‹ Saint Athanase, etude litteraireChapitre 6 sur 142 · DE L*ARIANISME · texte numérisé non relu

DE L*ARIANISME

ainsi qu'en un grand arbre, s'y métamorphose successivement en toutes ses parties {*). » Et ainsi, dit M. Ra- Taisson, « Dieu ne passe pas ^out entier dans les choses, » comme l'avaient dit les Stoïciens ; il ne leur donne » pas non plus, à proprement parler, une partie de lui* » même; il se donne, il se communique, et pourtant il » reste en lui-même dans son intégrité première. Rien » ne vient de Dieu par séparation , mais par une sortç » d'extension qui pe lui enlève rien. Notre âme est » quelque chose qui vient de l'âme divine et n'en est » pas retranchée (*]. Ainsi s'explique le rapport de » Tâme divine ou de l'Esprit saint au Verbe, et du Verbe > au Père (•). »

La philosophie néoplatonicienne, qui reprit et développa celte conception avec plus de précision et d'ampleur, voyait, au quatrième siècle, toutes les écoles accepter, avec plus ou moins de réserves, sa domination déjà séculaire. Hellènes et chrétiens, hérétiques et orthodoxes , s'inspiraient également de ses dogmes. Saint Ba^le la proposait aux jeunes gens comme une utile préparation à l'enseignement des mystères (*) ; Eusèbe, saint Grégoire de Nazianze et saint Cyrille d'Alexandrie retrouvaient la Trinité dans sa triade ('] ; enfin , saint Augustin, qui lui devait d'avoir compris le dogme du Verbe (•), déclarait qu'il n'y avait presque rien à chan-

{*) Philon, De plant. NO0, 1. 1^ p. 330.— M. Ravaisson, Métaph. d^Arist., p. 361.

(*) Ibîd., Quod det. pat. insid. sol., 1. 1, p. 208. (") M. Ravaisson, Mélaph. d'Arist., 1. 11, p. 366. (*) Saint Basile, Discours aux jeunes gen$, p9sa\m, (*) Voyez plus haut, p. 47.

(*) Saint Augustin, Canfes9ion$, vu, 9.

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gèr» pour tes i^hdré chrétîens^^ d&ris les enséigilrdniétitA du divin Pl'otin (*). On ne se contentait pas de salueif avec une satisfaction admirative éetle fraternité de doctrine qui, loin de porter atteinte à la foi chrétienne, la rélevait aux yeux des hellènes , et montrait son accord avec ce qu'avait inspiré la raison aux plus hautes intelligences de la Grèce. Ariens et orthodoxes, tout en se i^eprochant mutuellement de puiser à des sources étrangères et de n'être que les seétatetfrs de la sagesse dû monde , transportaient des théories entières des livret des Néoplatoniciens dans leurs traités et dans leurs ho^ itiéliés (*).

Au sommet des êtres est TUn , Tabsolu , Tineompréhensible, simple, immobile, éternellement absorbé dans son unité. Par quel mystère l'Un engendre-t-H le multiple f L'homme doit se résignera Tignorer; mais il lui faut reconnaître que l'Un « est la source qui verse la vie à flots, sans s'épuiser, sans même s'écouler; la racine toujours féconde d'où s'échappe la sève qui circule dans eette plante immense appelée la nature; le soleil qoi, de éa lumière, illumine à la fois lé monde intelligible et le monde sensible {•). » Il produit sa deuxième hypo^tase, l'Intelligence, c'est-à-dire le monde intellectuel; sans désir, sans amour, uniquement parce qu'il est de ^ nature de la produire, comme il est de celle du soleil de produire la lumière (*). A son tour , et en vertu de la

(*) Saint Adgcstin, De vera Religione, 12.

(*) Toat un disodttrs de saint Basile^ De Spirituel, i, p. 320^ et le chap. IX de son! Traité du Saint Esprit, sont presque etttièrement composés de centOns de Pfotift (Enti, v, i, 2J2).

