LA PURIFICATION DE L'AME
et conyerse avec elle-même , comme dans le principe, heureuse et renouvelée par cette contemplation (^).
L'Eglise avait fait un dogme de la purification de l'Ame dans le baptême et dans la pénitence, dont l'un précède l'entrée de l'homme dans l'Eglise, l'autre son union intime avec Dieu. Elle voulait encore qu'avant de parler de Dieu, on invoqu&t les lumières du Saint-Esprit, te II est beau, il est nécessaire, disait Athanase, de de- 1» mander par la prière la grâce de discerner les choses » spirituelles ('). » Mais, quand il parle de la nécessité pour l'âme de se purifier, si elle veut atteindre et contempler la vérité, il semble moins s'inspirer des traditions chrétiennes que de la philosophie grecque. Il ne s'agit pas ici d'une grâce mystérieuse, qu'il faut mériter sans doute, mais qui vient du dehors ; c'est l'âme qui d'elle-même et par elle-même se dégage de ce qui la souille et se rend digne d'entrer en contact avec Celui qui est la pureté même. Elle ne reçoit pas, elle se donne à elle-même. Dans ce dogme tout hellénique de la xaOapo-is, rien de passif ; tout est actif. D'ailleurs, les mots comme les idées viennent directement des Grecs. « Si votre âme, avait dit Plotin, ne parvient pas à jouir » de la vision de Dieu, c'est que vous avez tenté de vous » élever à lui sans vous être débarrassé des en- » traves qui devaient vous arrêter dans votre marche et » vous empêcher de contempler; c'est que vous ne vous » êtes pas élevé seul et que vous n'étiez pas encore ré- » duit à l'unité (»). »
Qu'était-ce, en définitive, que cette purification ou
(') Discours contre les Hellènes, 2, p. 2.
(*) Epist. ad episc. JEgypti et Lib., 4, p. 216. (•) Plotin, Ennéades, VI, ix, 4.
simplification de l'âme, sinon une opération toute psychologique, par laquelle elle s'efforçait de fermer les yeux au monde extérieur et de regarder en elle-même, de se soustraire au trouble des sens, aux fantômes de l'imagination, à Terapire de Tapparence et des préjugés; en un mot, de cesser d'être étrangère à la raison, pour s'élever avec elle au monde intelligible? un état où elle pût, suivant l'expression de Platon, penser avec la pensée toute seule {*), et, comme depuis l'a voulu Descartes, délivrée de toutes les opinions reçues en sa créance, bâtir dans un fonds qui serait tout à elle {*) ?
Arius abordait la science de Dieu et de l'homme par l'étude de Vlnengendré, et, enfermé dans l'unité absolue, n'en pouvait descendre dans le monde que par des hypothèses. Athanase, comme lui, demande à la philosophie de confirmer l'enseignement de l'Eglise et de le conduire par les seules forces de la raison humaine à la connaissance de Dieu. Mais, plus sage et plus pratique, il s'y élève par degrés, passant du connu à l'inconnu, du corps de l'homme à l'âme, de la raison humaine à la raison divine et de la raison divine à la divinité tout entière.
Il commence, avec une grande finesse d'analyse, par dégager du corps et des sens qui ne composent pas tout notre être et n'en sont qu'une partie inférieure et tem-
(») Platon, Phédon.
{*) Descartes, Discoujrs sur la méthode, 2* partie.