‹ Saint AugustinChapitre 3 sur 9 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

On trouvera dans la vie de saint Augustin le modèle de la sainteté chrétienne, lentement et laborieusement formé dans une âme longtemps obscurcie par l'erreur et égarée par les passions. Il n'en est aucune, en effet, à qui s'applique mieux le texte choisi par Bossuet, pour l'oraison funèbre d'Anne de Gonzague : « Apprehendi te ab extremis terras, et a longinquis vocavi te; elegi te et non abjeci te; ne timeas quia ego tecum sum. Je t'ai pris par la main pour te ramener des extrémités de la terre, je t'ai appelé des lieux les plus éloignés; je t'ai choisi et je ne t'ai pas rejeté; ne crains point parce que je suis avec toi. »

Nous n'assistons pas sans émotion à ces combats intérieurs, à ces alternatives de défaites et de

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victoires d'un cœur à la fois esclave du monde et avide de Dieu, et nous en retirons pour nos misères morales une espérance consolante. Assu- ( rément il n'est pas de saint dont l'histoire n'offre ^aux chrétiens un vif intérêt et un précieux enseir gnement ; il semble toutefois que la vie de ceux J qui ont été de grands pécheurs, avant d'être de / grands saints, nous touche plus directement ; que nous nous sentions plus rapprochés de celui qui a connu et subi les faiblesses humaines. L'exemple de ces éclatantes conversions nous apporte un puissant encouragement dans nos défaillances, et nous invite à ne jamais désespérer de nous-mêmes, en nous montrant que les plus grandes fautes ne peuvent lasser la miséricorde divine.

« Que ceux-là, dit Bossuet, craignent de découvrir les défauts des âmes saintes, qui ne savent pas combien est puissant le bras de Dieu pour faire servir ces défauts, non seulement à sa gloire, mais encore à la perfection de ses élus. Pour nous, nous savons à quoi ont servi à saint Pierre ses renoncements, à saint Paul les persécutions qu'il a fait souffrir à l'Église, à saint Augustin ses erreurs. »

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Cette histoire offre encore un intérêt et un encouragement particulier aux mères chrétiennes, car elles y voient que les larmes, que les prières de la mère d'Augustin, sainte Monique, ont été l'instrument dont Dieu s'est servi pour le ramener de si loin ; il a voulu que la sainteté du fils fût l'œuvre de la piété maternelle et la récompense de sa foi.

Mais saint Augustin n'a pas été seulement un saint prêtre, un apôtre infatigable, un pasteur courageux toujours prêt à donner sa vie pour son troupeau ; il a été, pour ainsi dire, le créateur de la théologie chrétienne., ayant abordé, discuté, résolu les questions les plus difficiles avec une science et une sûreté d'esprit admirables, uniquement puisées dans la lecture et la méditation de6 livres saints.

D'autres ont éclairci tel ou tel point de la doctrine, lui seul les a tous éclairés d'une égale lumière, a C'est un fait qu'on ne peut nier, dit Bossuet, que saint Athanase, par exemple, qui ne le cède en rien à aucun des Pères en génie et en profondeur et qui est, pour ainsi parler, l'original de l'Eglise dans les disputes contre Arius, ne s'étend guère au delà de cette ma-

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tière. Il en est à peu près de même des autres Pères, dont la théologie paraît renfermée dans les matières que l'occasion et les besoins de l'Eglise leur ont présentées. Dieu a permis que saint Augustin ait eu à combattre toutes sortes d'hérésies.

Le Manichéisme lui a donné occasion de traiter à fond de la nature divine , de la création, de la Providence, du néant dont toutes choses ont été tirées, et du libre arbitre de l'homme oîi il a fallu chercher la cause du mal; enfin de l'autorité et de la parfaite conformité des deux Testaments.

Le Donatisme lui a fait traiter expressément et à fond de l'efficace des sacrements et de l'autorité de l'Église.

