‹ Saint Athanase, etude litteraireChapitre 73 sur 142 · DE SAINT ANTOINE · texte numérisé non relu

DE SAINT ANTOINE

I. Julien. — Meurtre de Georges, archeTéque arien d'Aleiandrie. — Retour et nouveau bannissement d'Athanaie. — Yalens contraint par une sédition de le rendre à son Eglise.

II. Pourquoi et quand fat écrite la Vi» de saint Antoine, — Acte de reconnaissance, elle est encore ull enseignement de la perfection monastique. — Son caractère.

III. Raisons de la vie monastique, au quatrième siècle. — Misère matérielle et morale; dégoût du monde. — Encouragements de la philosophie et de la religion. — La vie parfaite.

lY. Antoine dans la solitude. — Heures de découragement. — Tentations. — Lutte contre les démons. — Croyance de l'antiquité aux puissances surnaturelles. — Opinion des poètes et des philosophes sur la manière dont elles se manifestaient à l'homme. ^ Que pensait saint Athanase des apparitions des démons à saint Antoine?

Y. Doctrine de saint Antoine : foi sans examen. — Antoine et les philosophes. — Son ascendant sur l'Egypte. — Episode de la vie du désert. — Services rendus à l'orthodoxie par l'institut d'Antoine.

En 361, Constance est remplacé par Julien, un esprit chimérique, qui Youlut être un grand homme. L'empire, pressé de tous côtés par les barbares, était menacé d'un inévitable démembrement : il entreprit de lui assurer une paix éternelle, en en finissant avec les Perses comme il croyait en avoir fini avec les Germains. Des cultes rivaux s'y disputaient les consciences : il tenta de fonder sur leur ruine une église universelle dont il serait le

pontife, d'achever rassimilation de tous les dieux des nations et d'en faire les anges du Soleil- Roi, Dieu suprême en trois personnes, principe de tous les êtres, ^maître et gouverneur du monde intellectuel et du monde sensible. Pourquoi cette tentative insensée contre la touchante religion de THomme-Dieu? « Froissé au nom de cette religion dans sa passion pour la poésie et la philosophie grecque, obligé d'entrer dans les ordres pour sauver sa vie, contraint de chanter des psaumes, tout le jour, au lieu de philosopher, il prit en haine le culte de ses persécuteurs. Laissé à lui-même, il eût, comme ses condisciples d.'Athànes, Basile et Grégoire, allié les sciences de la Grèce avec les dogmes de l'Eglise et fût devenu un Marc-Aurèle dans le christianisme. Les mauvais traitements le jetèrent hors d'une croyance dont il eût été la gloire et lui firent entreprendre de fonder une religion nouvelle sur les débris des anciens cultes. Aux yeux de la postérité, ce fut une erreur, au moins regrettable ; aux yeux du plus grand nombre de ses contemporains, ce fut un crime qui lui mérita le nom d'Apostat (*). »

Ce restaurateur du paganisme commence par un acte de tolérance, qu'il contredit aussitôt. En haine de Constance, il rappelle tous ceux que ce prince avait bannis pour leur foi; en haine du Christ, il entre dans une voie de persécution sourde, dont ses agents outrent l'injustice et la dureté. Il renvoie brutalement les Galiléens à la lecture de Luc et de Matthieu, leur défend d'enseigner les lettres profanes et laisse massacrer tous ceux qui, sous Constance, s'étaient signalés par leurs violences

(^) Etude historique et littéraire sur saint Basile, p. 151.

sous JULIEN. 22?

coiitre rhelténisme. Une de ces victimes fut Georges de Cappadoce, substitué par les ariens au grand Atha-nase.

Personne ne s'intéressait à cet évêque industriel, qui achetait toutes les fabriques de pitre, prenait à ferme le papyrus et le sel, établissait un service de pompes funèbres qui lui donnait de gros revenus, et poursuivait en justice ceux qui ne s'adressaient pas à ses gens pour ensevelir leurs morts (*), Détesté des hellènes dont il dévastait les temples, des orthodoxes qu'il persécutait, de tous les Alexandrins dont il dénonçait l'esprit séditieux à Constance, il est saisi par la populace furieuse, attaché sur un chameau, promené par toute la ville, au milieu des cris et des coups de forcenés qui finissent par le massacrer, brûlent son cadavre et, pour qu'on ne vénère passes cendres, les jettent à la mer. Ce misérable, qui pourtant aimait les lettres, mérite presque les honneurs du martyre que lui enviait un peuple en délire (*). Julien écrit une lettre de reproches aux meurtriers et, comme part de butin, s'adjuge la riche bibliothèque du mort (•).

