DES GRANDS HOMMES ET DES SAINTS
Dous comprenons, si nous ne pouvons Tatteindre, ils aient, dans un même degré et avec ce qu'ils mettaient d'extrême en tout, subi nos faiblesses et nos misères? Si leurs passions n'avaient égalé leur force d'âme, s'ils n'avaient passé par les fluctuations de colère et d'équité, de ressentiment et de pardon, de violence et de pleine maîtrise de soi, dans lesquelles, comme dans un continuel flux et reflux d'émotion et do raison, s'agite la vie humaine, ils eussent réalisé l'idéal du Stoïcien, de l'ascète et du Janséniste; mais il n'y eût point eu de ces grandes existences tourmentées, qui sont celles des vrais grands hommes. C'est ce que ne comprirent pas, pour ne parler que des Pères de l'Eglise, ceux qui écrivirent leurs vies, d'après des types convenus et des légendes qui s'embellissaient d'âge en âge. Ils se proposaient d'édifier; leur enseignement eût été tout autrement fort et efficace, si, au lieu de récits sans autorité, ils se fussent donné la peine d'ouvrir les livres de leurs héros, de les connaître par eux-mêmes, et de voir que, s'ils s'élevèrent à tant de grandeur, ce fut, je ne dis pas malgré des faiblesses comme les nôtres, mais par un heureux équilibre de toutes leurs facultés, par l'harmonieux concert d'une haute raison tt d'une ardeur passionnée que leur droiture ne laissait jamais s'écarter du devoir.
C'est à ce prix qu'est la vertu, si par ce mot nous entendons l'effort de Thomme qui, sans se soustraire à la double naturede l'homme, réalise l'idéal de l'humanité; c'est à ce prix qu'est l'éloquence, si par ce mol nous entendons l'effort de l'homme vertueux qui, mû luimême par la passion et la raison, n'exerce la royauté de la parole qu'en jetant l'émotion avec la lumière dans Tâme de ceux qui l'écoutent. Mais, si vertueux, si sain