PAMPHLET ORATOIRE
tes figares , c'est répondre à Tinsulte par Tinsulte; ce n*est pas, si méprisables que soient ces vils personnages, leur infliger le sévère jugement qu'ils méritaient. Je trouve plus loin: «Ne dirait-on pas d'une comédie jouée » sur la scène? Ces prétendus évoques sont les comé- ^ diens; Constance, Fauteur de la pièce, leur renouvelle ^ la promesse d'Hérode à Hérodiade, et ils reprennent » la danse de leurs calomnies pour Texil et la mort de » ceux qui sont pieux envers le Seigneur (*). » Saint Jean Chrysostome renouvellera cette allusion dans Sainte Sophie, et, avec non moins de hardiesse, la jettera à la face de Firapératrice Eudoxie : m Hérodiade demande ^ eiicore la tête de Jean, et c'est pour cela qu'elle danse. » Mais Chrysostome était un orateur, et, de plus (lès plus grands saints ont eu leurs heures d'emportement), un tribun et presque un démagogue. Ici, quoique Ton soit loin de regretter cette vivacité passionnée et pittoresque, on se demande ce qu'est Athanase.
C'est une singulière histoire, en effet, que ce livre où tout est exprimé par des mouvements,, des figures, des apostrophes et des prosopopées I Mais le ton seul est oratoire; le fond est la vérité même. Sans doute, un homme du caractère d'Athanase ne ment pas, ou, du moins, ne croit pas mentir. Par exemple, s'il lui arrive de lancer contre un de ses ennemis qui s'était infligé le supplice d'Origène, l'invraisemblable accusation de la courtisane, à laquelle lui-même n'avait pas plus échappé que les autres, il répète de bonne foi un propos accrédité (') ; mais , dans les assertions importantes, en le trouvera toujours irrépréhensible. Toutefois, s*il n'est
(«) Histoire des Ariens, 52, p. 397.
(«) Ibid., 28, p. 284.
206 HlSTCtfKS DES ARIBNS,
pas de ceux qui donnent au Edensonge les couleurs de la yérité et remplacent le vrai par le vraisemblable, a-t-il, eom^me le veut Cicéron, le courage de dire tout ce qui est vrai ? Or, quand on circonstancié des choses beaucoup moins importantes, est*ce tout dire que de passer sous' silence le meurtre de Grégoire de tlappadoce par le peuple d'Alexandrie (^), et de se contenter de ces simples mots : « Grégoire étant mort (*)? » N'est-ce pas pousser trop loin Tindulgence pour une extrémité dont il était innocent, mais qui avait été commise par amour pour lui?
Enfin, il est une manière, toute du satirique, d& dire la vérité et cependant de l'outre-passer, en mettant dans la bouche de ses adversaires les sentiments qu'on leur suppose et en les faisant parler à sa guise. Sans doute, au concile de Sardique , les évéques ariens, désorientés au milieu des occidentaux et déconcertés par Tévidence qui se levait contre eux, n'étaient pas sans inquiétude et sans appréhension. Mais est-il vraisemblable qu'ils se soient mutuellement adressé les paroles que, par une figure tout oratoire, Athanase leur met dans la bouche? « Ce n'est pas pour ce que nous voyons que nous som- » mes venus; nous sommes arrivés avec des comtes, et » c'est sans comtes que se fait le jugement : nous serons k condamnés. Athanase a les pièces de l'enquête de la » Maréote, qui proclament son innocence etnouscon* )) fondent. Qu'attendons-nous? pourquoi tarder? imàgi- » nons des prétextes et partons. Mieux vaut avoir à ».rougir de fuir que d'être pris en flagrant délit de ca- » lomnie. Si nous fuyons, nous pouvons encore proté-
(*) Théodoret, n, 12.
(«) Hhtoire des Afiem, 21, p. 281.