FAUSSE IDÉE QUE L'ON SE FAIT
ments dont il a été le héros ou la victime ? Quelle impartialité attendre d'un homme qui, fût-il un saint, n'est pas forcé de sortir de la nature humaine? Est-il juste et raisonnable d'exiger de lui l'impossible, qu'il jouisse de la pleine et sereine possession de lui-même, quand tout son être souffre? qu'il fasse violence à ses sentiments les plus légitimes et garde l'impassibilité du juge, quand, irrité des méchancetés dont on le poursuit, il est incapable d'un autre rôle que celui d'un avocat qui plaide dans sa propre cause? Dans cet état d'exaspération, il est peu de place pour la raison, même pour la charité chrétienne. Un seul livre présente, au milieu des douleurs de la persécution, le spectacle, je ne dis pas d'une complète impassibilité qui, contraire à la nature, ne saurait se produire que par la suppression d'une partie de notre être, mais de la plus compatissante indulgence : «Mon Dieu, pardonnez-leur, ils ne savent ce ^ qu'ils font. » Mais ce livre est l'Evangile, et celui qui prononce ces paroles est un Dieu.
Aussi juste pour nous qu'il était miséricordieux pour ses bourreaux, il ne nous demande pas d'anéantir la moitié de l'être qu'il nous a donné. Il n'exigeait pas d'un Athanase qu'il éteignit toute ardeur de la partie sensible de son âme, et souffrait qu'il répondît à des attaques passionnées par des représailles tout aussi passionnées. Il lui eût fait un crime de combattre la calomnie par la calomnie; il lui pardonnait si, parfois, dans ces luttes où la raison n*est pas la plus écoutée, il lui arrivait de riposter à des injustices par de consciencieuses injustices. Faut-il nous plaindre que les saints et les héros, des hommes comme nous, aient participé de toute notre nature, et que, capables d'une grandeur que