Ayant eu à combattre les Ariens en Afrique, il a laissé cette importante matière mieux appuyée et plus éclairée qu'elle n'était auparavant. Il a parlé de l'Incarnation du Fils de Dieu avec autant d'exactitude et de profondeur qu'on a fait depuis à Éphèse, ou plutôt il a prévenu les décisions de ce concile...

La secte pélagienne a donné lieu à ce docte Père de soutenir le fondement de l'humilité chré-

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tienne, et, en expliquant à fond l'esprit delà Nouvelle Alliance, de développer par ce moyen les principes de la morale chrétienne. En sorte que, tous les dogmes tant spéculatifs que pratiques de religion ayant été si profondément expliqués par saint Augustin , on peut dire qu'il est le seul des Anciens que la Providence a déterminé, par l'occasion des disputes qui se sont offertes de son temps, à nous donner tout un corps de théologie, qui devait être le fruit de sa lecture profonde et continuelle des livres sacrés. » (Bossuet, Défense de la Tradition et des Saints Pères, IV, xvi.) /"* Et ce théologien, auquel une voix si autorisée rend un tel témoignage, est en même temps un grand philosophe, auquel tous les historiens de la philosophie donnent une place dans leur ouvrage, parmi les métaphysiciens qui ont éclairé la pensée humaine .J7

« Pour les principes de la pure philosophie, dit La Bruyère, pour leur application et leur développement, pour la justesse des conclusions, pour la dignité du discours, pour la beauté de la morale et des sentiments, il n'y a rien que l'on puisse comparer à saint Augustin que

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Platon et Cicéron. » (La Bruyère, Des Esprits forts.)

Fénelon va plus loin : « Je croirais saint Augustin, bien plus que Descartes, sur les matières de pure philosophie; car, outre qu'il a beaucoup mieux su les concilier avec la religion, on trouve d'ailleurs dans ce Père un bien plus grand effort de génie sur toutes les vérités de métaphysique, quoiqu'il ne les ait jamais touchées que par occasion et sans ordre.

« Si un homme éclairé rassemblait dans les livres de saint Augustin toutes les vérités sublimes que ce Père y a répandues comme par hasard, cet extrait, fait avec choix, serait très supérieur aux Méditations de Descartes, quoique ces méditations soient le plus grand effort de l'esprit de ce philosophe. » (Fén., Lett. sur la Religion, IV, xvi.)

Ç Sans vouloir comparer ces deux grands esprits, il est certain que saint Augustin mérite le nom de philosophe. Non seulement il veut, avec l'Église catholique, que la raison soit le support de la foi, mais il donne à la raison tout ce qui peut lui être attribué sans préjudice pour la foi; ou plutôt, comme le fera plus tard saint

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Thomas d'Aquin, il cherche à établir entre la raison et la foi une alliance fécondeTJEn même *.emps qu'il enseigne les vérités révélées, il établit sur des preuves rationnelles toutes les vérités auxquelles la raison humaine peut atteindre par ses propres forces; il les introduit dans l'exposition des dogmes chrétiens, pour les rendru plus accessibles; et bien qu'il n'ait pas composé, comme saint Thomas, un corps de doctrine philosophique régulièrement ordonné, on peut dire qu'il n'est pas de question relative à l'âme humaine, au monde et à Dieu, sur laquelle il n'ait jeté, en passant, f3es vues aussi profondes qu'originales.

Nous est-il permis d'ajouter que, bien que les saints ne soient d'aucun pays, et que l'Eglise tout entière les revendique pour ses enfants, sans distinction d'origine, Augustin, évêque d'Hippone, semble appartenir à la France, puisqu'Hippone était autrefois dans cette partie de l'Afrique, qui est aujourd'hui devenue française ; puisque la ville de Bône a été bâtie sur les ruines d'Hippone, et que, sur une colline voisine, un monument a été élevé à la mémoire de saint Augustin parles évêques français.

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