‹ Saint Athanase, etude litteraireChapitre 80 sur 142 · HEURES DE DÉCOURAGEMENT · texte numérisé non relu

HEURES DE DÉCOURAGEMENT

Gription enchanteresse. Même au sein d'une société usée pour les jouissances de la terre et qui n'avait d'aspiration que pour celles du monde supérieur , ce n'était pas sans effort, sans déchirement et sans regret que, par une mort anticipée, les âmes se séparaient de ces corps méprisés, dont l'attache était cependant si forte, se fermaient à des séductions d'autant plus douces et plus naturelles qu'elles voulaient s'y soustraire, et parvenaient^ suivant l'expression significeitive du siècle , à vivre, en pleine matière, de la vie des anges. Sans cesse le vieil homme se réveillait; la nature réclamait ses droits, et, dans ces corps en vain domptés par les macérations, les passions se ranimaient plus vives et plus ardentes. « Combien de fois, écrivait Jérôme dans son désert, re- » tenu parmi ces solitudes dévorées des feux du soleil, » je croyais assister aux délices de Rome I Moi qui, par » terreur de l'enfer , m'étais condamné à cette prison î> habitée par les serpents et les tigres, je me voyais en » imagination transporté parmi les danses des vierges » romaines. Hou visage était pâle de jeûnes et mon » corps brûlait de désirs. Dans ce corps glacé, dans » cette chair morte d'avance, l'incendie seul des pas- » sions se rallumait encore (*). ^

Les tentations de saint Antoine sont proverbiales ; mais la caricature, même sous le burin d'un graveur de génie, les a déflorées et dépouillées de leur poésie native. Toutes les passions de la chair l'avaient suivi , et leurs voix mystérieuses essayaient tour-à-tour, sur cette âme tourmentée, la séduction et l'épouvante. Tantôt il voyait sa solitude se peupler de souvenirs, de regrets, de

[*) Saint Jérôme^ t. iy^ p. 30. — Traduction de M. Villemain.

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