En même temps, les orthodoxes chassent les prêtres ariens de toutes les églises, les contraignent, à leur tour, de cacher leurs assemblées dans des maisons inconnues et rappellent Atbanase (*]. Mais, à peine revenu sur son siège, Athanase en est de nouveau banni par Julien, qui démasquait de plus en plus l'hypocrisie de sa tolérance. Il disait qu'il ne voulait ni massacrer les Gali-

(') Saint Epiphane, Hér. lxxti, i, p. 913.

(*) ÂMHIEN MaRGELLIN, XXII, 7; SOCRATE, III, 2 ; SOZOMÂNB, IV, 30.

(') Julien, Lettres 9 et 10.

(*) SOGRATE, II, 4.

léens, ni les maltraiter contrairement à la justice (*), et, peut-être le même jour, il écrivait de sa main au préfet d'Egypte de chasser d'Alexandrie « Athanase, Tennemi des dieux, qui, sous son règne, avait osé baptiser des femmes grecques (*). » Il avait, disait le royal sophiste dans redit de bannissement, permis aux Galiléens de revenir dans leurs patries, non à leurs églises. Du moment qu'emporté par son audace accoutumée, Athanase était venu, au grand déplaisir du peuple religieux d'Alexandrie, reprendre ce qu'il appelait son trône épiscopal, il lui signifiait Tordre de sortir de la ville aussitôt qu'il aurait reçu ces lettres de sa clémence ('). Les orthodoxes réclament et demandent, au nom de la ville, la révocation de l'édit. Une lettre de l'empereur, pleine de caresses pour les hellènes et de mépris pour les chrétiens, s'empresse de diviser ces Alexandrins avec lesquels les empereurs devaient compter : « Vous avez pour fonda- » teur Alexandre, pour dieu tutélaire le roi Sérapis avec » Isis sa jeune compagne, et vous agissez comme la par- » tie la moins saine de la ville, et cette partie malade » ose encore se donner le nom de cité I J'ai honte, » Alexandrins, de voir qu'un seul habitant d'Alexandrie

» s'avoue Galîléen Si vous voulez absolument per-

» sévérer dans la doctrine de ces fourbes, demeurez unis » entre vous et ne réclamez pas Athanase. Il vous reste » assez de ses disciples, dont les discours plaisent à vos » oreilles qui vous démangent et aiment à se remplir » de paroles impies. Si c'est pour ses talents que vous > regrettez Athanase et me faites de telles instances, ap-

(*) Julien» lettre 7, (») Ibid., lettre 6.

(•) Ibid., lettre 26.

sous JULIEN. 229

)► prenez que c'est pour cela même qu'il a été banni de » votre ville. C'est une chose dangereuse qu'un intrigant )> à la tête du peuple, un présomptueux personnage, qui » tranche de la grandeur et prétend qu'on en veut à ses » jours. Or, c'est là un signal d'insurrection. Aces cau- » ses, et afin qu'il n'arrive rien de semblable chez vous, » nous lui avons jadis ordonné de sortir de la ville, et )► maintenant nous le bannissons de toute l'Egypte (*). »

Athanase part, sans plus désespérer de l'avenir que lors de ses premières fuites. « Retirons-nous un instant, )> dit-il à ses amis, c'est un nuage qui passe. » Il gagne la vallée du Nil, s'embarque et remonte le fleuve vers la Haute Egypte. Poursuivi par des soldats, il refuse de fuir au désert, fait changer la manœuvre et descend le Nil, à la rencontre de ceux qui le cherchaient. Ceux-ci, au moment où se croisent les deux navires, se contentent de demander aux matelots d'Athanase s'ils ne l'ont pas vu. « Ils n'est pas loin, » leur est-il répondu, et ils passent outre, pressant leur vaine poursuite (•). Le fugitif rentre secrètement dans Alexandrie, y reste caché jusqu'à la mort du persécuteur, suivant les uns, et, suivant d'autres, obligé de se dérober encore, va, sur la rive droite du Nil, chercher un refuge dans Antinoé, la ville qu'Adrien avait bâtie en l'honneur d'Antinous.

L'avènement de Jovien rendit l'archevêque à son Eglise. Inquiété de nouveau pendant la persécution de Valens, il resta quatre mois caché dans le tombeau de son père; mais le peuple le réclama et, par une sédition, contraignit Valens de lui laisser reprendre en paix le

(*) Julien, lettre 51.

(') SOCRATE^ IIÏ, 14.

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