(•) Plotin, Ennéades, III, viii, 9 ; v, i, 6.

(*) Ibid., V, III, 12.

DE É-AHIANIfiME. 4t

^êtxi& nêtes^Hé, Tlntelligenoe prodoit hi troisième by-^ {irostase; TAme unlvierselte, qai, dubsistaol par ette;eleii elle, se répand dans h malière, lui coHiTOuoique la vie et est l'rnterprète des choses qui descendeiit du monda iifrfelfigil)le dans le monde sensible , et âes ehoses d« monde sensible qui renoontent dans le monde intetHgi*

We (M.

Ici, comme dans Philon, les trois principes de la philosophie grecque se développent de l'unité absolue jus* que dans la matière, au souffle d'une pensée étrangère, transmise par le philosophe juif. De même que VAroê humaine se répand et circule sans rien perdre de sob essence, être immatériel, dans le corps matériel qu'elle anime, ainsi de l'Etre, qui néanmoins demeure tout en-^ tter, sort rintelligence, et de l'Intelligence, qui, elle, aussi, reste entière, sort à son f6ur la puissance active, pour se répandre, sans rien perdre, être incorporel, dans le vaste corps de l'univers. En se communiquant à ce qui lui est inférieur , chaque hypostase donne de son être sans qu'il diminue, et y descend sans cesser de sub^ sîster tout entière en elle-même. Comment , en effet; des essences si différentes, en se répandant chacune dans une essence de tout autre nature, l'être dansrintelligence, rinteiligence dans la vie, la vie dans la matière, poui^ iraient-elles se voir prendre ce que seules elles peuvent posséder? Elles se mêlent, sans se confondre, dans une décroissance continue, à mesure qu'elles s'éloignent du centre et se rapprochent du non-être, comme s'affàiblis- ^nt insensiblement et finissent par s'évanouir les rayons-, i mesure qu'ils s'éloignent du soleil ; mais elles sont

{*) Plotin» Ennéades^ V, ii, 1. .

également incapables de s'absorber ou de se passer l'une de l'autre. Que serait la matière sans la vie , la vie sans la pensée, la pensée sans Tétre? et, à son tour , que serait Tétre sans intelligence pour se penser, sans puissance pour se manifester? Dans cette indétermination absolue, insaisissable pour l'esprit, iln*est,sije puis ainsi parler, que Tétre abstrait ; il ne sera l'être véritable que lorsqu'on lui aura rendu ses attributs , ovntù eoriv, aXX iarcti (»).

La Trinité est le dogme fondamental du christianisme. Tous les symboles proclamaient la divinité du Père, du Fils et du Saint-Esprit, et c'était au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit que tous les chrétiens étaient baptisés. Mais la métaphysique chrétienne , si immuable qu'elle soit dans son principe, n'est pas une abstraction , une formule morte et immobile. Comme tout ce qui tombe dans l'humanité, elle est soumise au mouvement des choses humaines et au travail de la raison individuelle. Suivant les milieux qu'ils traversent, ses rayons, sans perdre leur lumière, se brisent et se colorent diversement. Science divine dans son origine, mais maniée par les hommes, elle est, surtout avant d'être fixée par la décision souveraine de TEglise, à la fois d'une merveilleuse unité et d'une variété infinie. C'est ainsi que le dogme de la Trinité, si essentiel et si indiscutable qu'il parût , n'échappa point aux tendances unitaires qui , dans la philosophie grecque, avaient tour à tour absorbé les trois principes divins dans un ;5eul. Il eut son stoïcisme, qui, de la monade descendant à l'Esprit et embrassant sous trois noms tout 1 être divin

(*) Plotiii, Ennéadei, y, u,i.

