VIE DE SAINT ANTOINE
cours du désert à Alexandrie ; proscrit, il avait trouvé dans ses disciples une milice fidèle et une garde attentive ; enfin, il avait été Tun des héritiers des seuls biens temporels qu'avait laissés le grand ascète. « Donnez T^ mon manteau à Tévéque Athanase », avait-il dit en mourant, « et, ajoute le saint légataire, celui qui reçut > ce manteau, usé par le bienheureux, le conserve » comme un précieux trésor. En le voyant, il lui sem- » ble voir Antoine ; quand il s'en enveloppe, c'est » comme s'il portait ses conseils (*). »
Cette Vie est plus qu'un acte de reconnaissance ; elle est tout ensemble un enseignement de la perfection monastique adressé à tous les moines, même aux païens, comme une preuve de la supériorité d'une religion qui produit de telles vertus : intention nettement indiquée dans l'épilogue. « Lisez ce livre à vos frères, afin qu'ils » apprennent quelle doit être la vie des moines ; lisez- » le même aux gentils, afin qu'ils croient pieusement » au Christ et repoussent les démons qui leur paraissent i> des dieux (*) . »
Je n'aime pas voir dans un genre littéraire ce qui appartient à un autre, moins encore trouver à un ouvrage un caractère que l'auteur n'a pas songé à lui donner. Néanmoins, dans cette biographie, il y a plus qu'une biographie ; elle est moins la vie de saint Antoine et même son panégyrique, qu'un tableau idéal de la perfection ascétique, et, pour employer les expressions de Grégoire de Nazianze, « sous forme de récit, une législation de la vie solitaire ('). » Ajoutons que,
(*) Vie de saint Antoine, 9i, p. 691.
(«) Ibîd., 94, p. 692.
(') Saint Grégoirb de Naz.» In laudem Athanaiii, 5, p. 388.