‹ Saint Athanase, etude litteraireChapitre 96 sur 142 · LA CONSCIENCE · texte numérisé non relu

LA CONSCIENCE

qui est si près de nous et ne nous laisse jamais seuls. \ Athanase parle comme les Stoïciens. « Pour connai- \ » tre la voie qui mène à Dieu, et la prendre avec certi- \ » tude, nous n'avons pas besoin de secours étrangers, I » mais de nous seulement. Comme Dieu est au-dessus / » de tout, le chemin qui mène à lui n'est ni loin, ni j » hors de nous , ni difficile à trouver. Le royaume de \ » Dieu est en vous (*]. Puisque nous avons en nous le ; » royaume de Dieu, nous pouvons aisément contempler ; » et concevoir le roi de l'univers, la salutaire Raison du \ » Père universel. Si Ton me demande quelle est la voie, i » je dis que c'est Tâme de chacun et l'intelligence » qu'elle renferme ('). » Telle est la ressemblance de ces deux morceaux qu'il semble que l'un ait inspiré l'autre. Ces mots, où TroppwÔsv ^ eÇ&)0ev -iîpwv eortv, aXX'ev rjuïv èdUy ne sont-ils pas comme la traduction do prope est a te Deus, tecum est, intus est ? *H éxaorou ^x^ ^^'^ ^ èv avr-rivovç^ n'est-ce pas animus et ratio ineoperfecta? Il n'est pas jusqu'à la citation qui, suivant l'habitude des Pères en pareil cas, ne soit remplacée par un texte de TEcriture. Saint Luc a pris la place de Virgile. Athanase avait donc lu Sénèque? peut-être, répondrais-je, si le Discours contre les Hellènes n'était pas antérieur à ses longs séjours en Occident. Mais les Orientaux n'étudiaient guère le latin, n'en savaient que juste ce qu'il fallait pour l'administration civile ou religieuse , ou môme ne se donnaient pas la peine de l'apprendre. Saint Grégoire de Nazianze. sur le trône archiépiscopal de Constantinople, déclarait ne pas savoir la langue de

(*) Saint Luc, xvii, 21.

(') Discours contre les Hellènes, 30, p. 23.

262 OPÉRÂ'nON PRÉLIMINAIRE.

Rome. Si parfois, comme ici, des passages des Pères grecs semblent tirés des prosateurs latins, il ne faut pas s'y méprendre. C'étaient des lieux communs d'école. Athanase et Sénèque avaient puisé à la même source stoïcienne.

L'^âme peut donc arriver à la vérité par elle-même, et le chemin est en elle. Mais, pour prendre ce chemin, il est une préparation indispensable, la purification de l'âme. C'est parce que Tâme est souillée de vices et troublée par les passions, qu'elle ne peut voir la vérité; pour la contempler, il faut qu'elle devienne pure. « Pour s'é- » lever à la connaissance de la vérité, il faut à l'intelli- » gence unir une vie vertueuse et la pureté de l'âme. )> Celui qui veut contempler le soleil purifie son œil et » le rend presque semblable à l'objet désiré, aân que, » devenu lumière, il puisse voir la lumière. Ainsi celui )> qui veut saisir la pensée des théologiens doit purifier » son âme par la sainteté de la vie et s'assimiler aux » saints avec lesquels il désire comprendre Dieu (*). » Athanase revient sans cesse sur cette nécessité de la purification de l'âme. Sans elle, on est réduit à n'avoir de Dieu qu'une idée imparfaite, par le spectacle de ce monde visible, dont on ne peut se détacher. C'est seulement en se délivrant de tout ce qui la souille et lui est étranger, c'est en se ramenant à son unité primitive qu'une âme d'élite est à elle-même sa voie et trouve en soi la connaissance et la conception du monde intelligible ('). Alors elle ne vit plus avec les corps; échappant au contact des passions, elle est tout entière en haut

(>) Discours sur V Incarnation du Verbe, 57, p. 77. (*) Discours contre les Hellènes, 33 et 34, p. 26.

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