SES PRINCIPES
» descente de Dieu dans la chair. Ils admettaient un ré- » dempteur, sans prétendre, comme les manichéens et » les marcionites, que sa passion n*eût élé qu'une appa- » rence et une image; mais leur raison se refusait à > comprendre un Dieu qui souffre (*). Comment, di- » saient-ils, s'il est de l'essence du Père, a-t-il pu des- » cendre dans la chair? Comment a-t-il eu faim et soif? » Comment a-t-il élé fatigué par le chemin et a-t-il eu » besoin de se reposer (')? » C'était surtout l'humiliation volontaire et mystérieuse de l'Homme-Dieu que ne pouvait admettre l'orgueilleuse raison d'Ârius. Dès lors, il lui fâlkit nier la divinité du Christ, et comme le Christ , dans les Ecritures , n'est autre que le Verbe, la raison créatrice de toutes choses, nier du même coup la divinité de celui que l'Ëglise appelait le Fils de Dieu,
(*) Saint Epiphane, Hér.Lxix, 51 et 61, 1. 1, p. 773 et 783.
(*) Ibid., 17, p. 740. Voyez aussi Saint Athanase, Conlra Aria-' nos, 111,27, t. I, p. 457. — Les souffrances et la mort de rUomme- Dîeu avaient été aussi le grand scandale des gnostiques. c Dans les » premiers siècles, la résurrection de Jésus-Christ n*était nullement » ce qui étonnait; cela coulait de source; mais ce qui choquait, ce » qui scandalisait, ce qu'on refusait obstinément de regarder comme » un fait réel, c*est qu'un être si supérieur à l'humanité fût mort en » réalité. Voilà pourquoi TËglise, qui se contenta de dire dans le » Credo : Il est ressuscité le troisième jour, y répéta quatre fois de i suite que Jésus était mort. Après avoir dit : // a souffert sous » Ponce Pilale, contre ceux qui soutenaient que Jésus n'a pu souf- » frir, elle ajoute : Il a été crudlié , contre ceux qui prétendaient^ » par exemple, que Simon le Cyrénéen avait été crucifié à sa place; » elle précise encore : Il est mort, contre ceux qui soutenaient » qu'il avait fait semblant d'expirer, et enfin elle aRirme qu'i7 a été I inhumé, pour achever de rendre évident que la mort du Fils de » Dieu avait été réelle. » M. Athanase Goquerel fils. Histoire du Credo, p. 41.
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et rabaisser du trône de gloire, où il siège à la droite de son Père, au rang de ses propres créatures. Ce fui la négation de la divinité du Christ Rédempteur qui le conduisit à nier la divinité du Verbe Créateur et à re^npla- €er le Dieu triple et un de Torthodoxie, essence absolue, raison éternelle , Créateur et Conservateur du monde, Sauveur et Vivificateur des âmes, par un Dieu éternellement absorbé dans son infinité, condamné par sa perlectjon même à l'impuissance de produire l'imparfait, et ^réduit, pour donner 1 être au monde multiple dans lequel ^ous nous agitons, à se servir d'agents intermédiaires et subordonnés Tun à Tantre, d'un Verbe créateur et réparateur, d'un Esprit viviQcateur et sanctificateur, êtres <çr,éés et contingents comme l'univers qu'ils animent, ,et néanmoins présentés comme des dieux à Tadoration des fidèles.
Au sommet de cette trinité nouvelle, apparaît la seule personne qui mérite le nom de Dieu, Tlncréé , l'/nengendré, 'AyévriToç. 11 ne peut y avoir qu'un incréé, un être absolu et existant par lui-même. La coexistence de deux incréés, souverainement indépendants et, par conséquent, sans limites, est aussi inadmissible que celle Ae deux infinis ('). Quelle est l'essence de cet être des êtres? mais quelle raison peut la pénétrer? quel apôtre en A jamais parlé (')? Le Fils lui-même , par cela seul qu'il a commencé, est impuissante embrasser et àcour çevoir l'être qui n'a point eu de coimmencemenit (').
,C) Dans Saiwt Athanasb, Contra Arianos, in, 28, 1. 1, p. 436, c. -- Voyez aussi la JeUre d'Arlus k Alexandre, De Synodis, 16, 1. 1,
(*) Saint Epipujm^, Bér. lxix, 72, 1. 1, p. 706, d.
