CHAPITRE I
Enfance et première jeunesse.
Augustin enfant reçut une éducation chrétienne. Patricius, son père, décurion de la ville africaine de Thagaste, où naquit le 13 novembre 354 ! celui qui devait être un jour un des plus grands
: Nous nous en tenons à l’opinion de Lenain de Tillemont (voir t. XIII, note 4) qui nous paraît la plus vraisemblable. Bindemann (1 vol. p. 1) cherche à établir qu’'Augustin naquit en 353. Il compare la donnée de Prosper d'Aquitaine d’après qui Augustin mourut le 28 août 450 et celle de Possidius de Calame qui le fait vivre 76 ans. Si Augustin était né en novembre 554 il n’aurait eu en août 430 que 75 ans et 9 mois et non 76 ans. — Nous pensons que ces 75 ans et 9 mois peuvent très-bien être devenus, sous la plume de Possidius, 76 ans. L’opinion contraire jette la chronologie générale de la vie d’Augustin dans de grandes difficultés, dont Bindemann lui-même ne nous paraît pas avoir réussi à se tirer. Il résulte, par exemple, de plusieurs passages très-clairs (Contra Academicos, L. JTE, C. 20. Soliloquiorum, L. I, C. 10. Confessions IX, 11) que la conversion d’Augustin eut lieu un peu avant qu’il eût 32 ans révolus et son baptême quand il avait 32 ans et demi. Si donc Augustin est né en novembre 353, sa conversion tombe en l’an 385 et son baptême en l’an 386. Or d’autres raisons (voir contre les lettres de Pétilien, IE, 25) forcent Bindemann lui-même à placer la conversion en 386 et le baptême en 387. Augustin aurait donc eu à sa conversion un peu moins de 33 ans et à son baptême 38 ans et demi, ce qu’on ne peut admettre sans se mettre en contradiction avec les passages que nous venons d’indiquer.
docteurs de l'Eglise chrétienne, était païen ; mais il ne chercha pas à détourner l’enfant de la foi que lui enseignait sa mère, en sorte que, la première influence qui donna une direction à l’âme d’Augustin, fut l'influence de Monique.
Monique, que l'Église a canonisée, est représentée à juste titre par la tradition comme un des types les plus accomplis de la femme et de la mère chrétiennes. La plume d’un fils a immortalisé, dans le livre des Confessions, ses larmes et ses prières, c’està-dire sa sensibilité profonde et son ardente piété. A ces qualités du cœur s’unissaient chez elle de remarquables qualités de l’intelligence, une pensée nette et rapide, beaucoup de trait et de présence d'esprit, et un tact pratique qui se manifestait dans la tenue matérielle de sa maison comme dans la poursuite d’intérêts d’un ordre plus élevé. Surtout Monique avait une vie véritablement sainte qui donnait à sa foi une grande autorité. Son dévouement absolu et sa patience inaltérable à l'égard d’un époux emporté et violent, sa fidélité parfaite, malgré les nombreuses infidélités de Patricius, inspirèrent à celui-ci un tel respect pour la foi chrétienne, qu’il se résolut à l’embrasser luimême et que Monique eut le bonheur de voir son époux recevoir quelques mois avant de mourir, dans le sacrement du baptême, le sceau du pardon de ses péchés.
Celle qui fit passer Patricius du paganisme à la foi catholique ne pouvait manquer d'exercer une profonde influence sur Augustin, et cette influence ne devait pas être bornée seulement à l’époque de son enfance. Confié à la direction de maîtres chrétiens et inscrit dans la classe des catéchumènes de l'Église Catholique, l'enfance d’Augustin se développa sous cette inspiration chrétienne. [1 nous à rapporté lui-même quelques traits de sa piété enfantine. A l’école il priait Dieu avec une naïve confiance de lui éviter les châtiments. Dangereusement malade, il réclama le baptême avec une grande ardeur. Déjà on était allé chercher un prêtre, mais il se remit subitement, et sa mère préféra différer son baptême, sans doute, selon l’explication qu’'Augustin donna plus tard de cet acte, dans l’idée, alors très-répandue, que le baptême conférant la rémission des péchés, il fallait le réserver à une époque plus avancée de la vie plutôt que d’épui-
ser ce remède unique avant que la jeunesse se fût livrée à des souillures presque imévitables.
Quoi qu’il en soit, une foi chrétienne enfantine est le point de départ et la base du développement intellectuel d’Augustin. Les passions mauvaises devaient pendant longtemps détourner son cœur de Dieu. et la fumée d’une fausse science devait ternir et même effacer sa foi; mais les impressions de son enfance devaient le suivre à travers la vie, et nous croyons rester dans l’exacte vérité en affirmant qu’elles jouèrent un grand rôle dans le développement intellectuel et moral qui devait finalement le ramener à la foi catholique. Nous aurons à le montrer en détail dans la suite de ce travail. Pour le moment nous nous contentons d'indiquer une idée et un sentiment que n’abandonna, pour ainsi dire, jamais Augustin, et qui nous paraiïssent avoir une importance capitale dans toute l’histoire de sa pensée, idée et sentiment que nous rapportons à l'influence de Monique : la croyance en Dieu, sa Providence et sa bonté; un religieux atta- ‘ chement pour le nom de Jésus-Christ.
En même temps que l’influence de Monique, pour comprendre l’enfance et la jeunesse d’Augustin, il faut connaître la nature sur laquelle s’exerca cette influence. Résumant en quelques mots les éléments complexes de cette riche nature, on peut dire qu’Augœustin hérita de sa mère un cœur sensible et profond et de son père un tempérament passionné. Les traits essentiels sous lesquels son caractère se révèle à nous dès son enfance sont la sensibilité du cœur, l’ardeur de l’imagination et la passion de la supériorité et des éloges. A l’école de Madaure, ville voisine de Thagaste, où ses parents l’avaient envoyé faire ses premières études (dans les classes qui portaient le nom de classes des grammairiens), l'étude des mots et de la grammaire lui causait un profond ennui. Le grec lui était odieux ‘ et, pour le forcer à l’apprendre, ses maîtres devaient souvent user de châtiments corporels. Il les trompait, raconta-t-il plus tard avec quelque’ exagération peut-être, par le mensonge et par mille artifices. Aussitôt qu’il le pouvait il leur échappait pour se livrer avec ses