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chrétienne s’est étendu par tout l’univers. Non, tant et de si grandes choses n’eussent point été faites pour nous par une main divine, si la vie de l’âme devait disparaître avec la mort du corps. Que tardons-nous à rejeter les espérances du siècle, et à nous consacrer tout entiers à la recherche de Dieu et de la vie bienheureuse ? Mais attendons un peu : ces biens qu’il faut quitter sont aimables : ils ne sont pas sans une secrète douceur, il ne faut pas témérairement rompre avec eux; car il est honteux d’y revenir lorsqu'on les à une fois quittés. Ne suis-je pas sur le point d’arriver à quelque charge ? Qu’auraije alors à désirer ? J’ai beaucoup d’amis, et de considérables : et même si je suis trop impatient, je puis obtenir au moins une charge de judicature, épouser une femme qui aura quelque argent, afin de ne point trop grever ma dépense : et ce sera un frein pour mes passions. Beaucoup de grands personnages, dignes d’être imités, se sont livrés, quoique mariés, à l’étude de la sagesse.
« Ainsi je m'entretenais avec moi-même, et des vents contraires poussaient mon cœur, tantôt d’un côté, tantôt de l’autre : et le temps se passait, et je tardais à me convertir au Seigneur ; je différais de jour en jour à vivre en vous, mais je ne différais pas à mourir en moi. J’aimais la vie bienheureuse, mais je craignais de la trouver là où elle est, et je la cherchais en la fuyant » (Conf. VI, 11).
Trouble profond ! prélude d’une lutte suprême. Il devait trou-
ver la lumière de l’intelligence dans la philosophie platonicienne et la paix du cœur dans la consécration de sa vie au Dieu de
l'Évangile.
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