‹ Saint Athanase, etude litteraireChapitre 83 sur 142 · SUR LES APPARITIONS DES DÉMONS · texte numérisé non relu

SUR LES APPARITIONS DES DÉMONS

foules, comprenait que ces visions toutes personnelles, ces voix qu'entendait un seul homme, quand il n'y «Tait que silence pour les autres, pouvaient, dans un moment d'exaltation fiévreuse, n'ôtre que de simples personnifications des sentiments de ceux qui s'en croyaient honorés et n'avoir de réalité que dans leur imagination.

La raison d'Athanasene lui interdisait pas d'accepter une croyance qui était celle de tout son siècle, des chrétiens comme des hellènes, des doctes et des philosophes comme des simples et des ignorants. Disciple des Néoplatoniciens, il voyait ses maîtres décrire la hiérarchie des essences surnaturelles, des dieux, des archanges, des anges; disciple de l'Evangile, il trouvait, à toutes les pages du saint livre , la présence et l'action des bons et des mauvais esprits. La réalité du tentateur faisait partie de son symbole. Mais cet esprit philosophique était-il obligé d'admettre que des essences immatérielles subissent des modifications matérielles et se manifestassent par des accidents physiques? était-il contraint d'avoir moins de raison que des poètes et des philosophes souvent peu philosophes? A partir de Jamblique, en effet, les Néoplatoniciens semblent moins des philosophes que des prêtres et des thaumaturges ; ils transforment l'école en sanctuaire, pour ne pas dire en laboratoire de théurgie. Et pourtant ils expliquent et épurent la croyance populaire plutôt qu'ils ne la partagent. « Les dieux, dit Jam- 7> blique, ne descendent pas vers l'âme qui les prie et » les invoque ; c'est l'âme qui s'élève vers eux (*). VEn d'autres termes, c'est l'âme seule qui, sous l'empire des

0) Jàmbuque^ des Mystères, secU I, iâ.

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sentiments qui la possèdent, se modifie et donne la réalité à ses imaginations.

C'est ainsi qu'Athanase expliquait tout à l'heure les apparitions des démons dans la cellule d'Antoine. Ce n'étaient, semblait-il dire, que des imaginations qui prenaient corps dans son âme tourmentée ; ses yeux croyaient voir, ils voyaient se dresser devant lui, vivants et acharnés à sa perte, les perpétuels objets de ses méditations et de ses terreurs. Et pourtant c'étaient de simples apparences, qui ne se montraient que pour s'évanouir (*). Pendant qu'il passait des jours et des nuits enfermé dans sa cellule, seul avec les pensées qui l'obsédaient, les frères entendaient tout-à-coup des bruits tumultueux et des voix douloureuses qui criaient : « Sors de nos demeures 1 Qu'y a-t-il de com- » mun entre toi et le désert? Vois, tu ne résistes pas à » nos embûches. » Effrayés, ils regardaient par un trou et n'apercevaient personne (*). Qu'était-ce autre chose qu'une violente agitation du solitaire aux prises avec les fantômes de son imagination et d'effrayantes prosopopées que, dans la fièvre de l'hallucination , il s'adressait à lui-même? Si, après une nuit douloureuse et sans sommeil passée dans un tombeau, on le trouve le lendemain épuisé, meurtri et à demi mort (*), cet état n'était-il pas l'œuvre involontaire et inconsciente d'impressions trop fortes pour l'esprit de l'homme? Il saisissait corps à corps des ennemis imaginaires , les frappait et en était frappé à son tour , ou plutôt il se frappait de ses mains

(«) Voyez page 239.

(») Vie de saint Antoine, 43, p. 642.

(») Ibid., 8, p. 639.

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