‹ Saint Athanase, etude litteraireChapitre 48 sur 142 · DEUX CONDUITES A SUIVRE · texte numérisé non relu

DEUX CONDUITES A SUIVRE

peut Tadmirer encore, mais d'une autre admiration et avec défiance. Que, dans ce mélange de vigueur et de finesse , Ton démêle des calculs personnels : Tidole tombe et de Texcès de la popularité passe à celui de la défaveur. Les ennemis d'Athanase connaissaient le caractère mobile des multitudes. Aussi, en gens qui s'entendaient à détruire les popularités, par des insinuations sourdes et des interprétations perfides, dans les entretiens et dans des écrits, ils exploitaient contre lui ce qu'ils appelaient la désertion de son église et la lâcheté de sa fuite.

En présence d'un ennemi tout-puissant, quand désormais la résistance est inutile, il est deux conduites: Tune plus romaine, attendre héroïquement la mort sur sa chaise curule et s'affranchir jusque dans les mains du vainqueur:

Ipse'deus^ simul atque Yolet^ me solvet {*);

l'autre plus grecque, fuir d'Athènes, qui va devenir la proie de Xerxès ou de Lysandre, et se réserver pour Tavenir. Dans l'âge héroïque de l'Eglise, la première ^\ maxime est plus suivie : c'est l'ère des viriles ardeurs, ^^^ ; des saintes témérités et des exagérations enthousiastes : '^" i le sang des martyrs devient une semence de chrétiens. Après la victoire, l'esprit chrétien se rasseoit, envisage le danger sans faiblesse, mais sans audace ; il l'attend ^' ! plutôt qu'il ne l'aborde ; il n'a pas une moins inébran- ^^ I lable résolution, mais son courage est paisible, son ar- ^^ . deur sans impatience. La réflexion tempère l'ancienne

^ ' fougue ; il calcule les chances de succès, et, s'il le faut,

I (*) Horace, Epines, i, 16, v. 78.

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