TENTATIONS
pensées dangereuses, et sentait son imagination prête à s'envoler vers ce monde auquel il avait dit un éternel adieu; tantôt c'étaient, dans Timmensité de ces solitudes et dans Thorreur des nuits profondes, de vagues effrois et d'indicibles terreurs. « C'étaient , dit Athanase , de » véritables assauts , des apparences tumultueuses, ac- )► compagnées de bruit, de retentissement et de cris. » Delà, pour l'âme, des peurs, des troubles, des confu- » sionsde pensée, des tristesses, des chagrins, des sou- » venirs de famille {*). » Qu'est-ce que ce peuple de fantômes, çavraertai? De simples apparences sans lumière, sans vie réelle ; elles ne se montrent que pour s'évanouir : ov (p«ç ècnlv aknBïç to (fottvoiÂîvov ev aùralç. . . . , oLiiélti (paivovrai, xai TraXiv â(pavtÇovTae (•).
Mais dans cette âme que le jeûne et les veilles ouvraient à tous les troubles de l'insomnie, ces imaginations effrayantes se personnifient, prennent des corps et deviennent des réalités : c'est toute l'armée des démons acharnée après le solitaire. Cette armée a ses violents: une nuit, dans le tombeau qu'il avait d'abord choisi pour cellule , ils frappèrent tellement Antoine que le lendemain on le trouva étendu par terre et presque sans vie (•). Elle a surtout ses fins et ses habiles. Il les connaît si bien I il les a vus tant de fois à l'épreuve I « Ils sont rusés, dit-il, et prêts à revêtir toutes les for- ^) mes, à prendre tous les déguisements. Souvent, invi- » sibles, ils font semblant de chanter les psaumes et^ré- » pètent les paroles de l'Ecriture. Quand nous chan- » tons, ils redisent, comme un écho, ce que nous ve-
(*) Vie de saint Antoine, 36, p. 6S7.
(«) Ibid., 2i, p. 650. — Voyez aussi n» 23, p. 649.
O Ibid., 8, p. 639.