‹ Saint Athanase, etude litteraireChapitre 98 sur 142 · L*AME DISTINCTE DU CORPS · texte numérisé non relu

L*AME DISTINCTE DU CORPS

poraire, Thabîtante invisible qui lès anime et les dirige. « Il n'est pas un ami de la vérité qui ne sente que Tin- » telligence de l'homme diffère des sens du corps. Ar- » bitre des sens, elle discerne les sensations, les rappelle, » les soumet au devoir. L'œil, l'oreille, la bouche, le » nez, les mains, ont pour fonction de voir, d enten- » dre, de goûter, de flairer ou de toucher. La main peut » prendre un glaive par le tranchant, la bouche avaler » du poison. Qui sait que ces objets sont nuisibles, » sinon Tintelligence? L'intelligence est un habile mu- » sicien qui manie une lyre à plusieurs cordes, en con- » naît les sons, sait les produire à volonté et en former » un harmonieux concert (*). » C'était, après Plotin(*), retourner contre la doctrine d*Aristote, qui ne voyait dans l'âme qu'une entéléchie, c est-à-dire, simplement un acte du corps, la comparaison du philosophe musicien Aristoxène. L'âme, disait-il, est l'harmonie d'une lyre. Que ^a lyre, c'est-à-dire le corps, se brise ; avec lui, disparaît l'harmonie {'). Pour Athanase, la lyre est aussi le corps ; mais l'harmonie n'est que le concert des mouvements qu'en tire un invisible musicien. Quel est ce musicien, ce souverain maître et directeur du corps ? C'est l'âme. Qu'elle soit indépendante du corps qui dépend d'elle, qu elle vive et s'agite dans le corps qu'elle anime, et que cependant sa vie à elle soit au-dehors et loin du corps, c'est ce que démontre l'observation de nous-mêmes.

Les Néoplatoniciens avaient appliqué à la présence de l'âme dans le corps la théorie philonienne de la des-

(*) Discours contre les Hellènes, 31, p. 24.

(») Plotin, Enn,, IV, vu, 8.

(•) GicéRON, Tusculanes^ i, 10.

cente de Dieu dans le inonde. L'Ame, disait le fondateur de leur école, Ammonius Saccas, n'est dans le corps que par son assistance et comme Dieu est en nous ; elle y agit, evepysî. Loin d*être contenue dans le corps comme dans un vase, c/est elle qui contient le corps, et ainsi elle est moins dans le corps que le corps n'est en elle. En se donnant au corps, l'incorporel reste tout entier ce qu'il est; il descend dans le corps et le pénètre, sans cesser d'être tout en Ijii-même. L'intelligible n'a poiqt de lieu que lui-même ; l'âme est en elle-même, quand elle raisonne, et, do même qu'elle semble descendre, quand elle anime le corps, lorsqu'elle contemple, elle s'élève dans un intelligible supérieur, Tintelligence pure (*). De là trois puissances ou facultés v principales dans l'âme une et simple : l'âme irraisonnable, ^x^ ccXoyoçy donnant la vie au corps et y participant, sans rien perdre de son essence ; l'âme raisonnable, ^j/ux^ loyiTtin , ou l'homme véritable , l'homme pensant , et enfin, comme l'âme, par la plus noble partie d'ellemême et en vertu de sa nature, aspire à remonter vers l'Intelligence divine, d'où elle a été précipitée par sa chute dans le corps, l'intelligence, vovç, ou l'homme intellectuel.

Telle est la psychologie que nous retrouvons dans Athanase. De même que, dans la création, le Verbe divin est hors de tout par son essence, en tout par ses puissances, gouvernant l'univers, déployant sa providence en toutes choses et sur toutes choses, contenant

(•) Némésius, De nat. hom. Edit. Matthaei, p. 135-137. — Ce livre, de la page 129 à la page 137, contient la théorie d* Ammonius sur les rapports du corps et de l'âme. — Voyez M. Ravaisson^ Métaph. d'Arist.y p. 374 et suivantes.

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