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dans une âme universelle, en étendit les puissances à toute la nature et la confondit arec elle. Il eut son pla^ tonisme, qui, remontantduSaint-Espritau Père, à force d'affaiblir les principes secondaires, finit par les supprimer et renferma toute la divinité dans le premier. C est le double mouvement qui aboutit, d'une part, de Praxéas à Sabellius,et, de Tautre, des Apologistes et surtout d'Origène, sans qu'ils pussent se douter que leur doctrine renfermait et développait insensiblement le germe d'une telle nouveauté, à Arius.

Il n'est pas exact de dire que la personne du Saint- Esprit fût à peine connue dans les premiers siècles; mais, si elle faisait partie de la foi, elle était loin d'avoir dans la métaphysique chrétienne l'importance de l'Ame dans la philosophie grecque. L'Ame était la puissance démiurgique et conservatrice ; c'est par elle que la divinité descendait dans le monde, et, partout présente dans son œuvre, y faisait circuler la vie. Ce rôle, la foi latlribuait à la seconde personne, au Verbe créateuret rédempteur, et, réduisant l'Esprit aux fonctions nécessairement ef-iacées de vivificateur et de sanctificateur, des âmes, épargnait, pour ainsi dire, un degré à ceux qui, dans leur aspiration vers l'unité, tendaient insensiblement à renfermer la divinité, hors du relatif et du contingent, dans l'essence immuable et absolue du premier principe.

Saint Justin n'avait certes pas la pensée de rien sacrifier dans la Trinité, et d'absorber les personnes inférieures dans la première ; mais, quand Arius lisait, dans les ouvrages dû philosophe martyr, que le Verbe, distinct de Dieu par le nombre et non par la pensée, lui est subordonné, et n'occupe que le second rang après

4Î 0fti6i!fÉ&

*)fî Pèfrect Seigneur (^J; qu'il érait, il' est vrai, dans lé^ sein du Père avant toute création , iïmhs enveloppé, sij^ puis ainsi parler, et cacbé dans l'é^rneHê' substance, et' qn*iltai seulement engendré y y evvètitvoç, lorsque, pârtuii au commencement, Dieu créa et ordonna le monde (*)} ïuî fallait-ii de grands efforts pour trouver le germe de» ses idées dans une doctrine qui, toul ew déclarant quelle « Verbe était sorti de là substance divine com^me lalumière sort du foyer (•), » n'en faisait que le premier des êtres produits et le contemporain de la création tE» tain la doctrine s'épure dans les disciples, bien que Tatîèn dise encore que « le Fife est le premier ouvrage^ du Père (*). » En vain Athénagore, définissant le Fil» « lé Verbe dû Père en idée et en acte,» ajoute que, « s'il! est la première production du Père, ce n'est pas qu'il ait éiéfaif, puisque Dieu, étant raison do toute éternité» afvait en lui-même son Verbe, en tant que raiso»étep* fielle; mais c'est qu'il est sorti du Père pour être le typ^ primitif et le principe de toutes les choses matérielles(*).» En vain Théophile d'Antioche exprime avec une rigoufreuse précision la pensée de l'école, en disant que « d« toute éternité Dieu portait son Verbe dans ses entrailles^ et que, voulant Tavoir pour auxiliaire et ministre de ses œuvres, il l'a projeté de son sein avant toutes choses, el enfanté avec sagesse (•). » Le maître et les disciples s'ao-

Q) Saint Jtstnr, Dialogne avec Tiryphon, p. SiSé; Première ùpoèùgie, p. 30^39, 3i, 82,81.

(*) Ibid.^ DeusHème apologifi, p» 183,

(') Ibid., Dialogue avec Tryphon, p. S06«

(*) Tatien, Oralio ad Génies, p, 21.

(*) Athénagore, Suppîkatio pro ckristianii, p. 44 et 46. ' {*) Sàmt Tnéovaax, Ad Àutotycmm, îï, iO.

