MÉPRISE DE FLEURY
des Ariens, puisqu'il l'avait éditée, n*y voit qu'une histoire et la transcrit presque tout entière dans la vie du grand docteur, en tète de ses œuvres. « Unde nos eorum, ^ qnœ hactenus enarrata sunt, maximam partem hausi- » mtis (*). » Fleury y voit moins malice encore et prend tout à la lettre, même Tinvraisemblable et les boutades du satirique. Il n'est pas jusqu'à l'étrange colloque que la verve railleuse de l'archevêque prêtait aux évêques orientaux, lors de leur déconvenue de Sardique, qu'il ne traduise comme un fait historique. Les malices d'Athanase deviennent des réalités, et Ton se demande quel est le plus naïf des évêques ou de l'historien. « Voyant > tout cela, ils résolurent de venir à Sardique, pour té- » moigner de la confiance en leur cause : mais, y étant )» arrivés, ils se renfermèrent dans le palais où ils étaient » logés, et se dirent les uns aux autres : « Nous sommes » venus pour une chose, et nous en voyons une autre; 1^ nous avons amené des comtes, et le jugement se fait ^ sans eux : nous serons assurément condamnés. A quoi » donc nous arrêtons-nous? Inventons des prétextes et » nous retirons. Il vaut mieux fuir, quelque honte qu'il » y ait, que d'être convaincus et jugés calomniateurs. y> Si nous fuyons, nous pouvons encore soutenir notre » parti. S'ils nous condamnent en notre absence, nous y> avons la protection de l'empereur, qui ne nous lais- » sera pas chassef de nos églises {*). » Ici, nous avons d'impudents coquins, délibérant sans vergogne; dans Athanase, nous voyons des habiles, dont un plus habile traduit les plus secrète$ pensées, des pensées qu'on ne s*avoue pas à soi-même, loin de les communiquer.
(^) VUa sancH Athanani, atono 358, 2.
(*) Fleuri, Histoire ecclésiastique, xii.