‹ Saint Athanase, etude litteraireChapitre 69 sur 142 · CONSTANCE · texte numérisé non relu

CONSTANCE

>) Mettant plus d'hésitation à la scruter que de gravité à

> lorganiser, il souleva de nombreuses dissensions, » qu'il nourrissait par des combats de mots. A force de » mettre les voitures publiques au service des évêque>s, T> qu'il faisait courir, en tous sens, de synode en sy- » node, il coupa les nerfs de la poste aux chevaux. »

Saint Epiphane et saint Grégoire de Nazianze sont d'accord avec Ammien Marcellin. Constance, suivant le premier, fut un très-pieux empereur, et, s'il ne fut pas contraire à la mise en scène des ariens, c'est parce qu'il les croyait dans la voie delà piété (*). « Georges, dit le » second, s'empara de la simplicité de l'empereur, je

> n'ose dire de sa légèreté, par respect pour sa piété. Car,

> pour dire vrai, il avait du zèle, mais son zèle n'était

> pas selon la science. » Et, passant aux eunuques qui le gouvernaient, il ajoute : « Leur emploi est de gar- » der les femmes : comment les empereurs romains leur » confient-ils les fonctions des hommes (*) î »

Athanase aussi, dans ï Apologie à Constance, vantait ses vertus et sa piété. Mais pouvait-il être sincère, parlant de son persécuteur ? et pouvait-il ne pas avoir recours à ces ménagements obligés, s'adressant à son juge? Voyons-le s'en donner à cœur ouvert. C'est d'abord un portrait qui, bien que le modèle n'ait été vu qu'en laid et d'un œil prévenu, n'est pas sans ressemblance avec celui qu'a tracé Ammien Marcellin. « Il n'a » point d'esprit à lui, et n'entre en mouvement qu'au » souffle de ses instigateurs. Un tel homme, et qui se » plaît avec de tels personnages, peut-il avoir des pen-

(») SAiNt Epiphane, Hér. LXXVI, 3, p 916, a.

(*) Saint Grégoire de Naz.^ In laudem Aihana8ii,Zif p. 399.

DANS l'histoire DES ARIEISS. 217

-» sées justes et raisonnables T II est lié par la méchan- )> ceté de ses familiers, de ces enchanteurs qui foulent » aux pieds sa faible cervelle. Il écrit, et se repent » d avoir écrit ; il change encore d'avis, sMrrite, puis se » lamente, et, incapable de se décider, montre le vide » de son âme. Qui ne déplore qu'un tel homme, libre » de nom, soit Tesclave de gens qui l'entraînent au gré » de leur impiété (*)? »

De quoi n'est pas capable, en de telles mains, cet esprit faible et dévoyé, qui a déjà fait tant de mal? « Est-il étonnant qu'il soit cruel envers les évêques, lui » qui n'a pas épargné ses parents? Il a massacré ses » oncles, il a fait disparaître ses cousins, il n'a point eu » pitié de son beau-père (*). » Et, s'abandonnant à sa verve implacable, Athanase prodigue au persécuteur tontes Jes allusions que lui présentent l'Ancien et le Nouveau Testament. Constance ressemble à l'antique Jupiter aux mille noms ; il est tour à tour Pharaon, lo tyran de l'Egypte, Saûl. le meurtrier des prêtres du Seigneur, Achab, le persécuteur des prophètes, Pilate, qui sacrifie le juste à Barabbas. Enfin, sous son sobriquet populaire, il est une sorte d'Antéchrist. « Qui ose encore » appeler Costullios chrétien? Qui ne voit en lui f l'image de l'Antéchrist (•] ? » Ce sont là des invectives de tribun contre un rival politique. C'était, en effet, entre l'empereur et l'archevêque, une lutte personnelle. On disait, après la rétractation d'Orsace et de Valens, que désormais il n y avait plus d'accusation possible

(«) Histoire des Ariens, 69 el 70, p. 304.

(•) Ibîd., 69, p. 304.

{•) Ibîd., 74, p. 307.

218 LOTTE DU SAGERDOGS

contre l'archerèque d'Alexandrie : « Eh bien ! reprk » Constance, c est moi qui suis aujourd'hui l'accusateur » d'Athanase. »

Entre eux, il y avait plus que le sémi-arianisme de l'etnpereur, qui, aux veux de saint Epiphane et de saint Grégoire de Nazianze, était moins de l'impiété que du faux zèle. Il y avait ce qui s'était déjà rencontré entre Constantin et les plus indépendants des évéques orientaux. C'était la lutte du sacerdoce et de l'empire qai commençait. Les deux puissances s'observaient avec inquiétude et défiance, et s'accusaient de mutuelles usurpations. Si Constance voyait avec colère, daqs l'empire d'Athanase sur l'Egypte, une atteinte à l'autorité impériale, Athanase ne considérait pas avec moins de douleur l'immixtion de Tempereur dans les affaires religieuses. Cette revendication de Tindépendance de l'Eglise, si différente des protestations de soumission absolue que nous avons vues dans V Apologie à Constance, est peut-être le côté le plus original de V Histoire des Ariens. La reconnaissance n'avait pu faire que l^s vrais évêques se résignassent à la souveraineté que Constantin s'arrogeait sur l'autel ; mais ils se révoltaient avec fierté, quand ils voyaient son fils substituer à ces prétentions pleines de formes une suprématie impérieuse et administrer l'Eglise hors de l'Eglise et presque sans elle, au gré de son entourage d'évôques complaisants, de favoris et d'eunuques. « Le palais, dit Athanase, » prend la place de l'Eglise, et, au lieu des peuples, ce