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xordaidot à fecanoattre qu'it y avail jeu un temps où le Veribe. jusqu!alors plongé d'une façon impersonnelle dansJa substance de •DieUyXoj'océvdFiaOfToç, avait été pro* je^ au dehors pour devenir, sous le nom de Xoyoç Tipoifopixoç, lartisan du monde. Cette projection n^étaitpas une création ; mais la.penséequ'il y avait eu un temps oh ie Verbe n'existait qu'à l'état latent et à litre de simple devenir dans la substance du Père, qui alors renfermait ioule la divinité» nlétait-elle pas un acheminemen|t lointain vers la dootrine qui tenterait de dire que le Père seul est Dieu?

Origène, le flambeau de la théologie au troisième el au quatrième siècle , fournit des armes puissantes i Ithanàse ; il n'en offrait pas de moins redoutables à ses (adversaires. S<il disait que le Fils est coéternel au Père et ne fait qu'un avec lui, qu'il est de la même substance, et plutôt une manifestation de Dieu qu'une créa* ttîon (*), combien devaient plaire à ceux qui prétendaient qu'il n'est que semblable h Dieu et, comme nous, d'une nature changeante, des opinions comme celles-ci : « Le Verbe est divin plutôt qu'il n'est Dieu ; la divinité qui est en lui n'est que l'image de la vraie divinité (*); il est l'image de la bonté,- mais il n'est pas, comme le Père, i>ond une manière immuabre(*); il est bon, mais il n'est pas le Bien. Inférieur au Père en intelligence et en puissance, il n'est pas cause, mais simple instrument de la création (*).

(*) Ori^èxe, Des Principes, Vf, p^38et38.

(f) Wià., CùmtnerUairâ de éoint Jean^ 13, p. 36. (') Ibid., Des Principes, %, p. 13.

j^) Ibid.. Ommemaire de ratot /eau» 9» p* &t Des Principes^ iT, p. 35.

Ce Verbe coéternel au Père, mais de substance inégale ; cette nature qui tient le milieu entre le créé et rincréé, est-ce la seconde personne du concile de Nicée? Est-ce davantage le Verbe créé d'Arius? C'est celui des sémiariens, les vrais disciples d'Origène, qui ne verront pas une moins grande nouveauté dans la doctrine d'Arius que dans celle d'Athanase. Le chrétien n'osait pas dire qu'il ne f àt pas Dieu ; le* platonicien hésitait à le comprendre dans l'immuable divinité. Hais ces théories indécises n 'encourageaient-elles pas des esprits plus hardis et plus logiques à nier radicalement ta divinité d'un être qui, si parfait et si divin qu'il fût, n'était que l'image du vrai Dieu (*)?

Si telles furent les incertitudes du maître, à quelles conséquences ne s'emportèrent pas les disciples, quand

(*) Mgr Ginoulhiac, sans nommer Thérésie d*Arius, reconnaît avec la franchise d*un grand et savant esprit, qu*Origène avait préparé de grands troubles. Toutefois, ii fait une réserve qu'il est difficile d'admettre, si Ton songe que le livre des Principes et le Commentaire de saint Jean furent les œuvres capitales du docteur alexandrin, f Cen*est que dans les écrits destinés spécialenient à ses amis, » dans ses tomes sur saint Jean et dans son livre des Principes, en » un mot, dans ces sortes d'ouvrages où, comme le dit saint Jérôme, » il lâchait les rênes à son imagination, que se rencontrent de grave» » difficultés sur la Trinité. Là, moins attentif à la tradition, il en » interprète librement les articles, il essaie de toutes les pensées » qui n'y sont pas ouvertement contraires; mais, en même temps, il » hésite, il doute, il cherche. Egalement hardi et timide, il craint, » mais il ne recule devant aucune subtilité. C'est là le grand tort • d'Origène. S'il se fût nttach^plus scrupuleusement à la tradition » publique de TEglise, son génie y eût gagné, et de grands troubles » eussent été épargnés à son siècle et aux siècles suivants, comme » de grandes erreurs lui eussent été épargnées à lui-même. i> ITtV totre du dogme catholique, t. i, p. 379.

