DOCTRINE DE SAINT ANTOINE
prème adieu et comme l'héritage qu'il transmit à son innombrable famille : « Faites votre salut, enfants : An- » toitie passe dans Tautre monde et n'est plus avec » vous. » Tout ce qui ne se rattache pas à cette unique pensée est une tentation de Tesprit du mal. Vient-on à douter de l'utilité de la vie- monastique : c est une tentation. Le doute monte-t-il plus haut et les voix mystérieuses du désert viennent-elles murmurer à la raison du solitaire; «Antoine, nous t'apportons la lumière »: c'est encore une tentation. S-'adressent-elles à sa foi, même en se couvrant d'une autorité sacrée : « Antoine^ ^ je suis la vertu de Dieu » : c'est toujours et plus que jamais une tentation. Nous sommes loin de l'école d'Origène. Au désert, on n'admet rien qui puisse porter atteinte à l'amour de la profession monastique et à la pureté de la foi ; on croit sans examen.
Cet Egyptien, qui regarde la science comme une des mille vanités de ce monde et qui, sur une terre devenue grecque, ne sait pas le grec, n'est ni un simple ni un ignorant. Il a, comme les natures primitives formées à la contemplation de l'œuvre divine, des moments de sublime conception et de merveilleuse poésie: « Mon » livre, disait-il, est la nature ; elle se présente, lorsque » je veux lire les discours de Dieu (*). » Il était fort instruit, du reste: car, s'il ne savait pas lire, il avait beaucoup entendu lire et beaucoup appris ; rien ne tombait de sa mémoire.
Cet homme qui avait vécu et vieilli au flanc d'une montagne sauvage, n'avait rien de sauvage dans le caractère ; il était plein de grâce et de politesse ; spirituel /3t
(•) SOCRATE, HUt., IV, 24. .