ET D£ L'BMPIRE. 219

» sont trois eunuques qui font les élections (^). L'em-* » pereur transporte les jugements des églises dans le » palais; et c'est lui qui préside, qui, même au besoin. » se fait accusateur (*). Qui, le voyant siéger au milieu » de ces prétendus évéques et présider aux jugements » ecclésiastiques, ne dirait avec raison que voilà enfin » V abomination de la désolation prédite par Daniel ? Re- » vêtu du christianisme, entrant dans les lieux saints et » debout devant les autels, il dévaste les églises, abroge » les canons et fait triompher par la violence ses décrets » personnels (').» C'était réaliser la prétention impériale: empereur et pontife. Mais désormais qu'était l'Eglise? D'après la théorie césarienne, elle devenait dans l'ordre religieux ce qu'était le sénat dans l'ordre politique, nohrtia ^ovlriç {*), une assemblée obéissante, dont les décrets avaient besoin de la confirmation impé-

riale. Non, reprend Athanase, telle n'est pas la tradition de l'Eglise, tel n'est pas le rôle des évéques. L'Eglise n'est point subordonnée au palais ; ce sont deux puissances indépendantes, également souveraines. « Qu'a de » commun l'empereur avec le jugement des évéques? )> et s'il y a menace de l'empereur, qu'est-il besoin des » évéques? Quand, dans le passé, entendit-on rien de » tel? Quand un décret de l'Eglise reçut-il son autorité » de Tempereur ? Il y eut avant Constance bien des sy- » nodes. bien des décrets de l'Eglise ; mais, ni les Pères » ne s'adressèrent jamais à l'empereur à leur sujet, ni » l'empereur ne se mêla curieusement des affaires ec-

(') Histoire des Ariens, 75, p. 307, d.

(«) Ibid., 76, p. 308. a.

Ibid., 77, p. 308.

(♦) Ibid., 78, 'p. 309.

'220 REVENDICATIONS p'ATHANASE ET d'HOSIUS.

clésiastiques (*)•» Il en était ainsi, quand, à côté de Teoipire païen, TEglise s'élevait indépendante et persécutée; mais, en passant au christianisme, Constantin avait bien entendu soumettre la puissance religieuse à son sceptre,, et son fils ne faisait que poursuivre la réalisation de sa politique.

Atbanase n'était pas seul à revendiquer les droits de TEglise. Un de ses plus illustres alliés, Hosius, dans une lettre célèbre, qu'il traduit dans ce même ouvrage, délimitait avec non moins de netteté les deux puissances. Plus paternel et plus persuasif dans son noble et ferme langage, le vieil ami de Constantin avertissait et conseillait plus qu'il ne semblait discuter et commander, « Ne )> t'immisce pas, disait-il à Constance, dans les choses » ecclésiastiques, et ne nous donne pas d'ordres à leur » sujet; apprends-les plutôt do nous. Dieu t'a donné » l'empire ; à nous, il a confié le gouvernement de » l'Eglise. De môme que celui qui te dérobe l'autorité » va contre l'ordre de Dieu, crains, toi aussi, en tirant à > toi les affaires de l'Eglise, d'encourir une grande ac- » cusation : Rends^ est-il écrit, à César ce qui est à Ce- » sar, et à Dieu ce qui est à Dieu. Il ne nous appartient » pas de commander à la terre, et tu n as pas le droit.de » brûler l'encens, ô empereur (*). y^

Cet empereur, si intelligent du respect de l'autorité et si jaloux de la sienne, ne craignait pas, par une inconséquence qui n'est point rare, d^avoir recours à l'émeute pour ébranler celle de son rival de puissance. Il ne réfléchissait pas que ces incendies sont contagieux , que

(*) Histoire des Ariens, 52, p. 297, («) Ibid., 44, p. 293.

GUERRE d'émeutes FAITE PAR CONSTANCE. 221

le palais nVst pas éloigné de l'Eglise et que la révolte <]u*il etcitait parmi les peuples pouvait ne pas tarder à 5e retourner contre lui.

Déjà, en 341, pour introniser Grégoire malgré les orthodoxes d'Alexandrie, il ne s'était pas contenté de le faire escorter par la force armée; on avait ramassé une multitude de pâtres et de bouviers, de gens des rues et d'hommes sans frein, qui s'étaient jetés avec des épées et des massues dans l'église de Cyrinos. II y avait eu des blessés et des morts (*). Ne croit-on pas lire, dans la Mi- Ionienne, le récit des fureurs des sicaires de Clodius? Ces violences sanglantes recommencèrent, en 356, pour l'intrusion de Georges. Une proclamation, un envoyé du palais, le comte Héraclius, viennent annoncer aux Alexandrins la volonté de l'empereur. Les fidèles prolestent. En réponse à leur protestation, on fait souscrire en faveur du nouveau venu des paysans illettrés, des sénateurs et des magistrats païens, jusqu'à des prêtres d'idoles. On achète leur complaisance au prix de droits d'asile. Athanase a déjà raconté, dans V Apologie de sa fuite, l'invasion de la grande église par le chef militaire. Syrianus, à la tête de toute unç légion. Il ajoute de nouvelles scènes de violence. 11 avait pour lui le peuple chrétien ; mais, à côté, dans les bas-fonds de cette populeuse dté, s'agitaient des multitudes de païens, de misérables, tonte une jeunesse perdue. Le comte Héraclius, aidé du préfet Cataphronius, de Faustinus, vérificateur des finances du diocèse d'Egypte, et d'un hérétique du nom de Bithynus, ameute contre les orthodoxes ces hordes avides de désordre. Ces misérables se préci-

(*) Eiiloire de$ Arieni, 10, p. 276, d.

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