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Tardeur de la lutte les eut jetés dans les exagérations opposées à celles du sabellianisme? « Le Fils, disait » Théognoste dans les Hypotyposes, est une créature, » YxbJiia, qui a reçu Tétre pour présider au inonde ra- » tionnel (*). »

Un des prédécesseurs d'Athanase sur le siège d'Alexandrie, Denys, n'allait pas moins loin : « Créature et en- ' » gendre, le Fils de Dieu est étranger à la sub&tance du » Père. Il en diffère comme la vigne du vigneron, » comme la barque de l'artisan. A titre de créature, il > n'était pas avant de naître. » « Oui, ajoute Athanase aprèsavoir cité ce fragment, telle est la lettre de Denys. Mais n'en a-t-il pas écrit d'autres? et doit-on juger un constructeur par une seule trirème (*] ?» II est vrai, en effet, qu'accusé à Rome, Denys se défendit par une lettre de la plus pure orthodoxie ; il est vrai encore que Théognoste, dans ce môme livre des Hypotyposes où il abaissait le Verbe jusqu'à la créature, écrivait sur sa substance, « Née de la substance du Père comme la splendeur naît de la lumière, » une page éloquente qu 'Athanase cite aux ariens ('). Mais toujours est-il que les ariens n'avaient pas besoin de calomnier ces deux docteurs, pour s'autoriser de leurs sentiments.

Un auteur anonyme, cité par Photius (*), Photius luimême ('), et, avant eux, Athanase (^), donnent une sin-

(*) Photivs, Théognoste, 406, p. 279.

C) Dans Saint Athanase, De sententia Dionysii, A, t. i, p. 193^ (*) Saint athanase , De Decretis Nicœnœ Synodis , 25, t. i, p. 181.

(^) Photius, cod. 106, éd. Rotom., p. 413.

(») Ibid.,cod. 117, p. 280. \ .

(*) Saint athanase. De Decretis Nie. Synodi, 27, 1. 1, p. 183.

galièie ^^euse desopÎDioosbâtéradoseS'd'Oqgèiieet de ses disciples. C'étoîeot, disent-iis, de simples exercices* S'exercer sur le pour et le contre dans des questions capitales» serait l'cBUTre de tUs sophistes^ non des Jioiniue^ sérieux qui furent la gloire de la grande école chrétienne d'Alexandrie. Il vaudrait mieux dije que leur doctrine, incertaine d'abord, s*éclairait et se rectifiait à mesure qu'ils ayançaient et quïls étaient avertis. Encore serait-^ il difficile de prouver que, si, dans leurs livres, la vérité succède à l'erreur, il n'arrive jamais que l'erreur succède k la vérité.' « C'est Denys, écrit saint Basile, qui le pre«* 1» mier a jeté les semences de Timpiété anoméeane : » non par méchanceté, mais par un violent désir de » combattre les sabelliens. Il ressemblait au jardinier » qui, à force de redresser une plante, lui fait prendre » l'inclinaison contraire. Mon content de démontrer » que le Père et le Fils n'ont pas le même sujet, pour Y s assurer un triomphe complet, il se jette d un mal » dans un mal, et, avec la différence des bypostases, il » établit l'inégalité de substance, de puissance et de » gloire (*). »

Il était réservé à une dernière école de devancer Àrius, de formuler son système, et même d'aller plus loin que lui. Je veux parler de celle du martyr Lucien, prêtre d'Antioche, dont tous, orthodoxes ou hérétiques, vantent la science et les vertus (*). L'arien Philostorge environne sa vie de pieuses légendes et renouvelle pour lui l'aventure d*Arion. Dans un naufrage, Lucien, comme le chanteur de Héthymne, aurait été recueilli par un

(*) Saint Basile, Lettre 9, t. m, p. 70.

