LA VIE MONASTIQUE, AD QUATRIÈME SIÈCLE
dans ces vives imaginations de l'Orient, le grand ascète, à peine mort, déjà de son vivant peut-être, avait eu sa légende, et que, sous la plume d'Athanase, cette légende domine la réalité. Qu'est-ce donc que cette œuvre qui vit moins de faits réels que d'imagination et d'idéal? Bien qu'écrite en prose, elle appartient plus à la poésie qu'à l'histoire ; c'est le poëme du désert.
Nous n'aurions pas une idée complète de la vie intellectuelle et morale de l'Orient, au quatrième siècle, si nous ne pénétrions, à la suite d'Athanase, dans les monastères dont se peuplent les solitudes de Nitrie et de la Thébaïde ; si nous passions, sans jeter un regard sur l'origine, les progrès et le caractère d'une institution appelée, comme tout ce que produit alors l'Egypte, à se propager dans tout le monde romain.
Il ne faudrait pas regarder comme des faits isolés, à cette époque extraordinaire en tout, les sacrifices surhumains par lesquels un Antoine et, après lui, un Basile, un Jérôme, se retranchent du monde et renoncent à la moitié d'eux-mêmes. Ces idées étaient depuis longtemps dans l'air. Nées du découragement, du désespoir irrémédiable et du dégoût de toutes choses qu'inspiraient l'abaissement de l'empire, l'avilissement des esprits et la misère croissante des populations, elles avaient encore été fortifiées par les exagérations de la philosophie et Tenthousiasme religieux. Au quatrième siècle, elles débordaient de toutes parts dans cette société malade. Les ouvriers des villes et des campagnes, courbés tout le