus délicat de tous. Athanase avait blessé l'empereur en déclinant l'invitation qu'il lui avait faite de venir à la cour, et, plus encore, en lui laissant voir qu'il n'étnit point dupe de son jeu hypocrite et ne voulait pas se livrer entre ses mains. C'était sur sa propre demande, disait Constance, qu'il lui accordait cette faveur, m Je rends grâce à ta Piété, ré- » pondit Athanase, d'avoir daigné exaucer cette préten- » due prière ; mais je suis frappé d'étonnement qu'on » ait osé te faire un pareil mensonge. Je ne t'avais pas » écrit, et je défie mon accusateur de montrer ma let- » tre (•). » Il sent qu'on n'ose l'attaquer ouvertement au milieu de son peuple, et que tous ces officiers envoyés du palais avec des lettres ou des ordres verbaux, ne veulent qu'une chose, le faire sortir volontairement d'Alexandrie et le mettre hors d'état d'y jamais rentrer. Prières, ordres, menaces, il élude tout avec la ténacité et l'astuce de sa race. Rappelé par une lettre de l'empereur, il ne partira qu'avec une lettre. On lui en présente une : on a trompé l'empereur. On n'apporte que

(*) Apologie à Constance, 14, p. 240.

(«) Ibid., J8, p. 243.

(«) Ibid.. 19, p. 243, d.

des ordres verbaux, on refuse de les donner par écrit : les officiers impériaux trompent encore l'empereur ; ils agissent d'eux-mêmes, au profit'des ariens. « Ils man- » geaient et prenaient conseil avec eux ; plus de liberté » dans leurs actions ; ils n'avaient souci que de me » tendre des embûches et des pièges. Rien dans leurs » actes qui parût résulter d'un ordre de l'empereur; ils » prouvaient eux-mêmes qu'ils agissaient à la demande » de mes ennemis. Cette conduite me forçait d'exiger » un ordre écrit avec plus d'instance ; rentré dans mon » église avec tant de lettres, il ne me convenait pas d'en y^ sortir sans lettre (*). »

Heureusement, de ces arguties et de ces chicanes, l'orateur s'élève à des considérations plus graves, qui nous donnent la seule et vraie raison de sa résistance. Evêque, il appartenait à son peuple et ne devait se laisser arracher que par la force. « Si j'avais fui, •quelle » serait ma justification aux yeux des vrais évêques et » surtout de Celui qui m'a confié mon troupeau, le juge » de toute la terre, le seul souverain roi? N'aurait-on » pas raison de me faire un crime d'avoir négligé mon » église ? Les reproches de ta Piété ne seraient-ils pas » justes, quand elle me demanderait pourquoi j'ai » abandonné mon peuple? Et le peuple, au jour du » jugement, ne rejetterait-il pas sur moi son abandon? » ne dirait-il pas : Il a fui, celui qui nous surveillait, » et il n'était personne pour nous avertir (*). »

Ose-t-on enfin employer la violence? Chassé de son église par Georges et les officiers impériaux, dénoncé' par Constance à la haine des Alexandrins, il s'est retiré

(*) Apologie à Constance^ 25, p. 246.

(*) Ibid., 26, p. 246 et 247.

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