‹ Saint-Augustin d'après ses ConfessionsChapitre 6 sur 13 · HN · texte numérisé non relu

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trouver la paix que dans l’église? Cela est si vrai que la christologie qu’il adopta à cette époque, et qui lui faisait voir en Jésus non un Dieu, comme l’enseignait l’église officielle, mais un grand homme *, ne put le satisfaire longtemps. Il voguait déjà à pleines voiles vers l’autorité.

IL visita Ambroise, il suivit ses méditations et celui-ci exerça sur lui un grand ascendant *. Lors des troubles qui, à cette époque, éclatèrent à Milan, par suite de la recrudescence de l’arianisme, qui était soutenu par l’impératrice Justine”, loin de défendre la cause des Ariens, dont ses opinions du moment le rapprochaïent beaucoup, Augustin en fut détaché par l'impression que fit sur lui la foi, avec laquelle Ambroise, et à sa suite Monique, défendaient le symbole de Nicée. |

Il était désormais gagné à l’église; el même une des raisons pour lesquelles il s’en était séparé, je veux parler des attaques des manichéens contre l’Ancien Testament, ne devait pas résister au courant qui l’entrainait. L'église enseignait que toute la Bible était inspirée par le Saint- Esprit. Comment concilier cette doctrine avec les atteintes, que son sens moral avait reçues de certains récits de l'Ancien Testament? Lorsqu'on veut absolument trouver des raisons, on finit presque toujours par réussir.

Ses serupules furent levés par l'interprétation allégorique, dont Ambroise se servait pour expliquer les passages bibliques. L’évêque, dont les principes exégétiques sont consignés dans son livre «de Paradiso», enseignait en effet, que la Bible, inspirée par Dieu, renfermait plusieurs sens, le sens littéral, qui pouvait être entendu

4 L.7,ch.49. 2 L.6,ch.3. * L.9, ch. 7.

,— 26 — par tous, et un ou plusieurs sens mystiques, dont l’explication était réservée à des intelligences privilégiées.

Augustin se mit à étudier avec ardeur le Nouveau Testament, et surtout les épitres de Paul, dont les opinions sur la nature du Christ, ne tardèrent pas à remplacer chez lui la manière de voir arienne. Au lieu de croire, comme il l’avait fait jusque là, que les Juifs n'avaient crucifié qu’un fantôme, il fut saisi d'enthousiasme, à la pensée de l’abaissement de Jésus; et lui, qui avait tant de choses à se reprocher, fut attiré puissamment vers une religion, qui conviait tous les humbles et les pécheurs à participer au royaume de Dieu‘.

Son retour définitif au christianisme fut hâté par la nouvelle de la conversion éclatante du célèbre rhéteur Victorinus *. Bien qu’il dût abandonner son état, qui lui rapportait tant de richesses et tant de gloire, Victorinus avait renoncé publiquement au paganisme. Et lui, Augustin, n'en ferait-il pas autant? Sa célébrité était loin d’égaler celle du fameux professeur romain. Il fut encore confirmé dans sa résolution par le récit, que lui fit Pontitianus, de l'effet, produit sur deux de ses amis par la vie de l’anachorète Antoine ; ces deux hommes, en effet, oficiers de l’empereur Valenténien, avaient renoncé à leurs charges et à leurs fiancées, pour consacrer leur vie à Dieu.

Ce récit porta à Augustin le coup décisif. Il songea à ses erreurs et à ses souillures ; il songea aux nombreux appels, que Dieu Jui avait adressés par lPentremise de Monique; il songea à cet enthousiasme pour la sagesse, autrefois éveillé en lui par la lecture de lHortensius.

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mn 0 D. — Il eut horreur de lui-même et, dans l’exaltation, où Pavait jeté les paroles de Pontitianus, il se retira au jardin attenant à la maison, qu’il habitait. Là eut lieu une scène étrange, émouvante‘. C’était la crise d’où devait sortir le grand homme dont les siècles n’ont plus prononcé depuis le nom qu’avec vénération. C'était une scène de délire; mais quand le délire eut disparu, l’ancien homme avait disparu également. A partir de ce jour, il commençait à être Saint-Augustin.

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