(*) PHiL08Tt>R6E, II, passîm; Saint Jéroie, Préface sur les Paro' Hpomèner^ Suidas, Lucien d'Antioehe.

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dauphin et déposé à rentrée du golfe de Nicomédie, à l'endroit même où, en souvenir de ce miraculeux événement, Hélène aurait depuis fait bâtir la ville d'Hélénopolis (^). Quels disciples sortirent de Técole du savant martyr? Eusèbe de Nicomédie, Maris de Chalcédoine, Thépgnisde Nicée, Léonce d*Antioche, Antoine de Tarse, les premiers et les plus ardents sectateurs d'Arius, Arius lui-même, qui, dans sa lettre à Eusèbe de Nicomédie, rappelle son cher collucianiste. Ces noms disent assez quelle était la doctrine dont l'influence sur Tarianisme est, du reste , attestée dans Théodorel par larchevéque Alexandre. La formule du concile d'Antioche (341), oit fut déposé saint Athanase : « Le Fils est Timage immuable du Père et le premier-né de toute la création, » était de Lucien; il aurait eu des opinions beaucoup plus hétérodoxes, si nous en croyons Philostorge, quand il énumère les chutes de ses disciples après le concile de Nicée. Non-seulement il aurait cru le Verbe créé et muable; non-seulement il aurait nié qu'avant d'engendrer le Verbe, Dieu pût être Père, parce qu'il avait la puissance d'engendrer, mais, allant plus loinqu'Arius et prévenant Eunomius, il aurait, comme Plotin, professé qu'il est possible à Thomme de connaître et de comprendre la divinité aussi parfaitement qu'elle se connaît et se comprend elle-même ('). Et ainsi, comme le soutient M. Newman, c'est Antioche, et non Alexandrie, qui aurait été le berceau de l'hérésie d'Arius.

Il n'y avait qu'à recueillir, à grouper, à peine à compléter, pour faire de tant de conceptions éparses un en-

(*) Philostorge, n, 13.

(«) Ibid., 46 et 17.

W ORIGINES DE (.'ARIÂNISME.

senible «l un corps de doctrine. Ce fut l'œuvre d'Anus, Son système ne fui qu'un vaste sjncrélisme. semblable à celui qu'en sens contraire l'école néoplatonicienne avait réalisé dans l'ordre philo3ophique. « L'arianisme^ » dit Athanase, n'est pas une hérésie nouvelle, mais un » assemblage de toutes les anciennes erreurs.» La triade néoplatonicienne, par une coaceptioo voisine delà Trinité chrétienne, faisait descendre l'un dans l'autre, et jusq^ue dans la matière, hs trois principes divins. Dieu' triple et un, présent partout sans rien perdre de luimême ; AriuSv remontant Técbelle divine, supprima les principes inférieurs ou plutôit les absorba, hors du monde et sans rapport avec lui, dans la divinité du Père, souverain roi, comme le dieu du Philèbe, avec une royale iatelligence et une âme royale. La Gnose lui prêle les conceptions et les couleurs de l'imagination orientale, pour isoler dans les impénétrables profondeurs de son essence ce Dieu inaccessible et absorbé en lui-inême> Puisqu'au-dessous de ce Dieu solitaire le monde existe, pour le produire, il emprunte aux uns l'idée d'un mé-. diateur; à d'autres, celle dun «médiateur créé, premierné de la création et grand prêtre de l'univers. Ce système qu'il allait avec une logique puissante composer de tant de pièces di^ointes, il ne le trouvait pas moins dans les esprits que dans les livres. Les témérités d'Origèno et deses disciples lui avaient si bien préparé les voies», qu'avant même qu'il eût foirmulé sa doctrine, l'Oriant était arien.

Nouvelle forme du platonisme et du gnosticisme, tempérée par l'idée pure de l'unité absolue et de la simplicité de l'être divin, il n'avait pas moins d'attraits pour les hellènes que pour les chrétiens. Il ouv4rit toutes tes

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