SAINT ANTOINE
inflexible rigueur dans TEglise primitive et tout orientale de Jérusalem.
Je n'adresserai qu'un reproche à ce sévère ascétisme. Il ne voyait dans l'homme que la moitié de l'homme. Pour être inférieur à l'âme, le corps, son compagnon en cette vie, son serviteur, si l'on aime mieux, a ses droits. « Imagine-toi que tu as deux filles, disait saint » Basile, la prospérité temporelle et la félicité céleste. » Si tu ne veux pas tout donner à la meilleure, fais du » moins un partage égal (*).» C'est être modeste que de demander en faveur du corps un partage, si inégal qu'il soit.
Le vrai fondateur du monachisme égyptien fut saint Antoine. Avant lui, il y avait eu des solitaires: « Mais, » dit Athanase, ils étaient peu nombreux; ils s'exer- » çaient près des bourgs qui les avaient vus naître » et n'avaient pas pris encore le chemin du grand » désert (*)' » Surtout, ils n'avaient pas reçu l'organisation compacte et essentiellement orthodoxe qui en fit, au quatrième siècle, les redoutables adversaires de toute hérésie.
Antoine, un jeune Egyptien, riche, mais illettré, et qui ne sait pas même le grec, entend lire dans Téglise de son bourg ce passage de. saint Matthieu: « Si tu veux » être parfait, va, vends tout ce que tu as et donne-le » aux pauvres, et tu auras un trésor dans le ciel ; puis,
(*) Saint Basile, t. ii, p. 71.
(•) Vie de saint Antoine, 3, p. 634.