SOURCES PHILOSOPHIQUES
comme Taudacieux exégète, que souvent le texte de TEcri* ture est contraire à la raison et indigne de Dieu; qu'un homme d'esprit ne saurait admettre qu^il y ait eu desjours sans soleil, et que Dieu ait planté, à la façon d'un agriculteur, un jardin à £den« dans un certain pays d'Orient; que ces histoires ne se sont matériellement jamais réalisées et ne sont que des figures et des mythes (^). Mais, élevé dans ces idées et habitué à cette libre interprétation, commune aux deux écoles d'Alexandrie, comme beaucoup de ses contemporains, il ne voyait dans le premier séjour de l'homme « que Moïse a par figure, rpomiMïç, appelé Paradis », qu'une allégorie et une image du monde supérieur, où, avant d'être précipité dans la matière, Adam axait en pleine liberté son intelligence sur Dieu et jouissait du commerce des saintes natures dans la contemplation de:^ choses intelligibles {'). Dans la pensée du disciple d'Origène, ce premier homme, « qui, dans la langue des Hébreux, fut nommé Adam ('), » n'est lui-même qu'une figure, une sorte d'être collectif renfermant toutes les âmes humaines. C'est ce qui est manifeste un peu plus loin, quand, après sa faute, il s'aperçoit qu'il est nu : « Ils » tombèrent, dit Athanase passant tout-à-coup du sin- » gulier au pluriel, dans les passions du corps, connu- » rent qu'ils étaient nus et rougirent; ils se trouvèrent » nus, non de vêtements, mais de la contemplation des » choses divines (*). »
Les emprunts d'Athanase aux Néoplatoniciens ne sont
(') Origène, Des principes, iv, 16; Homélie x sur la Genèse,
(*) Discours contre les Hellènes, % p. 2 et 3.
(») Ibid.
<*) Ibid., 3, p. 3.
ou PUISE ATHANASE. 259
pas moins évidents. C'est dans Plotin qu'il prend les images à l'aide desquelles il essaie de figurer les mystérieux rapports des personnes divines. Il remonte, audelà d'Origène et de Plotin, au maître des maîtres, à Platon , qu'il appelle le plus sage des Grecs, et lui doit de belles pages du Discours contre les Hellènes, En les lisant, on éprouve comme une de ces réminiscences que Platon croyait apportées d'un autre monde. On ne va pas droit au livre et au chapitre, parce que, si l'on reconnaît les idées, on ne retrouve pas toujours les mois et les images du modèle ; ce sont des souvenirs plutôt que des emprunts (^). Ainsi, dans les écrits d'Athanase comme dans ceux de ses plus illustres successeurs , les docteurs et les philosophes se. donnent la main pour contrôler et confirmer l'enseignement de l'Eglise. Il puise largement à ces sources , ou déjà suspectes, ou même étrangères, et mêle la philosophie à la théologie. La théologie domine, ou plutôt tient la première place; mais , à côté de l'enseignement inspiré que l'âme demande par la prière et accepte avec soumission , procède la raison , sans servage , sans soutien extérieur, dans la plénitude de son indépendance et de sa propre force.
(1) Comparez, par exemple, la chute des âmes daas le Phèdre, p. %iS, et dans le Discours contre les Hellènes, 3, p. 3, et ces deux passages si semblables :
« Lorsque Tâme se sert du a De même que ceux qui,
corps pour considérer quelque » fuyant le soleil , vivent dans I» chose à Taide de la vue, de » des lieux ténébreux , t&ton- » Touîe, Qu de tout autre sens, » nent, entrent dans des sen- » elle est entraînée par lui vers » tiers sans issue, n'aperçoivent » les choses qui ne sont jamais » pas les objets présents, s'en » les mêmes; en s'attachant à » figurent qui sont absents et
260 MÉTHODE D£ SÂIKT ATHANASE.
Le stoïcisme avait fait descendre la divinité du ciel dans le cœur de rhomrae ; il en avait fait une providence vivante et toujours présente , qui veille tendrement sur nous et ne nous abs^ndonne jamais; « Il n'est » pas besoin d*élever les mains au ciel, ni de gagner un y> sacristain pour qu'il nous introduise jusqu'à l'oreille » de la statue, comme si c'était le moyen d'être mieux » entendu. Dieu est près de vous, il est avec vous, il est » en vous. Oui, en nous réside un esprit saint. Un dieu.
Quel dieu, nul ne le sait ('),
» habite en chaque homme de bien. » Une force divine est descendue là, vis isluc dtvtna descendit. Quelle est-elle? l'âme, et. dans cette âme, la raison perfectionnée, ilmmttô et ratio in eoperfecta (*). Ce n'est donc pas au dehors, c'est en nous qu'il faut chercher un Dieu
» de tels objets, elle erre, elle » ne voient pas les yeux ouverts, » se trouble, elle a le vertige, » de même ceux qui se sont » comme si elle élail ivre, » — » écartés de Dieu et dont Tâme Phédon, p. 79, c. » est dans les ténèbres, ont Tin-
» telligence inquiète et égarée, » et, comme des hommes ivres, » se figurent ce qui n^est pas.»
— ÏHêcours contre les Hellèties, 23, p. 18, d, (') Hoc nemus, hune, inquit, frondoso vertice collem,
. Quis deus, incertura est, habitat deus,
(Virgile, En. viu, v. 351.) (*) Sénèque, Ltttres à Lucilius^ 41.