(') Saint Athanase , Ep, ad episc. jEgypti , 12, t. i, p. S^;
6A IIHIflTÉ. $5
J* Tl est étt hii-Trtème ^ee qu'il est, c'est-à-dire i'inêxprimable f ). » Noos ne le connaissons que par comparaiisfott avec -les èlres <?réés. Noas ne savons de Dieu que ^e qu'il n'est pas, avait écrit Pbilon. « Si l'on veut se ^ faire une idée vraie de Dieu, dit à ^n tour Piolki, » commenté par M. Vacherot, il faut, après avoir con- » temple ies êtres du monde intelligible et du monde ^ sensible, le concevoir par le contraste et la tiégation ^ même do tous ces êtres (**). » H est ce qu'ils ne sont pas. Arius parle comme Philon et Plotin. « Dieu, dans ^ son essence, est ineffaWe pour tons. Seul, il n'a ni » -égal, ni semblable, ni compsagnon de gloire. Nous di- % sons qu'il est incréé, par rapport à celui qui, par na« ')> ture, a été créé ; nous le proclamons sans commen- ^ cernent, parrai'iport è cdui qui a oonaraeneé; nous » l'wdorons comme éternel, par rapport à celui qui est m né dans le temps (•). )►
Si Adiis, plus sage que son ami, Eosèbe de Nicotné- 'die^et ses futurs disciples, Aétius et Eunomius, d'à pointCai^bitieruse prétention des Néoplatoniciens de con* naître Diieu Aiissi parfaitement qu'il se connaît luimême; si. à leur exemple, il ne dépouille passuecessiirement de tout attribut et ne réduit pas à une simplicité voisine du néant l'être pl»r excellence , la source de la vie et le modèle suprême déf toutes les vertus, il no se
-^ Contra Arîanm^ j, 6, t. u p. B^* --* i^ Synodi»^ i^, t, i, p. 582.
(') "AppTïTOç. Ep. ad episc, iEgypti, i% 1. 1, p; 223. — Fragment de tu Jhalie, De Synodis, 15^ 1. 1, p. 582. (') M. Vacherot, HisL de Vtfçole i'Alex.^ C. i; p, 405^ (') Fragment. 4» la Thatie , d«as Saint Athanase > De Synodis, 15, »^ 582j
S6 DOCTRINE d'arius;
garde pas moins de faire de son Dieu un être aussi incompréhensible que le ténébreux Bythos des gnostiques. Quoique le Fils soit incapable de comprendre la nature deTIncréé, la puissance de sa divine perceplion lui permet cependant de voir l'Invisible et de le contempler, dans la mesure de ses forces. Grâce à ses enseignements, qui nous sont transmis par le Saint-Esprit dans les Ecritures (*), grâce aussi à notre raison, il nous est permis à notre tour dentrevoir quelque chose des perfections divines.
Dans cette recherche des attributs de l'Invisible et de rineffable, Arius procédait comme nous faisons nousmêmes. Il supposait que tout le bien que nous apercevons dans les êtres contingents se trouvait à un degré infini dans Celui qui est la source de tous les biens. Est-il possible de concevoir la monade absolue sans intelligence, sans puissance, sans volonté et sans libt^rté, sans prescience et sans prévoyance? « Nous connaissons un » seul Dieu, seul sage, seul bon, seul puissant^ seul juge, » modérateur et gouverneur de tout, immuable et inal- » térable ('). Il est sage , parce qu'il est le maître de la » sagesse ('). » Il a une raison, un Verbe, propre h sa substance et qui coexiste avec elle, le Verbe éternel avec lequel il a produit le Verbe contingent, créateur du monde (^]. Astérius, Tavdbat de la secte, disait tout d'un mot: « Dieu seul est le Verbe, la raison; il est la seule » essence, la seule nature de la sagesse I'). » Qu est-ce
(*) Début de la Thalie, dans Saint Athànase, Contra Arianos, i, 5, t. I, p. 322.
(*) Lettre d' Arius à Alexandre, p. 31.
(') Thalie, daus Saint Athànase, De Synodis, 15, t. i, p. 582. (*) Dans Saint Athànase, Contra Arianos, ii, 40, 1. 1, p. 401. C) Ibid., 37, p. 399.